Après leurs ébats torrides, Oscar s'était endormie dans les bras d'André. Il avait lutté contre le sommeil pour la contempler longuement. Il était parti avant le réveil de la jeune femme. Avec un brin d'angoisse, celle-ci s'était demandé quelle allait être leur attitude à tous deux… Or, le lendemain ( car elle ne revit son compagnon que le lendemain ), il se comporta de manière tout à fait naturelle. Du moins, extérieurement…

La décision d'André était prise, et elle lui broyait le cœur. Mais peu importait ! Le plus important, c'était Oscar. Il sourit en la regardant marcher dans les couloirs de Versailles. Il avait réussi à la rendre plus forte, plus sure d'elle. Le reste était sans intérêt… Après un moment de flottement, il avait réussi à ne rien laisser transparaître de la tempête qui l'agitait.

Pour sa part, Oscar se sentait effectivement plus forte, plus sereine. Elle aurait dû être honteuse, mais elle n'y arrivait pas. Au contraire… Cette étreinte l'avait libérée. Elle ne savait pas de quoi. Elle fronçait légèrement les sourcils en y pensant.

- Colonel, j'aimerais m'entretenir avec vous quelques instants en privé, aborda-t-elle Girodelle.

- Fort bien lieutenant. Accompagnez-moi dans mon bureau.

- André, va auprès de la Reine je te prie. Si ma présence est requise, tu me feras appeler. Je n'en aurai pas pour longtemps.

- Bien Oscar, s'inclina le jeune homme, un peu surpris.

- Je vous suis colonel.

- Entrez lieutenant…

Oscar entra et se posta près du bureau.

- Mon joli petit lieutenant veut me parler, dit l'officier en se collant à elle et en l'embrassant dans le cou. Quelle heureuse surprise !

- J'ai un problème colonel, et je crains que cela n'affecte la qualité de mon service.

- Diantre ! s'exclama Girodelle en rompant de quelques pas. Asseyez-vous je vous en prie, et exposez-moi votre problème. Je suis tout ouïe.

La jeune femme le fixa quelques secondes. Désinvolte l'instant d'avant, il lui accordait maintenant une attention soutenue, le regard grave et les gestes mesurés. Il s'était assis à côté d'elle, au lieu de s'installer derrière son bureau, pour faciliter d'éventuelles confidences.

« Il n'a pas usurpé sa place. » pensa-t-elle soudain.

- Voilà colonel, commença-t-elle en baissant la tête. Je suis en butte aux… avances de mon supérieur…

Elle jeta un coup d'œil à son interlocuteur et nota la profonde surprise que ses traits et ses yeux exprimaient clairement.

… et j'avoue ne pas toujours réagir avec le calme nécessaire. Je m'énerve sans doute trop facilement et, je crains que cela n'affecte mes capacités de réflexion et d'observation…

- Que… !

- Je suis désolée de vous importuner avec un problème d'ordre personnel, mais…je préfère vous en parler avant que cela n'affecte ma mission. Je prends trop à cœur la sécurité de la Reine pour me voiler la face.

- Vous vous moquez ? demanda-t-il d'une voix blanche.

- J'aime ce que je fais, renchérit-elle, et je ne pense pas avoir démérité. Sur mon honneur, je vous rendrai mon épée si vous pensez le contraire.

- ….. Vous avez raison.

- Pardon ?

Elle le regarda, perplexe. Elle avait raison ? Mais, sur quel sujet ?

- Vous avez raison de me rappeler mes devoirs de colonel Oscar, continua-t-il avec un sourire. J'étais bien conscient que mon attitude vous énervait. En aucun cas je ne voudrais que cela affecte la qualité de votre service. Rassurez-vous lieutenant, vous êtes l'un de mes meilleurs éléments, si ce n'est le meilleur. Je pense même, si vous voulez connaître le fond de ma pensée, que vous auriez fait un très bon commandant…si l'issue de notre duel en avait décidé autrement…

Il la regarda bien en face, content d'avoir réussi à l'étonner d'une part, d'avoir exprimé les compliments qu'il gardait trop souvent par devers lui faute de savoir comment les lui faire.

