[jeudi matin]
Pacey s'avançait dans le couloir du dortoir de Worthington où se trouvait la chambre d'Audrey et Joey. La veille au soir, il s'était penché sur la journée qu'il venait de passer, et il l'avait trouvée un peu longue à son goût. Mais surtout, il s'en voulait d'avoir abandonné Audrey sans aucune explication, alors qu'elle s'était montré présente pour lui, même en pleine nuit. Il venait donc la voir pour faire son meaculpa, ayant à peine eu le temps de lui parler lors des dernières répétitions. Pacey ne se sentait pas fier de son comportement, mais il s'était levé aujourd'hui avec un sentiment de libération qu'il ne s'expliquait pas (qu'il ne voulait pas s'expliquer en fait) trop content de se sentir quasiment bien depuis ce qui lui semblait une éternité.
Tournant dans un couloir, il vit au loin la porte de la chambre des filles. Il marchait vers elle, lorsque celle-ci s'ouvrit, et il vit Dawson sortir de la pièce. Derrière lui, Joey lui attrapa la taille et le retourna vers elle, avant de lui faire un sourire incroyable -elle ne m'a jamais souri comme ça… jamais- et de se pencher vers lui pour l'embrasser.
Pacey se figea au beau milieu du couloir : totalement incrédule, il observait le couple dont le baiser se prolongeait, avant de comprendre que s'il restait ainsi planté au milieu du passage, ils ne manqueraient pas de le voir à un moment ou à un autre. Aussi, comme si un chien enragé fonçait sur lui, il sauta sur le côté et se tassa dans un coin de mur. Et, dans la certitude d'être découvert sous peu, il se mit à penser :
« Alors ça ! Mais depuis quand ces deux… ? C'est incroyable ! Dawson et Joey ? »
Puis il réalisa en fait que tous, tous ceux les connaissant, s'attendaient un jour ou l'autre à une telle relation, à des retrouvailles attendues et définitives entre ces deux amoureux éternels. Malgré l'inconfort de sa situation, il eut un petit sourire. Quelque chose de beau, de magnifique semblait tout d'un coup envahir la journée, et il ressenti un bonheur subit mais réconfortant de savoir que ce genre de choses valaient la peine d'être vécues, pour peu qu'on sache attendre.
Un instant, il chercha à savoir ce que lui provoquait le fait d'avoir découvert leur secret, cherchant plus précisément s'il éprouvait une quelconque forme de jalousie envers eux, avant que la petite voix ne revienne pour lui dire -Toi aussi tu pourrais… ? – Non ! – Pourtant tu y penses là – Non ! – Le bonheur n'est parfois pas loin si on... – j'ai dit non ! Tais toi !- qu'elle était toujours là. A la suite de ce moment purement mental en lui même, son esprit s'assombrit quelque peu, lorsqu'il vit passer un Dawson tout sourire devant lui. Instinctivement il se tassa encore plus, mais son ami ne le vit pas. Prudemment, Pacey se décolla légèrement du mur et observa Dawson s'éloigner.
« Tu gardes ça pour toi Pacey »
Il sursauta et cria en se retournant. Audrey se trouvait là, un sac à dos en bandoulière qu'il connaissait bien, et qui indiquait qu'elle n'avait pas dormi ici. Regardant en arrière d'elle, il vit que Joey était retourné dans la chambre. Ses yeux se posèrent à nouveau sur Audrey, et avant qu'il ne puisse parler, elle lui dit :
« Tu as compris ?
- Que… Quoi ?
- Tu ne parles à personne de ce que tu viens de voir parce que c'est un secret »
Pacey haussa les sourcils
« Tu savais, Audrey ?
- Oui, mais seulement parce que je l'ai découvert comme toi
- Joey ne t'as rien dit ?
- Non, Pacey. C'est pour cela que j'en déduis que c'est secret »
Ils se dévisagèrent, puis Pacey reprit :
« C'est incroyable cette histoire !
- Oui et non : tout le monde le voulait pour eux, et quand cela se produit, on se demande ce qui se passe. La vie est drôle, non ?
