« Pourquoi donc avons-nous des pieds et non des racines, si nous sommes fixés comme de misérables plantes à un point que nous ne pouvons quitter ? » Victor Hugo.

Chapitre 32

Deux jours plus tard, Hane sortait de la quatrième division, complètement traumatisée. Définitivement, les vitamines et elle, ça faisait trois.

Lentement, elle traversa les rues du Seireitei, en direction de la treizième division, prenant garde à chaque croisement à vérifier que le chemin était vierge de tout ange car il était hors de question de retourner au Paradis. C'est pourquoi, elle voulait patienter un maximum de temps avant de devoir une nouvelle fois affronter le Commandant. Celui-ci n'avait pas reparut durant toute la durée de sa courte convalescence, bizarrement, mais elle préférait ne pas prendre de risque.

Elle parvint à la division d'Ukitake sans problème, n'ayant pas aperçu l'ombre d'une plume. Rassurée, elle se dirigea vers le bureau du Capitaine, ouvrit la porte et se figea. Son père se trouvait dans la pièce, accompagné du Général, tous deux faisant face au capitaine aux cheveux blancs. Ah, voilà pourquoi ce dernier paraissait un poil embêté lors de ses visites. Ils faisaient pression sur lui pour qu'il cesse de la voir, sans doute. Mais apparemment, il n'en avait pas tenu compte.

Angel se racla la gorge et les trois hommes se tournèrent vers elle, interrompant leur discussion. Le Taïsho lui sourit tandis que le Commandant disait :

- Ah, te voilà. Nous t'attendions.

- Que faites-vous à la 13e division, au juste ? demanda la jeune fille, méfiante.

- Nous… discutions de ton avenir.

Houlà, elle ne devait pas être très pacifique, leur conversation, au ton qu'il avait employé.

- Et pour quelles raisons ? Mon avenir me concerne moi, il me semble.

- J'ai compris le motif qui te retenait ici.

- Ah bon ? Bravo, tu es plus perspicace que ce que je ne le pensais dans ce cas !

- C'est à cause de cet homme.

- Raté.

- Tous les trois la regardèrent, surpris.

- Je ne dis pas que ce n'est pas en partie à cause de lui. Mais, dans l'absolu, non.

Bien évidemment, elle ne précisa pas la taille de la partie en question, qui était tout de même un sacré morceau.

- Qu'est-ce que tu racontes ? C'est de lui que t'es amourachée, non ?

- Non.

Ukitake parut blessé et elle s'empressa de rectifier :

- Je ne me suis pas amourachée, comme tu dis. Je suis tombée amoureuse.

- Une amourette, oui !

- Pas du tout.

- Quoi qu'il en soit, nous disions donc que la meilleure manière de te ramener à la raison est d'éliminer le problème à la racine, et ce de manière définitive.

- Touche à un seul de ses cheveux et je t'embroche, et ce de manière définitive, répliqua Hane avec légèreté, un sourire terrifiant aux lèvres. De plus, je n'ai jamais été plus raisonnée qu'à ce jour. Je ne veux plus rien à voir à faire avec les Anges et encore moins avec toi.

Le Commandant et le Général écarquillèrent les yeux, choqués, la regardant comme si elle avait perdu la raison :

- Angel, tu… tu n'es pas sérieuse ? s'exclama Lionel.

- Mon nom est Hane, répondit-elle calmement. Et je suis on ne peut plus sérieuse.

- Tu ne peux pas faire ça !

- J'ai accompli votre foutu destin à la con alors maintenant foutez moi la paix, nom de Dieu !

- Ne jure pas ! fit le Général. Il n'aime pas qu'on utilise Son nom à tout va et tu le sais !

- Rien à foutre, cracha la jeune fille.

- Angel. Il suffit, prononça le Commandant d'une voix froide qui ne souffrait aucune réplique. Cesse tes enfantillages. Nous rentrons. Maintenant.

Angel ouvrit la bouche pour répliquer mais fut réduite au silence par un seul regard de son père. Père qui ordonna ensuite à Lionel d'entraver l'Ange afin de ne pas devoir supporter ses tentatives d'évasion durant le trajet qui suivrait.

Le Capitaine de la 13e division intervint :

- Pourquoi voulez-vous tant la rapatrier dans votre monde alors qu'elle n'en a aucune envie ?

- Sa place est là-bas.

- C'est à elle d'en décider, non ?

- Tout à fait, renchérit la concernée qui venait de se cacher derrière le Taïsho pour échapper aux deux autres hommes.

- Non, contredit l'homme dont les yeux gris auraient fait fondre le cercle polaire.

Hane lui lança un regard noir tandis qu'il poursuivait :

-La place d'Angel est au Paradis, dans les rangs des Anges-Combattants, et non dans un monde inférieur à conter fleurette. De plus, ayant un grand potentiel, elle est destinée à monter les échelons et un jour me succéder.

- Alors ça, jamais ! s'écria la jeune fille.

- Il ne faut jamais dire jamais, répliqua le Général.

Comprenant qu'ils ne lâcheraient jamais le morceau, Angel cessa de discuter. Elle attrapa la main d'Ukitake et le prévint :

- Shunpo !

L'instant suivant, ils avaient tous deux disparut, passant sous le nez des deux autres hommes qui n'en crurent pas leurs yeux. Il venait de se passer quoi là ?

Tandis qu'ils se questionnaient, Angel courrait, tenant toujours la main de Jyuushiro qui, s'il avait été surpris au début, s'était adapté à son rythme très rapidement. Une fois qu'ils se furent assez éloignés, l'homme aux cheveux blancs força la jeune fille à s'arrêter alors qu'ils atteignaient un parc assez isolé.

