Quand j'arrêtai de me débattre et de gémir Victor retira la main qu'il avait plaqué sur ma bouche. J'aurais pu crier au meurtre, mais dans l'endroit où je me trouvais, cela ne m'aurait attiré que davantage d'ennuis. De plus, je devais suivre mon plan si génial et dans ce plan génial, j'ignorais que Victor était dans le clan des Volturi.
- Qu'est ce que tu veux? demandais-je malgré ma bonne volonté, un peu froidement.
- Je dois t'avouer quelque chose.
- Voyez-vous cela.
Je croisai les bras pour lui indiquer clairement que tout ce qui sortirait de sa bouche ne me faisait ni chaud, ni froid, mais il continua.
- Je n'ai pas toujours joué franc jeu avec toi.
- Ah non?
- Non, en fait, tu vas me détesté après ce que je vais te dire.
- Est-ce que c'est pire que cela?
En disant ces mots je lui avais collé ma main au visage pour lui faire voir la scène à laquelle j'avais assisté ce même après-midi.
Je venais de foutre mon plan en l'air et par le fait même de diminuer mes chances de survies un peu plus, mais j'étais trop en colère contre lui pour ne pas lui dire ma façon de penser. J'allais mourir après m'être vidé le cœur, c'était déjà cela.
Victor visionna sa conversation avec Heidi de mon point de vue, de l'autre côté du couloir où je m'étais cachée. Son visage était à la fois inexpressif et triste. Il me regardait droit dans les yeux en se pinçant les lèvres. Il faisait clairement moins le malin maintenant.
- Nessie je suis désolé, mais en même temps soulagé que tu sois déjà au courant, je n'ai pas énormément de temps pour t'expliquer.
- Expliquer quoi? Que tu t'es foutu de ma gueule? Que tu as fais semblant de devenir mon ami? Que j'étais un contrat? Que tu devais m'emmener ici? Tant qu'à y être, expliques moi ce qu'ils comptent faire de moi.
- Sur ce dernier point je ne peux pas t'aider, je ne suis pas vraiment au courant en fait. Heidi est venue me voir à Paris à l'automne pour me demander de les aider. Ils avaient entendu parler de la dissolution de ton clan et espéraient bien que cette fois ci, sans clan, tes parents se joindraient à eux. Aro a apparemment envoyer des invitations personnelles pour les faire venir à Voltera mais ta mère les a refuser. Ils ont cherché le maillon faible en quelque sorte, pour les coincer.
- C'était moi le maillon faible?
- Je crois que Rosalie a été leur point de mire pendant quelques temps. Ils voulaient la faire parler pour qu'elle donne des informations sur Alice, Jasper et tes parents, mais quand l'informateur leur a parlé de toi, ils se sont en quelque sorte dit que tu étais un meilleur appât, que tes parents accepteraient n'importe quoi pour te sauver.
- Cet informateur? Qui est-ce?
- Je l'ignore, c'était avant que j'arrive dans le portrait.
- Alors, Heidi t'a demander si ça te disait de t'inscrire dans mon université, de devenir mon ami et ensuite de m'offrir un voyage tout compris à Voltera? Et toi, parce que tu es toujours amoureux d'elle, tu n'as pu lui refuser.
- Ça ressemble beaucoup à cela, on m'a dit qu'une jeune femme qui pouvait leur être bien précieuse devait venir à Voltera, mais que son clan ne la laisserait jamais y aller. Que je devais l'éloigner d'eux. Que son « père » pouvait lire dans les pensées et qu'il était préférable que je ne m'approche pas de lui. J'ai dû commencer à me nourrir de sang animal pour que tu n'ais pas peur de moi. J'ai été envoyé en éclaireur, personne ne croyait que tu me suivrais si facilement, sans le dire à tes parents qui plus est.
- Quelle idiote, même mes ravisseurs me trouvent facile à kidnapper! Et Ann? Son rôle dans tout cela?
- Ann n'est au courant de rien, j'ai jugé qu'un homme seul était plus effrayant qu'un homme et une femme et que si tu ne me faisais pas confiance, elle pourrait m'être utile. Elle souhaitait retourner aux études et avait besoin de respirer loin de Bastien, je lui ai demandé de m'accompagner.
