Une halte imprévue

Je dormis comme un bébé, avec l'air salin qui entrait à profusion dans ma chambre. Au réveil, la brume planait dans les montagnes et on ne pouvait voir à plus de quelques mètres devant soi. Du moins, JE ne pouvais voir.

Je m'habillai avec un short et une camisole et descendis rejoindre Ann et Victor. Visiblement beaucoup de travail avait été fait pendant que je dormais, le terrain avait été nettoyé et les meubles de patio étaient bien installés à l'extérieur. L'intérieur semblait plus propre aussi, Ann avait dû épousseter.

- Salut marmotte, bien dormi?

- Très bien, merci! Qu'est ce qu'il y a pour le petit déjeuner?

- Et bien il y a un village pas trop loin d'ici, les habitants sont succulents!

- Ha… Ha!

- Ann est partie en ville tandis que c'est encore brumeux, elle va revenir avec des trucs pour toi.

- Je n'ai pas très faim de toute façon, je mange par habitude.

- Prête à surfer?

- Je n'ai jamais surfé de ma vie.

- Raison de plus pour essayer! Avec ce terrain nous avons une plage privée où nous pouvons nous exposer sans danger. Habituellement j'y vais seul et complètement nu, mais comme j'ai pensé que tu m'accompagnerais, je me suis procuré une horreur fleurie pour aller à la plage. Il pointa un maillot plié sur une chaise.

- On y va maintenant? Je vais aller mettre mon maillot et j'ai bien hâte de te voir dans celui là.

Quand je descendis les escaliers quelques minutes plus tard je dus me pincer les lèvres pour ne pas pousser un soupir bruyant, Victor se tenait dos à moi, sur la terrasse dans son maillot de bain bleu marin. Son corps sculpté au couteau était assez saillant pour faire perdre le souffle à n'importe qui. Je sentis mes joues s'empourprés malgré moi. Je me rendis compte que depuis le baiser échangé avec Jacob, il y avait bientôt un an, mes pulsions de jeune femme avait été mises au rancart. Que faire d'autre quand son petit ami croupissait en prison par notre faute.

Seulement, dans ce décor enchanteur, à côté d'un homme magnifique qui était mon meilleur ami et presque une nouvelle famille pour moi, je dus me contenir pour ne pas avoir de pensées impures. Aussi loin de tous mes ports d'attaches, Jacob devenait presque irréel.

- Je t'attends marmotte, quand tu auras repris tes esprits, nous partirons. dit-il sans se retourner.

- Heuuu… oui! Je suis prête! dis-je en sentant le rouge me remonter aux joues, caractéristique que j'avais, apparemment, empruntée à ma mère.

Le sentier était mal défini, mais pour nous, en somme facile à escalader et très vite nous atteignîmes la falaise et sautâmes en bas pour atteindre la plage.

Victor avait apporté deux planches de surf et des serviettes. Il déposa les serviettes côtes à côtes et s'assit prétextant qu'il fallait mieux attendre que la brume se dissipe avant d'aller dans l'eau.

Je m'installai sur la serviette à ses côtés.

- Pourquoi as-tu acheté cette villa? Y viens-tu souvent?

- Je l'ai achetée pour une femme, évidement! Et non, je n'y viens plus aussi souvent.

- Oh!

J'ignorais pourquoi mais ces dernière paroles me firent un pincement au cœur.

- Où est-elle aujourd'hui?

- Excellente question, elle a rejoint les rangs des Volturi il y de cela plus de cent ans, si elle n'est pas en mission elle doit être à Volterra.

- Tu plaisantes?

- Pas du tout, Heidi et moi nous sommes rencontrés au XVIII e siècle, sommes tombés amoureux, puis elle a rencontré ton ami Elzéard, qui l'a présenté à Aro qui lui a offert un poste important. J'ignore si c'était l'appât du gain ou la lassitude de vivre à mes côtés, le fait est que malgré le fait que je ne fus pas inviter à la suivre dans le clan, elle y est allée. Elle a pu mettre son don à profit. Heidi peut inspirer la confiance à n'importe qui, un atout plutôt rare chez un vampire. Très pratique pour la chasse cependant, je dois admettre l'avoir moi-même utilisé à mon profit.

- Elle est partie? Comme cela?

- Quand je te disais qu'il fallait être fou pour refuser d'être membre des Volturi, je parlais en connaissance de cause. Les Volturi, c'est le pouvoir ultime, la seule justice dans notre monde. C'est un honneur d'être inviter à vivre parmi eux.

- Je me trompe où tu es encore un peu amoureux d'elle?

- Je crois qu'une partie de moi sera toujours auprès d'elle, mais je respecte sa décision et je lui souhaite bien du bonheur.

Son regard éteint me donna des frissons, Victor m'avait toujours paru comme quelqu'un de déterminé et de confiant, le voir aussi vulnérable me troublais plus que je ne l'aurais voulu. J'eu envie de le prendre dans mes bras mais me retins.

- Et les autres femmes après elle?

- Dis donc, tu es bien curieuse toi! Victor se passa la main dans les cheveux et reporta son attention sur l'océan, il semblait hésitant à poursuivre.

