[Jeudi – minuit treize]

Pacey s'assit sur son lit, prit sa tête entre ses mains, puis se renversa à l'arrière en poussant un profond soupir. Allongé, il se mit à réfléchir à… tout ce qu'il s'était passé ces derniers temps, à tout ce qu'il avait appris sur lui.

Il était attiré par Jack, aucune excuse ne lui aurait fait nier ce fait. Il l'aimait, aussi insensé que cela lui paraisse : il savait ce qu'il ressentait au fond de lui, et il savait que ces sentiments étaient réels. Du jour où il avait posé un regard différent sur Jack, l'amour avait pris racine dans son cœur, aidé par le film de Dawson et cette fameuse dernière scène qui l'avait tant perturbé. Mais cela faisait-il de lui un gay ? Il repensa à sa conversation d'avec Doug : tout était là. Tous ces souvenirs dont il n'avait même plus conscience : Doug lui avait assuré l'avoir entendu murmurer le nom de Jack dans son sommeil, et l'avoir trouvé endormi dans son lit, le texte du poème de Jack sur l'oreiller, froissé d'avoir été lu et relu. Et comment pouvait-il avoir oublié Kenny ? Comment ?

Et dans tout cet imbroglio de pensées confuses qui inondaient son esprit en cet instant, il pensa aux filles. Aux filles de sa vie. Il avait aimé Andie, il avait aimé Joey, il avait aimé Audrey. Certaines à un point tel qu'il ne comprenait pas qu'il puisse être amoureux de Jack. Pourtant, il l'aimait. Et le plus effrayant pour lui, c'est qu'à côté de l'amour immense qu'il avait pu ressentir pour Joey, le plus bel amour de sa vie selon son appréciation, ce qu'il ressentait pour Jack lui semblait pire. Ce qui pour lui signifiait plus vaste, plus total, plus définitif, plus grand, plus… Plus. Tout simplement.

Totalement confus, alors qu'il lui avait semblé en entrant dans la chambre que les choses allaient un peu mieux, il se rassit au bord du lit. Une envie de fuir, de sortir en courant de cet appartement pour ne plus penser à tout cela, vint l'assaillir. Mais fuir ne suffisait pas : sa venue à Capeside en était la plus belle preuve. Il avait besoin de parler. Mais à qui ? Comment expliquer tout ça à quiconque ? Et surtout, à qui parler ? Il venait de s'éloigner volontairement de tous ses amis.

Tous ?

Pacey eut comme un flash dans son esprit : il saisit son portable, parcouru le répertoire électronique du téléphone, et sélectionna un numéro avec la commande d'appel. Puis il le positionna contre son oreille. Après un long moment, il y eu une tonalité différente de celle habituelle, mais qui indiquait que le téléphone de son correspondant sonnait. Et quelqu'un décrocha.

« Pronto ? »

Il eut un moment de doute.

« Euh… Bonjour ? Est-ce que vous parlez anglais ?

- Bonjour ! Oui, bien sur ! Vous voulez parler à Andie ?

- Oui, s'il vous plait

- Ne quittez pas »

Il entendit qu'on posait le téléphone, puis qu'on parlait en Italien. Une minute s'écoula pendant laquelle il fut pris d'une envie furieuse de raccrocher par peur de subir les foudres d'Andie, ou pire, son rejet. Il ne savait plus vraiment en cet instant si lui téléphoner était une si bonne idée. Pacey se sentait hors du monde et du temps depuis la fin de sa conversation avec Doug.

« Allô ?

- Andie ? Bonjour c'est…

- Pacey ? Est-ce que c'est toi ? »

Il y avait une forme de joie incroyable dans le ton de sa voix, et cela lui fit du bien, inexplicablement. Il ne regrettait plus de l'avoir appelée, rien que pour ces quelques secondes de bonheur.

« Oui ! Comment m'as-tu reconnu Andie ?

- Je reconnaîtrais toujours ta voix, Pacey, même quand je serais sourde ! »

Ils rirent de cette petite plaisanterie, avant qu'Andie ne reprenne :

« Qu'est-ce qu'il t'arrive, Pacey ? Tu ne m'appelles pas souvent et je… Oh Mon Dieu ! Il se passe quelque chose de grave ? C'est pour ça que tu me téléphones, n'est-ce pas ? C'est quoi ? C'est qui ? Il est arrivé quelque chose à quelqu'un, c'est ça hein ?

- Doucement, McPhee ! Détends-toi tu veux bien ! »

Il se mit à rire intérieurement de voir qu'Andie n'avait pas changé : toujours aussi survoltée par moments, inquiète de tout mais pourtant si raisonnable et forte.

« Pacey dis-moi ce qu'il se passe !

- J'avais besoin de te parler

- De me parler ? »

Andie fut surprise.

« Tu veux me parler de quoi ?

- Tu as le temps de m'écouter ou pas ?

- J'ai un moment, mais je dois partir pour la fac dans une heure. Il est sept heures du matin passé ici. Pacey tu es sur que ça va ?

- Pourquoi cette question ?

- Disons qu'un coup de fil matinal comme ça n'est pas dans tes habitudes

- Il se passe effectivement quelque chose, pour moi. Et je voulais t'en parler

- Bon, et bien vas-y : j'essaierais de voir si je peux te conseiller sur ce qui te préoccupe

- Andie ?

- Oui ?

- Ton frère t'a appelé avant moi ?

- Jack ? Non, pourquoi ?

- Parce que ce dont je veux te parler nous concerne tous les deux

- Tous les deux ? C'est à dire ? Toi et moi ? Ou Jack et toi ?

- Jack et moi »

Pacey s'interrompit, cherchant une nouvelle fois ses mots, et la manière de les arranger pour pouvoir dire à Andie ce qu'il souhaitait lui dire.

« Pacey ?

- Oui ?

- Je croyais qu'on avait été coupé vu que je ne t'entendait plus

- Non, non, je suis là. Je cherche mes mots en fait

- C'est si difficile que ça à dire ?

- Andie je… »

Il ne put pas en dire plus : l'effort qui lui semblait avoir fait n'avait pas été suffisant pour qu'il puisse lui avouer.

« Pacey, je commence à m'inquiéter. C'est grave ?

- Excuse-moi, j'ai… du mal

- Donc c'est grave ? Tu dois… »

Il lui coupa la parole en criant presque :

« Andie je suis gay ! »

Il entendit l'inspiration d'Andie, une de ces inspirations brèves et bruyantes que l'on a quand on encaisse un choc. Et cela lui fit beaucoup de mal : Pacey s'en voulu immédiatement de lui faire de la peine, tout comme il s'en voulu d'être la cause de cette peine. Il se rendit compte qu'un silence très long venait de s'écouler quand il reprit la parole :

« Andie ? »

Il lui semblait qu'elle pleurait à l'autre bout du fil, mais il n'en était pas sur. Pas sur du tout.

« Andie, je… Je suis désolé. Je ne voulais pas te faire du mal »

Elle ne répondit pas. Pacey commença à s'inquiéter à son tour.

« Andie ? Andie, réponds moi s'il te plait

- Je… »

La voix de son amie était à peine tremblante. Il l'entendit inspirer à nouveau, comme pour se donner du courage, puis elle lui demanda :

« Pourquoi me… ? Pourquoi me dis-tu cela ? Pourquoi aujourd'hui, Pacey ? Pourquoi me téléphoner un beau matin et m'annoncer que tu es… que tu as changé ? Qu'est-ce que tu attends de moi ? Je ne peux pas t'aider, je ne peux rien pour toi : je suis à plus de 75OO km de toi. Je… Je ne te comprends pas, Pacey

- Je ne sais pas s'il y a quoi que ce soit à comprendre. Je sais juste que j'ai besoin de le dire à ceux qui sont importants à mon cœur, quelques en soient les conséquences

- Les conséquences ?

- Oui, qu'on me juge, qu'on me rejette, qu'on ne veuille plus jamais me voir ni me parler. Je suis gay : pour certains, c'est plus que suffisant pour changer la façon qu'on a de considérer une personne, Andie

- Je ne suis pas ce genre de personne, et tu le sais très bien

- Oui, je le sais »

Il changea le téléphone d'oreille et lui répondit :

« Je voulais juste te le dire, Andie. Et je n'ai pas besoin d'aide. Tu es une des personnes dans ma vie qui a le plus d'importance, même si nous sommes séparés par un océan. Je voulais juste te le dire, c'est tout.

