Chapitre 12 : Choix

Ma mère avait suggérée d'aller tôt ce dimanche matin au cimetière. Nous nous retrouvâmes à 8 heures mon père, ma mère et moi pour prendre un petit déjeuner rapide et partir ensuite sur la tombe de Louis. Il y avait peu de chance d'être embêté par des paparazzis au lendemain du bal et sitôt dans la journée. Il avait trop à faire, ils devaient décortiquer les personnes avec qui j'avais dansé, souris, l'absence de Jacob et j'en passe.

Renée nous conduisit vers les jardins. Je vis Charlie froncer les sourcils, elle lui répondit :

-C'est plus rapide par là.

Mon père l'interrogea du regard.

-Je préfère y aller par les jardins en marchant, rajouta ma mère.

Mon père finit par acquiescer de la tête et nous nous mîmes en route.

Nous marchions silencieusement dans les jardins pendant un bon quart d'heure quand nous arrivâmes aux abords de la propriété, des arbres masquaient une petite rambarde en bois blanc, ma mère ouvrit une petite porte et nous pénétrâmes dans un jardin étonnant.

Il y avait des fleurs de toutes sortes, de toutes couleurs, il y régnait une joyeuse anarchie organisée. Le jardin n'était pas à l'abandon mais pas entretenu récemment.

Mon père s'arrêta et regarda Renée

-Où sommes-nous ?

-J'ai fait aménager cet endroit à votre départ. Je suis la seule autorisée à y entrer. Les jardiniers m'ont aidé les premiers 6 mois pour planter depuis vous êtes les premiers à y entrer.

Elle continua son chemin jusqu'à une porte en bois aménagée dans les murs de pierre bordant toute l'enceinte du palais.

-J'ai aussi fait faire cette ouverture.

Elle ouvrit la porte et nous laissa passer pour nous retrouver dans un cimetière.

A 100 mètres de là se tenait une petite chapelle. Mon père déglutit difficilement, il se dirigea vers celle-ci.

Arrivée devant, tout était en marbre blanc sobre, au dessus de la porte était inscrit :

« À jamais à Syllavie ».

-C'est là où repose tous les comtes et comtesses, m'expliqua ma mère.

Après une pause, elle reprit :

-J'ai pris la liberté d'y déposer Louis.

Mes parents se dirigèrent vers une stèle, je la reconnue. Je l'avais déjà vu en photo dans le journal qui annonçait mon retour.

La seule chose écrite dessus était « Louis 21 juillet 2005 ». Mon cœur se serra quelle aurait été ma vie si Louis avait survécu ? Ma mère aurait-elle été plus forte et refusée l'arrangement de Carlisle ? Mon père aurait-il fui avec moi en laissant ma mère et son fils ? Ou encore Louis n'aurait-il pas pu devenir comte à ma place ?

Si Louis avait été encore là, ma vie aurait été tout autre. Et là d'un coup j'eu une décharge dans mon esprit. Comment pouvais-je m'inquiéter des conséquences sur ma vie alors que la sienne n'avait pas pu se faire, j'étais donc si égoïste pour ne me préoccuper que de moi, mes parents avaient perdus tellement.

Je relevais le visage pour voir mon père, une souffrance terrible sur son visage, des larmes silencieuses barraient ses joues. Je ne l'avais jamais vu comme cela. Voilà 13 ans qu'il n'avait pas pu venir se recueillir sur la dépouille de Louis et ce sacrifice, il l'avait fait pour moi. Mon dieu, j'étais un monstre d'égoïsme. Je pivotais la tête vers ma mère, elle baissait la tête, son visage était emprunt de culpabilité, des larmes aussi coulaient sur ses joues.

Voir mes parents si abattus m'affligea, je devais me montrer moins égoïste et tout faire pour leur faciliter la vie. Je savais ce que j'avais à faire, il fallait que je prenne sur moi et que je soulage leur peine.

Je m'approchais de mon père pour une étreinte maladroite, il me serra avec son bras droit. J'enfouis ma tête dans son épaule. De son autre main, il la tendit à ma mère qui vient se blottir à l'identique de moi dans le bras gauche de mon père.

Il nous resserra contre lui, baissant sa tête pour nous étreindre.

Nous sanglotions tous les trois, il fallait nous reconstruire et je pouvais commencer ce chemin en pardonnant.

Je tendis alors ma main vers celle de ma mère. Nous nous étreignons les doigts alors que nos regards se croisèrent. Je murmurais un faible « maman », un sanglot sorti de sa bouche « ma chérie » répondit-elle avant d'esquisser un sourire. Mon père nous serra encore plus fort si c'était possible.