- Tu n'es pas obligé de m'en parler si ça te mets mal à l'aise.

- Je ne suis pas mal à l'aise, disons qu'aucune autre femme n'à toucher mon cœur après elle, enfin, avant ces derniers mois.

Mon cœur fit trois tours dans ma poitrine. Il sourit nerveusement et se releva en un bond.

- On n'était pas venu ici pour surfer?

- Il me semble oui, allons-y.

Victor me donna quelques leçons et en peu de temps, je parvins à me tenir droite sur ma planche. Le vent se leva et nous pûmes profiter de quelques bonnes vagues. Le soleil daigna enfin se montrer le bout du nez et la journée fût parfaite.

- Tu t'en tires très bien!

- J'ai eu un bon professeur on dirait.

- On remonte le courant une dernière fois et on rentre après?

- Essaye de me suivre!

À notre retour à la villa, Ann était assise, sur la terrasse avec un livre sur les genoux.

- Ton téléphone a sonné tout l'après-midi, Nessie!

- Merde! Mes parents ont découvert le pot aux roses!

Je prie mes messages et c'était bien la voix de ma mère sur trois d'entre eux.

Elle était désolée de me manquer, avait su que je travaillais et que j'avais dû annuler mon voyage, mon père et elle quant a eux, avaient quitté Forks pour aller rejoindre Alice et Jasper dans un autre état. Sa voix semblait inquiète, elle voulait que je la rappelle dès que j'avais une minute.

Ils avaient rejoints Alice??? Et bien, cela ne pouvait être qu'une bonne nouvelle! Peut-être que les choses s'arrangeraient avant quelques siècles comme l'avait prévu Victor.

J'avais bien le temps de la rappeler plus tard, je détestais mentir à ma mère.

Je montai dans ma chambre pour prendre une douche et me changer. J'allumai mon ordinateur portable et mis de la musique pour me détendre. Au moment où la chanson que j'avais tant écouté en pensant à Jacob démarra, la détente devint hors de question.

La voix de Michelle Branch qui chantait I'd rather be in love me bouleversa au point où je dû m'assoir dans la baignoire pour reprendre mes esprits. Les larmes me coulaient sur les joues sans que je ne puisse les retenir.

I cannot help it I couldn't stop it if I tried
The same old heartbeat fills the emptiness I have inside
And I've heard that you can't fight love, so I won't complain
'Cause why would I stop the fire that keeps me going on?

'Cause when there's you, I feel whole
And there's no better feeling in the world
But without you I'm alone
And I'd rather be in love with you

Qu'est ce que je faisais ici? Un dimanche, je devrais être à la prison avec Jacob, lui qui avait tout sacrifié pour être avec moi et à nouveau tout sacrifié pour que je puisse être libre. Je devrais être n'importe où sauf dans cette villa avec Lui.

Voilà que je parcourrais le même chemin sur lequel ma mère s'était trouvée dix ans auparavant. Hésitant entre mon premier amour et un copain qui me rend simplement heureuse. Entre un vampire et un loup. Entre celui qui est tout prêt et celui qui n'est pas là. Je ne pouvais trahir Jacob. Lui qui avait toujours été là pour moi. Mon seul amour. Pourquoi n'avais-je pu résister à l'idée de passer encore plus de temps avec Victor? J'étais déjà trop insouciante à Montréal, il avait fallu que je le suive ici. Je n'avais rien dit à personne sur mes intentions. J'avais joué avec le feu et méritais bien de m'écrouler en larmes au fond d'une baignoire en écoutant une chanson qui m'avait toujours fait sourire.

Il me fallut presque qu'une heure avant de redescendre habillée le plus sobrement possible. J'avais décidé de mettre un terme à toutes tentatives de flirt aussi discrètes puissent-elles être. Sachant parfaitement que ma valise regorgeait de vêtements saillants et décolletés, je le savais puisque j'avais préparé ma valise moi-même, trouver une tenue sobre n'avais pas été une mince affaire, j'avais finis par enfiler un jeans et un gros pull malgré la température clémente. J'avais encore les yeux rougis, mais ne pris même pas la peine de me maquiller et descendu en bas la tête entre les deux jambes.

Ann et Victor étaient penché l'un et l'autre au dessus du comptoir et discutaient à voix très basse. Je ne perçus que le mot départ et avion avant que Victor ne se rende compte que j'étais là.

- Hé marmotte, je croyais que les vagues et le soleil t'avaient épuisé et que tu étais partie te coucher pour la nuit.

- Non, de quoi parliez vous? Est-ce que Bastien vient te rejoindre ici, Ann?

Ann regarda brièvement Victor du coin de l'œil, mais celui-ci regardait obstinément le plancher, elle prit donc une grande respiration.

- Non en fait Nessie, les plans ont un peu changés.

- Qu'est ce qui se passe?

- Bastien a un entretien demain pour une histoire vielle de trois cent ans, une histoire de terrain et d'acte de propriété, il passe devant un conseil qui doit régler les litiges entre vampires.

