Dans cette ville, il y a 13 zones.
Les trois premières sont occupées par les riches, et on y trouve les universités de renom. C'est souvent des milliardaires, millionnaires ou même deux ou trois stars qui s'y installent.
Les cinq suivantes, c'est la classe moyenne, et ceux qui n'ont pas de besoins spéciaux niveau argent. C'est le côté institution, avec tout les niveaux d'écoles –de la maternelle à la fac–. Il y a au moins deux centres commerciaux par zone, et pas loin d'une belle centaines de boutiques en tout genre –des tatoos aux barbies–.
Les quatre avant-dernières, c'est les ghettos. On y trouve des gens de la classe moyenne, des soûlards et un bon paquet de famille reconstituées –la plupart du temps pour le plus grand malheur des personnes qui en font partie–. Mais c'était aussi les quartiers où il y a toutes sortes de sports de combat –boxe, karaté, aikido– et tout les orphelinats de la ville.
Et enfin, la treizième zone. La plus dangereuse et la plus mal famée. C'est, en quelque sorte, le repaire des dealers et de ceux qui tapent dans le proxénétisme. Mais aussi les expatriés, les déserteurs, et c'est bien le seul endroit où on peut discuter intellectuel avec les prostituées, qui sont loin d'être connes. Pour certaines seulement. Dans les rues, les gens se baladent avec des flingues comme si c'est la chose la plus naturelle qui soit –et pour eux, ça l'est–. C'est dans cette zone que j'ai grandis, au rythme des bagarres et des cris. Dire bonjour aux prostituées le matin en allant jeter les poubelles, et faire un petit coucou au (parfois aux plusieurs) cadavre –ou à l'encore agonisant presque cadavre– du mec qui n'a pas respecté une des dames citées plus haut, c'est habituel.
Mais jamais monotone.
Ici, tout le monde se connaît, et/ou connaît la situation familiale des autres. Les prostituées sont des grandes habituées du bar de Joe, un déserteur de la guerre du Vietnam, mort il y maintenant sept ans. Malgré ça, le nom –''Babylone''– n'a pas changé. Un hommage, en quelque sorte, à cet homme amical et protecteur dans ces rues hostiles, mais pourtant si familières. Bien malgré moi, tout le monde connaît mon nom dans cette grande ville. C'est vrai qu'il est inoubliable : Tsuki Akari. Rayon de Lune. Ce qui colle parfaitement avec mes cheveux désormais blancs. Cheveux blancs qui, je vous arrête, ne sont pas javellisés. C'est juste qu'un con a trouver marrant de me les faire cramer quand j'avais cinq ans –en l'occurrence, le con en question, je l'appelais encore papa–. Depuis, mes cheveux repoussent, inlassablement, blancs. Pas comme de la neige, ou même comme les plume d'une colombe.
Mais comme de la cendre chaude.
Je sors enfin de l'immeuble délabré dans lequel je réside. J'ai mis pas moins d'une heure à calmer les zigotos qui me servaient –notez bien l'utilisation du passé– de peluches. Car oui, moi, Tsuki Akari, héberge certains personnages de Bleach ! Et pas des moindres. Version peluche et –à mon plus grand bonheur (…)– bien vivants et réels. Allez essayer de faire taire un Grimmjow et un Ichigo avec des paroles et rien que ça. Et bah, je peux vous dire que vous allez galérer. C'est bien pour ça que j'ai fini par les assommer, et les enfermer à clé –avec les autres, s'entend– dans ma salle de bain. Je sors mon paquet de clopes et m'en allume une. Je tire une longue latte. Il est pas loin de 22 heures et les clients devraient pas tarder. Oh, contrairement à ce que vous pensez sûrement, je ne suis pas une prostituée. Juste une lycéenne avec un humour pourri et trois tonnes de malédictions –dont une me donnant un bon paquet de malchance, rappelez vous l'histoire de l'éponge–.
-Hey, Tsuki ! me hèle une voix dans mon dos.
Je me retourne et tombe nez-à-nez avec Miho, une ''Dame qui travaille'', accessoirement une de mes meilleures amies. Ah, la jolie Miho, avec ses longs cheveux bruns et ses grands yeux noirs. Elle ressemble vraiment à une poupée…J'attends qu'elle soit à ma hauteur pour lui lancer :
-Pas encore de clients ce soir ?
-Et nan, mon chou ! s'exclama-t-elle. J'ai demandé un jour de congé à Faith.
