Lorsque nous revenons à la chaumière, une délicieuse odeur flotte dans l'air. Une des raisons pour laquelle j'adore venir ici, outre le fait que j'aime ma famille, est que Fleur doit bien être la meilleure des cuisinières.

Les deux femmes sont dans la cuisine, comme Fleur l'avait dit. Ma belle-sœur s'affaire au dessus de ses fourneaux tandis qu'Hermione entreprends d'expliquer à Victoire que la fourchette se met à gauche et pas à droite, et que non, il n'est vraiment pas possible de faire l'inverse.

Elle lève les yeux vers moi et esquisse un sourire. Miracle ! Alors que je l'avais quittée en larmes, ses yeux ne sont même plus rouges. Bill avait raison : Fleur fait de véritables prodiges. J'avais raison de venir finalement…

Chose étrange, je parviens à me comporter normalement durant le repas. Le sort semblait pourtant s'acharner contre moi. Fleur m'a installé juste à côté d'Hermione, qui paraît plus mal à l'aise que jamais. Je me demande bien ce que ces deux femmes ont pu se dire… La même chose que Bill et moi si ça se trouve. Vers le milieu du déjeuner, le bébé ayant eu la bonne idée de bourrer sa mère de coups de pieds, Fleur me demande alors combien je veux d'enfants. Puis Bill enchaîne en demandant à Hermione si elle aime la Roumanie, avant de me lancer des coups réguliers sous la table, comme si j'avais l'idée d'oublier.

Je ne sais pas ce qui se serait passé si Victoire n'avait pas enchaîné les bêtises. Heureusement qu'elle est trop jeune pour comprendre ce qui se passe autour d'elle, sinon cette pauvre âme enfantine aurait été choquée.

Je dirais bien deux mots à Bill, moi… Mais comme si il paraissait deviner mon intention, il adopte la bonne vieille stratégie de la savonnette sitôt levé de table. Hermione aussi apparemment, puisque je ne peux la trouver nulle part dans la maison.

Fleur a un peu plus de jugeote. D'un geste du menton, elle me désigne la colline. De là, on a une vue imprenable sur le Terrier sans être vu, que ce soit de la maison de mes parents ou de celle de mon frère.

Hermione est bien là. Je la vois. Elle me tourne le dos, et semble fixer le jardin situé en contrebas. Calme Charlie, ce n'est rien…

Mes mains sont moites pourtant, et je tremble rien qu'à l'idée de lui adresser la parole. Me comporter normalement, c'est cela. Je dois me comporter normalement. Facile à dire… Je préférerais encore être face à un Maygar à pointes en fureur.

« Ça va mieux ? »

Question pourrie. Il y a deux heures, elle a apprit que son copain la trompait. Comment pourrait-elle bien aller ?

« Oui, répond-t-elle pourtant. Merci. »

« Merci ? je répète bêtement. Merci de quoi ? »

Oh non, je deviens aussi stupide que Ron quand il est obligé de danser…

« De t'être occupé de moi. Rien ne t'y obligeait. »

Oh que si ! Elle n'imagine même pas.

« Je n'ai rien fait. C'est Fleur qui… »

« Je ne parlais pas de cela. Je pensais plutôt à…ta chemise. »

Son mouchoir plutôt. Mais enfin, où veut-elle en venir ? Je ferais mieux de me tirer de mes dragons, car je ne comprends vraiment rien à ce qu'elle raconte.

« C'était gentil à toi de m'avoir laissée pleurer sur ton épaule »

« Hermione…je ne suis pas cruel, je n'allais pas te chasser tout de même ! »

Elle sourit. Merlin, comme elle est jolie ainsi ! Tant pis pour le mièvre ! Ma déesse…

« Tu aurais pu. Fleur était prête à prendre le relais. »

« Tu ne voulais pas me lâcher, dis-je comme pour m'excuser. »

J'ai tout faux…

« J'étais bien, répond-t-elle. »

O joie ! O bonheur ! O sublime splendeur ! Heu, je ferais mieux d'arrêter, la poésie ne me paraît pas trop être mon truc… Où est mon courage de Gryffondor, tant que j'y pense ? Bien caché, j'en ai peur…

« Charlie ? »

Je frôle la crise cardiaque.

« Hermione ? »

C'est définitif, je dois passer pour un crétin fini.

« Tu sais, Fleur m'a dit des trucs… »

« Ah ? »

Quitte à être stupide, autant l'être jusqu'au bout…

« Oui…et elle avait raison. »

Merlin, c'est irrévocable, je suis une lavette. Hermione ne paraît pas s'apercevoir de ma panique intérieure, bien que je n'aie toujours esquissé aucun mouvement. Elle s'approche de moi, et je peux sentir son parfum, si doux et si agréable.

Toute ma peur s'envole d'un seul coup. Nous agissons alors de concert. Je me penche vers elle et pose les mains sur sa taille. Elle entoure mon cou de ses bras. Nous nous embrassons.

Il faudra que je remercie Ron. Il a beau être plus bête que ses pieds, sans lui, je ne serais pas en cet instant même en train de passer le plus beau moment de ma vie avec celle que j'aime.

J'avais bien tort de m'en faire. Elle et moi, nous sommes complémentaires.