Attention ! Ce chapitre comporte des scènes à caractère sexuel explicite !
Une nuit, la comtesse s'introduisit sans bruit dans la chambre d'André. Le jeune homme dormait profondément, à demi-nu. Une vague de chaleur sembla déferler sur son être, déjà tendu à l'extrême. Elle s'approcha de lui, posa la main sur sa peau. Ce seul contact la fit frémir au plus profond d'elle-même. Lui seul pouvait éteindre le brasier qui la consumait, et qui renaîtrait de plus bel dès qu'elle l'aurait quitté. Une soif inextinguible…
Il tourna la tête. Elle sourit. Il était si paisible lorsqu'il dormait, avec un sourire.
La comtesse souleva le drap pour se glisser à ses côtés. Le jeune homme était tellement fourbu qu'il ne réagit quasiment pas, mais fut néanmoins sensible à cette présence féminine. Tout en douceur, elle baissa le pantalon de nuit, pour libérer l'objet de toutes ses convoitises. Avec gourmandise, elle pratiqua une fellation. Elle l'entendit gémir, ce qui accrut son propre feu intérieur.
Tout à coup, André ouvrit les yeux. Brusquement, il saisit la comtesse par les cheveux, voulant l'obliger à lâcher sa proie. Mais, lorsqu'il sentit les dents de la femme se serrer autour de l'objet tant convoité, il suspendit son geste. D'un regard, elle lui fit comprendre de se laisser faire. Quelle autre solution avait-il ? Cette partie de l'anatomie masculine était particulièrement sensible aux morsures, surtout lorsqu'elle était gonflée de sève. André se rejeta donc dans le lit, les larmes aux yeux. Cette fois, il ne réussirait pas à s'abriter de la boue, il y roulerait avec elle.
Elle l'amena au bord de la jouissance. Enfin, quand elle le sentit prêt à éjaculer, elle libéra le dur objet de ses désirs. André ne put retenir un grognement de déception. En réalité, la comtesse voulait simplement pouvoir bouger sans lui laisser le temps de réagir. Et c'est exactement ce qui se passa. Rapidement, elle s'allongea sur lui et engagea la pénétration. La verge fraya son chemin sans aucun effort tant elle était attendue, espérée, convoitée.
- Allez-vous en ! gronda André en serrant les dents.
- Pas avant de m'être servie mon petit palefrenier préféré… Chuuuuuuuut ! Avant de continuer, pense au scandale si, par malheur, je me mettais à crier. Pense à Oscar qui dort au premier étage…
André se crispa. Tous ses muscles semblaient tendus à l'extrême. Comment cette femme osait-elle seulement prononcer le nom d'Oscar ?
… Elle serait choquée. Oh bien sûr, elle réprouverait ma conduite. N'est-ce pas André ?... Mais, comment te regarderait-elle si elle voyait de ses yeux nos corps imbriqués ?
- Le temps qu'elle arrive, nous serions loin l'un de l'autre…
- Mais je suis nue, et suis venue de la sorte… Et je suis pleine de désirs… Et ton sexe est plein de moi… Pense aussi à mon mari, qui termine la lecture de ses chers dossiers au premier étage… Que dirait-il ? Il éviterait le scandale bien sur ! Mais pourrait-il te conserver à ton poste ? Que crois-tu André ?... Ce que tu as fait à la mère, tu pourrais le faire à la fille… Tu voudrais le faire à la fille, n'est-ce pas ? Ma jolie petite Oscar, si pure, si blanche….
- Taisez-vous !
- Le général a élevé un garçon. Ce n'est pas pour voir son domestique la traiter en femme, la désirer, rêver d'elle chaque nuit… Tu rêves d'elle, n'est-ce pas André ?
- Taisez-vous !
- Allez André, un petit effort… Tu sais ce que je veux !
Oh que oui, il le savait ! Elle voulait ce qu'il avait réussi à préserver malgré tout, depuis le séjour de Normandie. Son intégrité ! Les larmes coulaient sans qu'il put les en empêcher. Quel choix…. ? Mon dieu, quel choix avait-il ?
Alors, il agrippa le bassin de cette femme détestée et commença des va-et-vient. Il fermait les yeux, comme pour refuser la réalité du geste qu'il commettait. Pour ne pas voir le plaisir sur le visage de la comtesse. Pour ne pas la voir se mordre les lèvres pour éviter de crier sa jouissance. Cependant, il ne pouvait empêcher son corps de réagir au plaisir qu'il éprouvait, de mesurer l'ampleur de ce plaisir. Il ne pouvait boucher ses oreilles pour ne pas entendre ses gémissements rauques. Sous le déferlement d'une vague de plaisir plus profonde que les autres, il explosa en elle.
- C'est très bien André, soupira-t-elle, comblée.
