Jane déposa le billet de cent dollars à un Rigsby tout à fait reconnaissant puis il courut jusqu'à la cuisine. Si après ce qu'il venait de se passer Lisbon n'avait pas besoin d'un bon café, qu'on lui coupe la tête. Il vida la cafetière dans l'évier puis percha le paquet de café assez haut pour que la jeune femme n'arrive pas à l'attraper. Il retourna ensuite dans la pièce à côté. Il attendit plus de quinze minutes. Il se réjouissait à l'idée que Lisbon ait besoin d'autant de temps pour se remettre de ce baiser. Lorsqu'enfin il la vit passer, il la rejoignit à pas de loup.

Lisbon entra dans la cuisine, se dirigea directement vers la cafetière et la découvrit totalement vide.

- Et merde…

Elle ouvrit la porte du meuble où se trouvait habituellement le café en poudre et fut stupéfaite de constater qu'il n'était plus aussi accessible qu'avant. Elle se mit sur la pointe des pieds et tendit le bras au maximum mais sans succès. Soudain, elle sentit la chaleur d'un corps contre son dos et leva les yeux pour voir une main s'emparer de son café à sa place. Lentement, elle remit ses pieds bien à plat sur le sol et accrocha ses mains au plan de travail, histoire de ne pas s'effondrer suite à cette montée de température. Lentement, la main déposa le café devant elle.

- C'est ça que vous cherchiez ? Murmura la personne qui était au bout de la main.

Lisbon ravala sa salive. C'était beaucoup trop en trop peu de temps. Elle sentait son torse frôlant son dos et son souffle dans ses cheveux. Elle n'avait aucune idée de comment se dépêtrer de cette situation et elle ne pensait pas que ça pouvait empirer, jusqu'à ce que Van Pelt entre dans la cuisine.

- Je suis rentrée, patron, c'était moins long que…

Van Pelt s'interrompit lorsqu'elle vit Jane et Lisbon se retourner vers elle comme deux adolescents pris en faute. Elle ne savait pas trop bien ce qu'il s'était passé mais Lisbon avait les joues rouges et Jane arborait un sourire un peu gêné, se contentant de regarder ses pieds.

- Désolée, lâcha-t-elle avant de s'en aller.

Lisbon voulu lui dire quelque chose pour l'arrêter mais elle n'avait aucune idée de comment s'y prendre. De toute façon, ils n'avaient rien fait. Ce fut lorsqu'elle se retourna vers Jane qu'elle comprit pourquoi Van Pelt avait fuit. Il avait fait exprès de prendre un air coupable pour que son employée s'imagine des choses.

- Elle croit… elle croit que… qu'on…

- Mince alors… dit Jane en marchant en arrière vers la sortie de la cuisine non sans lui lancer un grand sourire séducteur.

- Jane ! Se fâcha Lisbon.

- Quoi ? Ne faites pas comme si je ne vous avais pas prévenue, Lisbon.

Lisbon se retourna pour s'occuper de son café. Elle en avait vraiment besoin. Elle tenta d'effacer le film qui repassait dans sa tête, où certains mots sonnaient plus fort que d'autres. « Jusqu'à ce que vous craquiez », « Vous embrasser », « Vous caresserai », « Vous allez ramer autant que moi, Lisbon. Et je vais gagner. » Une main se posa sur son épaule et elle eut envie de pleurer. Ou de rire, elle ne savait pas vraiment. Son cœur continuait de faire des idioties sans son consentement.

- Bon, je vous accorde une pause, murmura Jane à son oreille. Je vous laisse tranquille jusque… dix-sept heures. Il est midi et demi, ça vous fait quatre heures et demi de détente par jour, je suis trop généreux.

Lisbon entendit les pas de Jane s'éloigner. Elle tourna un tout petit peu la tête et regardant la porte du coin de l'œil, histoire de s'assurer qu'il était vraiment partit. Constatant qu'elle était bien seule, elle s'effondra de soulagement sur une chaise en laissant échapper un long soupir. Puis elle repensa à tout ce que Jane lui avait fait endurer depuis ce matin. Elle ferma les yeux. Elle avait adoré chaque situation malgré le fait qu'elle les ait détestées. En général, c'était agréable d'être courtisé. Mais être courtisé par un homme comme Jane sans pouvoir céder, c'était de la torture pure et simple. Elle se prit à sourire en imaginant ce qui aurait pu se passer si elle avait cédé.