- Mais voyez-vous, reprit-il en l'observant toujours, lorsque nous nous sommes battus vous étiez très jeune. 14 ans ! A peine sortie de l'adolescence alors que j'étais déjà un jeune homme. Vous avez grandi, et malheureusement pour la paix de mon cœur, vous avez embelli de jour en jour. Je vous l'ai déjà dit, après vous avoir vue dans la vérité de votre nature, il m'est difficile de voir un homme en vous… Néanmoins, je me dois de vous considérer comme le lieutenant de Jarjayes dans l'enceinte de la caserne et l'exercice de vos fonctions. Un lieutenant dont je suis fier, je le répète !

- Merci, mumura-t-elle, la gorge nouée par l'émotion.

- Toutefois, reprit-il avec un sourire taquin, permettez-moi de rendre hommage à la femme que vous êtes…lorsque nous serons en privé. Je ne renoncerai pas à vous Oscar.

- Pourquoi ?

- Parce que vous êtes belle et que je vous désire Parce que vous êtes fougueuse et que je vous désire…

- Alors, il n'est question que de désir ? Et si je me laissais prendre là, sur votre bureau ?

- Je serai le plus heureux des hommes, admit-il en riant. Je sais que vous n'auriez rien d'autre à offrir. Le devoir et l'honneur coulent dans vos veines. Vous aimez cette vie, cette liberté que votre condition d'homme vous octroye… Mais sur ce bureau, c'est désormais impossible !

- Ah oui ? releva Oscar comme un défi.

- Nous sommes dans l'enceinte de la caserne…et je n'ai pas envie de baiser un lieutenant de la Garde Royale, se moqua-t-il avec beaucoup d'esprit.

- C'est vrai, admit-elle en riant.

Il se leva, signifiant la fin de l'entretien.

- Il est temps que vous rejoigniez la Reine, mon beau lieutenant.

- A vos ordres, colonel.

- Oscar !

- Oui ?

- Vous avez bien fait de me parler, la remercia-t-il avant de fermer la porte.

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Ils rentraient à Jarjayes à brides abattues. Oscar adorait galoper. Dernièrement, le galop lui permettait de se détendre, ou de noyer son chagrin. Ce soir-là, elle galopait par pur plaisir et c'était un ravissement de la voir. André suivait la cadence. Elle avait été si rayonnante aujourd'hui. En revenant de son entretien avec Girodelle, elle lui adressa un sourire éblouissant, qui avait chaviré le cœur du pauvre domestique.

Avec surprise, il la vit bifurquer. Au début, il la suivit sans comprendre. Puis il sut où elle se rendait : à l'étang.

- André ! s'écria-t-elle dès qu'elle eut mis pied à terre.

- Qu'y a-t-il Oscar ? s'inquiéta-t-il. Que t'arrive-t-il ?

- J'ai réussi !... Je lui ai tenu tête ! J'ai tenu tête à Girodelle !

Elle éclata de rire, un rire léger, en cascade, comme lorsqu'ils étaient enfants. Que cela faisait du bien de l'entendre rire ! Quel crève-cœur !

- Je savais que tu pouvais le faire Oscar, la félicita-t-il.

- Grâce à toi…

- Non !... Je n'y suis pour rien. Cette force était en toi. Tu ne la voyais pas, c'est tout. Tu dois croire en toi Oscar !

- J'y crois plus encore quand tu m'embrasses, dit-elle en passant ses bras autour du cou d'André.

- De la tenue, lieutenant ! se moqua-t-il. On pourrait croire que vous avez bu.

- On aurait tord ! Je n'ai pas bu du tout… enfin, pas depuis le verre de vin du diner. Mais ça ne compte pas !

- Oscar, sois sérieuse…

- Et si je n'ai pas envie d'être sérieuse ? glissa-t-elle, mutine.

Les joues rouges, elle se souvint d'une pratique qu'elle avait découverte, dans un recoin de Versailles. Portant un pli de la Reine pour monsieur de Fersen, pli tout à fait innocent mais qui pouvait prêter à conséquence, elle n'avait voulu trahir sa présence dans une petite pièce. Elle avait assisté, spectatrice impuissante, à une pratique sexuelle qui l'avait écœurée et indignée. Face à André, elle ne pouvait se départir d'une pointe de curiosité qui mettait le feu à ses reins… et à son visage.

Elle glissa les mains vers l'entrejambe de son compagnon, qui réagit par un soupir en fermant les yeux. Puis elle déboutonna la culotte et libéra le membre déjà durci du jeune homme. Elle le contempla un instant, tandis qu'un frisson parcourait son échine. Elle s'agenouilla doucement pour se retrouver au niveau de cette verge victorieuse de ses défenses.

