Qui suis-je ?
Cette question résonnait dans l'esprit des six personnes présentes dans la chambre.
Pourtant, une seule savait ce qu'elle recouvrait : le désespoir le plus total, l'incompréhension et même, le rejet de soi. Les cinq autres se préparèrent à aider Harry à redevenir lui-même, sans comprendre qu'il ne savait pas qui il était, car il n'avait jamais été lui. Durant toute son enfance, Harry avait été présenté comme une charge. Puis, il fut un sorcier, un être doué de pouvoirs extraordinaires. Immédiatement après, il devint une célébrité, que tous connaissaient, qui avait défait le mal. Ensuite, il fut un apprenti, doué ou sans capacité selon les points de vue, orgueilleux ou chanceux, le fils de son père ou celui de sa mère, le griffondor, le chef de file. Il fut l'ami, le meilleur ami, le petit ami, ou l'ennemi, le représentant de la maison ennemi, le fils de l'ennemi, l'ennemi du seigneur. Il fut doué en défense contre les forces du mal, le meilleur attrapeur jamais vu à Poudlard, médiocre en métamorphose, bon en sortilège, nul en potion, moyen en astronomie, ignorant de la divination, appréciant les soins aux créatures magiques.
Mais si les autres savaient qui était Harry, Harry ne savait pas qui il était. Il n'avait plus goût à rien, car il était dégoutté de tout. Les larmes virent progressivement aux yeux d'Harry, qui tenta de les retenir. Mais il échoua et les larmes commencèrent à couler malgré lui.
-Partez, demanda Harry d'une petite voix, ferme malgré tout le désespoir qu'elle pouvait contenir, s'il vous plaît laissez-moi. -Sortez, ordonna Severus.
-Potter, comme guerrier, vous avez vu, vécu et fait certaines choses terribles. Moi aussi. Nos expériences ne sont pas comparables, mais à l'heure actuelle, il n'y a que moi pour pouvoir un tant soit peu vous comprendre. Si vous voulez parler, en parole ou en esprit, je suis là. Severus baissa le ton pour dire la suite. -C'est à mon tour de vous aider, comme Albus m'a aider lorsque j'était dans une situation semblable à la votre.
Harry était ahuri. Severus Snape, maîtres des potions de Poudlard, espion de la lumière au cœur des ténèbres, venait librement de lui proposer son aide. Quoique. C'était bien lui qui le soignait depuis tout ce temps. D'ailleurs, combien de temps déjà ?
Oh et puis après tout, ce n'était pas le plus important. Qui d'autre pouvait le comprendre après tout.
Ron ? Pas lorsque Harry lui-même l'avait soumis à l'Oubliette devant sa réaction aux carnages des batailles, carnage causé entre parHarry. Hermione ? Il l'avait toujours écartée des choses les plus dangereuses.
Molly ? Il n'avait pas besoin d'être étouffé par la compassion, et elle avait assez souffert : son mari, sa fille, sans compter les blessures de ses autres enfants et la perte de son premier petit-enfant. Les jumeaux ? Ils connaissaient la bataille, mais ne savait pas ce que c'était que de subir soi-même la torture de Voldemort.
-Attendez s'il vous plait, fit la petite voix timide d'Harry, alors que Severus était à la porte de la chambre. Surpris, l'homme cessa immédiatement et se retourna vers le garçon blessé.
-Potter ? fit-il, surpris. Qu'y a t il ? -Il n'y a que vous qui puissiez comprendre. Les autres n'ont pas vécu ce que nous avons vécu, ou l'ont oublié. Dit-il en baissant la voix. -Qui est soumis à l'Oubliette, demanda simplement Severus, en s'installant sur le bord du lit. -Ron. Il ne supportait pas les batailles et la joie du massacre. Il s'est rendu malade plusieurs semaine après s'être laisser emporter par la bataille avant que le mettre sous Oubliette. Après, ça a été, mais il n'est plus aller sur les vrais champs de batailles. Je l'en écartais. -C'est une attitude courageuse. Cela montre que vous êtes un vrai guerrier, vous avez vu et compris qu'il ne serait qu'un poids mort à traîner dans les batailles, et avez agit en conséquence. -Mais personne n'a le droit de priver quelqu'un d'une partie de lui, dit plaintivement Harry. -Qu'est ce que le droit, Potter ? Ce qui est juste ? Aurait-il été juste que vous vous fassiez tué parce que quelqu'un, fusse-t-il votre « meilleur ami » ne supporte pas la guerre ?