- C'est quand même incroyable ! »
Audrey croisa les bras et changea de sujet :
« Qu'est-ce que tu fais là Pacey ? »
Il oublia Dawson et Joey instantanément, pour revenir au but de sa visite. Après une hésitation, il lui répondit :
« Je venais te voir afin de m'excuser pour mon comportement d'hier… Je suis désolé d'avoir manqué de…
- Excuses acceptées, Pacey
- Mais Audrey je…
- Pacey, je n'ai pas le temps »
Elle le fixa intensément.
« Écoute-moi : je ne sais pas ce qui te ronge, ou te rongeait, car tu as l'air plus… détendu aujourd'hui, mais si tu as besoin je suis là. Je serais toujours là pour toi »
Elle s'avança tout près de lui, et termina :
« Mais ne me refais jamais un coup pareil »
Ils se regardèrent, puis Audrey reprit :
« Tu vas mieux ?
- Je pense que oui
- Tu penses ou tu es sur ?
- Je pense que je serais sur dans quelques jours
- Et je peux finalement savoir ce qui n'allait pas ou bien c'est toujours secret ? »
Il lui fit un sourire pincé, puis répondit :
« Quelque chose dans le film de Dawson
- Pardon ?
- Le scénario de Dawson m'a fait comprendre, ou réaliser quelque chose »
Pacey sembla sur le point de poursuivre mais n'en fit rien. Audrey lui demanda ironiquement :
« Que tu étais un homme dépravé, alcoolique et drogué comme ton personnage ? Il était temps ! »
Ils rirent tous les deux, puis Pacey lui répéta :
« Quoiqu'il en soit, je me sens mieux »
Il accompagna sa phrase d'un sourire. Audrey fit la moue.
« Si tu le dis Pacey »
Ils restèrent à se regarder en silence. Puis Pacey la prit dans ses bras et ils partagèrent une étreinte amicale. Audrey s'écarta, lui posa un baiser sur la joue puis commença à s'éloigner. Après quelques pas, elle se retourna et lui dit :
« Pacey ?
- Oui ?
- J'étais sérieuse à propos de Dawson et Joey : c'est un secret »
Il eut un sourire ironique, comme le fut son ton :
« De quoi parles-tu ? »
Ils se séparèrent sur un sourire.
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[jeudi après midi]
Pacey était accoudé au comptoir du bar du Civilization lorsque son regard accrocha la table huit. Il n'était que de passage, venu voir si Danny n'avait pas en fait plus besoin de lui que ce qu'il aurait bien voulu le dire -Menteur… tu veux t'occuper l'esprit pour ne plus penser à Jack, Witter- et il buvait un soda attendant son boss qui lui dirait probablement que le restaurant tournait aussi bien sans lui qu'avec, lorsque son regard accrocha donc la table huit. Et ne s'en détacha plus.
Ils étaient deux, ils étaient jeunes, bien que certainement un peu plus vieux que lui, ils étaient beaux et ils étaient... gays. Pacey contempla leurs mains qui se touchèrent, hésitantes, avant de se joindre et de mêler leurs doigts, alors que dans le même temps un sourire d'une sincérité totale se dessina sur le visage de chacun d'entre eux. Peut-être l'un remerciait-il l'autre de ce petit dîner impromptu au restaurant, histoire de célébrer simplement le fait qu'ils étaient ensemble, sans raisons précises. S'aimer et le vivre simplement, c'est tout ce qu'ils faisaient…
Pacey eut mal en voyant le bonheur ainsi présent à quelques pas de lui. Parce que par dessus tout, c'était cela qu'il voyait le plus : ça irradiait d'eux comme de la lumière, c'était doux et attendrissant, rien d'autre ne semblait exister aux alentours. Oh mon Dieu ! C'est ça…aimer ?
Une pensée prit le dessus sur lui, incontrôlable, comme une pulsion : il aurait voulu que Jack soit là, le prendre dans ses bras, le serrer tout contre lui, et peut-être même… -L'embrasser ?- Peut-être même l'embrasser.
