- Oscar… Oh c'est merveilleux ! Le Roi m'a enfin donné la permission d'aller visiter Paris. Ooooh…. J'en ai tant rêvé. J'ai hâte d'être à la semaine prochaine.
- Votre Altesse, il ne s'agit pas d'un amusement, la raisonna Oscar.
- J'en suis consciente Oscar, mais je ne peux m'empêcher de bondir de joie… Non, vous ne pouvez m'empêcher d'être heureuse ! Paris, Paris, que j'ai hâte de te connaître enfin !... Mais que vais-je porter ? Mes rubans de satin rose ou ceux de soie verte ? ( rire ) [Dialogues tirés du dessin animé – épisode 6]
En ce 1er juin 1773, Marie-Antoinette laissait éclater son enthousiasme, sous le regard indulgent de son lieutenant de la Garde, quelque peu ému. Elle était si vive, si spontanée, si naïve encore… Elle n'avait que 2 mois d'écart, pourtant Oscar avait l'impression d'être bien plus vieille. D'avoir perdu cette fraîcheur naturelle propre à la jeunesse. Comme si la Dauphine avait encore gardé un pied dans l'enfance.
- J'aime bien vous voir sourire Oscar ! reprit Marie-Antoinette en tournoyant sur elle-même. Cela ne vous arrive trop peu souvent.
- Quoi ! laissa échapper le lieutenant, légèrement vexé.
- Ha ha ha Oscar ! Vous vous laissez enfin aller !... Souriez mon ami, souriez ! N'est-ce pas André, qu'il y a tout lieu de sourire ?
- Je dois avouer que …Votre Altesse a raison : votre lieutenant ne sourit pas assez souvent !
- Ah ! Vous voyez Oscar, répliqua-t-elle en riant de plus belle.
Oscar lança un regard assassin à l'encontre de son ami d'enfance. Elle aperçut alors la lueur taquine qui luisait dans ses yeux. Elle releva le menton, et le sourcil, mais ne put s'empêcher de laisser filtrer un petit sourire.
- Vous avez toutes les raisons d'être content, lieutenant… Alors que je ne sais pas quoi me mettre, je crois que vous allez avoir un bel uniforme de parade, lança la Dauphine en lui lançant un regard entendu.
Le sang d'Oscar se glaça dans ses veines. Ses yeux s'agrandirent et une lueur de panique s'alluma dans la clarté azurée. Cet affreux souvenir ! Pourquoi fallait-il qu'il ressurgisse dans ce moment de joie, alors qu'elle se sentait bien. André se racla légèrement la gorge. Elle se tourna vers lui, tandis que Marie-Antoinette, indifférente au refroidissement de l'ambiance, continuait à virevolter, ne pensant qu'à Paris. Le jeune homme plongeait ses prunelles de forêt dans le mystère du lac glacé. Quelques couleurs revinrent aux joues de la jeune travestie. Quelle puissance dans ce regard ! Elle n'était plus seule. Elle ne serait jamais seule tant qu'il serait là.
- Mon grand-père [Louis XV] vous attend cet après-midi pour un essayage ! Il ne veut pas que je vous voie le porter avant la semaine prochaine, quand vous m'accompagnerez, bouda-t-elle.
- Cet après-midi … ? balbutia Oscar, de nouveau livide.
- Votre Altesse n'avait-elle pas prévu de recevoir un célèbre bijoutier cet après-midi ?... Il serait bon que le lieutenant soit présent lors de cette visite, pour assurer la sécurité des personnes et des biens…
- Oh mon dieu ! J'avais oublié !... Comment faire ? Oscar, je ne peux ajourner ce rendez-vous, surtout maintenant… J'en profiterai pour choisir une parure pour ma visite à Paris ! Oh ! Il faut qu'on prévienne tout de suite monsieur Beltran [nom inventé] pour qu'il m'amène ses plus belles pièces. Je suis si heureuse…
- Je vais donner des ordres en conséquence, réagit Oscar.
- Je peux aller prévenir ce monsieur, afin qu'il vous donne entière satisfaction Votre Altesse. Votre joie fait tant plaisir à voir.
- Oscar, vous êtes bien chanceux ! J'aimerais avoir un domestique aussi attentionné que le vôtre.
Oscar serra les mâchoires et jeta un regard à son ami d'enfance et compagnons de tous les jours. Celui-ci était parfaitement détendu, un vague sourire aux lèvres. Il avait pleinement conscience de sa place. La comtesse le lui avait fait comprendre lors de leur séjour en Normandie. Il était là pour servir ! A ce souvenir, son expression fut terrible. Un frisson parcourut Oscar. Néanmoins, un éclair de tendresse zébra cette profondeur lorsqu'il répondit au regard de la jeune femme. Ses paupières s'abaissèrent sur le côté sombre de son âme. Lorsqu'il les releva, ses prunelles étaient limpides.
- J'ai tant de choses à faire, à voir, à choisir…. Tant et tant ! Il me faut trouver la toilette, les bijoux… J'ai besoin de vous à mes côtés.
- Croyez, Votre Altesse, que rien ne me ferait plus plaisir que de demeurer à vos côtés, l'assura sincèrement Oscar.