- Et bien tu me l'as dit, Pacey »

Le ton d'Andie était un peu froid, mais il ne s'en formalisa pas, acceptant cela comme normal après une telle déclaration.

« Pacey ?

- Oui, Andie ?

- Tu n'en n'as parlé à personne ? Il y a pourtant du monde autour de toi, non ?

- J'en ai parlé à Doug

- Ton frère le sait ? »

Andie semblait soudainement très surprise. Il reprit :

« Oui, ça a l'air de t'étonner

- Un peu. Je m'imaginais que tu l'aurais dit d'abord à Dawson. Ou Jen

- Je crois qu'ils ont tous compris sans que je leur dise

- C'est à dire ?

- Rien. Disons que je me suis retrouvé devant le fait accompli, et devant eux

- Devant eux ? Je ne comprends pas ce… »

Elle s'interrompit. Il y eut un silence.

« Pacey ? Qu'est-ce que Jack vient faire dans cette histoire ? »

Une nouvelle fois, il ne su plus comment faire pour lui parler. Pour Pacey, Jack semblait être un sujet encore plus délicat que sa sexualité récente. Andie reprit, d'une voix sourde :

« Vous êtes… ensemble ? »

Il y avait tellement d'angoisse dans la voix d'Andie que Pacey en eut les larmes aux yeux. Il parvint à maîtriser son ton pour lui répondre :

« Non. C'est grâce à ton frère que j'ai compris qui j'étais, indirectement, mais nous ne sommes pas ensemble

- Alors je répète : que vient-il faire dans cette histoire ?

- Je l'aime, Andie »

C'était maintenant une évidence sonore : elle pleurait. Pacey en était navré, mais il ne pouvait s'empêcher de lui dire la vérité. Une seconde, il se projeta dans son futur et il compris qu'il y aurait toujours ce type de moments désormais, saupoudrés ici et là dans sa vie.

« Andie ne pleure pas

- Je suis désolée, mais… mais c'est un peu trop pour moi d'un coup

- C'est moi qui suis désolé de te faire de la peine, Andie

- Ce n'est rien

- Quand même, je m'en excuse

- Mais Jack le sait ?

- Oui, il le sait. Mais les choses sont un peu compliquées pour l'instant »

Il y eut un long silence. Pacey pensa qu'Andie chercherait à approfondir ce qu'il venait de dire, mais non. Elle garda le silence. Puis elle renifla, et eut un rire nerveux :

« Bon ! Ben ça, c'est un sacré début de journée ! »

Pacey ne rétorqua rien. Andie reprit :

« Pacey, je vais devoir te laisser, non pas que je veuilles couper court à notre conversation, mais…

- Je comprends Andie

- Je ne sais plus trop quoi te dire en fait. Tout cela est si surprenant ! Je vais prendre le temps d'y réfléchir et je te rappellerai, tu veux bien ?

- Quand tu veux Andie

- Pacey ?

- Quoi ?

- Merci de me l'avoir dit

- Je le devais, Andie. Tu comptes pour moi

- Tu comptes pour moi aussi, Pacey. Promets moi de m'appeler si tout cela est trop lourd à supporter

- Je te le promets

- Alors à bientôt, Pacey

- A bientôt, Andie. Et merci

- De rien ! Ciao ! »

Elle raccrocha. Pacey contempla son portable dans sa main et eut un sourire nostalgique. Il était presque étonné de voir à quel point cela n'avait pas été le drame qu'il avait imaginé. Mais encore plus étonné par le fait d'avoir pu dire en parlant de lui : je suis gay.

Il ne se sentait pas mieux pour autant.

[Huit heures cinquante deux]

Audrey leva les yeux de son livre et observa la bibliothèque à la ronde, avant que son regard ne s'arrête sur un garçon qui s'avançait apparemment vers sa table. Elle fit du coude à Jen assise à côté d'elle :

« Wo wo wo ! Jen! Jen! »

Sa voisine leva la tête de son livre aussi et la regarda :

« Quoi Audrey ?

- Qui est ce superbe mâle qui semble s'approcher de nous en souriant ? Tu le connais ? »

Jen tourna le regard vers la personne qu'Audrey lui désignait, et eut un sourire en découvrant le jeune homme dont parlait son amie. Feignant un air distrait, elle répondit :

« Oui, c'est Kyle »

Audrey prit un air ahuri et lui fit :

« Kyle ? Le Kyle de la paroisse ? C'est lui ? »

Elle le fixa une seconde, puis revint à Jen :

« Ben dis donc ma vieille, tu t'embêtes pas !

- Audrey ! »

Kyle vint à leur table, sourit à Audrey, un peu plus à Jen, puis il s'assit près d'elle et tous deux échangèrent un baiser furtif, avant de se fixer en souriant toujours, puis de partager un baiser plus passionné cette fois. Audrey protesta :

« Hey ! Je suis dans la même pièce que vous ! »

Ils se séparèrent en riant, puis Jen fit les présentation :

« Kyle Hastings, voici Audrey Lidell. Audrey, je te présente Kyle »

Ils se serrèrent la main, et Kyle fit à Audrey :

« Enchanté ! Jen m'a beaucoup parlé de toi, Audrey »

Elle fit de gros yeux à Jen avant de répondre à Kyle :

« Ne crois pas un mot de ce qu'elle a pu te raconter, Kyle

- Elle n'a pas dit de mal pourtant »

Jen ajouta en riant :

« Et Dieu sait qu'il y en aurai à dire !

- Jen ! »

Audrey la foudroya du regard. Puis elle revint à Kyle :

« Bon, essayons d'être civilisés, Ok ? Nous, nous sommes étudiantes, mais ça tu le sais. Et donc toi, tu travailles à la paroisse ? »

Jen fit pour elle même :

« Ça y est… L'entretien d'embauche ! »

Puis elle dit à l'oreille de Kyle :

« Elle est un peu protectrice envers moi »

Audrey lui tapota l'épaule, et quand Jen se fut tournée vers elle, lui fit :

« T'as fini, oui ? »

Kyle répondit à Audrey :

« Je suis moi aussi étudiant.

- En quoi ?

- En théologie

- Heu… ?

- C'est en gros l'étude de la religion. D'où le petit job à la paroisse »

Audrey dévisagea Jen, surprise. Cette dernière lui fit :

« Qu'est-ce qu'il y a, Audrey ?

- Rien, rien… Disons que je ne te voyais pas avec un étudiant de Dieu »

Kyle et Jen se mirent à rire, puis il expliqua :

« En fait, je fais ça pour mon plaisir, sur mon temps libre »

Audrey était de plus en plus ahurie. Elle laissa son regard aller de Jen à Kyle avant de dire :

« Vous vous moquez de moi, c'est ça ? »

Jen lui répondit :

« Non, Audrey. En fait, Kyle est prédestiné à reprendre la florissante affaire de papa, mais il voudrait aussi nourrir son esprit et son âme autrement qu'avec les chiffres d'un empire industriel. Aussi, il s'adonne aux recherches religieuses pour son plaisir »

Audrey demanda à Kyle :

« Futur héritier alors ?

- Audrey…

- C'est pas grave, Jen. Oui, Audrey : futur héritier. Mais je vis comme si je ne l'étais pas, parce que c'est trop handicapant pour connaître les gens vraiment s'ils savent que tu traînes un gros compte en banque derrière toi

- Et pourquoi s'intéresser à Dieu ?

- Pour un peu de spiritualité comme Jen le disait, mais aussi parce que j'ai une théorie, qui est en fait le sujet de ma thèse, comme quoi Dieu n'est qu'un Père Noël pour les adultes qui t'ouvre son Paradis si tu es sage toute ta vie »

Jen fit un grand sourire à Audrey et lui dit :

« Je l'adore ! »

Ils éclatèrent de rire tous les trois, avant de se calmer rapidement sous les « chut ! » et les regards de reproche de l'assistance. Kyle se tourna vers Jen :

«Il faudrait qu'on y aille, Jen

- Je suis prête »

Ils se levèrent, sous l'œil suppliant d'Audrey qui leur fit :

« Vous n'allez pas me laisser seule ici ? »

Kyle s'éloigna un peu, et Jen se pencha vers elle pour lui dire :

« Tu dois travailler ton exam, Audrey. Pas moi

- Vous allez où ?

