« On ne choisit pas ses parents mais on décide de ce que l'on fait de notre existence »
Chapitre 30
-Que fais-tu ici… papa ?
-Qui t'autorise à me nommer ainsi, petite impertinente ? Tu es le second Ange-Combattant de l'unité des Archanges, un soldat, et je suis ton supérieur, le Commandant. Point barre. Quant à ta question, je ne vois aucunes raisons pour lesquelles je te répondrais.
Allons, bon, il faisait un monologue au beau milieu d'une bataille maintenant ? De mieux en mieux. Un des Anges de l'escadron qui l'avait accompagné demanda :
-Quels sont les ordres, mon Commandant ?
-Débarrassez-moi de toute cette vermine. Aucun prisonnier ne sera toléré.
-Non ! m'exclamais-je car dans « toute cette vermine », il incluait les shinigamis.
Les Anges, sur le point de s'exécuter, se stoppèrent, indécis. J'étais la fille du Commandant et, comme celui-ci me l'avait si aimablement rappelé, la deuxième des Archanges, c'est-à-dire une haut placée. Devaient-ils m'obéir ? Mais je contrais un ordre du Commandant lui-même, alors que faire ? Je les plaignis un instant avant de reprendre :
-Les shinigamis veulent juste se défendre contre une invasion !
-Et ? demanda mon père, s'en fichant éperdument. Ils sont sur le chemin.
-Non, répondis-je calmement.
-Pardon ?
-J'ai dit : non. Si l'on élimine les hollows, ils partiront et ne seront plus sur le passage.
-Qui ça, « on » ? Tu restes ici, avec moi, tandis que les Anges dégagent le chemin. Quant à tes « shinigamis » je ne vois pas pourquoi tu t'en soucies.
Il ne se donnait même pas la peine de connaitre leur nom. Pitoyable. …Une seconde, il a dit que je ne combattrais pas, non mais il se prend pour qui ?
-Ce sont mes amis. Et il est hors de question que je reste les bras croisés.
-Je ne te demande pas ton avis. Quant à vous, déblayez le terrain, et plus vite que ça ! aboya-t-il à l'adresse de l'escadron qui regardait notre querelle familiale bouche-bée.
Ils s'exécutèrent aussitôt, comme de braves petits soldats, et je me retrouvai seule avec le Commandant, ou presque vu qu'il y avait shinigamis et hollows dans tous les coins.
-Je ne reste pas ici, annonçais-je.
-Si.
-Mmh… Non.
Aussitôt, je déployais mes ailes et m'envolais avant d'aller massacrer des hollows -je me rendis compte qu'ils étaient beaucoup plus vulnérables d'en haut par la même occasion- sans plus me préoccuper de mon « cher papounet ». Qui n'apprécia que très moyennement que je lui désobéisse et se mit à ma poursuite aussitôt.
Aïe. J'avais intérêt à disparaitre de sa vue, et vite. Sans me préoccuper des détails mineurs, comme savoir si c'était complètement stupide ou non, je plongeais en piqué sur un ennemi, l'assommai au passage et me mit à voler à ras du sol… Avant de manquer d'y laisser des plumes, littéralement. En effet, j'avais besoin d'espace et quand on s'affronte de tous les côtés, ça manque légèrement… Un shinigami avait surgi juste devant moi et avait manqué de me trancher net une aile avec son katana en tentant de faucher son adversaire… Je n'étais parvenue à l'esquiver que de justesse, et encore.
Bon, ok, ce n'était pas forcément une bonne idée, message reçu cinq sur cinq. Je me remis debout, repliais mes membres encombrants et partis faire regretter aux hollows d'être nés. Sauf que c'est plutôt moi qui me suis cassée les dents dessus… En effet, un arrancar au fragment de masque en forme de mâchoire de loup se dressa devant moi et s'appliqua à tenter à me découper en rondelles. Très fines.
Heureusement pour moi, je sais esquiver. Et pas qu'un peu. C'est ainsi que je me retrouvai à sauter de ci, de là, enchainant pirouettes et cabrioles pour tenter de rester en un seul morceau. Cependant, comme nous étions en pleine bataille et tout, je n'étais pas la seule à me battre. L'un de mes voisins shinigami me donna un coup avec la garde de son arme dans la tempe sans faire exprès et sans que je l'eus vu venir. Je fis connaissance avec le plancher des vaches qui était dur, très dur, et perdis connaissance.
Lorsque je me réveillai, il faisait noir, et les combats avaient cessé. Ne sachant pas très bien comment j'avais survécu -puisque les morts se volatilisaient pourquoi l'ennemi ne m'avait-il pas achevé ? Bizarre-, je m'assis péniblement, en proie à un mal de crâne monstrueux.
-Aïe…
Ma voix se répercuta contre les parois de mon crâne, faisant redoubler ma migraine, m'amenant les larmes aux yeux. Puis, une question existentielle me traversa l'esprit. Qui avait gagné ? Les shinigamis, Aizen, ou bien le Commandant les avaient-ils tous tués ? Mais, ayant trop mal pour me rester à me questionner, je laissai tomber. Je m'en rendrais compte bien assez tôt. Trop tôt, même, peut-être.
J'entrepris alors de me lever, prudemment, et fis l'inventaire de mes blessures et autres bleus. Donc, une aile foulée, une épaule luxée, de nombreuses enfilades dont certaines assez profondes et des contusions sur tout le corps, en plus d'un mal de tête carabiné. Je ne m'en tirais pas trop mal.
Maintenant, il fallait que je sache quel était le camp gagnant et, quel qu'il fut, il devait se trouver au château à fêter sa victoire. Du moins, c'est ce que moi j'aurais fait. Aussi me mis-je en route, clopin-clopant, vers la grande bâtisse qui se dressait plus loin. Et plus j'avançais, plus je me demandais comment j'avais pu m'en éloigner autant. Car elle était fichtrement loin, cette fichue baraque !
Lentement mais surement, assez longtemps après m'être réveillée, j'y parvins. Une atmosphère festive régnait et j'entendis des rires, assez estompés du fait que la porte (enfin, le truc monumental qui servait de porte) était fermée. Néanmoins, ils me parvinrent suffisamment fort que pour aggraver la maudite migraine qui me martelait toujours les tempes et me fasse me demander si, tout compte fait, l'extérieur n'était pas mieux. C'était grand, calme et surtout, surtout, silencieux. Quoi que. Un couple avait apparemment estimé qu'il n'y avait pas assez d'intimité à l'intérieur et était venu explorer les buissons qui poussaient aux alentours. Et, vu les bruits qu'ils faisaient, ils n'y allaient pas de main morte. Mais, ce n'était pas mes oignons. Aussi, j'entrepris de pousser la porte gargantuesque qui s'ouvrit dans un grincement de fin du monde après m'avoir résisté quelques instants. Le brouhaha qui régnait à l'intérieur me submergea puis, brusquement, s'éteignit, tandis que tous les yeux se braquaient sur moi.
Un homme se leva, suivit d'un autre, et encore un autre, etc. et je me retrouvai engloutie sous la foule des shinigamis qui m'assaillirent en parlant, criant, riant tous en même temps. Je crus que ma tête allait exploser et repartis dire bonjour au sol, retournant dans les méandres de l'inconscience, tandis que le regard dédaigneux de mon père me fixait alors qu'il n'avait pas bougé de la place où il était assis.