-Je vois, j'acquiesce en fermant les yeux.
''Faith'', alias Tooru Yamasuko. Un des gros proxénète du coin. Il est bien respecté et à la main mise sur tout le Nord de la zone. Un type louche, d'apparence seulement, sympa et bon traitant avec ses ''travailleuses''. Avec lui, pas de drogue. Il est clean, a un casier judiciaire pas trop rempli, et une certaine classe. Et « Faith », parce qu'il est homme à tenir ses paroles.
Miho et moi, en direction du Babylone, discutons d'un peu tout. Ma petite poupée, en corset noir, jupe en jean et bottine est sexy au possible. Moi, comme à mon habitude, je fais dans le simple. Un pull à col V léger et noir, et un slim de la même couleur. J'aime pas taper dans le bling-bling. Ce qui n'est visiblement pas le cas de Rita, une africaine que nous saluons vaguement de la main en entrant dans le Babylone.
Immédiatement, les têtes se tournent vers nous, et tous nous salue, qui d'un sourire, qui d'un hochement de tête. Le boss, Fred le français, me fais un grand sourire. On s'assois au comptoir.
-Yo, Fred, lançais-je.
-Ma Tsuki, Miho-chou. Ca fait longtemps.
-Tu rigoles ou quoi ? s'exclame Miho en riant. A peine hier !
-Mais vous m'avez manqué, mes chéries, fait-il, un sourire amusé sur les lèvres.
Le mignon Fred et sa vingtaine d'années blonde aux yeux marrons. Il a toujours ce grand sourire qui te remonte le moral. Il sert l'habituelle bière de Miho.
-Un Zombie, pour moi, Boss ! fais-je en me redressant sur mon siège.
Il fait le salut des militaires. Dans le bar, des rires étouffés nous parviennent. Tout ces hommes, et pas des moindres avec leur visage hostile et parfois défiguré de cicatrices, sont sympathique. Tant qu'on leur cherche pas des noises.
Fred soupire en me servant mon Zombie. Je vais avoir droit au fameux discours du barman.
-Tsuntsun, t'es même pas majeure. Si jamais—
Mais il a pas l'occasion de finir sa phrase, qu'un groupe de mecs entre environ 18 et 25 ans vient d'entrer avec force de rire et d'exclamations un peu trop fortement prononcées à mon gout. Je descends mon verre d'une traite, et le tends à Fred. Il le prends en soupirant une deuxième fois et je me permet un sourire en coin. Il me fait mon deuxième Zombie et tend le verre. Je le remercie d'un clin d'œil. Les mecs s'assoient à côté de moi en me regardant.
-Si tu m'apprenais comment résister à ton charme, peut-être que je ne te vendrais plus de verre alcoolisé.
Je rigole.
-Seulement, si je t'apprenais, j'aurais plus le droit au meilleur Zombie de la ville, mon chou, rétorquais-je en faisant tourner rêveusement le verre entre mes longs doigts blancs.
Un des mecs doit dire un truc sur moi ou Miho, car ils rigolent grassement en regardant dans notre direction. S'ils croyaient être discrets, c'est loupé depuis leur entrée dans le bar. Parce qu'apparemment, personne ne connait leurs visages. Et les mecs comme ça, on les surveillent. Histoire qu'ils aillent pas emmerder les gens de nos rues, notamment les filles. Je hausse vaguement des épaules, avant de m'emparer de mon verre. Verre qui a atterrit dans la main de –apparemment– chef du groupe qui me regarde tout en le buvant. Avec un putain de regard narquois. Je vais le tuer. Fred me dit, dans sa langue natale :
-Ecoute–je sais que ça ne servira à rien de te dire ça, mais on peut toujours essayer–. Evite de me péter toutes les tables. J'en ai eut pour un bon paquet de fric, la dernière fois.
-Parce que je t'avais rendu l'argent pour les trucs cassés. Mais ne t'en fais donc pas, même la devanture devrait survivre.
Je souris en me souvenant que cette même devanture avait atterrit dans la tête d'un gars qui embêtait Miho pendant un de ses jours de congé. Fred pousse un autre soupir. Il semblerait qu'il s'en souvienne aussi. Je prends le verre que le mec me tendait et malheureusement –pour le verre, et pour le mec– il explose entre mes doigts. Des soupirs retentissent partout dans la salle. Miho a un rire discret étouffé par sa main. J'ouvre mes doigts et contemple ma paume pleine de débris de verre et de mon hémoglobine. Ce type va souffrir.
