Au moment où les immenses portes se refermaient derrière moi, j'aperçu ma mère, mon père, tante Alice et oncle Jasper. Ils se tenaient devant le trône d'Aro au centre de la pièce mais tous s'étaient retournés quand j'avais pénétré dans la salle.
- Maman, papa! m'écriais-je en me précipitant dans leurs bras. La joie et le soulagement se mêlèrent à l'inquiétude qui m'habitait depuis deux jours. Je regrettais de les voir ici et non en sécurité à la maison, mais la petite fille en moi était si heureuse de les retrouver que c'est l'égoïsme qui prit le dessus sur les autres sentiments.
Ma mère me serra contre elle avec force et je l'entendis remercier le ciel de me voir vivante. Les bras de mon père remplacèrent vite ceux de ma mère.
- Je suis désolée, c'est ma faute si nous sommes ici! Je suis si désolée! Vous n'auriez pas dû venir. C'est ma faute, je suis désolée. Je n'ai pas écris ce message, je suis désolée, désolée…
Je répétais sans cesse les mêmes paroles incohérentes. Mon père me serrait contre lui et me caressait les cheveux mais je sentais que son attention n'était plus sur moi. Il savait que je n'avais rien, maintenant il allait tenter de tous nous sortir d'ici.
Victor qui m'avait suivi dans la pièce n'avait pas encore parlé. Mon père le toisait de son regard courroucé et ma mère se retenait pour ne pas lui arracher les yeux, je le sentais bien. Je pris sa main pour lui indiquer qu'il était de notre côté, elle afficha un air ahuri et ne parue pas me croire mais reporta elle aussi son attention sur Aro.
Tante Alice jetait des coups d'œil dans tous les sens, ses visions devaient être chaotiques, du moment que j'étais près d'elle, elle éprouvait de la difficulté à se concentrer.
Aro n'était pas seul dans la pièce, un garde était posté à chacune des portes, mais ni Caïus, ni Marcus, ni Alec, ni Jane, ni aucun autre membre de la garde possédant un pouvoir inquiétant n'était à ses côté. Après tout, avec le bouclier de ma mère, ils n'auraient servis à rien, peut-être l'avait-il compris.
- Ha! La jolie famille! Je suis si heureux que nous soyons tous réunis sous mon toit. Aro s'était levé de son trône et se dirigeait vers nous, ne se souciant nullement des regards assassins qui le toisaient.
- Il fallait passer nous voir au Canada Aro, nul besoin d'inventer de tels subterfuges pour nous réunir.
- Tu dis cela maintenant Edward, mais qu'aurais-tu fais si je t'avais annoncé ma visite?
- Et bien sans doutes que la chambre d'amis aurait été rafraîchie et nous aurions pu prendre le thé sur la véranda.
- Ha Ha Ha! Tout cela me semble bien agréable mon cher, mais il est si difficile pour moi de me déplacer, tant de gens souhaitent ma mort, tu comprends! Il faut venir accompagner, c'est beaucoup plus simple pour vous tous de venir jusqu'ici, crois moi.
- Et maintenant, que faisons-nous?
- Toujours aussi pressé Edward, tu me fais tant pensé à Carlisle, au fait, comment va mon bon ami?
- Il y a un moment que je ne l'ai vu pour être bien honnête. Mais je le saluerai pour toi.
- J'ai entendu dire, moi aussi, que vous ne viviez plus ensemble tous les huit. Quelle tristesse. Tout cela pour la mort d'un humain stupide, est-ce exact?
- Disons que nous avons eu notre part de discordes et de mésententes mais tu sembles très bien renseigné Aro!?
- Elzéard est un sujet très fidèle. Il a quitté mon côté c'est vrai mais pas sans avoir à tenir des comptes. Il m'a dit que vous vous étiez séparés et que toi, Edward, en tête forte, tu n'as pas voulu écouter tes semblables, pour appuyer ce loup. Tu n'accepteras jamais notre mode de vie. Tu a une ravissante épouse et une enfant unique et brillante, des amis aussi, qui t'ont déjà prouvés dans le passé, qu'ils mourraient pour toi et tu rejettes tout cela du revers de la main pour te plier à une justice humaine et cela pour un semi-humain? Quelle ingratitude envers ton créateur qui plus est! J'ai tué pour moins que cela.