- Kyle m'emmène en promenade, le genre campagne, pique nique et tout et tout

- Hein ? Ce genre de truc te fait vomir d'habitude !

- Oui, mais là c'est diffèrent

- Qu'est-ce qui est différent ?

- Là, c'est avec lui ! »

Jen termina sa phrase avec un clin d'œil. Audrey voulu savoir une dernière chose :

« Depuis quand êtes vous ensemble, Jen ?

- Depuis vendredi soir dernier. Je sais que tu m'avais dit de ne pas lui sauter au cou, mais j'en avais marre d'attendre »

Et sur ce elle se retourna et s'éloigna avec Kyle qui fit un signe d'au revoir à Audrey.

[Douze heure cinq]

Dawson entra dans le café où l'attendait Joey. Il scruta la salle à sa recherche, puis la vit attablée au loin, le portable à l'oreille. Il s'approcha et s'assit en face d'elle, et elle lui fit un signe et un sourire tout en continuant sa conversation :

« Oui, oui, Audrey, j'ai compris ! Bon excuse-moi mais Dawson vient d'arriver. D'accord, je lui ferai. Ok, à tout à l'heure. Bye ! »

Elle ferma son mobile, puis se pencha par dessus la table et embrassa Dawson qui lui demanda après :

« Un problème avec Audrey ?

- Non, non. Elle a rencontré le nouveau petit ami de Jen, ce qui l'a mise sans dessus dessous

- Jen a un petit ami ?

- Il faut croire, un certain Kyle, un étudiant en théologie je crois »

Dawson haussa les sourcils de surprise, puis demanda en riant :

« En théologie ? Je me demande quand je suis passé dans la quatrième dimension ! »

Joey se mit à rire avec lui en lui disant :

« Je sais pas, mais on doit y être entré ensemble ! »

Elle continua à lui sourire tout en avançant vers lui un sandwich et une boisson, accompagnés d'un café.

« Désolé Dawson, mais j'ai pas autant de temps que ce que je pensais, donc je ne resterais pas tout le repas avec toi

- Pourquoi cela ?

- Le prof de littérature a cru bon pour nous de doubler la dose

- Je vois. Des heures de travail à venir

- Oui, comme si on en n'avait déjà pas assez »

Elle porta la tasse de café à ses lèvres et but, pendant qu'il mordait dans le sandwich.

Un moment de silence passa, avant qu'il ne lui dise :

« Ma mère m'a appelé ce matin

- Ah oui ? Comment va-t-elle ?

- Bien, bien. Tu ne devineras jamais qui elle a vu à Capeside »

Joey fixa Dawson d'un air interrogateur.

« Elle a vu qui ?

- Pacey

- Pacey ? Mais que fait-il là bas ?

- Il est chez son frère semble-t-il »

Dawson but un peu de son soda, avant de poursuivre :

« En fait, elle ne l'a pas trouvé bien. C'est pour cela qu'elle m'a appelé. Il n'a pas voulu lui dire ce qu'il s'était passé, juste qu'il n'avait pas terminé le film. Elle était un peu inquiète

- Et tu lui as dit ?

- Pour Pacey ?

- Non, pour le dernier single d'Eminem, Dawson… Évidemment pour Pacey !

- Je lui ai dit, oui »

Dawson reprit une bouchée du sandwich. Joey le pressa :

« Tu vas me laisser mariner ou bien me dire ce qu'elle en a pensé ?

- Ce qu'elle m'a dit ?

- Oui, sa réaction !

- Ma mère a été très étonnée. Mais surtout peinée qu'il ait à affronter cela tout seul »

Ils eurent tous les deux un moment avec eux-mêmes. Joey reprit, un peu mal à l'aise :

« Tu crois qu'on devrait… ?

- Qu'on devrait quoi ? Retrouver Pacey ? Je pense que s'il est parti et ne prend même pas la peine de répondre à nos messages, c'est qu'il veut être seul

- Mais c'est notre ami. On doit parfois faire ce que nos amis ne veulent pas qu'on fasse, Dawson. Je me sens si inutile face à ce qui lui arrive

- Joey, ne te tourmente pas avec cette histoire. Je ne sais pas pourquoi, mais je sais que tout s'arrangera »

Joey eut un petit sourire et lui fit :

« Ta boule de cristal te l'a dit ?

- En quelque sorte

- Et bien souhaitons qu'elle ne se trompe pas ! »

Elle regarda sa montre, puis se leva :

« Je suis désolée mais il va falloir que j'y aille, Dawson »

Elle vint s'asseoir à côté de lui et l'embrassa de façon très sensuelle. Ne s'y attendant pas, il la dévisagea un peu surpris :

« Pourquoi ce baiser ? »

Elle le regarda de façon très malicieuse et lui murmura :

« Un petit acompte sur la soirée ?

- Tu plaisantes ?

- Va savoir… Demandes à ta boule de cristal ! »

Sur un dernier grand sourire, elle se leva à nouveau et marcha vers la sortie.

[Quatorze heures cinquante huit]

Jack venait de rentrer chez Gramms après une journée de cours qui lui avait paru interminable. Il se demandait bien pourquoi il était allé en classe de toute façon : son esprit était ailleurs, avec Pacey et avec ce monde de fantasmes romantiques enfoui quelque part dans son cœur, où tout ce qu'il ne se passerait jamais avec lui était possible. Il monta dans sa chambre où il brancha la chaîne stéréo ainsi que son PC. Après s'être mis un peu plus à l'aise, il revint à son ordinateur où une icône lui appris qu'il avait un e-mail. Cliquant sur le symbole, il l'ouvrit et découvrit la réponse de sa sœur à son message de la veille :

Mon cher Jack,

Une petite réponse rapide à ton dernier courrier. J'y répondrais plus en détail quand j'y aurais réfléchi à tête reposée.

Je ne sais plus trop ce que je dois penser de ce qu'il se passe là bas, là où vous êtes et où tout change apparemment de façon surprenante. Je viens de lire ton mail où tu me racontes ce qu'il s'est passé avec Pacey… Comment peux tu penser une seconde que je pourrais t'en vouloir ? Jamais Jack, tu lis bien : jamais. Du moment que tu te sens bien et que tu es heureux, qu'importe qui partage ta vie. Même si c'est un garçon qui a déjà partagé la mienne.

Je dois te dire que Pacey m'a téléphoné ce matin (c'était environ minuit chez vous) pour me dire qu'il était gay, et pour me dire qu'il t'aimait. Ce qui fait que ton mail, que je n'avais pas encore lu au moment de son coup de fil, à rajouté un peu à la confusion que je peux ressentir face à tous ça.

Parce que tout ça me dépasse, Jack. C'est un peu comme lorsque j'ai réalisé ton homosexualité : c'était devant moi, mais je refusais de le croire. Ou de le voir. Alors tu comprends, Pacey, homosexuel, pour moi c'est le WTC qui s'effondre à la télé : cela semble tellement irréel… Et pourtant, c'est vrai. Je le connais bien et je sais qu'il ne m'a pas menti en me confiant cela.

Je ne sais pas si tout ce que je t'écris est bien clair, mais mon esprit est un peu embrouillé quand je pense à tout cela. Ça passera.

Jack, quoiqu'il se passe, ne lui en veut pas. S'il te plait ne lui en veut pas. Tu sais mieux que personne ce que tu as traversé pour en être là aujourd'hui. Laisse lui le temps, et tout finira par aller mieux. Si vous vous aimez, vous vous retrouverez d'une façon ou d'une autre. J'en suis sure.

Je te laisse pour le moment.

Je t'aime Jack

Andie

Il contempla l'écran, l'esprit complètement ailleurs. Il ne s'entendit même pas murmurer :

« Il lui a dit... qu'il était gay ? »

[Dix sept heures vingt six]

Jen entra dans le hall, suivi par Kyle. Elle referma la porte derrière lui au moment ou Gramms arrivait de la cuisine.

« Bonsoir grand-mère

- Bonsoir Jennifer. As-tu passé une bonne journée ? »

Jen jeta un œil furtif à Kyle, puis lui répondit en souriant :

« Excellente, grand-mère ! Excellente !

- Bien ! Peut-être pourrais-tu maintenant me présenter ton ami ma chérie ?