- Et maintenant? Pourquoi me dire la vérité maintenant?
- Parce que j'ai peur pour toi et pour ceux que tu aimes.
- Ce qui ne t'a pas empêché de me conduire ici toi-même.
- Je ne mérite pas ta confiance, c'est certain, mais tu dois m'écouter.
- Vas-y!
- Je crois que « les invités » de demain sont tes parents. Que tu n'es ici que comme monnaie d'échange. Mais si ça devait tourner mal demain…
- Qu'est ce que tu veux dire tourner mal?
- Nessie, ils sont horribles! Ils disent une chose et font le contraire l'instant d'après, vous serez tous dans un piège impossible!
- Comment mes parents peuvent-ils être en route? … ALICE! Bien sûr, ma mère m'a dit qu'ils étaient allés rejoindre Alice et Jasper. Elle ne me voit pas, mais a bien pu voir la visite à Voltera. Qu'est ce que je fais? Je dois les prévenir de ne pas venir!
- Tu crois vraiment que ton père va te laisser ici et retourner en Amérique?
Je me mordis la lèvre parfaitement consciente que Victor avait raison, jamais mes parents ne feraient demi-tour.
- Et pourquoi je te croirais? Qu'est ce qui me dit que ce n'est pas une autre machination pour que je justement je les prévienne et qu'ils viennent ici par ma faute.
- Tu me sous-estimes, je te connais assez pour savoir que tu ne les aurais jamais appelés. Mais si tu me regardes bien dans tes messages envoyés, tu les as prévenus.
J'attrapai mon téléphone, consultai mes messages envoyés, comment avais-je pu ne pas le remarquer, juste avant le message que j'avais envoyé dans l'après-midi, il y en avait un autre.
Maman je suis désolée,
je vous ai menti,
j'ai suivi Victor et maintenant je suis à Voltera,
je reviens vite, ne vous inquiétez,
tout le monde est bien gentil avec moi.
Le message ressemblait de très près à ce que j'avais voulu écrire moi-même dans l'après-midi. Je lançai le téléphone à travers la pièce et il alla se fracasser sur une colonne de marbre. Victor était toujours là affichant son calme inébranlable.
- Sors d'ici! Je ne veux plus te voir! Tu me dégoutes!
- J'ai bien peur que malgré tout ce que j'ai fait contre toi, je suis encore la personne qui se soucie le plus de ton sort ici, tu dois me faire confiance.
- Te faire confiance? Je t'ai fais confiance depuis la première fois que je t'ai vu et tu vois où ça m'a mené. Tu vois dans quoi j'entraine ma famille? Dans quelques heures nous serons tous face au conseil des Volturi, par ma faute! Peut-être qu'aucun d'entre nous ne s'en sortira vivant.
Je ris nerveusement sans pouvoir me contrôler.
- Heureux que tu trouves la situation amusante.
- Si tu m'avais connu il y a de cela un an, je n'avais qu'un discours en tête. Je voulais m'émanciper, voler de mes propres ailes, qu'on me fasse confiance, je me trouvais adulte et je souhaitais jouir de tous les privilèges que cela apportait. Le premier soir où j'ai eu le droit d'aller dormir chez mon copain, j'ai tué un client de ma tante et ai envoyer ce même copain en prison, au moment où j'ai pu avoir mon propre appartement et aller à l'université sans chaperon, je me suis amourachée de toi et suis venu jusqu'ici et c'est encore moi qui, demain, causera la perte de ma famille. J'ai l'impression que depuis ma conception je n'ai fait que cela, causé du tort à ma famille. D'abord la meute de Jacob qui voulait en finir avec nous avant ma naissance, puis j'ai tant affaibli ma mère que sa seule chance de survie a été la transformation en vampire, ensuite les Volturi et nous y revoilà, huit ans plus tard. Voilà ce qui arrive quand on me laisse gérer ma vie!
Victor s'était approché de moi pour me prendre dans ses bras afin de me consoler.
- Ne me touche pas! Comment oses-tu?
- Allez arrêtes! Il n'y a pas de raison pour que cela change entre nous. Je suis toujours le même Victor que t'as connus.
- Le même traitre? Le menteur?
- Celui-là même! Allez, j'ai avoué c'est déjà cela! Tu ne peux pas m'en vouloir encore longtemps.