Seul le silence répondit à cette question, qui contenait en elle-même sa réponse.
-Vous êtes différents des autres, de ceux qui n'ont pas fait la guerre. Ils l'ont vécu, mais pas de l'intérieur, en tant que combattant. C'est cela qui fait ce que vous êtes, entre autre. Ce qui fait que vous êtes vous, c'est ce que vous avez vécu, ressenti, vos qualités et défauts. Pour certains, les autres peuvent vous aider, pour d'autres éléments, seul vous pouvez vous connaître.
-mais j'ai peur. -Peur de quoi ? -De tout. Je n'ai plus goût à rien. Je me sens perdu. J'ai utilisé de la magie noire, alors que tous me prennent pour le représentant de la lumière ! J'ai tué, et pas que Voldemort, j'ai même torturé ! Torturé a mort !
Harry perdait son contrôle sur lui-même au fur et à mesure de son discours. Il devenait progressivement hystérique. -Potter ! La voix claqua, mais resta sympathique. Que pensez vous de Severus Snape ? Est-ce un homme mauvais ? -Non, répondit Harry en un cri du cœur. Vous m'avez bousillé mes années à Poudlard, mais vous êtes un homme bien. -Pourtant vous savez que je fut un court moment un Mangemort. J'ai donc assassiné, torturé, manipulé. Même après avoir ouvert les yeux, et être devenu espion, j'ai du continuer. Harry n'hésita pas une seconde. -Peut-être, mais si vous ne l'aviez pas fait, beaucoup plus serait morts, vous auriez sans doute été découverts et il vous aurait peut être tué après vous avoir torturer. -Et que se serait-il passé si vous n'aviez pas tué, torturé, et mené à la mort de diverses manière ?
Harry resta silencieux, réfléchissant à ce qui venait de se dire. -Et bien Potter. Vous ne dites plus rien.
-Ce n'est pas parce que j'ai fait ce que j'ai fait que je suis quelqu'un de mauvais, dit Harry lentement, comme s'il tentait lui-même de se convaincre.
-En effet, Potter. Ce ne sont pas les actes seuls qui disent qui nous sommes. Compte aussi, et pour une part extrêmement importante, l'intention qui est derrière nos actes. Ce qui fait que nous sommes nous-mêmes, c'est ce que nous voulons faire, pas ce que nous faisons. -Mais je ne sais même pas vraiment pourquoi j'ai fait ça. Je n'avais pas le choix. -Au début peut-être, mais vous avez choisit d'assumer ce rôle qui vous avait été attribué. -Etait-ce vraiment un choix ? Que pouvais-je faire d'autre ! Laisser tout le monde mourir ! -Certains auraient pût le faire. Préférant leur confort. Vous avez tout risquer et perdu beaucoup pour aider des ingrats.
Seul le silence répondit à cette phrase. -Ce n'était pas pour eux. C'était pour mes amis, pour ceux que je connaissait, et même pour vous, que vous n'ayez plus un rôle à jouer, quel qu'il soit. C'est trop dur de ne pas pouvoir être soi. Et puis j'ai su que vous étiez avec nous et... -Potter, arrêtez là. Je n'étais pas du coté de la lumière. Je voulais vivre tout simplement. Le coté du Lord ne m'apportait que souffrance et un avenir de souffrance. La lumière ne m'acceptait que pour ce que je pouvais lui apporter, mais avec eux, j'avais une chance de vivre plus.
Harry garda le silence. Il réfléchissait à ce que Severus venait de dire. Puis, hésitant, il reprit la parole.
-Monsieur
Silence
-Potter, qu'y a-t-il ? -Je me demandais si vous voudriez bien me parler de vous. Je ne sais pas ce que c'est que c'est que d'être soi. Et je crois que vous, vous êtes vous. Et si vous voulez bien, je pourrais aussi parler un peu.
Snape était interloqué. Qu'est-ce que Harry avait encore inventé ! En même temps, comment un enfant se construit : avec ses parents, ses amis, sa famille. Si Harry devait se reconstruire après les horreurs de la guerre, il fallait bien qu'il sache qui était les autres. Mais pas uniquement lui. Tous les habitants de cette maison. -Au risque de vous surprendre, j'accepte. Cependant, je vais vous faire une contre-proposition. Je vous parlerais de moi, et vous me parlerez de vous, mais vous parlerez aussi avec vos amis. Ils vous parleront de vous et eux. Du vous que vous formez ensemble. -D'accord.