Mais pouvait-il seulement y penser ? En avait-il le droit ? Devait-il laisser se libérer tout ce qui vibrait en lui à la simple évocation du nom de Jack ? -Aidez-moi… s'il vous plait, quelqu'un… aidez-moi !-
« Pacey ? »
La voix de Danny l'arracha de sa rêverie, et il tourna ses yeux vers lui.
« Pacey ? Ça va ?
- Je.. oui, pourquoi cela ?
- Tu as un de ces têtes »
Pacey jeta un dernier coup d'œil furtif au couple de la table huit -Je veux… connaître ça… oui, je veux- puis il dit à son patron :
« Désolé… je… Je dois partir. Excuse-moi de t'avoir dérangé, Danny »
Et il sortit rapidement du restaurant en laissant son boss très perplexe, et un peu inquiet à son sujet.
Lorsqu'il fut assis dans sa voiture, il s'observa dans le rétroviseur, longtemps, en proie à des pensées que pour une fois il ne tentait pas de réprimer. Il lui aurait été impossible de dire s'il était furieux ou en colère, ou dégoûté de lui même comme il l'avait été parfois en pensant à tout ça. Il ne ressentait qu'une confusion immense, comme un désespoir réel d'accepter quelque chose qui se produit et contre lequel on ne peut rien. Pour la première fois depuis le jour où il avait posé un regard différent sur Jack, Pacey admit au fond de lui que... peut-être. Et il s'entendit dire à haute voix comme pour se confirmer à lui même :
« Jack… »
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[vendredi fin d'après midi]
« Tu es quoi ?
- Je suis coincée dans les embouteillages, Joey ! »
Joey observa son sac de voyage sur son lit, puis les yeux dans le vague parcouru sa chambre universitaire du regard. Perdue dans ses pensées, elle dit à voix haute :
« Mais comment je vais faire ? »
A l'autre bout du téléphone, dans sa voiture, Audrey lui répondit pincée :
« Hey Joey ! Il n'y a pas que toi sur Terre ! Et moi alors ? Ça fait plus d'une heure que je n'avance pas sur cette fichue autoroute ! »
Joey s'assit sur son lit et répondit :
« Excuse-moi Audrey, je pensais à voix haute
- Pas grave alors »
Il y eut un court silence puis Audrey reprit :
« Désolée Joey, mais je ne pensais pas qu'il y aurait autant de circulation, même un vendredi soir. Je m'y suis pourtant prise à l'avance ! Il va falloir te débrouiller pour aller à la gare autrement
- Oui, mais comment ?
- Je ne sais pas. Mais encore une fois, désolée !
- C'est pas ta faute Audrey. Merci quand même ! Bon, ben fais attention à toi et bon week-end !
- Merci Joey ! Pareillement !
- Bye !
- Salut ! »
Joey coupa la communication. Seule sur son lit, elle se mit à chercher qui pourrait bien l'emmener à la gare. Puis soudain elle pensa qu'il vaudrait peut-être mieux, au cas ou, prévenir. Elle composa un numéro et colla le téléphone à son oreille.
« Le répondeur… Super… »
Joey attendit la fin du message.
« Oui, c'est moi… Désolée mais j'ai peut-être un contretemps pour me rendre à la gare, aussi j'espère ne pas rater le train. Sinon je prendrais le suivant, mais dans ce cas il faudra que tu viennes me chercher à la gare de Capeside. Je te tiens au courant. Rappelle moi si tu veux. Je t'embrasse »
Elle raccrocha et fixa son mobile dans ses mains. Une idée lui traversa l'esprit alors. Elle composa un nouveau numéro. Après trois sonneries, une voix lui fit :
« Allô ?
- Pacey ?
- Salut Joey !
- Je ne te dérange pas ?
- Non, non. Quoi de neuf Joey ?
- Rien de plus depuis le tournage tout à l'heure
- Ok. Cool que Dawson nous ai donné le week-end, non ?
- Oui, c'est vrai ! Mais on a tous très bien bossé, normal donc que… le tyran soit gentil avec nous ! »
Ils rirent ensemble du pseudo dont l'équipe avait affublé Dawson. Puis Pacey reprit :
« Pourquoi m'appelles-tu Joey ?
