Disclaimer : Au risque de vous surprendre, je ne suis pas Katsura Hoshino et je n'ai donc aucun droit ni sur l'univers, ni sur les personnages, que je ne fais qu'emprunter à des fins non commerciales.
Genre : Univers Alternatif et cours de nécromancie appliquée.
Rating (+ warnings) : PG-15 à cause du mort et des zombies.
Note : Oui je sais, ce chapitre s'est fait attendre. Désolée, mais l'été ça ne me réussit pas.
Remerciements : À Sesshy_girl pour la bétalecture.

Necromancer Rhapsody
chapitre IV : Passons à la pratique

[Kanda s'habitue gentiment à la vie au sein de l'AMI et à la présence de la magie dans son environnement direct. Il suit ses cours avec l'assiduité de celui qui n'a pas d'autre choix.]

Les cours s'étaient jusque-là déroulés sans anicroches, même ceux en commun avec d'autres classes. Ceux-ci avaient d'ailleurs mis en lumière le fait que les nécromanciens étaient une minorité, puisque les autres classes étaient bien plus fournies. La plupart des cours avaient été très théoriques, car ils concernaient des spécialisations, comme la métamorphose ou l'invocation et que, tout comme la nécromancie, ces branches n'étaient pas praticables par le premier venu.
Néanmoins les cours en restaient obligatoires, même s'ils ne servaient que de base de culture générale et ne seraient plus dispensés les années suivantes. La seule matière dans laquelle les élèves avaient pu faire quelques essais pratiques était la magie élémentaire, mais cela s'était révélé bien plus difficile qu'ils nel'avaient imaginé.
Outre les discussions classiques sur les cours, les élèves parlaient également beaucoup du LARME et d'aucun prétendaient même que, malgré les démentis, les scientifiques y menaient des expériences interdites sur des humains. Ces rumeurs étaient visiblement soutenues par Bak Chan, le professeur d'alchimie, mais Lavi prétendait que c'était parce que celui-ci convoitait la place de Komui. Kanda, n'ayant pas encore eu de cours d'alchimie, réservait son opinion sur le personnage et, par extension, sur la véracité de ses propos.

Le jeudi après-midi, Kanda avait quatre heures de nécromancie. La salle de nécromancie, bien qu'étant la plus petite salle de cours de l'AMI, semblait bien vide après une matinée passée en compagnie des élèves en métamorphose à écouter le professeur Mikk exposer les bases de l'invocation. Le problème n'était pas tant que les métamorphes soient spécialement bruyants, mais plutôt que le professeur Tyki Mikk aie un succès hallucinant auprès de ses élèves. Kanda avait même vu circuler une feuille d'inscription au "fan-club officiel de monsieur Mikk", lequel, au nombre de signatures, devait avoir un franc succès.
Le calme de la salle de nécromancie plaisait à Kanda, même si celui-ci était troublé par des murmures, notamment ceux des deux filles assises devant lui qui se demandaient si le professeur Cross avait aussi un fan-club.

Au moment où la sonnerie annonciatrice du début des cours retentissait, Maria entrait dans la salle. Elle poussait un chariot avec, à l'étage du bas, un aquarium où grouillaient des vers de terre et, en haut, deux petites cages contenant chacune un hamster. Cross entra à sa suite et posa les deux cages à hamster sur son bureau.
"Bon, on va commencer par un petit exercice. Qui peut me dire quelle est la différenceentre ces deux hamsters ?"
Les élèves restèrent silencieux ; les animaux semblaient plutôt identiques. Un garçon tenta quand même une réponse.
"Bah… Y en a un qui est plus clair que l'autre…"
Cross éclata de rire.
"Je parle d'une différence plus flagrante." Il s'alluma une cigarette. "Et ce sont deux mâles si certains allaient imaginer que c'était là le truc."
Les élèves hésitèrent, puis une fille s'approcha pour essayer de déceler une quelconque différence. Bien vite, la plupart des élèves vinrent à leur tour observer de plus près, mais ils repartirent bredouilles. Seul Kanda était resté à sa place, observant avec un certain dédain ses camarades. Cross avait gardé les yeux fixés sur ceux qui observaient les rongeurs, sans doute dans l'espoir que l'un ou l'autre réalise la différence. Le jeune homme avait cependant l'impression que Maria le fixait, même s'il ne pouvait voir ses yeux. Et le petit sourire entendu que lui adressa la liche alors que les élèves retournaient à leur place lui prouva qu'il avait eu raison.