- Oui, bien sur ! Excuses moi. Grand-mère, je te présente Kyle Hastings, que tu connais de la paroisse. Kyle, voici grand-mère »

Kyle s'avança vers Gramms et lui serra la main :

« Je suis ravi de vous revoir et de vous connaître enfin, Mme Ryann

- Moi aussi, M. Hastings »

Gramms nota au passage qu'il portait une étoile de David autour du coup. Elle poursuivit :

« Il semblerait que ma petite Jennifer ne s'ennuie pas avec vous, ce qui n'est pas pour me déplaire

- J'essaie de faire de mon mieux, Mme Ryann

- Bien, bien. Pardonnez moi ma curiosité, mais je vois à votre pendentif que vous êtes juif, M. Hastings ? »

Jen la fixa ahurie et gênée :

« Grand-mère ! »

Kyle leva une main pour montrer que ce n'était pas grave, et il répondit en fixant Gramms :

« Effectivement, Mme Ryann. Ce qui veut dire que nous prions le même dieu. A ce titre m'autorisez vous à rester sous votre toit ? »

Il mit tellement d'ironie dans son propos que Gramms ne put s'empêcher de sourire. Elle lui dit malicieusement :

« C'est très… adroit. Je vous aime beaucoup, jeune homme »

Et elle retourna dans sa cuisine sous le regard un peu perdu de Jen. Kyle la regarda :

« Qu'est-ce qu'il y a, Jen ?

- Ne sois pas insolent avec ma grand-mère s'il te plait

- Ce n'était qu'une petite joute verbale Jen, rien de plus

- Certes, mais c'était insolent.

- Je te promets de ne plus le faire »

Ils se fixèrent, puis il demanda :

« Je suis pardonné ?

- Pour cette fois oui

- Alors j'ai le droit de monter dans ta chambre pour y faire l'amour avec toi ? »

Jen fut choquée : pas par la proposition, mais par l'envie qu'elle ressentie à l'énonciation de la question. Kyle lui, se contentait de la regarder, une flamme dans les yeux. Elle l'embrassa furtivement, puis lui prit la main et, tout en l'entraînant vers l'escalier lui dit :

« Le grenier, c'est mieux ! »

[Vingt heures quarante trois]

Pacey entra dans l'appartement de Doug et il vit son frère dans le canapé, une bière à la main, en train de regarder la télé.

« Salut Doug !

- Bonsoir Pacey ! »

Il alla au frigo et se prit une bière aussi, puis vint s'asseoir aux côtés de son frère qui lui demanda :

« La journée a été bonne ?

- Non

- Non ?

- J'ai passé mon temps à me torturer le méninges sur ce qu'il m'arrive. Et j'en ai presque marre

- Marre ? Comment cela, marre ? »

Pacey but une gorgée de bière, puis répondit :

« Tout me semble sans solution. J'aime Jack, mais je pense aussi aux femmes que j'ai aimé. Et je n'arrive pas à accorder ces deux notions l'une à l'autre et obtenir ne serait-ce qu'un minimum de cohérence sur ce qu'il se passe en moi. Je crois que je ne me suis jamais senti aussi perdu »

Doug lui jeta un regard surpris :

« Tu n'as fait que ça toute la journée ? Te questionner sur toi même ?

- Non, j'ai aussi démissionné du Civilization

- Pardon ? Mais pourquoi ? »

Pacey fixa son frère :

« Je ne retourne pas à Boston, Doug. Je n'allais donc pas laisser Danny dans l'attente de mon retour puisqu'il n'y aura pas de retour

- Il l'a pris comment ?

- Mal

- Tu lui as dit que… ?

- Que je suis peut-être gay ?

- Peut-être ? Comment ça peut-être ? »

Doug observa Pacey, qui lui répondit :

« Avant de monter sur tes grands chevaux, laisse moi te dire que je ne suis pas totalement convaincu de mon homosexualité refoulée, Douggie

- Mais… ? Mais tu as dis toi même que tu l'aimais comme tu n'avais jamais aimé personne

- Et cela est censé faire de moi un gay ? »

Doug réalisa que non. Il lui répondit :

« Tu avoueras quand même qu'avoir des sentiments aussi forts pour un garçon ne laisse pas vraiment d'alternative

- Si : je suis peut-être bisexuel »

Ils se fixèrent en silence, avant que Pacey ne reprenne :

« Qu'importe ! Tout est trop confus dans ma tête pour que je sache de quoi il retourne

- Pacey, je peux te demander quelque chose ?

- Vas-y

- Es-tu physiquement attiré par Jack ? »

Son frère le regarda sans rien laisser transparaître et lui répondit :

« Je ne vais sûrement pas parler de ça avec toi, Doug. Ne le prends pas mal, mais ce sujet ne concerne que Jack et moi

- Excuse-moi, je ne voulais pas te…

- Ce n'est pas grave »

Un silence pesant s'installa. Après un moment, Pacey reprit :

« Pour en revenir à Danny, je lui ai dit que quelque chose m'arrivait et qu'il me fallait du temps, beaucoup de temps probablement, pour pourvoir me sortir de ce problème personnel. Il a donc accepté ma démission »

Nouveau silence, interrompu par Doug cette fois ci :

« Et alors ? Que vas-tu faire maintenant ? »

Pacey détourna son regard, comme s'il était tout d'un coup mal à l'aise. Il répondit :

« J'ai deux ou trois idées. Je t'en parlerai quand j'aurais du concret entre les mains

- Soit ! Et en attendant ?

- Je ne vais pas rester bien longtemps chez toi Doug, ne t'inquiète pas

- Ce n'est pas à ça que je voulais dire, Pacey. Tu peux rester aussi longtemps que tu veux. Non, je me demandais si tu comptais revoir tes amis, pour leur expliquer »

Pacey fixa son frère un peu surpris.

« Je ne vois pas comment. En fait, si : mais j'ai trop peur de leur réaction. Je préfère éviter cela

- Tu ne vas pas fuir toute ta vie quand même ?

- Non. Quand le moment sera venu, je… Je les reverrai »

Doug posa sa bière sur la table basse et éteignit la télé avec la télécommande. Il se tourna vers son frère et lui fit :

« Et Jack ?

- Quoi Jack ?

- Tu vas laisser les choses telles qu'elles sont entre vous ?

- Et que voudrais-tu donc que je fasse ?

- Je sais pas. Le revoir par exemple, lui parler à lui aussi. Il doit traverser un enfer, Pacey »

Doug vit dans les yeux de son frère qu'il venait involontairement de toucher un point sensible. Il allait s'en excuser, quand Pacey lui dit :

« Tu crois que je ne le sais pas ? Je lui ai dit que je ne voulais pas lui faire du mal, Doug. Les yeux dans les yeux je lui ai dit que je ne voulais pas lui faire du mal ! Et c'est tout ce que j'ai du lui faire en partant »

Pacey avait les larmes aux yeux. Doug lui mis une main compatissante sur l'épaule.

« C'est le plus insupportable, Doug : savoir qu'il souffre à cause de moi »

Son frère lui serra l'épaule et lui fit :

« Ça s'arrangera, Pacey. Ça s'arrangera »

[Vint deux heures vingt et une]

Joey travaillait sur son ordinateur à son devoir de littérature lorsque son portable sonna. Elle décrocha tout en gardant les yeux sur l'écran du PC.

« Allô ?

- Joey, c'est Audrey ! »

Joey perçu un brouhaha en arrière de la voix de son amie.

« Salut Audrey. Mais où es-tu ?

- Dans un pub irlandais

- A Boston ? C'est très original

- Tu trouves aussi ? Mais c'est comme les Tex-Mex en Arizona : incontournable ! Fantastique pays que le notre, non ?

- Tu es toute seule ?

- Non, avec des camarades de fac. Il y a aussi Jack et Jen, et son petit ami si mignon fan de Dieu, qui se trouvaient là par hasard : Boston est petit ! Qu'est-ce que tu fais, toi ?

- Je bosse mon devoir de littérature, avec un plaisir non dissimulé comme ma voix te l'indique

- J'entends, oui. Je t'appelais pour te dire que je ne rentre pas dormir ce soir »

Joey quitta le PC un moment pour se concentrer sur la conversation. Elle fit à Audrey d'un ton surpris :

« Encore ?

- Comment ça, encore ?