- Si vous le permettez Votre Altesse, proposa André, j'accompagnerai le lieutenant auprès de Sa Majesté. Je pourrai l'aider pour l'essayage et ainsi, nous serons revenus plus vite auprès de vous.
- Naturellement ! répondit Marie-Antoinette comme s'il s'agissait d'une évidence, tout en songeant chiffons et fanfreluches.
Oscar ferma un instant les yeux, soulagée de savoir que son ami d'enfance serait auprès d'elle. Du moins elle l'espérait, car le Roi le renverrait peut-être… Néanmoins, elle se sentait soutenue et contre cela, même Louis XV ne pouvait rien ! De son côté, André se rendit très vite chez le bijoutier pour l'informer des désirs de la Dauphine.
En début d'après-midi, madame de Jarjayes vint prévenir sa fille que le Roi l'attendait pour essayer son uniforme de parade, en compagnie du capitaine de Girodelle. D'un pas raide mais digne, Oscar se dirigea vers les appartements royaux. André lui emboîta le pas. La comtesse s'interposa.
- Le Roi veut voir Oscar, seul, je crois, murmura-t-elle tandis que sa fille continuait à marcher comme une automate.
- Et vous savez sans doute ce que cela signifie, gronda André. Oui, cela se voit à votre sourire… Vous savez que le Roi ne veut pas perdre une miette de cet essayage, n'est-ce pas ?
- Il s'agit du Roi, répondit la comtesse avec hauteur.
- Et de votre fille !
- Ma fille ! cracha-t-elle avec jalousie. Une petite garce qui vous accapare !... Il est fort heureux que vous ayez séduit quelques femmes mon cher André, sinon votre réputation aurait eu à pâtir de cet assujettissement !
- Comme vous y allez, madame la comtesse… A croire qu'Oscar m'a réduit en esclavage ! Elle ne m'a pourtant jamais imposé quoi que ce soit… susurra-t-il avec violence.
La comtesse sursauta. La rage qu'elle lisait dans son regard lui faisait peur. Le mépris qu'il lui signifiait par son attitude la tourmentait. Cependant, sa proximité attisait encore et encore son désir. Il la laissait rarement approcher aussi près de lui, désormais. Elle sentait son souffle chaud sur sa joue. Elle se troublait plus que de raison.
Il avait pleinement conscience du trouble de la comtesse, et surtout des raisons de ce trouble. Elle le voulait encore, avec une intensité qui ne se démentait pas. Elle l'écoeurait, comme la plus dépravée des gourgandines. Il eut réagi moins violemment s'il ne l'avait autant respectée…
- Vous voulez votre plaisir madame la comtesse, murmura-t-il en jouant avec les sens de cette femme déchue.
Il frôla les tempes féminines de ses lèvres pleines. Un long frisson la foudroya. Elle ferma les yeux, sa respiration s'accéléra. Oui, oui….
- Un peu de plaisir ? Vous vous souvenez, madame la comtesse… Je n'ai aucun problème pour vous faire jouir… à chaque fois…. Malheureusement, je crains de ne pouvoir vous apporter ce plaisir alors que je sais Oscar entre les mains de son capitaine, et du Roi.
- Espèce de petit impertinent ! siffla-t-elle.
Il se pencha sur ses lèvres. Elle renversa la tête. Toutefois, il ne l'embrassa pas, jouant à éveiller ses sens jusqu'à leur paroxysme. Il glissa une main sur sa taille et elle gémit.
- Veuillez me pardonner madame la comtesse…
- Oh oui ! Oui, je te pardonne André. Oui !
- … mais Oscar a besoin de moi ! conclut-il avec une joie mauvaise.
Sur ce, il se mit à courir pour rejoindre son amie, laissant madame de Jarjayes pantelante et les reins en feu.
« Tu as tord de jouer avec moi ! Je connais ton point faible mon cher André. Oscar ! Oscar et toujours Oscar !... Tu me reviendras. Elle n'est pas pour toi et tu le sais très bien. Tu reviendras me donner du plaisir. Je ne te laisserai pas t'échapper ! Oh non… je ne peux pas… »
- Lieutenant ? s'étonna Girodelle en voyant arriver Oscar accompagné de son serviteur.
- Veuillez me pardonner capitaine, mais le bijoutier Beltran doit se rendre chez la Dauphine dans l'heure qui vient. J'ai donné des ordres pour sa sécurité, et celle des bijoux qu'il transporte, mais je ne serai pas tranquille tant que je ne serai pas revenu auprès de madame la Dauphine. Aussi ai-je demandé à mon domestique…
« Pardon André ! » s'excusa-t-elle mentalement.
… de m'accompagner afin de m'aider à enfiler ma tenue.
- Le Roi ne sera peut-être pas de cet avis, la prévint Girodelle en regardant André.
- Il en sera fait selon les volontés de Sa Majesté, répondit ce dernier d'une voix humble mais avec un éclat terrible dans le regard.
Oscar fut quelque peu surprise par la tirade d'André, et son attitude soumise. Elle ne savait pas que celui-ci avait surpris l'arrivée du Roi par une porte dérobée.