Lorsque chacun fut à nouveau assis, Cross reprit la parole.
"Vous n'avez pas compris. Mais ça ne m'étonne pas. Généralement il y a un élève tous les cinq ans qui arrive à voir la différence, et il y en avait un il y a deux ans…" Il se tut un instant pour tirer sur sa cigarette puis ajouta : "Ce qui veut dire que la statistique va exploser."
Satisfait de l'étonnement sur les visages de ses élèves, il donna un coup de tête en direction de Kanda.
"Toi, au fond, explique à tes petits camardes quelle est la différence entre les deux hamsters.
– Celui de gauche est un zombie," répondit sobrement le jeune homme.
Tous les autres élèves se tournèrent vers lui sans comprendre, puis regardèrent à nouveau les hamsters, sans comprendre comment il avait pu deviner ça.
"En effet, expliqua Cross. Celui-ci est mort et je le contrôle. Un bon nécromancien doit voir la différence au premier coup d'œil.
– Et pourquoi lui y peut le voir et pas nous ? s'exclama le garçon qui avait lancé l'hypothèse sur la couleur. Il est meilleur que nous, parce que c'est un type du lotus ou je sais pas quoi, c'est ça ?"
Une jalousie mal dissimulée teintait ses paroles, mais le professeur n'y prêta pas attention.
"Meilleur je ne sais pas… Il est différent, ça c'est certain. Il a appris à faire confiance à ses sens, ce qui n'est pas votre cas. Il voit la mort autour de ce hamster et le lien magique entre lui et moi. Vos yeux les voient aussi, mais votre cerveau les refuse. On vous a dit qu'il n'y avait pas de halo violet autour des cadavres alors vous avez fait en sorte de ne plus le voir. C'est un réflexe inconscient et tout à fait normal… Bien que stupide. Vous avez fait en sorte d'être comme tout le monde parce que c'est ce qu'on attendait de vous. Alors que ce qu'on attendait de Kanda quand il était gamin c'était d'être un bon combattant… Comme voir la mort n'altérait en rien ses capacités à être ce qu'on voulait qu'il soit, il n'avait aucune raison de ne pas vouloir la voir. Vous allez devoir apprendre à faire confiance à vos yeux. Ça viendra tout seul au bout d'un moment."

Cette explication n'était pas exacte, mais Kanda ne prit pas la peine de le dire, ne voulant pas parler de lui. En réalité, il avait bien failli faire comme tous les autres et ignorer les halos violets autour des cadavres. Mais il en avait parlé en premier au maître d'armes de l'époque et celui-ci avait eu la sagesse de lui dire qu'il devait faire confiance à ses yeux – pas à ceux des autres – etque s'il voyait des choses, elles étaient là. Ensuite il lui avait tout de même conseillé de garder le sujet pour lui, histoire de ne pas attiser de jalousies en montrant aux autres qu'il avait une meilleure vue. Kanda avait simplement suivi ses conseils.
Maintenant qu'il y repensait, le maître d'armes decette époque était le père de la fille qui avait fait preuve de dons de médium quand le mage était venu le recruter… Lui aussi voyait donc peut-être le monde de manière différente.
Préférant éviter de ressasser le passé, le jeune homme se concentra sur le cours, même s'il était à présent beaucoup plus dur à suivre puisque Maria venait de prendre la parole et que sa voix avait décidément quelque chose d'hypnotisant.