- Disons qu'en faisant ces choix je choisissais le bonheur de ma fille, de plus, Jacob est un bon ami de la famille qui se sacrifie tous les jours pour nous protéger tous. Je ne renie pas mes semblables, je fais ce que je crois juste.
- Tes amis sont encore ici, ce qui est selon moi étonnant. Je ne suis pas surpris de trouver Bella à tes côtés mais avoir été moi-même ton ami, je t'aurais laissé courir à ta perte. Il est bon de te voir Alice et Jasper aussi, j'aimerais avoir de si fidèles sujets que notre ami Edward qui ne vous mérite certainement pas. Aro avait tourné la tête vers Alice et la narguait son sourire de reptile étendu jusqu'à ses oreilles.
Tante Alice ne répondit pas. Tous restaient figés et fixaient Aro. Tous sauf mon père qui regardait le plancher. Peut-être que le grand maître avait touché une corde sensible après tout. Je décidai de prendre la parole à sa place.
- Aro, c'est de ma faute si le clan s'est dissout, il ne faut pas blâmer Edward. J'ai tué cet humain et c'est Jacob qui purge ma peine. J'ai créé tous les conflits au sein de ma famille. Si tu as quelqu'un à punir pour ne pas avoir respecté les lois des vampires c'est moi.
- NESSIE! crièrent ma mère et ma tante au même moment.
- Continue Renesmée, je t'en pris, tu as l'impertinence de t'adresser à moi alors que je ne t'ai posé aucune question, mais vas-y, explique moi ton point. dit-il en s'assoyant sur son trône l'air ennuyé.
Le ton méprisant d'Aro m'avait un peu refroidit mais je respirai profondément et continuai sur ma lancé.
- De nous tous, je suis celle qui a désobéi aux règles. Lorsque cet humain est mort, plusieurs témoins l'ont vu passer au travers de la fenêtre et l'un de nous devait se porter garant de ma maladresse. C'est Jacob qui a pris le blâme. Edward n'était même pas là. C'est aussi de ma faute si nous n'avons pas abandonné Jacob à son sort. Je ne le pouvais pas. Ensuite les choses se sont faites naturellement, les autres membres de la famille ont pris des chemins séparés. Mais ce genre de chose arrive tous les jours dans notre monde.
- Je connais notre monde très chère. Ainsi, tu es prête à être punie, peut-être aussi à mourir, pour sauver le reste de ta famille? Est-ce bien ce que j'entends?
Je dégluti bruyamment, mourir pour sauver ceux que j'aime oui, mais mourir pour cela? Je me mis à trembler et baissai les yeux ne pouvant plus supporter le regard d'Aro. Un feulement monta dans la salle, les Cullen et Victor étaient maintenant en position de défense devant moi.
- Ha Ha Ha! Je plaisante, allons mes amis! Qui pourrait faire du mal à cette petite? As-tu parlé de l'offre que je t'ai fait hier Renesmée?
- Non, pas encore.
En lisant à la fois mes pensées et celle d'Aro mon père émit un grondement sourd. Il me serra encore plus fort contre lui, comme si cela avait été possible.
- Il n'en est pas question! Jamais je ne te laisserai! affirma-t-il furieusement en s'adressant à Aro.
- J'ai offert à Renesmée de travailler pour moi, ici à Voltera. C'est un honneur pour plusieurs de rejoindre la garde vous le savez, mais elle ne m'a toujours pas répondu. Bien sûr, si elle acceptait de rester, vous pourriez tous repartir sans craintes puisque je l'aurais sous les yeux en tout temps et pourrais m'assurer qu'elle ne cause plus d'ennuis.
- NON! PRENEZ-MOI, MAIS LAISSEZ LÀ! s'écria Isabella en se planta devant moi. Elle avait hurlé si fort que tante Alice, Jasper et papa restèrent figés pendant une seconde.
- BELLA NON! C'est exactement où il voulait que nous en venions! Nous n'avons pas à marchander avec lui, nous n'avons rien fait de mal. Edward retenait son épouse par le poignet mais regardait Aro droit dans les yeux.
- Est-il toujours si contrôlant Bella? Tu voulais me proposer quelque chose je crois?
Ma mère semblait avoir un échange silencieux avec mon père car celui-ci la lâcha soudainement et se prit la tête entre les mains, désespéré. Il murmurait non … non … non … non ….non… sans pouvoir s'arrêter.