- Audrey, tu passes plus de temps ailleurs qu'à Worthington, ces temps ci. Et pas seulement pour dormir : pour les études aussi

- Nous ne sommes pas tous de futurs écrivains promis à un grand avenir, Joey

- Ah bon ? Tu connais quelqu'un comme ça, toi ? »

Audrey eut un petit rire amusé, avant de reprendre :

« Je voulais juste que tu ne t'inquiètes pas, c'est tout

- Est-ce indiscret de te demander où tu vas dormir ?

- Non : chez Judith Garland, une camarade de mon cours de maths appliqués »

Joey sourit malicieusement :

« C'est ça, et moi je suis La Méchante Sorcière de l'Est !

- C'est réellement son nom, Joey »

Cette fois-ci, Joey se mit carrément à rire :

« Et bien ! Il y en a qui ont pas de chance !

- Elle est très sympa

- Je ne me moque pas, Audrey. Mais tu avoueras que c'est singulier !

- En parlant de sorcière, c'est pas plus singulier que d'avoir un petit frère qui fréquente l'École de sorcellerie de Poudlard, Joey

- Hein ? »

Audrey comprit que l'incompréhension de Joey était non feinte. En soupirant elle lui répondit :

« Mais tu sors jamais ou quoi ? Je te parle de Harry Potter, Joey !

- Ah… Très drôle, Audrey… Bon, alors donc tu découches une fois de plus ?

- Oui, ça te laisse plus de temps et de place. Plus d'intimité quoi ! »

Joey haussa les sourcils et se senti un peu inquiète.

« Qu'est-ce que c'est que cette réflexion, Audrey ? »

Il y eut un silence entre elles, alors qu'il semblait à Joey qu'Audrey se déplaçait. Finalement, le brouhaha cessa et Joey entendit, lui sembla-t-il, le bruit de la rue.

« Audrey ?

- Excuse-moi, je sortais du pub

- Pourquoi cela ?

- Pour ne pas que les autres entendent ce que je vais te dire maintenant : je dors moins souvent au dortoir pour te laisser de l'intimité avec Dawson »

Joey émis un bruit de surprise, avant de répondre :

« Je…

- Ne me dis pas que tu ne sais pas de quoi je parle, ok ? »

L'atmosphère prit un aspect différent. Audrey reprit :

« Joey, vis ta vie dans le secret si tu en as envie, mais tu ne pourras pas cacher cela éternellement. Je l'ai découvert, Pacey l'avait découvert aussi. Tous les deux par hasard. Pourquoi ne pas le dire à tout le monde ? Quel intérêt de vivre cette relation entre deux portes alors que tous autant que nous sommes nous savons bien que Dawson et Joey, c'est inévitable ?

- Audrey, ce n'est pas que nous voulons que ça reste secret. Non. C'est juste que… Nous deux, seulement nous deux, cela avait un côté magique encore plus intense

- Joey ? Tu veux une info ? Le côté magique, ça ne dure pas

- Je sais Audrey, je sais »

Il y eut un silence, avant qu'Audrey n'enchaîne :

« Il est peut-être temps pour vous de faire comme Pacey

- Pardon ?

- Oui : vous révéler, faire votre coming-out. Sauf que là, il n'y aura pas le côté spectaculaire que Pacey et Jack nous ont donné, je te le concède !

- Audrey ! C'est pas bien !

- C'est de l'humour Joey, ok ?

- Mouais, ben c'est pas drôle

- Excuse-moi »

Joey fixa l'écran de son PC, puis poursuivit :

« Je crois qu'il est temps effectivement que Dawson et moi sortions de l'ombre. J'en parlerais avec lui

- C'est une bonne chose, je pense. Comme je pense que tout le monde sera très content pour vous

- Et pourquoi cela ?

- Parce que l'amour entre vous est tellement vrai, tellement énorme, que de vous voir ensemble enfin, c'est la grande mécanique céleste qui fonctionne à nouveau correctement. Ce qui veut dire que chacun a sa chance, et ça, ça donne un espoir immense, Joey »

Elle fut émue par ce qu'Audrey venait de dire.

« Merci

- De rien, Joey. C'est la vérité

- Merci quand même »

Audrey revint vers le bar en disant :

« Bon, maintenant je vais te demander de m'excuser mais je dois m'occuper d'un autre patient

- Un autre… ? Jack ?

- Oui. Il fait peine à voir. Jen a du le traîner pour qu'il accepte de venir ici

- Il va si mal ?

- Disons que tout cela l'a… l'a renversé, comme si un poids lourd l'avait percuté

- J'imagine. Pacey ne va pas mieux non plus apparemment

- Pacey ? Tu as eu des nouvelles de Pacey ? »

Audrey ne cacha pas son ahurissement.

« Oui, par la mère de Dawson

- Par la mère de Dawson ? Je comprends plus, là

- La mère de Dawson a vu Pacey à Capeside. Il est chez son frère Doug. Et, apparemment, elle ne l'a pas trouvé bien

- Ah ben ça !

- Quoi ?

- C'est... bizarre. Jack le sait?

- Je ne sais pas, mais je ne crois pas

- Je peux lui dire ?

- Ma foi, je ne crois pas qu'il y ait de contre-indication

- Il n'y a pas de contre-indication à l'amour, Joey. Jamais !

- Audrey ! Arrête de jouer les marieuses, tu veux bien ?

- Joey, fais moi plaisir : prends soin de ton Dawson et moi je m'occupe du reste, ok ?

- Audrey !

- Bye bye, Potter ! »

Audrey coupa la communication. Joey fixa son portable en souriant :

« Elle est incroyable ! »

Elle posa son mobile sur la table, et reprit son travail sur le PC. Un quart d'heure après, son téléphone sonnait à nouveau.

« C'est pas vrai ! J'arriverais jamais à finir ce truc ! »

Elle décrocha.

« Allô ?

- Joey ? C'est Jack. Je ne te dérange pas ? »

Dans sa tête, Joey se mit à maudire Audrey deux secondes.

« Salut Jack ! Non, tu ne me déranges pas

- Je t'appelle, euh, parce qu'Audrey vient de me dire que…

- Que Pacey est à Capeside ?

- Oui »

Il y avait un espoir immense dans ce « oui » prononcé par Jack. Joey en eu presque peur, et fut un peu jalouse, curieusement, qu'une personne semble capable de porter un tel amour à Pacey. Elle poursuivit :

« C'est vrai, Joey ?

- Oui, Jack, c'est vrai. Il est chez son frère »

Il y eut un silence. Elle reprit :

« Jack ?

- Oui ?

- Tu as l'intention d'y aller ? »

Le ton de la réponse fut un peu sec :

« Je ne sais pas. Lui courir après ne me semble pas être la bonne solution, même si je meure d'envie de l'avoir dans mes bras et… »

Il s'arrêta, réalisant à qui il confiait cela. Puis il reprit, un peu gêné :

« Désolé, Joey, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise

- Mal à l'aise ? Comment cela ?

- Il a été ton petit ami et je ne sais pas si parler de lui avec toi est une bonne chose, parce que je ne voudrais pas te faire sentir inconfortable par rapport à tout ça »

Joey prit quelques secondes pour réfléchir, puis lui dit :

« Jack, si Pacey est devenu homosexuel, s'il s'est rendu compte qu'il l'était, s'il t'aime vraiment, je n'ai pas à me sentir mal à l'aise. Ce n'est plus ma relation amoureuse, mais la votre. En tant qu'amie, je ne peux qu'être à vos côtés et vous épauler si besoin »

Jack lui fit d'un ton reconnaissant :

« Merci, Joey.

- De rien, Jack. Pour revenir à ce dont on parlait, mon conseil serait de te dire de ne pas aller à Capeside : quand Pacey Witter s'isole, il vaut mieux le laisser faire. On peut en parler plus longuement à l'occasion si tu veux

- J'aimerais bien, oui, ça m'aiderait à… Mais attends ! Que fais-tu demain matin ?

- Demain matin ? Euh… ? »

Elle saisit son agenda et l'ouvrit pour en tourner les feuilles rapidement.

« Je n'ai aucun cours demain matin, Jack

- Moi non plus. On prend un petit-déjeuner ensemble ? On pourra mieux se parler ainsi

- Si tu veux ! Oui, pas de problème !

- Alors ça marche ! Demain matin chez Gramms ! Merci, Joey ! A demain ?

- A demain, Jack ! »

Joey coupa la communication. Au même moment, on frappa à la porte.