Une heure et demi plus tard, Maria leur avait expliqué les divers dangers liés à la pratique de la nécromancie, puis leur avait exposé en détails le procédé de création d'un zombie. Suite à son discours, Cross leur fit une démonstration en tuant le second hamster et en le pliant ensuite à sa volonté.
L'opération sembla simple à Kanda, qui voyait le halo violet apparaître et la magie du professeur venir s'enrouler autour pour s'y mêler et le dominer. Mais pour les autres, cela devait sans doute être un peu moins évident. Tant pis pour eux, pensa-t-il avec indifférence ; ses camarades de classe ne l'intéressaient pas. Il y a quelques mois encore il les aurait haï, par principe, parce que la magie était à ses yeux bonne pour les lâches et les tricheurs. À présent contraint de rejoindre leurs rangs, il les considérait un peu différemment en sachant qu'ils n'avaient pas forcément choisi d'être là. Leur fierté et leur confiance en leurs pouvoirs le dégoûtaient cependant, aussi préférait-il les ignorer pour ne pas risquer de les massacrer au premier commentaire venu.

Cross expliqua ensuite à ses élèves surexcités qu'ils allaient pouvoir tenter de créer un zombie d'ici quelques minutes. La classe se tut en un silence, témoignant d'une attente expectative tandis que le professeur posait sur son bureau l'aquarium de vers de terre.
"Vous commencerez avec des lombrics, les invertébrés étant plus simples à dominer. Prenez-en un, amenez-le à votre place, tuez-le et essayez de le transformer comme je viens de vous l'expliquer. Si vous n'y arrivez pas dans les trente secondes qui suivent sa mort, laissez tomber et allez en chercher un nouveau."
La plupart des filles firent la grimace, mais aucune n'osa exprimer à voix haute le dégoût que les vers leur inspiraient, et tous les élèves commencèrent à préparer leur premier zombie.
Cross semblait amusé par l'excitation générale, mais la bouche de Maria laissait plutôt voir une semi-grimace inquiète. Les étudiants ne s'en souciaient guère et traçaient avec un mélange inégal d'application et d'empressement un cercle de protection pour limiter les risques qu'une entité extérieure tente de prendre possession du ver de terre et de leur propre âme par la même occasion.
Cette mesure de sécurité n'était nécessaire que pour les débutants, avait assuré Cross, et d'ici quatre à six mois ils n'auraient plus à se fatiguer de la sorte. Mais pour l'instant ils devaient dessiner à la craie un cercle d'une vingtaine de centimètres de diamètre sur leur table et déposer une goûte de leur sang aux quatre points cardinaux. Ils mettraient ensuite le lombric à l'intérieur pour tenter de le transformer.

Kanda n'avait pas du tout envie de créer un zombie, mais il savait qu'il n'avait pas le choix, aussi fit-il de son mieux pour que son travail, à défaut d'être fait avec passion, soit tout à fait correct ; il voulait qu'on lui fiche la paix, et n'avoir à entendre aucun commentaire était le meilleur moyen pour lui d'être tranquille. Il était déjà très mécontent d'être le seul à voir la mort de la sorte, parce que ça l'avait mis en avant. Pas qu'il n'appréciait pas d'être le meilleur, puisqu'on lui avait appris à combattre pour la première place, mais être premier de classe en nécromancie lui semblait être une tare des plus abjectes.
Il dessina donc doucement un cercle puis posa sans entrain les goûtes de sang réglementaires avant d'aller chercher un ver de terre. Il essaya d'ignorer ses camarades, mais ne put cependant retenir ni le reniflement dédaigneux en passant à côté de deux filles qui n'osaient pas s'entailler le doigt et piaillaient à l'injustice d'une souffrance inutile, ni le "tss" agacé face au garçon qui plongeait les deux mains dans l'aquarium pour les en ressortir pleines de lombrics qu'il agitait en direction des autres élèves avec une grimace qui se voulait menaçante.