Après de longues minutes, mon père relâcha son étreinte et proposa à ma mère de nous faire visiter son jardin.

Nous repartîmes en silence sur nos pas jusqu'au jardin.

Ma mère nous dirigea vers une partie encore plus reculé et vraiment à l'abri. La verdure était magnifique, un sentiment de sécurité et de sérénité m'envahit. Nous arrivâmes vers un petit salon de jardin en bois sculpté. Il y avait un grand banc. Ma mère nous le désigna et nous dit timidement :

-C'est ma petite fierté dans ce jardin, il m'a fallut un an pour sculpter les prénoms.

Nous regardâmes de plus près le banc là où était inscrit sur le dossier :

Louis Isabella Charlie et Renée

C'était touchant, mon père étreignit ma mère. Ils se regardèrent dans les yeux, je m'intéressais alors aux fleurs pour leur laisser un moment d'intimité.

Ma mère m'interpela enfin :

-Bella, viens t'asseoir s'il te plait.

Nous avions pris place chacun sur un siège différent pour pouvoir se regarder aisément. J'étais face à mon père, ma mère entre nous sur le côté.

-Alors, me dit mon père sans plus de cérémonie, tu as pris une décision ?

C'était le moment de sceller mon destin pour de bon, il fallait que je sois forte, il fallait être sûr de moi.

-Je vais épouser Edward, dis-je d'une voix que j'espérais assurée.

Mon père fronça les sourcils.

-Tu es sûr ? m'interrogea ma mère en posant une main sur mon genou.

-Oui, affirmais-je.

Mon père intervient.

-Bella, tu sais que cette décision sera irrévocable, si tu as encore besoin de quelques jours…

-Non, le coupais-je, j'ai fait mon choix.

Il soupira.

-Bella, je ne veux que ton bonheur alors réfléchis bien.

-J'ai beaucoup réfléchi, dis-je posément, j'aime cette île. Edward est une personne instruite et il est très beau. S'il a eu une attitude désobligeante au début je crois qu'il est prêt à faire des efforts.

J'essayais de convaincre qui là avec ma dernière tirade ?

-Ok, dis ma mère, mais je te repose une dernière fois la question, Bella veux-tu réellement épouser Edward ?

Je retiens une grimace, il est clair que je ne voulais pas épouser Edward mais c'est ce qui était juste de faire.

-Oui, répondis-je, seulement je veux savoir quelles auraient été les conséquences de mon refus.

Elle soupira regarda mon père, baissa la tête. Elle n'était visiblement pas prête à parler de ça.

-S'il vous plait, insistais-je en regardant alternativement mes deux parents.

-D'accord, dis mon père.

Il prit la main de ma mère dans la sienne et commença son explication ?

-Tout d'abord Bella tu dois comprendre que Carlisle a un profond respect pour cette île. Il adhère complètement aux idéaux de Sylvain de Picardie et il est un farouche défenseur des traditions. C'est pourquoi il a toujours nourri le désir que son propre sang soit héritier de l'île. Il n'a que faire politiquement parlant d'être au plus haut poste, ce qu'il souhaite c'est le prestige et il le trouvera en tant que grand père de l'héritier.

-Ok, ça j'avais compris, dis-je alors que mon père faisait une pause.

-Seulement à notre fuite, Carlisle a eu très peur de voir son rêve échouer. Il a mis une pression considérable à Renée, il voulait partir à notre recherche. Ta mère essayait de nous couvrir. Un jour, il posa un ultimatum à Renée, soit il nous retrouvait soit elle faisait un testament le nommant héritier de l'île en l'absence d'héritier de sang.

Il se tut pour que je comprenne ses paroles. Voyant que je fronçais toujours les sourcils pour comprendre ce qu'il voulait vraiment dire, il soupira et ajouta :

-Tant que ta mère et toi êtes vivantes, il y a un héritier de sang.

J'étais interdite qu'est-ce qu'il était en train de me dire, je n'osais comprendre. Il reprit :

-Si tu avais décidé de ne pas épouser Edward, ta mère aurait voulu nous faire prendre la fuite, la veille du mariage. Pendant ce temps, elle nous aurait procuré des faux passeports. Le jour de la fuite, 2 avions auraient été affrétés et un se serait scratché en vol faisant croire à notre mort… une fois sur terre, nous aurions dû nous séparer trop repérable ensemble, ensuite nous avions pensé que le Canada aurait pu être une bonne destination pour toi, tu aurais eu une somme d'argent en liquide importante, te permettant de te louer un petit appartement et faire des études. Malheureusement à partir de là tu aurais dû te débrouiller seule et ne jamais au grand jamais dévoiler ton identité et revenir à Syllavie.