- J'aurais besoin d'un service
- Lequel ?
- Audrey devait me déposer à la gare mais elle est bloquée dans les embouteillages, aussi si tu pouvais… »
Joey attendit la réponse de Pacey.
« Ton train est à quelle heure ?
- Dans… une heure et quart
- Ça ne nous laisse pas beaucoup de temps
- Je sais Pacey, je suis désolée. Mais tu es mon dernier espoir ! »
Il se mit à rire et ajouta :
« Dit comme cela, je ne peux pas ne pas t'aider !
- Tu es d'accord ?
- Je serais là dans dix minutes !
- Merci Pacey ! Merci vraiment !
- Reste calme, Joey ! A tout de suite !
- Oui, je t'attends »
Elle raccrocha. Un grand sourire illuminait son visage.
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Audrey prenait patience dans le trafic bloqué. Intérieurement, ses pensées la conduisaient sur de multiples chemins et à cet instant précis, elle enviait un peu Joey. Elle avait toujours trouvé cette histoire, leur histoire, incroyablement romantique et une joie inexpliquée s'emparait d'elle à l'idée de savoir que ces deux cœurs s'étaient finalement retrouvés. Mais elle l'enviait un peu, se demandant quand son tour viendrait.
La radio était branchée, permettant un peu d'oublier ce monde extérieur fait de véhicules lambinant sur l'autoroute, et l'animateur annonça :
« Vous êtes toujours sur WBMC 102.4. Restez branché à notre écoute. WBMC 102.4, le plus beau son de Boston »
Il y eut alors Life's a bitch de Shooter à l'antenne. Audrey fixa l'écran de son autoradio illuminé en orange en murmurant, surprise :
« Non ! Pas ce vieux machin… »
Et la chanson débuta dès la fin du jingle de WBMC. Au fond d'elle même, Audrey se sentit soudain en alerte, comme lorsqu'elle comprenait subitement quelque chose d'important. Mais elle n'y fit pas réellement attention, reportant sa concentration sur la route. La musique envahissait la voiture, et elle monta un peu le son avant de battre la mesure des mains sur le volant, tout en faisant avancer sa voiture au pas, de quelques mètres à peine. Puis elle se mit à chantonner le refrain :
Should'a been born on the Milky Way
Don't wanna belong to the world today
Oh, life's a bitch and then you die!
Should'a been born on the Milky Way
I can't believe what I heard today
Oh yeah, life's a bitch and then you die!
Audrey battait la mesure sur le volant. Elle se rendait compte qu'une sorte de sensation de malaise s'emparait d'elle, sans qu'elle sache trop comment l'expliquer. Mais il lui semblait être sur le point de… de savoir. Oui c'était cela : savoir. Mais savoir quoi ?
Elle continuait à chanter, étant à la fois dans sa voiture et à la fois ailleurs. La chanson progressait, quand vint ce couplet qui lui fit comprendre enfin ce qui la titillait :
And my boyfriend left
Just the other day
He's all messed up
Is he straight or is he gay?
Dans son esprit, l'image de Pacey vint se mettre en avant et elle revit en une fraction de seconde tous les derniers moments qu'elle avait passé avec lui. Ainsi que tout ce qu'il avait dit. Mais surtout, elle réalisa ce qu'il n'avait pas été capable de lui dire, et pourquoi. Audrey ouvrit alors de grand yeux en murmurant :
« Ah ben ça! Non? C'est pas possible ! »
Un instant, elle ne su plus qu'elle attitude adopter, un peu perdue dans ses propres conjectures qui en cet instant inondaient son esprit. Son regard tomba sur son portable dont elle se saisit instinctivement pour composer sur le clavier le numéro de Pacey. Il lui fallait régler cela maintenant.
Elle n'eut que la messagerie. Raccrochant, elle posa son mobile sur le siège passager et se mit à réfléchir à toute vitesse. Après un moment, elle dit à voix haute :
« Il faut que je sorte de cette autoroute »
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Jen entra dans le salon de Gramms, enfilant une veste, et s'adressa à Jack assis dans le canapé en train de regarder la télé.