- J'ignorais qu'un tel conseil existait, une sorte de cours de justice pour vampire? Je croyais davantage que les vampires réglaient leurs comptes entre eux. En disant cela j'avais mimé un étranglement avec une drôle de grimace, mais personne ne rit. J'ajoutai donc :

- Est-ce qu'il se peut qu'il perde sa cause?

- Bastien est convoqué à un entretien à Voltera Nessie. Ils veulent d'ailleurs tous nous rencontrer demain soir. Ils ont demandé où j'étais et Bastien leur a dit où j'étais et avec qui. Ils veulent nous voir. Une sorte d'examen de routine pour voir ce que nous faisons et si nous respectons les règles. Ne t'en fais pas, ils font cela une fois tous les milles ans, ou plus souvent quand il s'agit de toi je suppose. Ce ne sera qu'une visite de courtoisie. Pour bien faire, je crois que ça aiderait notre cause si nous nous abreuvions de sang humain avant demain. Pour ne pas qu'ils croient que nous défions leur manière de vivre.

Cette fois mon cœur s'arrêta complètement. Moi à Voltera? Il n'en était pas question! C'était le dernier endroit sur terre où j'irais. Je me mis à trembler et m'effondrai sur une chaise complètement paralysée par la peur.

En quelques secondes Victor fut à mon côté et me tendis un verre d'eau fraîche.

- Je n'irai pas, affirmais-je aussi fermement que mes tremblements le permettaient.

- J'ai bien peur que ce ne soit le genre d'invitation qui ne se refuse pas.

- Mais si, j'embarque dans le premier avion pour le Canada et vous leurs dites que j'ai eu un empêchement.

- Et douze heures plus tard Démétri t'as retrouvé et il te livre comme une fugitive.

- Ils ne peuvent pas nous forcer à y aller! Je n'irai pas, enfin, vous ne comprenez pas! Ils ont voulu me tuer, ils ont voulu tuer ma famille et nos amis avant même de me connaitre! Je n'irai pas ramper devant eux pour m'attirer leurs bonnes grâces. Je les déteste! Et tu devrais les détester aussi, ajoutais-je à l'intention de Victor.

- Renesmée, ils ne te veulent aucun mal, les Volturi ont sauvé beaucoup plus de vies qu'ils n'en ont prises crois moi. Ann avait parlé d'une voix douce comme si elle parlait à une enfant qui a peur d'aller dormir la lumière éteinte.

- Je n'irai pas, vous ne pouvez pas me forcer. Ils vont trouver une raison pour m'éliminer. Ils vont dire que je suis un hybride et je ne dois pas vivre dans ce monde.

- Nessie c'est ridicule, Aro veut probablement voir ce que tu es devenue, nous allons y aller, lui montrer que nous allons tous bien et repartir une fois qu'il sera convaincu que nous ne faisons pas de bêtises. Nous y resterons quelques heures et nous retournerons à Montréal après.

- Nooonnnnnn! les sanglots reprirent de plus belle. Je secouais la tête désespérément. Si mes parents avaient été avec moi, ils m'auraient sorti de ce faux pas, ils n'auraient pas essayé de me convaincre de me jeter dans la gueule du loup. Ils m'auraient caché au bout du monde. Mais comme je leurs avaient caché tant de choses, je ne pouvais plus les appeler pour leur dire que j'étais en Espagne avec deux vampires qu'ils ne connaissaient pas et que je me rendais à Voltera. Encore une fois, je pensai que j'avais eu ce que je méritais.

- Nessie regardes moi!

Victor prit mon visage entre ses doigts et me regarda droit dans les yeux.

- Je serai avec toi et crois moi, je ne laisserais personne te faire de mal. Je ne te lâcherai pas d'une semelle. Est-ce que tu me fais confiance?

J'avais la vue embrouillée par les larmes et la peur m'empêchait de penser rationnellement mais à l'instant où le regard de Victor se posa sur moi, un sentiment de chaleur et de sécurité m'envahit. Je fis oui de la tête. Bien sûr que je lui faisais confiance, je lui avais fait confiance depuis ce premier sourire dans le couloir de l'université, assez confiance pour lui donner accès à mon appartement et suffisamment confiance pour le suivre aveuglément au bout du monde.

- Ann, va faire sa valise veux-tu? Tu peux rassembler nos affaires, nous allons partir pour l'aéroport ce soir.

Ann acquiesça et disparu à l'étage.

- Quant à toi, tu vas manger un morceau.

Victor me prépara un plat de pâtes et réserva les billets d'avions à l'aéroport sur son portable. Ann entra dans la villa pour lui annoncer que nous étions prêts à y aller. Je n'avais pris aucune bouchée dans mon assiette.

- On y va?

- On y va! Puisque j'y allais avec ou contre mon gré. Autant cesser de faire l'enfant.

J'ignore encore comment j'ai pu m'endormir en pareil circonstances mais dix minutes après avoir quitté la villa j'étais déjà dans les bras de Morphée.

Je souris en entendant Victor m'appeler sa marmotte alors qu'il caressait mes cheveux d'un air distrait.