Un silence pesant se fit, tout avait été envisagé pour que je refasse ma vie ailleurs, ils se seraient sacrifiés pour moi. Ma mère aurait-elle été en danger ? Carlisle aurait-il pu commanditer son assassinat pour prendre la place de comte sur Syllavie ?

Ma mère répondit à mon interrogation muette.

-Nous ne savons pas jusqu'à quel point Carlisle est prêt à aller pour obtenir ce qu'il veut. Mais nous ne prendrons jamais le risque de te perdre. J'aime à croire que Carlisle est un ami et que si tu venais à disparaitre, il attendrait ma mort naturelle pour revendiquer l'île, du moment que un de ses petits-enfants à lui devienne héritier.

Elle soupira.

-Malheureusement pour Carlisle, c'est que malgré le testament, les Volturi pourraient revendiquer le royaume.

-Quoi ? Dis-je stupéfaite, les Volturi ?

-Oui, acquiesça ma mère. Jasper t'a certainement parlé des premières lois de l'île nommant l'ainé héritier fille ou garçon ?

Je hochais de la tête.

-La santé fragile du fils de Sylvain de Picardie, l'amenant à prendre cette décision.

Je hochais une nouvelle fois de la tête.

-Et bien ce fils vécu suffisamment longtemps pour se marier et avoir une fille. Il mourut peu après la naissance de celle-ci. Cette fille se maria avec un Volturi. Elle fit une pause et reprit, Les Volturi ont autant de sang de Sylvain de Picardie que nous.

Dire que j'étais choquée par cette révélation était un euphémisme, était cela qui gênait tant Alec quand je le questionnais sur sa famille ?

Ma mère ajouta pour conclure cet entretien :

-Maintenant au vu de ta décision, tout devrait bien aller. C'est juste que l'animosité entre les Cullen et les Volturi ne risquent pas de s'atténuer bien au contraire, vu que l'enfant héritier sera un Cullen.

Je grimaçais à la mention de l'enfant et donc du père et de ce qui était attendu de nous.

J'étais abasourdie par tout ça, le sentiment d'être qu'une pièce sur un échiquier se rejoua en moi. Mais je comprenais aussi que j'étais un élément majeur, je pouvais protéger les miens, sauver le royaume, gagner la bataille. J'allais garder mes états d'âmes pour moi, essayer de donner un sens à ma vie même si je savais d'ores et déjà que la plus grosse partie serait consacrée à mon rôle de Comtesse.

Nous rentrâmes au palais en fin de matinée et je découvris un bouquet de fleurs des champs qui m'attendait.

Le bouquet était sophistiqué mais se voulait modeste avec ces pavots, cette abondance de marguerites, ces herbes hautes.

Il me faisait penser à l'odeur du gazon fraichement tondu, à une course dans des hautes herbes, à un sentiment de liberté.

Je pris une marguerite tout en pensant à Jacob, je commençais à arracher une première pétale, je t'aime murmurais-je, une seconde, un peu, puis à la troisième beaucoup, et ainsi de suite à la folie, passionnément, pas du tout, je t'aime, un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, pas du tout, je t'aime.

Je soupirais, ça je le savais déjà que j'aimais Jacob, mais il y a tellement d'amour différents.

Je saisis une autre marguerite et pensais à Edward, je t'aime, un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, pas du tout, je t'aime, un peu, beaucoup.

Je grognais de frustration, ça ne m'aidait pas mais j'avais toujours aimé éplucher les marguerites.

C'est à ce moment là que je vis une petite enveloppe avec inscrit Bella dessus.

J'ouvris et dépliais un petit carton.

Comtesse,

Me ferez-vous l'honneur d'accepter que je vous fasse découvrir quelques trésors de l'île ?

Je serai au palais à 9 heures mercredi.

Edward

Il arrivait en 4 lignes à me faire passer par toutes les émotions, la satisfaction qu'il me vouvoit encore, l'impatience de découvrir les trésors de l'île, la suffisance devant son interrogation pour passer directement à l'énervement devant son arrogance, toujours sûr de lui en annonçant l'heure à laquelle il serait là, sans attendre de réponse et enfin un soulagement qu'il n'ait pas signé un truc du genre « votre promis » ou encore « votre futur époux ».

Je savais déjà que j'allais laisser ce mot sans réponse, tout en étant prête le mercredi matin.

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Merci à toutes pour votre soutien et à CeLiRa3789 de me relire et me corriger.

Pas trop déçu par les conséquences d'un éventuel refus ?

Au prochain chapitre une journée avec Edward et Bella,…