André cilla puis s'écarta de quelques pas, en pleine déroute. La jeune fille levait sur lui des yeux interrogateurs.

- Oscar…

- J'ai vu des femmes le faire, au château… J'avais trouvé cela particulièrement…dégoûtant….. Maintenant, je ne sais plus… Ce n'est plus…

- Non, tu n'as pas besoin de faire ça.

- Si j'ai envie d'essayer ?

- Oscar…

- Tu connais ?

- ….. Oui, avoua-t-il.

- D'autres femmes t'ont déjà fait ça ?

- Oui.

- Tu as aimé ?

- … Là n'est pas la question.

- Tu as aimé ? insista-t-elle, têtue.

- Oui, avoua-t-il. C'est généralement une pratique utilisée pour donner beaucoup de plaisir à l'autre.

« Beaucoup de plaisir à l'autre »… Un éclair dur avait traversé ses prunelles en disant cela. Subitement, Oscar comprit.

- Tu l'as déjà fait toi aussi ? demanda-t-elle doucement.

- …. Oui, murmura-t-il.

- Avec ma mère….. C'est comme cela que tu te protégeais, n'est-ce pas ?

- Oui, avoua-t-il en baissant la tête.

- C'est pour cela que tu ne veux pas que je fasse ça ? sembla-t-elle comprendre.

- Non….. ( Elle le regarda, surprise. )… Avec toi, ça ne serait pas la même chose. Rien ne serait la même chose. Je ne désire pas ta mère, je n'éprouve aucun sentiment amoureux pour elle. Mais…

- Mais ?

- Tu mérites mieux ! Mieux que cette pratique que tu as jugée dégoûtante… « Mieux que moi dont le sexe est couvert de boue… » Pourquoi Oscar ? Pourquoi me proposes-tu cela ?

- Je ne sais pas…. Je t'assure que je ne sais pas. Avec un autre, cela me révulserait. Avec toi…

Elle eut un geste fataliste. Elle n'avait aucune explication valable à donner. Il sourit. Mon dieu, elle était bien plus femme qu'elle ne l'avait imaginée ! Il avança de nouveau pour se retrouver à portée de sa main, à portée de sa bouche.

Oscar caressa doucement le gland de ses doigts. C'était lisse… Elle prit délicatement la verge en main. C'était dur et doux en même temps, c'était chaud… Elle entendait la respiration haletante du jeune homme sous ses caresses. Après une dernière hésitation, elle y posa sa bouche, et se laissa aller, léchant, embrassant, suçant... jusqu'au râle de plaisir d'André. Il s'était arraché d'elle pour éjaculer, elle vit la semence jaillir avec force et en conçut une grande fierté.

Elle était assise, les fesses sur les talons, tandis qu'il reprenait son souffle, courbé, les mains sur les cuisses. Lorsqu'il tourna le visage vers elle, elle lui offrit un beau sourire. Jamais il n'avait ressenti pareil plaisir ! Parce que c'était ELLE…

Elle se releva tandis qu'il reboutonnait sa culotte, et se dirigea vers son cheval.

- Oscar ! Attends…

- …

- Tu as oublié quelque chose.

- Quoi ? s'étonna-t-elle.

- Déboutonne ta culotte, répondit-il avec un sourire.

Tout était différent avec elle ! Il prenait garde au moindre de ses halètements, au moindre soubresaut de son corps, pour lui en donner toujours plus… Son cri d'extase déchira la nuit tombante, son corps tendu dans un spasme ultime pour retomber, parcouru de frissons.

Il la rhabilla comme une enfant. Ils s'embrassèrent longuement avant de remonter à cheval et reprendre le chemin de la maison.

- André…

- Oui Oscar ?

- Je…. Je voudrais te poser une question mais….

- Pose ta question Oscar. Si je n'ai pas envie d'y répondre, je n'y répondrai pas, ajouta-t-il avec un petit sourire malicieux.

- Je ne veux pas te faire de mal… Je voulais juste savoir si…tu avais donné autant de plaisir…aux autres… à….

- A ta mère ? Non ! Je lui donne juste ce qu'elle veut, du plaisir. Je n'y mets aucune bonne volonté... S'il n'y avait eu aucune différence, je n'aurais jamais fait cela avec toi.

- Je ne devrais peut-être pas mais…je suis contente. On fait la course ? proposa-t-elle en lançant son cheval.

- Allons-y ! répondit-il en la suivant.