- A quoi vous pensez ?

Lisbon fit disparaître le sourire qu'elle affichait et se redressa sur sa chaise. Jane l'observait depuis l'encadrement de la porte. Il n'avait attendu qu'une chose, qu'elle se laisse aller pour la surprendre.

- Je pensais à un bon bain chaud avec des pétales de roses et des bougies parfumées.

- Vous pensiez à moi.

- Ah ah, fit-elle.

- Ah ah…

Puis il repartit comme il était venu. Elle le détestait. Et pourtant, elle souriait toujours.

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Aucune enquête ne leur fut confiée dans la journée. Lisbon avait passé un bon après-midi si on enlevait les regards en coin que lui lançait de temps en temps Van Pelt. Peut-être devrait-elle lui parler, s'expliquer ? Non. Après tout, il ne s'était rien passé. Lisbon tourna la tête vers un tas de feuille et réalisa soudain qu'elle avait oublié de faire une photocopie d'une des feuilles. Elle s'en empara et se dirigea vers l'ascenseur pour allez au rez-de-chaussée, sentant le regard de Jane posé sur elle. Elle jeta un rapide coup d'œil à sa montre. Seize heures cinquante. Il lui restait exactement dix minutes de tranquillité. Largement assez pour faire cette photocopie. Quand elle arriva devant la salle, un vieil homme était assis sur une chaise et regardait la machine en marche.

- Bonjour, lui dit-elle.

- Bonjour.

- Excusez-moi de vous demander ça mais… vous en avez encore beaucoup à faire parce que je n'en ai qu'une et je suis un peu pressée.

- Eh bien, voyez-vous ma p'tite dame, je suis très pressé aussi et il m'en reste une vingtaine alors vous allez devoir attendre, j'en suis désolé.

- Pas grave, répondit Lisbon en regardant sa montre.

Seize heures cinquante-deux.

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Seize heures cinquante-huit. C'est l'heure à laquelle le vieil homme quitta la pièce avec son tas de feuilles. Lisbon s'empressa de faire sa photocopie et rejoignit l'ascenseur. Lorsque les portes s'ouvrirent, elle s'y engouffra et fut soulagée de voir les portes se refermer derrière elle. Jusqu'à ce qu'une main qu'elle connaisse les bloque.

- Oh ! Lisbon, quelle surprise.

« Surprise, tu parles… », pensa-t-elle. Elle jeta un œil sur sa montre. Seize-heure cinquante-neuf. Les portes se refermèrent et elle constata que Jane avait les yeux fixés sur l'heure affichée dans l'ascenseur. Seize-heure cinquante-neuf. Une seconde. Dix-sept heures. L'ascenseur s'arrêta brusquement entre deux étages. Elle se tourna vers Jane et vit qu'il cachait le bouton rouge derrière lu, feignant de ne pas l'avoir touché.

- Jane, remettez l'ascenseur en marche.

- Ce n'est quand même pas ma faute s'il s'est bloqué !

- Si, ça l'est. Jane, appuyez sur ce fichu interrupteur rouge.

- Quel interrupteur ? demanda Jane en souriant.

- Celui qui est derrière vous.

- Laissez-moi réfléchir…, répondit-il.

Lisbon soupira et attendit quelques secondes qu'il se décide mais il ne le fit pas, se contentant de la fixer avec son sourire espiègle. Elle prit son courage à deux mains, s'approcha de Jane et tenta de pousser son bras pour atteindre le bouton rouge.

- Jane ! Poussez-vous, allez !