- Oui, Aro, je voudrais rester et servir à tes côtés si j'avais la certitude que mon mari et ma fille pourraient vivre tranquillement à l'extérieur.
Mais que faisait-elle? Comment la situation avait-elle pu dégénérer à ce point? Je venais de dire que j'étais la seule responsable, pourquoi ma mère devrait-elle rester ici? Mon père ne laisserait pas cela arriver. Il fallait que nous sortions tous d'ici. Edward en mourrait s'il devait être séparé de ma mère. Il fallait que je reste, que je prenne mes responsabilités pour une fois.
- Isabelle ma chérie, toi qui penses toujours aux autres avant toi-même, tu n'as pas à voir cela ainsi, cela ne doit pas être une de ces déchirantes séparation, cela serait trop triste. Ton mari et ta fille peuvent vivre ici, avec toi, de même que ton amie Alice et son mari. Vous êtes tous bienvenue! Vous êtes bien trop talentueux pour perdre votre temps dans le monde des humains. En vous joignant à moi je vous promets une vie des plus excitantes. Les yeux d'Aro s'étaient agrandis enchantés à l'idée de tous nous avoir dans son armé.
- Je préférerais rester seule.
- Voilà qui est embêtant, bien sûr, ton bouclier nous servira grandement. Cependant le don de ton époux et celui de ta fille de même que celui d'Alice et de Jasper seraient eux aussi très utiles. J'aurais aimé que vous reconsidériez mon offre.
- Aro, j'ai une idée. Jasper prenait la parole pour la première fois.
- Vas-y jeune homme, je t'écoute.
- Vous connaissez déjà nos dons et savez déjà à quel moment ils vous seraient le plus utiles n'est ce pas?
- J'ai déjà une petite idée en effet.
- Je pensais à un poste de contractuel au sein de votre organisation.
- Expliques-toi. Aro s'était penché en avant soudainement intéressé.
- Si nous vous offrions en guise de redevance, une mission chacun, où nous pourrions vous venir en aide. Une mission chacun, tous les cinq, une fois. Nous continuons notre vie auprès des nôtres et vous pourrez communiquer avec nous par téléphone ou par courrier pour ce qui est des détails de la mission que nous devons accomplir. Ce serait notre façon de travailler à maintenir l'ordre et de prouver que nous souhaitons nous impliquer activement dans la cause que vous défendez depuis des millénaires. Nous ne sommes pas des ennemis pour vous au contraire, nous souhaitons aider. Cependant le mode de vie que nous avons choisi est très éloigné du vôtre et cela risquerait de causer plusieurs sources de conflits au sein de la garde si nous la joignions à plein temps.
- Des contractuels? Une fois chacun? Je vous demande de venir et vous nous aider le temps voulu et ensuite vous repartez? Vous voulez surement aussi un droit de regard sur les missions et ne voudrez pas vous impliquer auprès d'anciens amis? Les Volturi ne fonctionnent pas ainsi! Les dilettantes ne font pas partis de nos troupes.
- Vous pourriez quand même bénéficier de nos pouvoirs et provoquer un effet de surprises sur vos adversaires. La rumeur se rependrait que vous avez de nouveaux guerriers. Nous ne sommes pas pour une violence gratuite mais nous pouvons être utiles pour votre protection. En fait, aucun de nous n'a de pouvoir offensif, vous le savez déjà. Évidement, un de nous peut rester aujourd'hui, ou vous pouvez bénéficier de tous nos dons, une fois. Vous y êtes gagnants.
Aro, calculateur, demeura silencieux un bon moment. Ses doigts pianotaient bruyamment sur le bras de son fauteuil rendant l'attente de son verdict insupportable.
Jasper avait bien défendu son idée, mais je sentais que tout ceci ne nous amènerait rien de bon. Et si les Volturi s'attaquaient à nos amis? Et si quelqu'un nous reconnaissait dans leurs rangs? Comment demander de l'aide après avoir tué à leurs côté? Je comprenais l'astuce de mon oncle pour nous voir sortir d'ici vivant mais à quel prix?
- Et bien, il faut bien vivre avec son époque! Des contractuels! Elle est bonne cella là! Jeune homme j'aime bien ta façon de penser, tu me divertis! Ha ha ha!
L'atmosphère de la salle s'était déjà détendue. On y respirait plus librement. Mais rien n'était encore joué.