« Jack ? »
Il se tourna vers elle.
« Oui ?
- Grand-mère et moi nous y allons
- Ok »
Il lui fit un grand sourire ironique et ajouta :
« Le bonjour à Kyle »
Jen eut un moment de surprise, puis elle comprit et lui dit :
« Grand-mère, hein ?
- Oui. C'est elle qui me la dit
- Je vois…
- Je ne…
- Un commentaire et tu es mort, Jack !»
Jen accompagna sa répartie d'un grand sourire tout aussi ironique que celui de son ami, puis reparti vers le hall. Mais arrivée à la porte du salon, se retourna et dit :
« On ne devrait pas rentrer avant minuit. Ça laisse le temps aux amoureux de s'embrasser ! »
Jack, une grimace souriante sur le visage, fit mine de lui envoyer un coussin à travers la pièce. Elle lui fit au revoir de la main en souriant et en disant :
« Bye bye, joli cœur ! »
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« Calme toi Joey ! »
Elle se tourna vivement vers Pacey et lui désigna le carrefour encombré de voitures.
« Mais ça n'avance pas ! Ça n'avance pas !
- Oui je le vois bien ! Au cas où tu n'aurais pas remarqué, je suis dans la même voiture que toi ! »
Joey se tassa dans le fauteuil. Pacey reprit :
« Ne t'inquiètes pas, on va y arriver. On est à cinq minutes de la gare
- Cinq minutes ? Dans un univers où toi seul aurait une voiture ?
- Joey… C'est le week-end : entre ceux qui partent et ceux qui rentrent, c'est normal qu'il y ait tant de monde »
Le véhicule devant eux avança d'un mètre. Joey maugréa.
« Et allez ! On va jamais y arriver !
- Ne t'inquiètes pas »
Comme si les mots de Pacey étaient une incantation magique, le trafic sembla retrouver tout mouvement et la route fut soudain une artère où le flot des voitures put s'écouler avec fluidité. Pacey prit la première à droite, à la grande surprise de Joey.
« Mais où vas-tu ? »
Il ne répondit pas, accéléra, prit une rue à gauche.
« Pacey ? Mais où vas-tu ? »
Toujours sans lui répondre, il prit une rue à droite et s'engagea dans une nouvelle direction. Joey ne tenait plus :
« Pacey !
- Quoi ?
- Mais que fais-tu ? On est censé se rendre à la gare !
- Parce que tu crois que le bâtiment là bas, c'est un supermarché ? »
Elle suivi des yeux ce que le doigt de Pacey lui montrait et aperçu à travers le pare-brise… la gare. Saisissant le bras de son ami, elle le secoua de joie.
« Oui ! Oui, oui ! Pacey tu es génial !
- Tu en doutais encore ? »
Elle lui fit un sourire magnifique, auquel il répondit de même manière. Un quart d'heure plus tard, ils étaient sur le quai à attendre le train pour Capeside. Dans le silence. Après un moment, Pacey lui dit :
« Puisque tu vas chez toi, tu en profiteras pour passer un bonjour de ma part à ta sœur et toute la petite famille
- C'est gentil, Pacey. Je le ferais
- Et à Dawson aussi
- Je… »
Elle s'interrompit et le fixa, ahurie.
« A… Dawson ?
- Oui, à Dawson. C'est lui que tu vas retrouver, n'est-ce pas ? »
Joey ne se défaisait pas de son expression de surprise. Après un silence pesant, elle lui fit :
« Je ne sais pas ce qui te f… »
Elle s'arrêta, puis, devant le sourire narquois de Pacey, reprit dans un soupir :
« Ça se voit tant que ça ? »
Pacey se mit à rire, puis reprenant son sérieux, expliqua :
« Moi, je le vois. Mais je te connais. Je vous connais
- Tu as deviné rien qu'en nous observant ?