« Entrez ! »

Dawson ouvrit la porte et s'avança dans la chambre. Fermant derrière lui, il s'approcha de Joey et posa un baiser furtif sur ses lèvres.

« Bonsoir, Mademoiselle Potter »

Joey se leva et l'embrassa un peu plus passionnément en le prenant dans ses bras. Elle lui murmura :

« Bonsoir, Monsieur Leery. Vous m'avez manqué »

Dawson se mit à rire en la gardant dans ses bras. Joey lui dit :

« Je vais finir par croire que ce n'est pas le moment pour faire cet essai. Les évènements sont contre moi !

- Difficile de travailler ?

- Surtout quand tu es dans la pièce, Dawson »

Elle lui fit un petit sourire, et poursuivit :

« Sais-tu que nous avons toute la chambre pour nous seuls. Toute la nuit

- Toute la nuit ? Je te trouve bien présomptueuse de tes capacités

- Des miennes ? Non… »

Elle lui fit un sourire malicieux à souhait, auquel Dawson répondit de même.

« Joey, tu n'es qu'une petite…

- Oui ? Une petite… ? »

Il l'embrassa à nouveau, alors qu'il l'entraînait vers le lit où il basculèrent tous les deux en riant. Joey se redressa sur ses bras tendus, allongée sur son petit ami.

« Dawson !

- Quoi ? Je ne fais qu'accomplir le destin que j'ai lu dans ma boule de cristal

- Mais bien sur ! »

Joey se releva de lit, puis retourna à son bureau. Dawson, un peu surpris, lui demanda :

« Joey ? Mais qu'est-ce que tu fais ? »

Elle saisit son portable et l'éteignit, et avant de lui répondre fit de même avec le PC:

« Je fais en sorte qu'on ne nous dérange plus ! »

Elle revint vers le lit et s'allongea à nouveau sur Dawson en lui susurrant à l'oreille :

« Alors ? Où en étions nous ?

- Tu n'as pas cet essai à faire ?

- Dawson… A chaque moment ses priorités

- Tu en es sure ?

- En cet instant, convaincue !

- Si tu le dis »

Il la prit dans ses bras en souriant de plus belle et en lui disant :

« Alors si ma mémoire est bonne, je crois qu'on en était à peu près là… »

Ils roulèrent sur le lit, en riant à nouveau tous les deux comme des gamins.

[Vendredi – quatre heures cinquante quatre]

Pacey referma la porte de la porte de l'appartement de Doug le plus silencieusement possible. Rajustant la bandoulière de son sac de voyage sur son épaule, il descendit les escaliers sans faire de bruit, avant de franchir la porte d'entrée du porche et de se retrouver dans la rue, où l'attendait un taxi. Le voyant approcher, le chauffeur sorti de son véhicule et vint lui prendre son sac pour le mettre dans le coffre de la voiture. Pacey le remercia, ouvrit la porte arrière du taxi, puis prit quelques instants pour observer l'immeuble de son frère dans la nuit. Un mince sourire triste se dessina sur ses lèvres. Il murmura :

« Je suis désolé, Doug »

Après quelques secondes, il monta dans la voiture. Le chauffeur reprit sa place, démarra la voiture et demanda à Pacey :

« Où allons nous, Monsieur ?

- A l'aéroport de Boston

- C'est parti ! »

Le taxi s'engagea sur la route et Pacey se perdit dans la contemplation du parcours. Il se rendit compte qu'il venait de vivre la semaine la plus étrange de sa vie. La plus troublante, la plus perturbante. La plus terrible aussi : il y a sept jours, il avait des amis. Aujourd'hui, il se sentait plus que seul.

Et Jack… Rien que de penser à Jack, son cœur se disloquait. Comment pouvait-on aimer quelqu'un à ce point et volontairement s'en éloigner ? La vie n'avait décidément aucun sens.

« La musique ne vous dérange pas, Monsieur ?

- Pardon ?

- La musique ? Ça ne vous dérange pas ?

- Euh, non, non

- Bien »

Le voyage continuait, sur l'autoroute maintenant. Pacey s'éloignait : de tout, de ses amis, de sa vie. De Jack. Et l'éloignement ne faisait que commencer. Il ne se rendit pas compte qu'il écoutait la chanson qui passait à la radio, inconsciemment. Mais une part de lui même retint avec douleur les paroles : la part qui ne pensait à rien d'autre qu'à Jack.

Here the autumn ends bringing back the rain

The old Chevy's dead they tried to fix it in vain

Elisa's got her first teeth, little Jimmy is getting strong

I'm learning guitar I almost know a song

I've found some chanterelle at the market this morning

I'd like to live in Rome, oh it would be such a good thing

Try to grow some flowers, the same I tried before

That's all for now

Oh yes je t'aime encore

But where are you

So far with no address

How's life for you

My hope is my only caress

Finally cut my hair, I hear you say at last

It's been kind of strange but you see I survived

When I'm asked I go out, I dance all night and more

But when I dance

Je t'aime encore

But where are you

So far with no address

How's life for you

Time is my only caress

Je t'aime encore just like in an old fashioned song

And it burns in my soul, anything else seems too long

Oh more and more, it's strong as I can be

Oui je t'aime encore

But you, you cannot hear me.

Le cœur de Pacey se fracassa un peu plus, lui faisant un peu plus mal encore. Il vit Jack, un jour qui n'existait pas encore, chez lui, entendant ce qu'il entendait à la radio. Il le vit pleurer, pensant à lui qui était parti, et des larmes inondèrent ses propres yeux. Avant de dévaler lentement ses joues.

« Ça va, Monsieur ? »

Pacey revint à la réalité et tourna la tête vers le chauffeur en s'essuyant les yeux. D'une voix faible, il répondit :

« Oui, oui… Ne vous inquiétez pas

- Vous êtes sur ?

- Oui… C'est juste… »

Il s'arrêta, se demandant bien pourquoi il parlerait de sa vie à cet inconnu. Le chauffeur lui dit :

« C'est juste votre cœur qui se brise une fois de plus, n'est-ce pas ? »

Pacey en fut presque soulagé, aussi ridicule que cela soit en cet instant : que cet homme qu'il ne connaissait pas résume en une phrase aussi simple ce qui lui arrivait, c'était apaisant. Il lui répondit :

« Une fois de trop

- Et comment s'appelle-t-elle, celle qui vous a quitté ?

- C'est moi qui m'en vais. Notre amour est impossible »

Pacey fit une courte pause, puis il ajouta :

« Et –il- s'appelle Jack »

Le chauffeur, qui le fixait dans son rétroviseur intérieur, ne sembla pas s'étonner outre mesure, ni s'offusquer ou avoir une quelconque réaction négative. Pacey eut même l'impression qu'il avait pour lui un sourire de compassion. Il lui fit simplement :

« Et ben, à voir votre détresse, vous devez sacrément l'aimer, ce Jack ! »

Pacey eut un rire d'une tristesse insondable. Ses yeux s'embuèrent à nouveau et il regarda à nouveau le paysage en murmurant :

« Ça oui, je l'aime. Et personne n'a idée à quel point »

[Sept heures]

Doug éteignit le radio réveil d'un geste machinal. Se mettant sur le dos, il fixa le plafond un instant, s'habituant à la pâle lueur du jour naissant qui filtrait par la fenêtre. Après un étirement de bras, il se leva et alla directement à la cuisine. Il prit une mug dans un placard, la remplit de café froid, et la plaça dans le micro-ondes qu'il mit en route. C'est en s'appuyant contre le frigo, attendant que sa boisson soit chaude, qu'il remarqua l'enveloppe posée contre la boite à sucre sur le comptoir.

Il s'approcha, bien qu'il pensait déjà savoir ce que c'était, et s'en saisit. Il y avait un simple nom écrit sur l'enveloppe, d'une écriture qu'il reconnu comme celle de son frère. Un simple nom : le sien.

[Huit heures cinquante sept]

Joey allait sonner à la porte de chez Gramms lorsque celle-ci s'ouvrit. Elle se retrouva face à un grand jeune homme aux yeux bleus très clairs, absolument charmant. Il lui sourit avant de lui dire :

« Tu es Joey, n'est-ce pas ? »

Elle fut très surprise.

« Oui. Par contre moi, je ne te connais pas »

Il lui tendit la main, qu'elle serra.