Elle écouta les battements de son cœur, en parsemant son torse de petits baisers brûlants. Elle avait toujours envie de lui. Encore et encore ! Elle le regarda et se figea, interdite. Les prunelles d'André étaient sur elle. La haine semblait avoir évincé tout autre sentiment. Elle ne recula pas devant le danger et planta son regard fiévreux dans le sien.
- Madame la comtesse est satisfaite, gronda-t-il d'une voix basse et menaçante, qui aurait donné des sueurs froides à un soldat aguerri.
- Très, répondit-elle doucement. Contrôle-toi mon chéri…
- Je ne suis pas… votre chéri, rétorqua-t-il, méprisant.
- Je sais, souffla la comtesse qui, cette fois, avait les larmes aux yeux. Contrôlez-vous André… Oscar ne doit rien savoir.
Elle utilisait la seule carte qu'elle avait. La seule qui pouvait le faire plier, comme elle l'avait fait céder à son désir perverti. Il ferma les yeux et serra les poings.
- Allez-vous-en, gronda-t-il encore une fois.
Cette fois, elle l'écouta. Il semblait rassembler toutes ses forces pour maîtriser cette haine qui les brûlait tous les deux, l'un en l'éprouvant, l'autre en en étant l'objet. Elle comprit qu'elle ne pouvait le pousser plus loin. Elle s'éclipsa rapidement, cachant ses larmes. Elle avait tellement honte. Pourtant, elle avait encore envie de lui, et de lui seul. Ses veines charriaient une lave qui la consumait entièrement, et cette lave se prénommait André. Et elle l'avait perdu ! Perdu… Elle avait perdu son respect, son estime, son affection, son obéissance… Elle devait le contraindre. Qu'était-elle donc devenue ? Elle pleurait, mais elle savait déjà qu'elle ne pourrait pas se passer de lui.
« Vous avez raison, madame la comtesse… Oscar ne doit rien savoir. Rien savoir… ou je la perdrai à tout jamais. Elle ne me pardonnerait pas. Pourtant, je n'ai rien fait pour mériter son courroux… Je ne m'intéresse pas à la du Barry, contrairement à ce que vous pouvez dire. Je donnerai ma vie pour elle… Mais elle préfère vous croire… Et moi, je suis perdu ! »
Il tira un seau d'eau et procéda à quelques ablutions sommaires. Il ne supportait pas de sentir le parfum de la comtesse sur lui. Il ne supportait pas le plaisir qui suintait des pores de sa peau. Il ne supportait pas l'incompréhension d'Oscar. Il avait fallu si peu de chose, juste une réflexion lancée à la suite de l'accusation de la comtesse au sujet d'André et la du Barry. Il ne supportait pas cette blessure qui l'éloignait de la jeune femme qui hantait ses rêves avec ses longs cheveux blonds, ses yeux de porcelaine et son corps de neige.
- André !
- Oui général, répondit le jeune homme, après avoir fini toutes les tâches réclamées par son maître.
- Tu as bien travaillé ! Demain, tu pourras suivre Oscar à Versailles. J'avoue que… j'apprécie ta présence discrète auprès de mon fils.
- Je fais de mon mieux, général.
- Je le sais. Oscar sera sûrement heureux de pouvoir de nouveau compter sur tes services…
« Puissiez-vous dire vrai général, même s'il m'arrive d'en douter. Depuis 3 jours, elle ne m'a pratiquement pas adressé la parole. A peine un regard… »
… Je crois que la Dauphine continue à mettre sa vigilance à rude épreuve… Veille bien sur mon fils André, je te fais confiance.
- Je veillerai sur le lieutenant plus que sur ma vie, général.
Après le départ du général, André poussa un soupir. Plus que sur sa vie… Il n'aurait aucun mérite. Sa vie valait si peu. Il serra les poings malgré lui… Grâce aux bons soins de la comtesse ! Il grinça des dents. Demain… Son cœur se serra. Oscar était tellement distante avec lui en ce moment. Il ne comprenait pas qu'elle répondait à sa propre attitude envers elle. Il avait peur. Peur que cette boue le marque à jamais ! Peur qu'Oscar ne veuille plus de lui ! Peur de ne pouvoir toujours assujettir la haine qu'il sentait gronder au fond de lui !
Il avait au moins sauvegardé le principal : Oscar ne savait pas !
- Demain, tu viens au château avec moi ! l'accosta la jeune femme alors qu'il arrivait pour s'occuper de son cheval.
- Oui Oscar, si tu le désires, répondit-il d'un air las.
- Je te remercie, répondit-elle avec humeur.
- Attends ! s'écria-t-il en la rattrapant. Ne te fâche pas…
- Que je ne me fâche pas !... Alors que tu débordes d'enthousiasme à l'idée de venir avec moi ! Je crois que je ferais mieux de me passer de tes services. Je demanderai au capitaine de m'adjoindre un garde… Au moins, je n'aurai pas à me préoccuper de son humeur !
- Je suis très heureux de te suivre… Quant à demander quelque chose à ton cher capitaine, tu risques d'en payer le prix fort !