- Je vais faire préparer un contrat par ma secrétaire et une fois la documentation remplie et signée, vous pourrez quitter mes amis, encore une fois, ce fût un plaisir de traiter avec vous. Il nous reste cependant un détail à régler.
Je sentis mon père contre moi se raidir aussitôt. D'instinct, les Cullen se placèrent en position défensive et attendirent la suite.
- Victor approches, mon ami.
Victor s'agenouilla devant Aro, comme un paysan devant son seigneur. Il se retourna vers moi et m'adressa un clin d'œil complice. Je n'aimais pas le voir soumis ainsi, lui qui était toujours si confiant.
- Tu as bien réussis ta mission. Tu m'as livré Renesmée et la tâche n'était pas facile, j'en suis conscient. Cependant tu m'as déçu.
Cette fois c'est moi qui se raidis. Je regardai ma mère et lui demandai silencieusement de le protéger sous son bouclier mais elle ne semblait pas comprendre comment je pouvais réagir ainsi devant mon geôlier. Elle devait déjà m'avoir diagnostiqué un syndrome de Stockholm.
- Victor, Heidi m'a dit que tu t'étais attaché à la demoiselle, dires qui ont été confirmés par mon frère Marcus. Est-ce exact? Aro tenait la main de Victor entre les siennes et devait comptemplé les moments que Victor et moi avions passé ensemble durant les derniers mois. Je le savais aux regards furtifs que mon père me jetait.
- Il n'y a là rien de blâmable, à ce que je sache. répondit Victor, arrogant.
- Bien sûr que non, jeune fou! L'amour est un sentiment bien noble et je préférerais cent fois voir notre Renesmée avec toi plutôt qu'avec ce loup. Cependant, il n'était pas de ton ressort que de te confier sur ta mission comme tu l'as fait. Tu aurais pu tout gâcher. Tu as trahis ma confiance et quand je perds confiance en quelqu'un, il m'est impossible de la retrouver.
- Vous n'avez jamais voulu de moi de toute façon, il m'importe peu que vous me fassiez confiance ou pas.
- Vois-tu, à moi cela m'importe! Je ne peux garder de gens dans mon entourage en qui je ne peux avoir confiance.
- Et bien dans ce cas, je promets de ne plus passer à proximité de votre entourage.
- J'ai bien peur que cela ne soit plus suffisant.
- Aro se leva et en une fraction de seconde pulvérisa le corps de Victor de ses mains, le pauvre n'avait pas eu le temps de le voir venir. Une épaisse fumée violette se rependait déjà dans la pièce alors que les restes de mon ami prenaient feu au pied du trône.
- NOOOOONNNNNNN!!!!
Je m'affalai au sol, privée de mes sens. La douleur avait été si fulgurante que je n'y voyais plus rien et je n'entendais plus que les battements de mon cœur dans ma poitrine. Rapidement les bras de ma mère m'encadrèrent et elle tenta de me consoler du mieux qu'elle put même si elle trouvait la situation incompréhensible. J'essayais de m'approcher de la dépouille de Victor mais elle me retenait avec force. C'était atroce, comment avait-il pu être là souriant et la seconde d'après n'être qu'un tas de cendres fumantes?
Un vampire avait dû entrer dans la pièce avec le contrat mais j'avais les yeux si plein d'eau que je ne le reconnu pas. Alice, Jasper et Edward allèrent apposer leurs signatures sur le torchon et mon père l'apporta près de ma mère et de moi pour que nous fassions de même.
- Il a tué Victor et tu veux que je lui rende service? JAMAIS! JAMAIS! TU M'ENTENDS? JAMAIS JE NE SIGNERAI CELA. C'est un monstre sadique! Tu devrais déchirer ce contrat!
- Renesmée sois raisonnable, si tu ne veux pas finir comme ton ami, tu signes et nous repartons au Canada immédiatement, le soleil n'est pas encore levé nous devons partir bientôt.
Mon père n'accepterait aucun compromis. J'enfoui mon visage trempé dans la poitrine de ma mère, je réalisais bien à quel point nous avions été chanceux d'avoir échappé au sort de Victor. Mais signé ce contrat était au dessus de mes forces. Comment pouvaient-ils me demander de m'allier à l'homme qui venait de tuer mon meilleur ami sous mes yeux?