Le premier réflexe de Louis XV fut de vouloir renvoyer ce valet trop impertinent, et trop bavard. Il fronça les sourcils et, à ce moment précis, madame du Barry se fit annoncer.
André l'avait discrètement, et anonymement, informée qu'un célèbre bijoutier venait au château pour proposer ses dernières créations à la Dauphine. Evidemment, la favorite en titre voulait le rencontrer également. Et comme elle ne pouvait se rendre directement dans les appartements de Marie-Antoinette, elle passerait par le Roi !
La comtesse du Barry eut un mouvement de surprise à la vue d'André. Se fiant à son intuition, elle comprit qu'il était son informateur secret. Il lui adressa un sourire discret, auquel elle répondit par un coup d'œil entendu.
- Majesté ! Ce monsieur Beltran ne peut partir sans venir me visiter, implora-t-elle auprès du Roi. Je vous en prie, dites quelque chose !
- Soit madame ! accorda Louis XV. Si cela vous fait plaisir, je vais demander à ce monsieur de passer chez vous…
- Merci Votre Majesté, je n'en attendais pas moins de votre grande bonté…
- Capitaine ! Vous vous chargerez de l'accompagner chez madame du Barry dès qu'il en aura fini avec la Dauphine…
- Bien Votre Majesté.
La du Barry croisa le regard d'André. Il s'était placé derrière Oscar et tout, dans son attitude, faisait penser qu'il le protégeait. De qui ? Du Roi ? Les yeux d'André recélaient un curieux appel à l'aide. Du moins, c'est ainsi qu'elle le perçut. Lui qui aimait les femmes, elle n'en doutait pas un instant, semblait très attaché à son jeune maître. Elle baissa les paupières, sourit et secoua ses boucles blondes.
« Soit ! Je vous offre votre petit lieutenant… Faites en sorte qu'il reste loin de moi ! »
- N'est-ce pas le lieutenant qui est attaché au service de la Dauphine ? releva-t-elle.
- Si fait madame. Mais le lieutenant doit essayer sa tenue de parade, répondit le Roi.
La favorite scruta son royal amant. Quelque chose lui échappait, elle le sentait. Et elle n'aimait pas cela ! Certes, cet androgyne pouvait amuser, et même plaire à Louis XV. Elle tiqua. Pourquoi frapper cet essayage du sceau du secret ? L'essayage d'une tenue de parade ? Etait-ce une affaire d'importance qui requérait la présence indispensable du souverain ? Que diable lui cachait-il ? Ce domestique, qui avait l'air si avisé, ne l'avait pas fait prévenir pour rien, elle en était certaine ! Elle se fit soupçonneuse et le Roi, qui la connaissait bien, s'en rendit tout de suite compte. Il préféra capituler.
- Lieutenant, prenez donc votre tenue, vous l'essayerez à votre aise, reprit-il comme la chose la plus naturelle du monde. Son Altesse la Dauphine vous attend il me semble !
- A vos ordres, Votre Majesté, le salua Oscar en reprenant des couleurs… C'est bien la première fois que je suis content d'une intervention de la du Barry ! avoua-t-elle sur le chemin du retour. Mais dis-moi, j'ai l'impression que tu n'y es pas totalement étranger. Je me trompe ?
- Oscar voyons ! Tu me prêtes de bien curieuses amitiés… Il se trouve que la comtesse a inopinément appris la venue d'un grand bijoutier venu présenter ses dernières créations à la Dauphine. Des œuvres superbes dit-on !
- Inopinément ?... ( sourire d'Oscar )….. Merci André.
Elle continua à l'observer attentivement quelques secondes. Il s'en aperçut et, avec un sourire, s'arrêta avant d'arriver dans les appartements de la Dauphine.
- Qu'y a-t-il Oscar ?
- Rien… Excuse-moi….. Je me disais simplement que, tu es beaucoup plus doué que moi pour naviguer entre les intrigues de la Cour.
- J'ai appris à me défendre, répondit-il d'un ton amer en reprenant son chemin.
Il ouvrit la porte des appartements de Marie-Antoinette avant qu'Oscar n'ait eu l'occasion de lui parler davantage.
- Oh lieutenant ! Mon grand-père vous a libéré ! Comme je suis contente….. Venez voir…
Le reste de la conversation se perdit pour André, qui préféra rester tranquillement dans un coin, à ressasser des pensées pas toujours agréables. Son regard croisa celui de la comtesse. Il lui offrit un grand sourire, mais ne la laissa pas approcher de lui plus que de raison.
« Oh non madame la comtesse ! Je sais bien que vous pouvez me contraindre à en passer par où vous voulez… Mais je ne tiens pas à vous faciliter la vie. Je ne vous donnerai pas de mon plein gré ce que vous cherchez. Comme il me dégoûte de vous voir agir comme une chienne en chaleur ! Comment avez-vous pu tomber si bas ?... Vous enragez ? Ce n'est pas contre vous, n'est-ce pas ? Bien sûr que vous finirez par avoir ce plaisir qui vous a coûté votre dignité ! Ai-je le choix ?... »
