Elle sauta du siège sur lequel elle était assise pour éviter le coup de poing qui partait vers l'emplacement de sa tête quelques centièmes de secondes plus tôt. Accroupie, les bras ballants et la mine sérieuse, elle se redressa rapidement et donna un coup puissant dans le menton du mec qui s'effondra, évanoui (les enfants, ne faites jamais ça chez vous). Deux autres s'approchèrent. En s'appuyant brièvement sur l'épaule de celui de droite, elle balança ses pieds dans la figure de l'autre. Tsuki-2 Adversaire-0 nota-t-elle en se marrant. Elle ne laissa pas le temps à son appui de réagir qu'elle s'accrochait à son dos pour lui assener un coup du plat de la main sur le cou. Et un inconscient en plus ! Les deux derniers s'enfuirent, apeurés, et lui lancèrent :
-Tu le paieras !
-Oui, oui, fit-elle avec un geste évasif de la main. Comme d'habitude.
Tout sourire, je retourne m'asseoir sur mon siège, quitté il y a a peine une minute. Miho applaudit et les vieux sifflent à mon encontre. Je bois le Zombie que Fred venait de me servir –dans un autre verre, s'entend–, et choppe les trois inconscients sur le sol par le col de leur vêtement. Mais je n'avais visiblement pas frappé le premier asez fort, car il se relève et tranche le dos de mon pull, dévoilant un vieille cicatrice de brûlure faite en même temps que mes cheveux. Son couteau –de mauvaise qualité, en plus. Ca se sent, parce que les bons t'entaille la peau en deux temps trois mouvements– déchire le tissu sur plus long que prévu. Et merde. Je vais encore devoir coudre. Je vais vérifier si j'ai pas Ishida dans les peluches, ce serait utile. Je lâche les corps des deux autres et me retourne lentement vers lui. Il va mourir.
Ses yeux vides de toute expression se posèrent sur l'homme. Il déglutit, et malheureusement pour lui, n'eut pas de réaction assez rapide pour prévenir le geste qui allait suivre. C'était trop vite pour lui, car il se retrouva avec un couteau sous la gorge. Il eut juste le temps de voir de longs cheveux blancs se teinter brièvement de rouge. Mais il ne put même pas réaliser que c'était son sang. Il était déjà mort. La lame froide en acier sortit de sa peau et son corps retomba au sol.
Je soupire et lance un regard désolé à Fred. Il aura du sang à nettoyer, ce soir. Encore du sang. Miho me fait un sourire contrit. Elle a l'habitude, au bout de trois ans, de voir du sang couler. Que ce soit de mes mains ou de celles d'un autre. J'aimerais bien, mais je ne comprends pas trop pourquoi ça la choque tant que ça. Moi, je vis ici depuis ma naissance, alors j'ai pas de problèmes. Je me souviens de notre première rencontre. C'était pas du joli…
Flash-back que-tout-le-monde-y-s'en-fout-mais-c'est-pas-grave.
Je sortis d'un des nombreux immeubles délabrés, et m'allumais une clope. Comme à mon habitude, je saluais brièvement deux ou trois prostituées, discutais avec d'autres. Mei-Lin, une des plus anciennes, une jolie black aux longs cheveux noirs et incroyablement lisses, m'appris que ce soir, il arrivait une nouvelle. J'avais haussé les épaules et était partie en direction du Babylone, comme à mon habitude. Je passais par des ruelles, car dit nouvelle prostituée, dit qu'elle se fera sûrement coller quelque part par des gros cons qui veulent jouer au mac. Je n'avais pas tort : Je passais dans une petite rue, et m'arrêtais. Devant moi, trois mecs pas très frais encadraient une personne que je reconnaissais comme une fille. Je m'approchais, aussi silencieuse que d'habitude, et passais devant le petit groupe qui s'était amassé. Ils me suivirent du regard, et j'entendis clairement le bruit d'un couteau suisse qu'on ouvre. Sans me retourner, je me baissais et évitais le couteau qu'un des mecs venait de lancer vers moi. Sans perdre contenance, je ramassais la pièce que j'avais aperçue. Je me relevais avec un grand sourire et leur montrait la pièce.
-100 yens !
Ils haussèrent des sourcils ironiques, et je m'élançais. Quelques minutes, un couteau enlevé de mon épaule et une jeune fille sauvée plus tard, je pris la dite jeune fille par la main et l'emmenais au Babylone. Ayant enfin retrouvé la lumière des néons, je me tournais vers elle. Elle avait l'air abasourdie. Je lui souris doucement.
-Tsuki Akari, et toi ? fis-je en tendant la main.