Je regardai ma mère signée de son écriture encore inégale, Isabella Cullen en vitesse avant de me tendre le contrat. Les yeux de mes parents étaient fixés sur moi alors que je refusais de prendre le morceau de papier entre mes mains.
- Tu veux rester ici? C'est ce que tu veux? C'est ce que ton ami Victor aurait voulu? Penses à Jacob Renesmée! Ne me force pas à imiter ta signature!
Edward était furieux devant mon obstination et je compris qu'une telle offre ne nous serait pas proposée une seconde fois et que le temps pressait. Je saisis le contrat, le posai sur le plancher devant moi et signai à regret. Renesmée Carlie Cullen.
Edward saisit le contrat et alla le porter à Aro avec qui il discuta un moment. L'odeur des cendres de Victor emplissait mes narines et me donnait des hauts le cœur. Bientôt, il ne resterait plus rien de celui qui avait été mon meilleur ami. Un voleur, un menteur, un traitre, mais mon ami avant tout. Jamais plus je le verrais arriver au café pour m'aider à la fermeture, jamais plus nous n'irions chasser ensemble, il ne me demanderait plus les notes de cours qu'il n'avait pu prendre lui-même à cause du beau temps et jamais plus je le l'entendrais m'appeler marmotte avant de sombrer dans le sommeil. Je sentais déjà le vide de sa disparition dans ma vie. Les larmes revinrent sans que je ne puisse les retenir. Ma mère et Alice étaient près de moi et me caressaient le dos en échangeant des regards confus.
Je ne saisis pas tout ce qui se passa ensuite, des poignées de mains furent échangés et nous fûmes escortés jusqu'au stationnement souterrain. L e même fourgon teinté qui m'avait emmené deux jours plus tôt me ramenait à l'aéroport la mort dans l'âme.
Mon père reconnut à l'odeur le casier qui contenait mes affaires et en défonça la porte. Nous embarquâmes dans le premier vol pour Montréal avec une escale à Toronto. Ma mère ne lâchait pas ma main dans le terminal, si elle l'avait fait je serais probablement resté pétrifiée sur place.
J'aurais cru mes parents en colère contre moi, ils auraient eu toutes les raisons du monde de l'être, mais aucun ne me reprocha quoi que ce soit. J'aurais peut-être préféré qu'ils le fassent. Ils disaient qu'Aro cherchait un moyen de tous nous avoir à son service depuis si longtemps que je n'aurais pu y échapper de toute façon. Ils répétaient que nous avions bien de la chance d'en être tous sortis vivants.
Tous vivants.
Victor n'avait pas eu cette chance, lui. Plus j'y pensais, plus je regrettais de ne pas avoir présenté Victor à ma famille, ils ne comprendraient jamais à quel point il a été précieux dans ma vie. Peut-être l'auraient-ils aimé eux aussi? Je repliai mes jambes sur ma poitrine pour tenter de faire cesser le mal qui me serrait l'estomac. Peine perdu.
Ma mère tenta de me questionner sur ce qui m'avait poussé à lui cacher un pan si important de ma vie. Je ne savais pas quoi lui répondre. Pourquoi adolescente se sauvait-elle avec Jacob en moto au lieu d'attendre sagement mon père? Il y des questions qu'il vaut mieux ne pas poser. Les réponses sont cachées dans le subconscient d'une personne.
C'est les yeux encore rougis par les larmes, je n'avais jamais tant pleuré en une année ça j'en étais certaine, que je franchis l'aire d'embarquement à l'aéroport Trudeau de Montréal. Un petit cortège nous attendait. Grand-mère et grand-père, puis tante Rosalie et Emmett, se précipitaient à notre rencontre, il avait bien fallu un autre drame pour nous réunir. Nous étions enfin ensemble tous les neuf.
Entre deux embrassades, j'aperçu deux autochtones de ma connaissance qui nous regardaient non loin. Seth Clearwater et Sam Uley étaient là adossés à une colonne. Je me dirigeai vers eux, bien heureuse, mais aussi surprise qu'ils soient là.
C'est en croisant le regard de Sam que je m'arrêtai sur le champ. La planète qui avait bifurquée de trajectoire depuis un an, avait maintenant regagnée son axe habituel. Ce regard. Cet homme qui semblait avoir trente ans et des poussières, ce n'était pas Sam. L'homme qui marchait désormais vers moi avec son sourire irrésistible, c'était Jacob.