« Je suis Kyle Hastings

- Ah ! Le petit ami de Jen

- Je vois que les nouvelles vont vite »

Joey lui lança un regard ironique, accompagné d'un sourire assorti.

« Première règle de fonctionnement de notre bande : un secret ne dure pas plus de 24 heures »

Ils se mirent à rire alors que Kyle s'effaçait pour la laisser entrer. Il ferma la porte en lui disant :

« J'essaierais de ne pas l'oublier, Joey

- J'exagère un peu quand même

- Mmhh, je ne crois pas ! »

Ils rirent à nouveau. Jen arriva sur ces entre faits.

« Salut Joey !

- Jen

- Je vois que tu as rencontré Kyle ?

- Oui, nous nous sommes présentés mutuellement »

Kyle s'éloigna un peu pour récupérer le sac de Jen, moment dont Joey profita pour fixer Jen justement, les yeux grands ouverts, en lui murmurant dans un souffle à peine audible :

« Waow ! »

Jen se mit à sourire et fit mine de lui refermer la mâchoire d'une main. Kyle revint à ce moment là, passa un bras autour des épaules de Jen, et lui fit :

« Si tu veux pas être en retard, il faudrait y aller, Jenny »

Joey eut une moue comique en regardant Jen d'un œil complice :

« Jenny, hein ? »

Jen avança, entraînant Kyle à sa suite, tout en disant à Joey :

« La ferme, Potter ! »

Dans un rire général, ils sortirent tous les deux, laissant Joey seule à peine quelques secondes puisque Gramms arrivait dans le hall à cet instant.

« Bonjour, Joséphine

- Bonjour Mme Ryann. Vous allez bien ?

- Très bien, je te remercie. Jack t'attends dans la cuisine

- Merci Mme Ryann »

Joey marcha vers la cuisine. Elle y découvrit Jack devant le comptoir, un jus d'orange à la main, perdu dans ses pensées, devant une quantité incroyable de denrées déposées sur la table pour le petit-déjeuner. Joey fit pour elle même :

« Si j'avais su, j'aurais invité ma classe de littérature... »

L'entendant, Jack se retourna et lui sourit :

« Salut, Joey ? Qu'est-ce que tu as dit ?

- Bonjour Jack ! Je disais que j'aurais du inviter du monde. Tu comptes manger tout ça ? Il y a de quoi nourrir au moins vingt personnes !

- Tu connais la grand-mère de Jen

- Oui, mais là c'est carrément trop ! »

Il fit le tour et s'avança vers la cafetière.

« Café ?

- Oui, un grand. Ça me réveillera !

- Ça marche ! Assieds-toi Joey, je te l'apporte »

Joey prit place sur une des chaises hautes, et tendit la main vers une pâtisserie qu'elle grignota en attendant. Elle dit à Jack :

« Désolée, je pensais venir plus tôt, mais… »

Elle s'interrompit une seconde, le temps de réfléchir à ce qu'elle voulait dire et si elle voulait vraiment le dire. Joey décida que oui.

« Mais Dawson n'arrivait pas à se lever ce matin »

Jack, qui posait la tasse devant lui, la dévisagea, surpris.

« Dawson ? Il a passé la nuit chez toi ? Il a des problèmes ?

- Disons qu'il a passé la nuit avec moi, Jack »

La surprise se fit un peu plus grande sur les traits de Jack.

« Avec toi ? Comment ça, avec toi ? Avec toi comme dans : on est un couple ?

- Exactement »

Jack repris sa place et son jus d'orange, toujours surpris.

« Toi et Dawson ? Mais depuis quand ?

- Deux mois avant le film

- Hein ? Tu plaisantes ?

- Non, c'est la vérité »

Jack était maintenant ahuri.

« Mais pourquoi… ? Pourquoi l'avez vous caché ?

- Je n'en sais plus trop rien, Jack. Mais aujourd'hui j'ai envie que tout le monde le sache

- Pourquoi cela ?

- Parce que je l'aime. Rien de nouveau tu me diras, sauf que cette fois j'ai compris

- Compris quoi, Joey ?

- Que je ne peux vraiment pas vivre sans lui »

Il y eut un silence, Jack se retrouvant à la suite de la phrase de Joey confronté à tout ce qu'il pensait de sa relation inexistante avec Pacey. Son visage devint plus triste.

« Jack ?

- Oui ?

- Ça va ? Tu m'as l'air… ailleurs, et un ailleurs qui semble te rendre triste

- Ta dernière phrase m'a fait penser à Pacey »

Joey porta la tasse à ses lèvres et but une gorgée de café.

« Jack ?

- Oui, Joey ?

- Tu l'aimes vraiment ? »

Ils se dévisagèrent, avant qu'il ne lui réponde :

« Oui. Je sais que cela peut paraître impossible, mais pourtant je l'aime vraiment.

- Impossible ? Pourquoi impossible ?

- C'est soudain si on regarde cela de plus près

- Soudain ? »

Joey haussa les sourcils, avant de reprendre :

« Jack, à bien y réfléchir, je crois que Pacey et toi aviez une relation… euh… disons spéciale, et ce depuis des années. Il aura juste fallu un catalyseur pour que vous regardiez tout cela en face, et ce fut le film de Dawson

- A vrai dire, si j'y réfléchi bien moi aussi, je pense qu'il me plait depuis le lycée. Mais je n'avais jamais osé analyser ce que je ressentais pour lui. Pour moi, Pacey était hétérosexuel

- Était ? Tu crois qu'il est gay maintenant ? »

Jack observa Joey à la dérobée avant de répondre :

« C'est en tout cas ce qu'il a dit à Andie

- Pardon ? Qu'est-ce qu'Andie vient faire dans cette histoire ?

- Pacey lui a téléphoné pour lui dire en gros ce qu'il se passait, et Andie m'a fait un mail ensuite

- Et il lui a dit qu'il était gay ? »

Joey semblait surprise, mais aussi dérangée par cette idée. Jack lui demanda :

« Excuse-moi cette question, mais est-ce que l'idée que Pacey puisse être homosexuel te pose un problème, Joey ? »

Joey se tassa sur elle même avant de répondre, mal à l'aise :

« Euh non, non. Ce n'est pas ce que j'insinuais. C'est juste que…

- Oui ? Juste que quoi ? »

Elle planta son regard dans le sien avant de lui déclarer d'un trait :

« C'est juste que deux ex-petits amis homos est une idée que je ne trouve pas très agréable au premier abord »

Il y eut un lourd silence entre eux, avant qu'elle ne reprenne :

« Jack… Ce n'est pas contre toi, ou contre lui. Il… Pacey est un monument de mon histoire personnelle et il… je trouve cette nouvelle situation difficile »

Elle fixa son ami avant d'ajouter :

« Pour le moment »

Elle but à nouveau avant de dire :

« Maintenant, je te le redis : si Pacey et toi deviez être ensemble dans l'avenir, j'en serais la plus heureuse. Parce que je suis votre amie, mais surtout parce que je vous connais intimement tout les deux et que je sais, aussi ahurissant cela soit-il pour moi de le dire, et plus que tout de le penser, vous ne pouvez pas mieux tomber l'un l'autre en vous aimant »

Elle lui fit un sourire et termina :

« Je vais te répéter quelque chose que Pacey m'a dit il n'y a pas si longtemps : Vivez votre vie sans vous soucier de ce que les autres en pensent. Personne n'a le droit de juger ou d'intervenir dans votre histoire »

Jack lui rendit son sourire, ému. Joey se leva et vint le prendre dans ses bras. Ils partagèrent une étreinte amicale, puis se séparèrent. Joey resta près de Jack et lui demanda :

« Il te manque beaucoup, n'est-ce pas ?

- C'est atroce. Nous n'avons pas eu le temps de rien ! Je n'ai pas pu lui expliquer tout ce que je ressentais. Il ne répond même pas au téléphone. Je ne demande pourtant pas grand chose : juste lui parler »

Joey prit le temps de réfléchir, avant de se tourner vivement vers Jack.

« C'est tout ? Tu veux juste lui parler ? »

Un peu surpris par la vivacité soudaine de Joey, Jack acquiesça. Son amie poursuivit :

« Lui parler, vous expliquer et accepter ce qu'il en découlera ?