Pendant qu'elle le poussait de toutes ses forces, elle sentit la main de Jane replacer une mèche de cheveux derrière son oreille. Alors qu'elle se montrait violente avec lui, il choisissait la tendresse. A quoi jouait-il ? Tout ça n'avait pas de sens… Elle comprit quel était son but lorsqu'elle croisa son regard et qu'elle eut envie de l'embrasser. Et c'était ce qu'il cherchait. Elle ne lui ferait pas ce plaisir. Tout à coup, Jane la prit par les hanches et la plaqua contre la paroi de l'ascenseur. Il ne tenta rien d'autre, ne fit aucun geste déplacé, mais il n'en fallut pas plus à Lisbon pour craquer. Elle l'embrassa sans réfléchir, sans retenue. Elle posa ses mains sur ses épaules musclées et sentit les mains de Jane se promener sur ses hanches et dans son dos. Petit à petit, elle approfondit le baiser, goûtant aux lèvres de Jane comme elle en avait envie. Sa raison ne répondait plus, seul son corps agissait sous l'emprise du désir et elle aurait voulu que cet instant ne s'arrête jamais. Elle aimait sentir son cœur s'accélérer et ses jambes vaciller, et surtout, elle aimait les frissons qui la traversaient à cet instant. Tout à coup, l'ascenseur se remit en marche et Jane recula, essoufflé. Elle regarda autour d'elle et réalisa qu'elle s'était appuyée contre l'interrupteur et avait fait redémarrer l'engin. Tant mieux, se dit-elle. Elle s'en voulait terriblement d'avoir baissé les bras et de s'être laissée aller. Elle n'aurait plus aucune crédibilité auprès de Jane. Elle n'osa même pas lever les yeux vers lui mais elle sentait son regard posé sur elle. Elle avait les joues rosies et tout ce qu'elle voulait, c'était que Jane disparaisse au plus vite. A son grand soulagement, il sortit de l'ascenseur sans un mot. « Il a encore eut ce qu'il voulait. Bravo Lisbon, bravo. » Elle redescendit jusqu'au rez-de-chaussée et remonta au deuxième, histoire de se remettre de ses émotions et de se convaincre que cela n'arriverait plus jamais.

- Patron ?

Cho était venu jusqu'à l'ascenseur.

- Euh… oui ?

- Hightower veut vous voir.

- J'y vais, merci.

La jeune femme se dirigea vers le bureau de Hightower et entra directement puisque la porte était ouverte. Jane était déjà installé sur un fauteuil, l'air heureux.

- Vous vouliez me voir ? demanda Lisbon.

- Oui, asseyez-vous. Je voulais vous parler à tous les deux.

« Oh non, pensa Lisbon, Van Pelt a craché le morceau. Ou il y avait une caméra dans l'ascenseur. »

- Un représentant de la haute société veut porter plainte contre un agent du CBI. Pas de votre équipe, rassurez-vous, dit aussitôt Hightower en voyant que Lisbon semblait paniquée.

Ce qu'elle ne savait pas, c'était que la jeune femme était en fait soulagée de savoir que cela ne concernait pas Jane.

- En quoi peut-on être utile ? demanda Lisbon.

- Je veux que ce soit vous et Patrick qui preniez la plainte parce que je pense qu'à vous deux, vous pouvez le faire changer d'avis.

- Le faire changer d'avis ? S'étonna Lisbon.

- C'est un service que je vous demande. Trouvez un moyen, ça m'arrangerait vraiment. Soyez persuasifs.

- Oh, Lisbon peut être très persuasive, déclara Jane.

Puis il se pencha à l'oreille de Lisbon et murmura de façon à ce que Hightower entende :

- Embrassez-le comme vous m'avez embrassé dans l'ascenseur.

Puis il sortit du bureau en riant. Lisbon resta abasourdie quelques instants puis sentant le rouge lui monter aux joues, elle plaqua un faux sourire sur son visage et tenta de se justifier.

- Il plaisante, dit-elle à Hightower. Il joue à ça depuis ce matin, ne me demandez pas pourquoi.

- Pourtant, je suis sûre que vous avez la réponse, déclara Hightower.

Lisbon entrouvrit la bouche pour répliquer et elle mit un certain temps à trouver quoi dire.

- Je ne l'ai pas, dit-elle finalement.

- Si vous le dites. Vous pouvez y aller.

Lisbon fit un signe de tête reconnaissant et sortit du bureau l'estomac encore noué. Elle retourna s'enfermer dans son bureau et décida de ne plus en ressortir avant que Jane ne soit partit.