Une fois de retour à sa place, il tua le ver de terre sans plus de cérémonie et tenta de récupérer son corps. L'expérience demandait plus de concentration que ce dont il avait bien voulu faire preuve et son esprit fut repoussé sans ménagement sans même qu'il sache comment ni pourquoi. Comme beaucoup d'autres, il dut donc retourner chercher un nouveau lombric.
Il recommença donc avec plus d'attention et sentit cette fois clairement l'esprit du défunt ver lutter pour la paix de son cadavre. Il lutta un moment mais ne trouva pas le moyen de s'imposer à l'animal, aussi laissa-t-il tomber, par mesure de sécurité – Cross avait bien souligné que l'abandon était une solution louable alors que la défaite signifiait la mort.
Son esprit combatif piqué au vif, Kanda mit toute son énergie dans la troisième tentative, bien décidé à ne plus perdre de combat. Cependant, au bout d'une longue minute de bataille, il dut abandonner une fois de plus. Sa première réaction fut de vouloir recommencer immédiatement, mais il repensa aux paroles de son maître d'armes et, plutôt que d'aller chercher un autre lombric, il ferma les yeux et inspira profondément.
Une fois plus ou moins calmé, même si la rage de vaincre bouillonnait toujours dans ses veines, il s'efforça de se remémorer la manière dont leur professeur avait transformé le hamster. Ça avait paru très simple, aussi était-il persuadé que c'était comme pour les bottes au sabre ; s'entraîner à exécuter le mouvement dans le vide des dizaines et des dizaines de fois ne servait à rien si l'on en avait pas compris les moindres rouages.

Il fallut encore trois essais à Kanda pour trouver le truc, mais cela le dégoûtait tellement qu'il laissa filer l'esprit du ver de terre au lieu de l'écraser comme prévu pour faire de son corps un zombie à sa solde. Là où il avait cru à un combat comme il les connaissait, il devait en réalité ruser et escroquer l'esprit de la créature morte. Il fallait lui laisser croire à sa victoire pour ensuite l'écraser, ce qui était tout bonnement de la triche à ses yeux. Un combat, même spirituel, devait être loyal, se faire dans la force et l'honneur ; pas avec des méthodes aussi fourbes !

En revenant avec son septième ver, le jeune homme décida qu'il attaquerait à nouveau de front et tant pis s'il devait crever face à un ver de terre. Il aimait mieux mourir en guerrier que vivre en nécromancien ; il avait essayé, fait de son mieux pour accepter ses horribles capacités et avait même compris comment les utiliser, mais il ne pouvait décemment pas aller à l'encontre de toutes ses valeurs pour le reste de sa vie.
Résolu, il tua d'un coup sec le lombric et attaqua sans attendre, sans même chercher, comme il l'avait fait jusqu'alors, à situer s'il attaquait l'esprit du ver ou simplement le halo violet. Et cela fonctionna. Sans qu'il réalise même avoir porté un coup, il sentit l'esprit de la créature se dissoudre et vit le halo violet devenir un fin filament, le reliant au cadavre. Intrigué, le jeune homme tenta de donner un ordre au ver. Avant même qu'il aie fini de penser "avance", le corps s'animait malgré sa tête écrasée. Il lui fit faire quelques figures à l'intérieur du cercle puis brisa le lien.

Il resta un instant à regarder le ver de terre puis le posa à côté du cercle, près des autres. Il lui fallut un moment pour réaliser qu'il avait réussi non seulement à créer un zombie, mais qu'il avait réussi à le faire aussi loyalement que possible quand on essayait de récupérer le corps d'un être mort. En essayant d'analyser calmement les faits, il réalisa qu'il y avait deux choses qui lui avaient permis de réaliser son zombie de la sorte ; d'abord sa capacité, entraînée par des heures de méditation et de pratique du sabre, à mettre toute sa volonté dans un seul objectif – généralement la victoire – et ensuite, surtout, son absence de crainte face à la mort. Il était prêt à mourir lorsqu'il avait projeté son esprit sur le lombric décédé et l'esprit de celui-ci n'avait donc pas pu le contrer comme les précédents en jouant sur sa peur inconsciente de la mort.