- Pour être honnête, je vous ai vu tous les deux hier matin alors que Dawson sortait de ta chambre
- Tu es venu au dortoir hier matin ? Mais… mais quand ? Je t'ai pas vu
- Je venais voir Audrey, que j'ai croisé dans le couloir. C'est pour cela que tu ne m'as pas vu Joey
- Par contre toi tu as vu
- J'ai vu, oui. Et tu sais quoi Joey ? »
Elle le regarda encore surprise et un peu anxieuse. Pacey lui dit alors :
« Je n'ai pas souvenir d'avoir vu de plus beau couple. Et je ne dis pas ça parce que je vous aime ! »
Ils se mire à rirent tous les deux, et Joey reprit :
« C'est… ça fait bizarre !
- Quoi ? Dawson et toi ? Moi je dirais plutôt logique, non ?
- Je parlais du fait que tu sois au courant désormais »
Ils rirent à nouveau, puis Joey lui demanda un peu gênée :
« Ça ne te… ça ne te blesse pas Pacey ?
- Pourquoi cela me blesserait-il ? Nous deux, c'est du passé Joey. Un très beau passé, mais un passé. Je suis au-delà de ça maintenant. Et si tu es étonnée que je le prenne si bien, rappelle toi ce que tu as dis il y a à peine vingt minutes : je suis génial. Tu te souviens ? »
Il s'approcha d'elle qui souriait de sa dernière phrase, et il la prit dans ses bras, lui murmurant :
« Sois heureuse, Joey. Ne te préoccupe pas de ce que je peux penser, de ce que quiconque peut penser. Vis ta vie, vis la bien. Et Dawson est le meilleur garçon que ton cœur cherchait : il l'a trouvé »
Elle lui rendit son étreinte, le serrant très fort, lui murmurant aussi :
« Merci Pacey, merci »
Ils restèrent ainsi un moment, avant de se séparer. Pacey lui caressa la joue, et lui dit :
« Et ne t'inquiètes pas. Non, ne vous inquiétez pas : je ne le dirais pas tant que vous voudrez que cela reste secret »
Joey lui fit à nouveau un splendide sourire. Puis elle lui dit, alors que le train qu'elle devait prendre s'approchait :
« Merci de m'avoir amené. Et merci pour la conversation !
- De rien Joey, de rien »
Elle ramassa son sac et lui demanda :
« Et toi ? Tu fais quoi ce week-end ? »
Pour la première fois depuis quelques jours, depuis sa cuite au whisky, Pacey fut assailli par une angoisse, une véritable angoisse, comme s'il avait pu tout contenir jusqu'à maintenant. Il pensa à la répétition qu'il allait devoir faire avec Jack dans la soirée, il pensa -au baiser- qu'il allait falloir encore qu'il se batte contre lui même… C'était comme un évidence, mais qu'il s'était caché. T'es très fort pour jouer l'autruche, Witter !
« Pacey ? »
La voix de Joey le sorti de ses pensées. Il lui sourit, et lui dit d'un ton mal assuré :
« Ce week-end ? J'affronte le destin ! »
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En sortant de la gare, remontant dans sa voiture, Pacey se rendit compte qu'il n'avait pas pris son script pour pouvoir... répéter avec Jack. Où est la difficulté de dire le mot répéter, Witter ? – c'est ce qu'il implique – Ah tu me parles maintenant ? – Je ME parle, oui… et je m'écoute aussi, enfin j'essaye – Bien. Il lui fallu donc faire un crochet par chez lui avant d'aller chez Gramms.
Chemin faisant, il se mit à penser librement à tout ça, et à tout ce qu'il allait se passer ce soir. Depuis la veille, depuis le couple de la table huit aperçu au restaurant, Pacey se rendait compte que toute forme de rejet vis à vis de ce qu'il pouvait -Pouvait ? Non mais tu rigoles ?- éventuellement ressentir pour Jack -pour un homme, Witter, pour un homme- était totalement inutile : on ne peut lutter contre soi même indéfiniment sans en mourir quelque peu. Il avait de plus prit le parti d'en discuter avec la seule personne qui pourrait lui donner une éclairage objectif sur tout cela : Jack, justement. En fait, Pacey avait l'impression de mieux maîtriser le… le sujet. Finalement, admettre était un peu guérir. C'était vrai. Il appréhendait la soirée, mais la voulait aussi, parce qu'il fallait qu'il se rende compte vraiment de ce qu'il en était. Après tout, tout cela n'était peut-être qu'une illusion de sentiment qui disparaîtrait aussitôt ce baiser de cinéma derrière lui.