Elle inclina la tête et pris ma main dans la sienne, tremblante. Elle releva le visage et me sourit timidement. Trop mignonne.
-Miho Lee.
Dans le bar, elle devant sa bière pression et moi avec mon Mai Thai, on discutais.
-Et donc, dis-je en buvant une gorgée, tu es chinoise ?
-Pas exactement. Mon père était chinois et ma mère est japonaise. Et toi, tu es sûre d'être japonaise ? C'est étonnant, au vu de ta couleur de cheveux…
J'explosais de rire devant son regard sceptique. C'est vrais que des cheveux blancs, ça peut porter à confusion.
-Oui, je suis cent pour cent japonaise. Tu veux les toucher ?
Elle m'observa, surprise, et passa finalement sa main dans mes cheveux. Elle tritura un moment les pointes, et s'amusa à faire glisser ses doigts, comme pour déméler des nœuds invisibles.
-Ils sont tout doux ! s'étonna-t-elle.
Ah, tant que j'y pensais, n'y avait-il pas une nouvelle qui devait débarquer ? Je fronçais les sourcils, puis en haussait un. Il me semblait bien que si, il devait y en avoir une.
-Dis-moi, c'est toi la nouvelle prostituée ? lançais-je de but en blanc.
Encore plus abasourdie que tout à l'heure, et rit d'un rire léger et discret.
-On peut dire que t'es directe, toi ! rigola-t-elle. Mais puisque tu demandes, oui, c'est bien moi. D'ailleurs, je devais aller voir une certaine Mei-Lin, avant de me faire coincer par ces mecs. Je te dois une fière chandelle, en plus !
Je souris, et lui proposait de l'emmener jusqu'à ladite Mei-Lin. En sortant du bar, on ne vit pas les trois ombres qui nous suivaient furtivement. Mais je sentit clairement le couteau placé sous ma gorge. Je glissais un regard vers Miho, et constatait qu'elle était dans la même situation que moi. Sauf que moi, j'avais l'habitude, et visiblement pas elle. J'esquissais un sourire en voyant un shuriken se planter dans le bras du mec qui me retenait. Mei-Lin, dite la protectrice, venait d'arriver –je vis vaguement son ombre en haut d'un petit immeuble– et ça allais faire mal… Tout à coup, sans qu'il ne comprenne pourquoi, un des mecs se retrouva avec un katana sous la gorge.
-Yo, Zei ! lançais-je avec un signe de main et un sourire en direction de la jeune femme.
Elle opina dans ma direction. Toujours aussi expansive, celle-là. Miho, toujours figée, fut libérée en trois secondes, car le bras du type qui la retenait fut tranché. Sous la surprise, le mec qui m'avait mis un couteau sous la gorge –je commençais à avoir l'habitude– relâcha légèrement sa prise. J'en profitais pour attraper son bras, le retourner et faire passer le corps du mec par-dessus ma tête. Il hurla et j'observais, satisfaite, son bras qui avait pris un angle bizarre. Le dernier voulu s'enfuir, mais au bout de sept pas, il se stoppa net. Devant, cinq ombres arrivaient. Avant qu'il n'ait pu réagir, sa tête tomba et roula au pieds de…Oh, surprise. Mei-Lin. Elle lança un regard dédaigneux à la tête et shoota dedans. Elle partit rouler dans une des nombreuses ruelles noires de la zone. La femme me regarda longuement, avant de me sauter dans les bras.
-Tsuki, my dear, j'ai bien cru que t'allais mourir ! Tu sais que papa s'est inquiété ? Hein que tu le sais ! Petit chenapan !
Soupir de la part des six autres filles –femmes– et de moi-même. Eeeeh oui, la terrifiante, horrible et sadique Mei-Lin avait ce genre de caractère. Je tapotais vaguement son dos.
-Tamaki-sempai, on se calme.
Elle releva son visage plein de fausse larmes vers moi, et on éclata de rire. Miho, toujours aussi pétrifiée, regardais avec horreur l'homme-au-bras-à-l'angle-bizarre qui agonisait sur le sol. Je me dégageait de l'emprise de Mei' et posait ma main sur l'épaule de la désormais surnommée poupée. Elle sursauta, et fondit en larmes dans mes bras. Mei' et Zei se regardèrent, gênées –surtout Mei', en fait– et elle me saluèrent toutes les sept d'un signe de tête que je leur rendis.
Si Miho pleurait maintenant, alors ça irait plus tard. Mais malheureusement, elle ne s'endormit dans mes bras endoloris qu'au bout de deux longues heures passées à pleurer. Exténuée, je m'assis sur un banc, la tête brune de ma jolie poupée sur les genoux.