Satisfait d'avoir compris les rouages de la technique, Kanda décida de la mettre en pratique pour la peaufiner, comme il l'aurait fait s'il s'était agi d'une nouvelle botte secrète enseignée par son maître d'armes. Il alla dont chercher un nouveau ver de terre et recommença.
Il ne prit pas la peine de crier victoire, comme l'auraient sans doute fait ses camardes de classe. Il était certes content de sa réussite, surtout de la manière dont il avait pu traiter la chose sans perdre son honneur de guerrier, mais ne voulait pas vraiment se mettre en avant en tant que nécromancien, car il trouvait toujours que c'était une capacité détestable.

Il s'écoula près d'une demi-heure avant qu'une des filles qui rechignaient à se blesser volontairement ne se mette à hurler.
"J'ai réussi ! Regardez ! J'ai réu…"
Elle ne termina pas et Kanda devina qu'elle avait dû briser le lien avec son zombie en criant de la sorte. Lui-même avait eu besoin de près de onze essais avant de pouvoir quitter le ver des yeux sans en perdre le contrôle, alors sautiller et piailler…
Cross s'approcha de la fille.
"Je vous jure, monsieur, balbutia-t-elle, j'avais réussi…
– Et quand tu t'es agitée tu as perdu le contrôle. Ce genre de chose s'entraîne. Réessaye."
L'étudiante s'exécuta et, malgré le regard du professeur posé sur elle, parvint à imposer sa volonté au cadavre du lombric.
"Bien," déclara sobrement Cross, ce qui fit à nouveau perdre le contrôle à la fille. "Tu as franchis la première étape. À présent, entraîne-toi à garder le contrôle. Quand tu seras capable d'écrire et de parler tout en le gardant soumis à ta volonté, tu pourras essayer d'en faire deux à la fois… Mais sans les laissez plus de trente secondes entre la vie et le zombie, je ne veux pas que vous preniez de risques inutiles."
La fille acquiesça, mais le professeur ne la regardait plus. Quand il avait parlé du stade à atteindre pour pouvoir tenter d'en maîtriser un second, il avait levé les yeux vers Kanda, pour lui faire comprendre que la consigne était aussi valable pour lui. Celui-ci avait hoché la tête avec reconnaissance, appréciant le fait que Cross respecte son choix de ne pas faire étalage de sa réussite.

Le fait qu'une fille soit parvenue à créer un zombie avait énervé certains garçons. L'un d'eux, après avoir lâché divers commentaires sexistes, avait voulu prouver que, si une fille y arrivait, c'était donc à la portée de tout le monde. Et il avait forcé ; il avait tenté d'asseoir sa volonté sur le ver de terre pendant un peu plus de deux minutes… Puis il s'était écroulé, mort, sur sa table.
Sa chute avait provoqué quelques cris et son voisin avait tenté de le secouer. En vain.
"Ça ne sert à rien, avait déclaré Cross en approchant à grands pas. Il est mort. Vous devriez voir un halo violet autour de lui si vous saviez regarder."
Il avait ensuite soulevé le garçon pour regarder le lombric et, à l'intensité du halo, avait tout de suite compris ce qu'ils'était passé.
"Votre camarade a voulu faire son malin. Il a combattu trop longtemps et voilà le résultat. Vous apprendrez donc que si je vous donne des consignes ce n'est pas pour rien !"
Sur ce, visiblement exaspéré par l'incompétence de ses élèves, il balança sans ménagement le cadavre sur son épaule et alla le déposer hors de la salle. Plus tard, Lavi apprendrait à Kanda que, la première fois qu'un élève était mort dans sa classe, Cross en avait fait un zombie et lui avait fait écrire deux cents fois au tableau noir "Je dois suivre les consignes." mais qu'il n'en avait pas fait une habitude parce que la famille de l'étudiant avait porté plainte et qu'il avait failli perdre son poste.