-ooo-ooo-ooo-

Mais c'était sans compter sur la persévérance de ce dernier. Ainsi resta-t-elle enfermée jusqu'à plus de vingt-trois heures. N'y tenant plus, elle enfila sa veste, saisit son sac et sortit de son bureau. A peine eut-elle fermé son bureau à clef que Jane se leva de son divan.

- Vous avez terminé ?

- Oui, je rentre chez moi.

- Moi aussi, répondit-il.

Elle marcha devant lui sans lâcher un sourire et s'arrêta devant l'ascenseur. Elle allait appuyer sur le bouton lorsqu'elle se ravisa, se dirigeant plutôt vers les escaliers.

- Lisbon !

- Quoi ? dit-elle en se retournant.

- Prenez-le. Je prends les escaliers.

Il lui lança un sourire… d'excuse ? Elle accepta volontiers tout en contenant un sourire. Elle s'engouffra dans l'ascenseur et respira lorsque les portes se refermèrent sans que personne ne les en empêche. Elle arriva presqu'en même temps que Jane en bas et ils marchèrent tous les deux en direction de leur voiture respective, sans un mot. Jane s'installa au volant de la sienne pendant que la jeune femme fouillait son sac à la recherche de ses clefs. Et elle fouilla longtemps. Puis soudain, elle réalisa que Jane n'avait pas allumé son moteur. Elle tourna ses yeux vers lui et constata qu'il pinçait ses lèvres pour se retenir de rire. Exténuée et sur les nerfs, elle ne pu faire autrement que de rire à son tour. Il le lui avait dit. « Vous allez ramer autant que moi, Lisbon. Et je vais gagner. » La phrase résonnait encore dans sa tête quand Jane ouvrit sa fenêtre côté passager.

- Un problème ?

Il souriait de toutes ses dents.

- Jane… Rendez-moi mes clefs, gémit Lisbon, épuisée.

- Je suis désolé, ça ne va pas être possible.

- J'appelle un taxi, déclara la jeune femme et fouillant de nouveau son sac à la recherche de son portable.

Jane secoua la tête de gauche à droite.

- Laissez tomber, vous ne le trouverez pas non plus…

Lisbon releva la tête vers lui, dépitée. Elle se mit à rire de plus belle. Il avait pensé à tout. Absolument tout. Elle monta dans la voiture et s'attacha. Sans un mot, Jane démarra et sortit du parking.

- Vous êtes épuisant, dit soudain Lisbon.

- Vous l'êtes aussi. Et puis vous vous fatiguez toute seule, vous n'êtes pas obligée de résister.

Ils s'arrêtèrent à un feu rouge. Lisbon appuya sa tête sur sa main en fermant les yeux. Elle fut dérangée par les klaxons des conducteurs derrières eux.

- Jane, c'est vert.

- Embrassez-moi et je démarre.

- Non, ça ne marchera pas, Jane. Démarrez, vous perturbez la circulation.

- Sur la joue.

- Non.

- Vous avez pourtant fait pire tout à l'heure…

- Non ! Allez, démarrez, faites pas l'idiot !

Elle aperçut alors dans le rétroviseur qu'un conducteur sortait de sa voiture, très en colère.

- Jane, vite ! Il y a un type qui arrive !

Jane sourit et montra du doigt sa joue. Lisbon jeta un dernier regard sur l'homme qui fonçait droit sur eux les points serrés. Elle embrassa furtivement la joue de Jane.

- Allez, vite !

Le consultant démarra juste avant que l'homme enragé atteigne la voiture.

- Vous êtes vraiment un idiot de la pire espèce ! C'est n'importe quoi ! Pfff…

Jane se mit à rire en jetant quelques regards vers Lisbon. Elle rit à son tour. Puis ils arrivèrent à un autre feu. Jane tourna son regard vers elle et il la vit rougir une fois de plus.

- C'est bon, je peux démarrer sans un baiser cette fois, céda-t-il.

Il s'en voulait un peu d'agir ainsi mais il avait décidé qu'il se battrait pour avoir cette femme et il ne voyait pas d'autre méthode. Et puis c'était tellement drôle. Quand le feu passa au vert, il ne se fit pas prier et démarra. Ils roulèrent ainsi jusque chez Lisbon. Il se gara et elle prit son sac pour y chercher ses clefs d'appartement. A peine l'eut-elle déposé sur ses genoux qu'elle appuya sa tête contre le repose-tête en soupirant.