-Mais pour le moment, vous allez vous levez et reprendre quelques forces. Cela ne fait que trop longtemps que vous êtes allongé. En finissant sa phrase, Severus s'était décalé dans le lit et se trouvait désormais derrière Harry. Il prit Harry entre ses bras et le soutenant parla taille, il le redressa tout en se plaçant contre son dos. Harry était désormais assit contre Severus, lequel se recula progressivement, pour finir par ne plus tenir le jeune homme que par ses bras sur ses cotés.
-Potter, vous sentez vous capable de tenir si je retire mes bras ? -Je vais essayer, répondit honnêtement le jeune homme, bandant ses muscles en prévision de l'effort à fournir.
Tout doucement, Severus écarta les bras, puis il les retira complètement. Harry semblait concentré, preuve de l'effort fournit, mais il tint assis, seul. Un sourire vint éclaira le visage austère du Maître des Potions. -Bravo Potter ! Après plus de deux mois dans l'inconscience, vous tenez assis seul. C'est magnifique. Harry se retourna alors, surpris d'entendre de la fierté et de l'affection dans la voix de l'homme qui l'avait tant décrié, malgré son aide précieuse pendant la Guerre.
En voyant ce qu'il vit, Harry souri lui aussi. -Je sais un peu de ce que êtes : beau. Votre sourire illumine votre visage.
-Bien, Potter, voulez vous rester dans ce lit et dans cette chambre, ou allez vous tenter de vous déplacer dans cette maison. Le sourire s'effaça du visage de Harry qui répondit qu'il ne s'en sentait pas capable. Il sentit le matelas être soulagé du poids de l'homme.
-Potter. Harry senti les larmes s'approcher. -Harry, la voix de l'homme avait pris un accent affectueux. Vous m'avez marqué, en disant cela. Je vous remercie. Bien que je doive vous dire que ce n'était pas pour vous que je souriais. La voix de l'homme s'était faite ironique. -Mes soins vous ont permis d'exprimer votre potentiel et d'atteindre ce stade, que les blessés n'atteignent habituellement qu'une semaine après leur réveil. En tant que guerrier, je ne peux que reconnaître votre valeur et vous soutenir, ajoutât-il plus sérieusement.
Harry, grâce à cette explication, comprit beaucoup de choses. -Vous ne pouvez pas faire de compliments, ni en recevoir c'est cela ! Donc vous restez l'abominable homme des cachots qui traumatise ses pauvres élèves de Griffondor ! Sans répondre, l'homme sourit. Harry était en bonne voie de guérir.
-Nous en étions donc à savoir si vous préfériez rester de cette chambre ou pouvoir sortir, malgré votre impossibilité actuelle à vous tenir debout seul. -Je voudrais sortir, déjà pour remercier tous les êtres de la forêt qui nous ont aidé.
Severus ne répondit pas, mais pris sa baguette en main et prononça un sortilège en direction d'une chaise, chaise qui devint un fauteuil très confortable, doté de roues. -Cet instrument, semblable à celui qu'on les Moldus vous permettra de vous déplacer en toute autonomie. Il ne verse pas, reste toujours stable et peut passer les escaliers. Severus se rapprocha alors du jeune homme pour le prendre dans ses bras. -Vous ne devez pas subir de sortilèges quels qu'ils soient pour le moment. Votre corps ne le supporterait pas, expliqua-t-il.
-Merci, répondit Harry, pendant qu'il l'installait dans le fauteuil. -Vous connaissez l'enchantement « pointe au nord », je suppose. -Bien sûr. Je l'ai appris pour le tournoi. -Ici, c'est une variante que vous utiliserez. La magie que vous utiliserez n'est pas la votre, mais celle du fauteuil, que vous guiderez. Dites simplement la direction que vous souhaitez prendre, comme par exemple « Va au Nord », et le fauteuil ira dans cette direction. Vous pouvez aussi lui indiquer que vous souhaitez quitter la pièce, sortir de la maison, y rentrer, où une fois qu'il connaît les lieux, le lieu où vous souhaitez vous rendre. Maintenant, vous aller essayer d'aller dans la salle commune.
Après quelques tâtonnements, toujours savoir où se situe le nord n'est pas facile, Harry réussi à sortir de la pièce, suivit par Snape, et rejoignit ses amis.
A suivre