- Pourquoi m'as-tu entrainé ainsi ? demanda-t-il.

- Si vous étiez resté, ils vous auraient pris en otage pour me forcer à rentrer.

- …

Angel soupira.

- Pourquoi ne peuvent-ils pas me laisser en paix ? J'ai fait ce qu'ils voulaient alors maintenant c'est à moi de décider, zut hein !

- Ton père s'inquiète très certainement pour toi, c'est pourquoi il tient à ce que tu rentres chez toi, afin d'être rassuré.

- C'est ici chez moi, maintenant.

- … Pourquoi ça ?

- Si vous saviez la différence qu'il existe entre nos deux mondes ! Ou, du moins, entre le QG et le Seireitei… Bien sûr, ce sont deux institutions militaires mais elles sont loin d'être identiques ! (Elle se mit à marcher de long en large devant son interlocuteur.) Au QG, on ne fait que se battre, tout le temps. Lorsqu'on ne s'entraine pas, nous sommes obligés de simuler des batailles fictives contre des hologrammes de Démons ou des Anges Déchus ou encore entre nous ! Juste pour rester « en forme » ! Les plus faibles terminent toujours à l'infirmerie… Ou pire. Ça sert à « faire le tri » entre les faibles et les forts. Et si on veut monter les échelons, la seule manière, c'est de se distinguer lors d'une mission ou de défier son supérieur hiérarchique. Mais comme lorsqu'on est en bas de l'échelle, on ne nous confie aucune mission ou presque, la seule solution est la deuxième ! Or, généralement, notre supérieur a plus d'expérience que nous et s'est déjà fait défier de nombreuses fois sans jamais perdre, ce qui réduit fortement nos chances ! Cependant, une fois que tu es en haut de l'échelle, plus personne ne peut te détrôner, puisque nous sommes classés par ordre de puissance et la seule façon d'avancer, c'est que son prédécesseur se fasse tuer, ce qui engendre quelques accidents.

Ukitake la regardait, légèrement bouche-bée, tandis qu'elle poursuivait son monologue :

- L'unité la plus puissante, l'élite, est placée sous les ordres directs du Général qui lui-même reçoit ses ordres du Commandant. Elle se nomme l'Unité des Archanges et peut donner des ordres aux unités inférieures. Moi, je fais partie de celle-là. C'est à nous qu'on accorde les missions les plus périlleuses et les combats les plus féroces. La seule unité à pouvoir se vanter d'être à égalité avec nous, c'est la garde du Commandant. Et encore, ceux-là n'ont subi qu'une formation de garde du corps, ce sont des bourrins, ils ne savent pas faire les choses en finesse, comme nous ! Notre formation couvre tous les domaines ! Nous sommes les plus forts, les meilleurs, les… plus soumis, acheva-t-elle amèrement. C'est malsain. On nous endoctrine et on fait passer pour normal un système qui ne l'est pas ! C'est ce que j'ai compris en retrouvant la mémoire et en comparant ce d'en quoi j'ai vécu durant tous ces siècles et le Seireitei. Ici, on s'entraine, certes, mais on ne pousse pas les gens à bout. On ne traite pas les soldats comme des vermines parce qu'ils sont moins hauts placés et, surtout, on n'envoie pas les hommes à la mort quand ça les arrange ! Les Anges-Combattants se disent être une organisation voulue par Dieu mais… (elle hésita un instant avant de poursuivre:) si Dieu voulait vraiment que l'organisation soit ainsi, c'est qu'il n'est pas si bon qu'on le dit !

Hane se tut et ferma les yeux. Voilà, elle avait parjuré. Elle s'attendait à être foudroyée sur place par la colère divine, mais il n'en fut rien. Pas le moindre petit coup de tonnerre, pas la moindre petite tempête pour venir la punir. À la place, elle sentit une main se poser doucement sur ses cheveux. Incrédule, elle rouvrit les paupières pour croiser le regard chocolat du Capitaine aux cheveux blancs.

- Si vraiment les… Anges-Combattants (il butta légèrement sur le mot inconnu) sont organisés pareillement, peut-être devrais-tu y retourner, ne fut-ce que pour faire changer les choses ? Bien évidemment, si tu souhaites rester ici, ce n'est pas moi qui vais t'en empêcher, loin de là.

« Cet homme est un ange, songea tendrement la jeune fille, il l'est de bien plus de manières que la plupart de ceux que je connaisse. »

- Vous avez raison, déclara-t-elle. Il faut que j'y retourne, pour faire changer les choses. Mais dès que ça sera fait, je reviendrai.

Le shinigami eut un sourire triste. Elle allait une nouvelle fois partir loin de lui. Parfois, il se surprenait à penser que, peut-être, leur soirée n'avait été qu'un rêve… Et puis, ne l'avait-il pas abusée, elle qui avait perdu alors sa mémoire ? Mais, il y a quelques minutes encore, elle venait d'affirmer qu'elle l'aimait. Était-ce possible ? Ainsi perdu dans ses pensées, il sursauta légèrement lorsque la jeune fille se blottit dans ses bras.

- Demain, j'avertirai mon père que j'accepte de repartir avec lui. En attendant, je veux passer le reste de mon temps avec vous.

Le Taïsho n'en crut pas ses oreilles. Elle voulait vraiment rester avec lui ? Lentement, il baissa la tête pour poser ses lèvres contre les siennes mais fut brusquement interrompu par l'alarme qui se mit à résonner dans tout le Seireitei. À contrecœur, il s'écarta de l'Ange, malheureux comme les pierres, pour aller voir ce qu'il se tramait encore, accompagné celle-ci.


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