- Elles n'y sont pas, n'est-ce pas ?

Jane s'amusa du fait qu'elle n'ait même pas prit la peine de regarder. Il lui fit signe que non tout en mordant sa lèvre inférieure pour s'empêcher de rire. Il remit la voiture en marche pour rentrer chez lui et ramener sa proie.

-ooo-ooo-ooo-

Jane et Lisbon étaient tous les deux installés sur le canapé, regardant un programme peu intéressant à la télévision. Jane s'était comporté correctement. Pas de geste affectueux, pas de paroles déplacées, pas de regard chargé de sous-entendu. Il jeta un œil discret sur sa supérieure et vit qu'elle clignait des yeux.

- Vous voulez aller vous coucher ?

- Euh, dit-elle en se redressant un peu. Oui, je veux bien.

- La chambre d'ami est juste là, je vous ai laissé un grand T-shirt sur le lit. Le volet gauche est un peu dur à fermer donc je m'en suis occupé.

- D'accord. Merci, dit-elle en se levant.

Intérieurement, elle était surprise de toute l'attention que Jane lui portait. Oh, certes, il était bienveillant en général mais là, il lui avait pourrit la vie toute la journée et il décidait soudainement d'être gentil. Elle savoura l'instant.

- Au fait, il y a deux lampes de chevet mais celle de gauche n'a plus d'ampoule donc…

Lisbon se retourna. C'était pire que de la bienveillance. Le mot « ampoule » résonna dans sa tête.

- Vous devrez remplacer l'ampoule de la salle de stock, elle marchait très bien avant que vous entriez dans cette pièce.

Jane sourit.

- La revisser suffira, dit-il simplement.

Lisbon serra les dents d'exaspération et tourna les talons pour se diriger vers la chambre d'ami.

- Bonne nuit, Lisbon !

Elle ne pu s'empêcher de sourire. Heureusement, il ne la voyait pas.

- Bonne nuit, Jane.

-ooo-ooo-ooo-

Le réveil de Jane sonna tôt ce matin-là. Il sauta dans un pantalon et trottina jusqu'à la cuisine, enthousiaste. Il fallait que tout soit parfait. Tout fut prêt un peu avant sept heures.

Lisbon entendit quelqu'un frapper à une porte. Elle se retourna dans le lit et soupira. Qui est-ce qui venait la déranger chez elle à sept heures du matin ? Finalement elle ouvrit les yeux et tous les évènements de la veille lui revinrent en mémoire. On frappa doucement une nouvelle fois.

- Oui ?

- C'est moi, dit Jane en ouvrant la porte. Je peux entrer ?

- Heu, oui, répondit la jeune femme en se mettant assise contre un oreiller.

- Je vous apporte le petit déjeuner !

Jane entra avec un plateau où Lisbon pu apercevoir une tasse fumante et… une fleur. Il posa le plateau sur le lit et elle fit l'inventaire de ce qui s'y trouvait. Une tasse de café, deux tartines de confitures et une de chocolat, un jus d'orange, et une fleur en papier.

- Je sais, elle n'est pas terrible mais il n'y a pas de fleuriste ouvert à cette heure et dans les hôtels chics, ils mettent toujours une fleur alors j'ai sortit une feuille et des feutres, expliqua Jane.

Lisbon leva les yeux vers lui.

- Vous êtes un hôtel chic ?

- En quelque sorte…

- Vous êtes cinglé, dit-elle en souriant.

- Je suis sûre que ça fait une éternité que vous n'avez pas eu le petit déjeuner au lit. Des mois ? Des années ?

- Je… j'ai… ce n'est jamais arrivé. On ne m'a jamais apporté le petit déjeuner au lit.

Jane regarda Lisbon avec de grands yeux étonnés. Puis il s'assit sur le rebord du lit.

- Oh non, non, non… déclara Lisbon. Je ne vous laisserai pas me regarder manger. Jamais de la vie, c'est clair ?