Après cet incident, la classe devint silencieuse et les élèves mirent beaucoup plus d'application dans leur travail.
Maria et Cross circulaient entre les tables pour observer l'avancée des élèves et la liche s'arrêta une fois à côté de Kanda alors que celui-ci exécutait une figure d'origami basique pendant qu'un lombric-zombie décrivait des arabesques dans son cercle de protection.
"Ça se passe comme tu veux ? interrogea-t-elle de sa voix mélodieuse.
– Je progresse," répondit-t-il laconiquement sans quitter son pliage des yeux. Le zombie s'arrêta un court instant puis reprit son chemin.
"Je vois ça, déclara la liche avec un sourire. Dis-moi," ajouta-t-elle après un instant de pose, cherchant visiblement à le faire parler pour le tester, "je sais que tu peux voir les zombies, cela signifie sans doute que tu peux aussi voir les morts ?
– En effet.
– Et moi, as-tu vu ce que j'étais au premier coup d'œil.
– Pas exactement, avoua-t-il sans honte. J'ai senti que vous n'étiez pas… disons que vous étiez différente du commun des mortels… mais je n'ai pas compris ce que vous étiez avant que monsieur Cross ne nous en informe."
Le ver de terre n'avait cette fois pas cessé une seule fois de s'agiter.
"Et bien je pense que tu peux passer à l'étape suivante. Essaye de garder celui-ci sous contrôle pendant que tu vas en chercher un nouveau et que tu le transformes. Si ça marche bien, tu pourras aussi essayer d'en changer ensuite deux en même temps. Mais, par contre, n'essaye pas d'en avoir plus de deux ou trois à la fois sous ton contrôle."
Kanda acquiesça et la liche se dirigea vers d'autres élèves pendant qu'il terminait son pliage. Il alla ensuite chercher un nouveau lombric et, se faisant, réalisa que la distance accroissait sensiblement la difficulté de l'exercice.

À la fin du cours, Cross leur demanda de s'entraîner pour être capable au cours suivant de manier deux zombies à la fois en restant à moins d'un mètre du cercle et un seul en s'éloignant de dix mètres, quinze si possible.
"Quinze mètres ! s'exclama un élève. C'est de la folie ! On arrive à peine à se lever et à garder le contrôle !
– Ne prends pas ton cas pour une généralité, gamin. La plupart de tes camarades arrivent à faire le tour de leur table sans problème. Et certains sont même capables de bien plus… Alors vous allez vous entraîner et je vous testerai vendredi, pour note."
Le professeur quitta ensuite la salle, laissant à Maria le soin d'expliquer où était la salle d'entraînement à leur disposition, salle dans laquelle ils trouveraient ver de terre, craies, canifs et sabliers, soit tout le matériel nécessaire à la fabrication de leurs zombies. Le sol de la salle était d'ailleurs pavé de dalles de cinquante centimètres de côté pour leur permettre de juger la distance.

Ce soir-là, alors que Kanda comptait aller se coucher après son entraînement au sabre habituel, il fut assailli par Lavi ; le borgne l'accablant de reproches pour ne pas être venu manger avec lui, car la rumeur courrait qu'un élève nécromancien était mort et il n'avait rien fait pour rassurer son ami, c'était impardonnable ! Pour tenter de le calmer, Kanda lui parla – légèrement à contre-cœur et après lui avoir fait promettre de garder cela pour lui – du cours et de l'impression qu'il en avait eu, mais aussi de sa technique pour créer un zombie sans tromper l'esprit mort. Lavi lui posa beaucoup de questions et, lorsqu'il le laissa enfin tranquille et s'éloigna en lui souhaitant bonne nuit, Kanda eut la déplaisante impression qu'il préparait quelque chose de pas forcément très net.

À suivre…