Décidément ces vampires aux mœurs douteuses se croyaient tout permis. J'étais outrée de sa façon de voir les choses mais en même temps je n'arrivais pas à le haïr. Victor était pour moi comme un frère qui venait d'admettre qu'il avait lu mon journal intime et qu'il l'avait montré à ses amis. On le déteste au plus haut point, sans pouvoir cesser de l'aimer complètement.
Je n'aurais pas dû le laisser faire quand il me prit contre lui, mais il faisait si bon être dans ses bras que je baissai ma garde une fois de plus. Je n'avais qu'une envie, me recroqueviller dans un coin et pleurer en attendant ma mort. Le plus rapidement tout cela serait finit, le plus rapidement, ceux que j'aimais seraient protégés de ma malédiction.
- Chut, chut, ce n'est pas ta faute, tu as été piégée!
Dans la bouche de celui qui avait installé le piège cela sonnait plutôt drôle. La situation était si absurde et je ne pouvais me résoudre à l'affronter seule, traitre ou pas, Victor allait m'aider à passer au travers, avant que je ne puisse me réfugier dans les bras fiables de ma mère. Je me laissai aller sur son épaule et pleurai pendant plusieurs minutes avant qu'il ne recommence à parler.
- Je te jures que je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour te ramener saine et sauve à ton petit ami, et qu'après cet épisode tu ne me reverras jamais plus. Si je t'avais connu avant d'accepter cette stupide mission, jamais je n'aurais accepté que tu ne souffres ainsi, tu es mon petit rayon de soleil, je regrette tant de t'avoir mis en danger. Tu dois me faire confiance demain, d'accord?
- Quel est ton plan?
- Je n'en ai pas, puisque j'ignore ce qui se passera. La seule chose que je sais, c'est que je ne pourrai tolérer qu'on te fasse du mal. On va trouver une solution pour que tu sortes d'ici. Je te le promets.
- Tu m'as fait si mal, ne promets plus rien!
- Je ne t'ai jamais menti sur mes sentiments envers toi, tu es ma meilleure amie et si ton cœur n'avait pas déjà appartenu à un autre, j'aurais probablement essayé de le voler.
- Si tu n'avais pas été pareil crétin, peut-être que tu n'aurais pas eu à le voler, peut-être que je te l'aurais donné…
- C'est gentil mais je suis un vampire malhonnête jusqu'au bout des ongles, moi madame! Allez couches toi, quelques heures, tu vas avoir une grosse journée demain, marmotte.
- Comme si je pouvais dormir, je dormirai dans ma tombe! Enfin, si j'ai une tombe. J'aimerais écrire quelques lettres, tu crois que tu pourrais les remettre aux personnes concernées si les choses tournaient vraiment mal demain?
- Tout ce que tu veux! Je vais devoir me faire pardonner pour l'éternité de toute façon aussi bien commencer par te rendre ce service.
J'écrivis en tout cinq lettres. Une pour mes parents, une pour grand-père et grand-mère et deux pour Alice et Jasper ainsi que pour Rosalie et Emmett. Je les remerciais de leur amour, de leur support et de tout ce qu'ils avaient fait pour moi. Je m'excusais d'avoir agi avec inconscience et leur souhaitais tout le bonheur du monde. Celle qui était adressée à Edward et à Isabella faisait huit pages. Je n'avais pas mérité des parents si bons.
La dernière lettre était pour Jacob. Plusieurs larmes avaient fait gondoler le papier et brouillé l'écriture. Tant la peine de la perte que celle de la trahison avaient mouillé les adieux faits à mon amour. J'étais soulagée de la savoir en sécurité en prison pour une fois. Au moins ce coups-ci, il ne serait pas mêlé au monde des vampires.
Une fois la dernière missive rédigée et remise à Victor, je m'étendis sur le lit pour penser à un moyen de tous nous sortir de ce guêpier, mais comme à l'accoutumée le sommeil m'emporta avant que j'ai pu trouver une solution décente.
C'est une voix bien connue qui me réveilla deux heures plus tard. Victor avait misé juste, nous étions tous ici, prêt à affronter ces monstres pour se protéger les uns les autres. La voix qui hurlait mon nom à l'étage du dessus, c'était celle de mon père.