Lorsqu'il se gara devant chez lui, il vit Audrey en train de faire de même dans la rue, avant qu'ils ne se retrouvent devant l'escalier menant à la porte d'entrée de Pacey. Cherchant ses clefs dans sa poche de jeans, il lui demanda alors qu'elle avançait vers lui :
« Audrey ? Il faut que l'on arrête de se voir, les gens vont finir par jaser ! Que me vaut l'honneur de ta visite ?
- Je voulais te parler avant que tu n'ailles chez Mme Ryann répéter avec Jack
- Me parler ? De quoi ? De notre entrevue au 7/11 de la dernière fois ? De celle de ce matin ?
- Entre autre »
Il leva des yeux inquisiteurs vers elle : ce « entre autre » ne lui plaisait pas, pas du tout, encore moins le ton qu'elle avait eut pour le dire. Audrey paraissait de plus arborer un air gêné, ou incertain. En fait, l'esprit de la jeune fille était comme paralysé : elle voulait lui parler, mais ne savais comment formuler ce qu'elle souhaitait lui dire. Elle sourit presque en elle même, réalisant qu'elle se trouvait tout d'un coup dans la position de Pacey lors de leur dernière entrevue. Mais elle était déterminée : sinon de l'aider, tout au moins de savoir la vérité. Ce n'était que purement égoïste, mais elle était persuadée d'avoir raison et seul Pacey pouvait le lui démontrer.
Le jeune homme remarqua que l'angoisse ressentie sur le quai de la gare revint l'envelopper face au silence d'Audrey et à ce regard étrange qu'elle posait sur lui.
« Audrey ?
- Pacey ?
- Tu veux me parler de quoi ? Tu as l'air d'être très loin d'ici, perdue dans tes pensées
- Excuse-moi, je réfléchissais. Oui, je veux te parler
- Alors il va falloir faire vite parce que je dois effectivement aller chez Mme Ryann »
Ils s'observèrent, puis Audrey commença, hésitante :
« Je voulais savoir… »
Elle n'acheva pas, ses mots s'effaçant dans sa bouche. Pacey se sentait de plus mal à l'aise, et l'hésitation apparente d'Audrey ne le rassurait pas du tout.
« Oui, Audrey… Tu voulais savoir ? »
Elle se contenta de le fixer, un million de reflets dans ses yeux comme autant de pensées qu'elle ne savait plus trier. Pacey tenta de détendre l'atmosphère en essayant un peu d'humour :
« La grande fille aux paroles directes et sans détours à perdu sa langue ? »
Il accompagna sa question d'un sourire tronqué, malhabile. Audrey se senti poussée vers ses limites par cette petite intervention de drôlerie ratée. Pacey se sentait lui aussi comme en proie à une tension que le silence d'Audrey faisait enfler. Montant les marches tout en ne la quittant pas des yeux, il reprit, sur ce même ton mal approprié :
« C'est la première fois que je te vois aussi… muette, Audrey ! Il se passe quelque chose de gra…
- Pacey es-tu attiré par Jack ? »
La seconde suivante, hormis la terreur qui venait de l'envahir instantanément, il se dit qu'il n'aurait jamais du interrompre son mouvement, et qu'il aurait du continuer à faire comme si de rien n'était et monter les marches pour ouvrir cette satanée porte. Mais il était trop tard : il s'était arrêté.
Il se tourna vers elle, lentement, rassemblant le peu de forces mentales qui lui restait afin de paraître le plus naturel possible. Il n'eut pas souvenir d'avoir eut dans sa vie un ricanement plus faux que celui qu'il produisit en lui demandant :
« Qu'est-ce que… Qu'est-ce c'est que cette question, Audrey ? »
Elle ne faisait que le fixer, incapable de répondre. Pacey faisait de même -Elle sait ! Elle sait, bon sang !- redescendant les marches pour s'approcher d'elle. Devant son regard qui le dévisageait, le scrutait, il lui dit :
« Audrey ?