- Que veux-tu dire ?
- Que ton garde aura sans doute quelques scrupules à t'arracher des griffes de ce cher capitaine.
- Je te déteste !
- Peu m'importe !...
- Que…
- Tant que je peux veiller sur toi, peu m'importe que tu me méprises. L'important, c'est qu'il ne t'arrive rien, à toi… Tu ne le mérites pas…
Le jeune homme retournait vers l'écurie qu'il avait précipitamment quittée pour se lancer à la poursuite d'Oscar.
- André…
Cette fois, c'est elle qui le rejoignit.
- Que vas-tu chercher ?... Je ne te méprise pas.
- … Peu importe…
- André, pourquoi crois-tu que je te méprise ?
André hésita. C'était une occasion inespérée de crever l'abcès. Pourtant il hésitait. Si elle approfondissait la blessure au lieu d'y poser un baume ?
- Tu préfères croire ta mère lorsqu'elle dit que je m'intéresse à la du Barry, que moi lorsque je t'affirme le contraire, confia-t-il enfin en baissant la tête.
Oscar semblait frappée par la foudre. Mon dieu ! Il pensait encore à cela. Maintenant qu'elle y réfléchissait, c'était à cette période que l'attitude d'André était devenue plus… froide.
- André… Je ne pensais pas…. Je n'ai pas cru ma mère. Je sais que tu ne t'intéresses pas à cette femme. Je me suis mise en colère parce qu'elle se sert de toi pour m'atteindre, parce qu'elle veut nous séparer…
- Tu lui prêtes peut-être des intentions qu'elle n'a pas, et tu te donnes une importance que tu n'as pas…
- Que veux-tu dire ?
- Qu'il m'est arrivé de parler avec la favorite royale, c'est vrai. Et je ne le regrette pas, ne serait-ce que pour ce qu'elle a fait pour toi par la suite. Elle ne cherche pas à me séduire, et elle ne me séduit pas, contrairement à ce que prétend ta mère. Elle est contente de trouver quelqu'un qui lui réponde sans faux-semblant, c'est tout !... Elle ne cherche pas plus à nous séparer absolument. Elle ne t'apprécie pas plus que tu ne l'apprécies, rassure-toi ! Mais tu n'es pas pour autant le centre de ses pensées.
- Tu as dit ce que tu avais à dire ? conclut Oscar d'un ton neutre.
- Oui, soupira-t-il en baissant la tête.
- ….. Je suis contente ! C'eut été bête de nous disputer pour une broutille, l'assura-t-elle avec un grand sourire.
- Oscar, murmura-t-il avec les larmes aux yeux.
- Je ne te méprise pas, André, lui dit-elle à l'oreille tandis qu'il respirait son parfum comme le plus doux des délices. Je suis heureuse que tu reviennes à mes côtés…
- Oui, répliqua-t-il pour alléger une situation qui devenait tendue pour lui, tant il avait envie de la prendre dans ses bras. Il parait que la Dauphine t'en fait voir de toutes les couleurs ! Même le général est content que je reprenne ma place auprès de toi.
- Il n'avait qu'à pas t'accaparer ces jours derniers, maugréa-t-elle.
- Oscar ! s'exclama-t-il avant d'éclater de rire.
Qu'elle aimait son rire ! Il était capable de laver tous les doutes, toutes les incertitudes, d'éloigner les peurs les plus troubles et les craintes les plus grandes… Oh oui, elle l'aimait ce rire !
- Alors, quelle est la dernière trouvaille de Marie-Antoinette ? demanda-t-il avec un petit sourire insolent.
- André ! Je t'interdis de parler de la Dauphine de la sorte ! s'insurgea-t-elle avant de sourire à son tour…. Axel de Fersen est venu la voir plusieurs fois à la Cour. Je crains que l'on ne commence à jaser…
- Plusieurs fois ?... Trop tard ! Les langues de vipère sont déjà déliées !
- André ! le rabroua-t-elle avant d'éclater de rire à son tour.
Elle était tellement heureuse de le retrouver, son compagnon de toujours, ombre fidèle, ami dévoué. Elle avait eu si froid sans sa présence chaleureuse. Une autre personne avait entendu leurs rires se mêler… La comtesse avait rapidement fermé la fenêtre, le cœur meurtri de jalousie.
- Un problème, madame ? Vous semblez soucieuse…
- Non mon ami, répondit la comtesse en ravalant ses larmes. Cela faisait bien longtemps que nous n'avions passé quelques jours ensemble…
- Madame, un petit séjour sur nos terres de Normandie vous ferait-il plaisir ?
La comtesse retint de justesse un gémissement. Un séjour en Normandie… En compagnie de son époux, non d'André.
- Oui, cela me ferait très plaisir, répondit-elle en fixant l'écurie. Très plaisir…
Le général regarda son épouse. Contrairement à ses dires, elle ne semblait pas dans son assiette. Il demanderait à grand-mère de veiller particulièrement sur elle.