Jane lui fit un grand sourire puis il se releva pour sortir de la pièce. Avant de passer la porte, il fit volte-face.

- Bon appétit !

En guise de remerciement, Lisbon lui sourit à son tour. Elle mangea avidement tout ce que Jane lui avait préparé. Elle ne mangeait jamais le matin et elle ne comprenait pas pourquoi elle avait aussi faim. Quand elle eut tout terminé, elle sortit de sous la couette et s'empara du plateau pour le ramener à la cuisine. Soudain, elle s'aperçut qu'elle ne portait qu'un slip et le grand T-shirt de Jane. Elle rit de sa bêtise et enfila un pantalon avant de sortir les bras chargés. Elle tomba nez à nez avec Jane qui portait juste un pantalon et frottait ses cheveux avec une serviette bleue. Comme ses yeux. « Arrête ça tout de suite », s'ordonna Lisbon,

- Ah, Lisbon ! C'était bon ?

- Très bon, merci. Je peux vous emprunter la salle de bain ?

- Faites comme chez vous et donnez-moi ça, dit-il en s'emparant du plateau.

Lisbon retourna chercher ses vêtements et courut sous la douche. Elle en avait tellement besoin. Elle resta sous l'eau un peu plus longtemps que d'habitude. Beaucoup plus longtemps que d'habitude en fait. Lorsqu'elle sortit, elle réalisa qu'elle avait oublié de demander où était les serviettes. Elle fouilla les placards et les trouva sans problèmes : elles étaient rangées en haut d'un meuble. Très haut. Malgré ses pieds mouillés, elle sauta pour essayer d'un attraper une. Elle regarda tout autour d'elle à la recherche d'une chaise ou d'un tabouret qui pourrait l'aider. Rien. Elle renfila vite fait le grand T-shirt qui lui descendait jusqu'aux genoux. Tant pis, ça ferait l'affaire.

- Jane !

Elle attendit quelques secondes puis entendit des pas derrière la porte de la salle de bain.

- Un problème ?

- Vous êtes obligé de ranger les serviettes tout là-haut ? demanda-t-elle après avoir ouvert la porte.

Jane sourit et entra pour attraper une serviette sans difficulté. Il se retourna pour la tendre à Lisbon et s'aperçut alors qu'elle portait son T-shirt.

- Quoi ? C'est vrai, vous avez plein de place en bas !

- De quoi ? demanda-t-il, un peu perturbé.

- Vos serviettes !

- Oui, oui…

Il ne savait plus très bien quelle était la question mais Lisbon était en face de lui, les cheveux mouillés et des gouttes d'eau tombaient sur son visage. Alors cette histoire de serviette l'importait peu. Il se pencha pour l'embrasser mais à peine eut-il posé ses lèvres sur les siennes qu'elle l'arrêta d'un geste.

- Je voudrais me sécher et m'habiller, je peux ?

- Oui, bien sûr.

Il sortit de la salle de bain en se faisant la réflexion que ça, il ne l'avait pas planifié. Et elle s'en était sûrement rendu compte. En effet, au même moment, Lisbon s'essuyait les cheveux, un sourire aux lèvres.

-ooo-ooo-ooo-

- Je peux conduire ?

- Non, répondit Jane en fermant la porte de sa maison à clefs.

- Vous me devez au moins ça.

- Non.

Il souriait, faisant celui qui se moquait bien de faire plaisir ou non à la femme qui se trouvait devant lui.

- Et si je vous embrasse ? demanda Lisbon lorsqu'ils furent près de la voiture.

- Sur la bouche ?

- Non ! Sur la joue.

- Non.

- Deux fois, dit Lisbon en augmentant la donne.

- Euh… non. Sur la bouche ou rien.

Lentement, Jane s'approcha d'elle jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que quelques centimètres entre eux.

- C'est bon, conduisez, déclara Lisbon en allant s'asseoir du côté passager.

- Oh, Lisbon, faites pas votre mauvaise tête !

- J'ai encore le droit de bouder si je veux ! Cria-t-elle depuis l'intérieur de la voiture.

Jane ouvrit la portière en souriant, s'installa du côté conducteur et mit sa voiture en marche.

- Vous êtes belle quand vous boudez.