- Tu voulais que je sois directe… »
Il y eut un court moment de battement entre eux. Pacey, en proie à une onde dévastatrice intérieure qui allait sûrement l'anéantir si il ne faisait rien pour l'en empêcher, articula difficilement :
« Non
- Non ? Tu viens de dire que j'étais une fille directe !
- Non je ne suis pas attiré par Jack ! »
Tu cries un peu trop Witter – La ferme ! – Évidemment qu'elle a deviné – J'ai dit la ferme, ok ?
Audrey ne détachait pas son regard de celui de son ex-petit ami. Ce qu'elle voyait dans ses yeux était un mélange de peur, de confusion et de… vérité ? Elle réalisa que finalement elle se fichait bien de savoir si elle avait raison ou pas : elle aurait tout donné pour être ailleurs en une fraction de secondes. Cette situation ne lui plaisait pas du tout.
« Audrey ?
- Quoi ?
- Pourquoi tu… ? Pourquoi me demandes tu cela ? »
Excellente maîtrise de toi même et de ta voix. Mais tu as tellement d'expérience ! – Je t'ai dit de la fermer !
« Je croyais que… J'ai pensé après… »
Audrey prit conscience que si elle ne se calmait pas elle allait dire n'importe quoi, ou éclater en larmes. Prenant une grande inspiration, elle reprit :
« Disons qu'après notre petite conversation nocturne au 7/11, et après avoir réfléchi à tout ce qu'il s'était produit dans ta vie dernièrement, j'ai pensé… j'en ai déduit que…
- Que j'étais attiré par Jack ? »
Sa surprise semblait réelle, Audrey en fut déstabilisée. Il reprit, d'un ton un peu agacé :
« Arrête de réfléchir, Audrey ! Ça t'amène à des conclusions complètement idiotes ! »
Ils se fixèrent. Et là, une fois de plus, Audrey vit au fond des yeux de Pacey ce que ce dernier ne voulait pas voir, ou bien faisait semblant de ne pas voir. Elle comprit qu'elle avait raison, qu'elle avait bien deviné. Une émotion indescriptible l'envahit.
« Si tu n'as plus rien à me dire, je vais y aller
- Pacey ? »
Il soupira, de plus en plus agacé.
« Quoi encore ?
- Regarde-moi droit dans les yeux et dit moi que je suis folle, que je me trompe et que cette question ne te fais rien du tout »
Il la fixa, le regard trouble. Elle ajouta :
« Et surtout dis moi que ce n'est pas vrai »
Il baissa la tête pour observer le trottoir. Pacey savait pertinemment qu'il ne pouvait pas faire cela. Mais il ne pouvait pas non plus lui dire ce qu'elle voulait l'entendre dire parce qu'il n'était pas sur que cela soit vrai. Tu te fous de moi ? – Ta gueule !
Pas encore.
Alors il le va les yeux et la regarda vraiment, fixement. Il eut un tremblement dans la voix quand il lui dit :
« Tu n'es pas folle, et je ne suis pas attiré par Jack. Maintenant excuse-moi, mais cette conversation n'a aucun intérêt pour moi et je dois vraiment y aller »
Il grimpa les marches à toute vitesse après un volte face rapide, ouvrit la porte et entra chez lui. Refermant derrière lui, il s'adossa au chambranle, se rendant compte qu'il était au bord des larmes. D'une voix encore plus tremblante, il murmura :
« Je suis désolé Audrey, désolé… »
Il se redressa, avança vers le miroir dans le couloir et s'y observa. Essuyant ses yeux, il murmura encore :
« Alors là, je mérite l'Oscar du Meilleur Menteur… Mon vieux, t'es vraiment qu'un imbécile ! »
A l'extérieur, Audrey regagna son véhicule, dépitée, triste, ne sachant plus trop quoi penser de ce qu'il venait de se passer. Avant d'entrer dans sa voiture, elle jeta un regard vers la maison de Pacey et dit à voix haute :
« Pacey… Je sais que j'ai raison… Et je crois même que ça va plus loin : je crois que tu es amoureux de Jack »