- Oui, mais Joey, où veux tu en venir ? »

Elle lui fit un grand sourire, avant de lui répondre :

« T'as pas envie d'aller faire un tour à Capeside aujourd'hui ? »

Jack eut une expression de surprise intense.

« Quoi ?

- Allez à Capeside, Jack ! Retrouver Pacey et lui dire tout ce que tu as à lui dire

- Mais tu disais que… ? »

Elle le coupa.

« Je sais ce que je disais ! Mais je crois aussi qu'il faut savoir agir parfois, saisir la chance. Ne rien faire, c'est peut-être passer à côté du bonheur, Jack »

Ils se fixèrent intensément. Un tension pleine d'espoir était en train de naître entre eux. Jack se leva brusquement et quitta la pièce en lui disant :

« Je prends mes clefs ! »

[Neuf heures vingt deux]

Jen et Kyle s'embrassaient dans la voiture de ce dernier, lorsque Jen brisa leur étreinte passionnée :

« Kyle ! Il faut vraiment que j'y aille !

- Encore une minute, Jen, rien qu'une minute ! »

Elle éclata de rire.

« Kyle ! Je dois aller en cours ! »

Il la prit dans ses bras, l'embrassant dans le cou en lui murmurant :

« Jen, on vit nos meilleures années. Pourquoi s'embêter à attendre d'être plus vieux pour s'aimer ?

- Parce que si toi tu as quelques millions qui t'attendent déjà en banque et t'assure un avenir radieux, moi je dois continuer mes études au Boston College pour avoir ne serait-ce qu'un semblant d'avenir »

Kyle la libéra de ses bras et lui prit la main

« Bon, vu comme cela… »

Elle lui fit un tendre baiser sur la joue.

« Je ne vais pas m'envoler, Kyle

- Je sais, c'est juste que j'aurais envie d'être tout le temps avec toi »

Jen le dévisagea et demanda :

« Sous ton costume de Prince Charmant, il y a quoi Kyle ? »

Il lui sourit avant de répondre :

« Je n'ai pas de costume : je suis tel que tu me vois, Jen

- C'est bien ce qui m'inquiète

- Qui t'inquiète ? Je ne comprends pas »

Elle lui fit à nouveau un baiser sur la joue, avant de sortir de la voiture. Il l'appela :

« Jen ! Attends ! »

Elle s'accouda à la portière et pencha sa tête dans la voiture.

« Quoi ?

- Qu'est-ce qui t'inquiète ? Dis le moi, s'il te plait »

Elle eut un visage sérieux pour lui répondre :

« Le fait que je pourrais tomber amoureuse de toi tellement tu es toi même, Kyle »

Ils se sourirent tous les deux, puis il se pencha à son tour pour l'embrasser furtivement, avant de lui dire :

« Jen, crois moi ou pas : je ne vais pas m'envoler également. Si tu veux tomber amoureuse de moi, laisse toi aller. L'amour c'est mieux quand c'est partagé »

Jen fut intriguée :

« Hein ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

- Cherche ! »

Il démarra la voiture en riant, lui fit un petit signe de la main et s'en alla. Jen se retrouva sur le parking, un sourire béat sur les lèvres.

[Dix heures quatorze]

Dans le satellite de débarquement des vols internationaux de l'aéroport de Boston, une jeune fille blonde patientait dans la zone de présentation des passeports réservée aux citoyens américains. Elle était contente de rentrer enfin chez elle.

[Dix heures trente neuf]

Jack gara sa voiture dans la rue où habitait Doug, juste devant l'immeuble. Il coupa le contact et se pencha à l'arrière dans son fauteuil. Joey lui fit alors un peu sèchement :

« Tu sais quoi Jack ? Je suis contente d'être toujours en vie

- Hein ?

- Tu as roulé un peu trop vite à mon goût ! Il est heureux que nous n'ayons pas croisé la police parce qu'on serait probablement déjà derrière les barreaux ! »

Ils se dévisagèrent, puis elle lui dit, un peu plus douce :

« Mais on va dire que c'était pour la bonne cause »

Jack tourna la tête vers l'immeuble, puis après un silence lui déclara :

« J'ai peur, Joey

- Jusque là, tout est normal

- Non, j'ai peur : peur qu'il me rejette, qu'il ne veuille pas me parler. Peur que tout ce que j'imagine au fond de moi ne soit qu'un rêve de plus, aussi décevant que les autres »

Joey posa une main sur l'épaule de Jack et lui dit :

« Si tu n'y vas pas, tu ne le sauras jamais, Jack »

Il mit une main sur la poignée d'ouverture de la portière, puis se tourna vers Joey :

« Viens avec moi

- Jack, je ne…

- Au moins jusqu'à la porte de l'appartement. S'il te plait, Joey »

Elle prit un moment, puis lui répondit :

« Ok, Jack ! Mais après j'attends dans la voiture, d'accord ?

- D'accord. Et s'il n'est pas là ?

- Doug nous renseignera toujours sur où il se trouve

- Doug ?

- Tu vois ce 4x4 là-bas ? C'est celui de Doug. Ce qui veut dire qu'au moins un des Witter est à la maison. Maintenant, allons-y ! »

Ils sortirent tous les deux, traversèrent la rue et franchirent la porte du porche. Peu après, ils se retrouvaient devant l'appartement de Doug. Jack lança un regard à Joey qui lui fit un signe de tête pour l'encourager à frapper et lui signifier qu'elle était là à ses côtés, puis il cogna trois fois contre la porte. Après un instant, celle-ci s'ouvrit et il se retrouvèrent face à Doug qui, lorsqu'il les vit, eut un sourire triste de bienvenue.

« Jack, Joey… Bonjour »

Le cœur de Jack se serra instantanément au ton du frère de Pacey. Il trouva quand même la force de lui demander :

« Bonjour, Doug. Je suis désolé de te déranger, on est désolé de te déranger, mais je… Est-ce que… ? »

Doug le fixa avant de lui dire :

« Jack, Pacey n'est plus là »

Des larmes montèrent aux yeux de Jack qui se senti tout d'un coup totalement anéanti, comme si tous ses espoirs venaient de mourir en une seconde. Il du s'appuyer au montant de la porte pour être sur qu'il n'allait pas tomber. Joey demanda :

« Où est-il ?

- Je ne sais pas

- Il ne t'a pas dit où il allait ? »

Doug lui fit un geste de la main pour lui dire de patienter, retourna dans son appartement, et revint avec une lettre qu'il lui tendit. S'en saisissant, Joey lui demanda :

« Qu'est-ce que c'est ?

- La lettre qu'il m'a laissé en partant. Tu peux la lire si tu veux »

Il jeta un regard à Jack pendant que Joey ouvrait l'enveloppe. Après un bref coup d'œil au texte, elle lut à voix haute :

Doug,

Je suis obligé d'employer ce moyen un peu tordu pour te parler une dernière fois, mais, comme tu as du le comprendre rien qu'en voyant cette lettre, je suis parti. Et moi et les adieux, ben… Pour l'instant, je ne te dis pas où je vais, mais je t'appellerais ou t'écrirais pour te le dire. Plus tard.

Je tiens profondément à te remercier pour tout ce que tu as fais pour moi, Doug. Je crois que je ne t'ai jamais autant apprécié que ces 48 heures dernières : je sais maintenant, plus que jamais, que j'ai un frère, un vrai. Je m'excuse pour toutes ces années où je me suis moqué de toi, toutes ces vannes idiotes. Si j'avais su… Promets moi une chose : ne change pas, Douggie, jamais. Tu es parfait comme tu es.

En chemin, je m'arrêterais pour poster à tous mes (anciens ?) amis une lettre un peu comme celle que tu lis en ce moment : c'est un peu lâche comme procédé, mais je suis trop mal avec moi même pour pouvoir regarder qui que ce soit en face. Pas maintenant. J'espère qu'ils comprendront et qu'il respecteront ma décision. Et si jamais l'un d'entre eux venait te voir, dis lui (ou dis leurs) que je suis désolé. C'est mince comme argument, mais je n'en n'ai pas de meilleur. Parfois, c'est tout ce que l'on est : désolé.

Maintenant, si jamais Jack venait te…

Joey s'arrêta et fixa Jack. Il larmoyait en l'écoutant, l'esprit vague, probablement à la recherche de ces fameux rêves impossibles à réaliser. Elle lui tendit la lettre, mais il ne voulu pas la saisir. Doug intervint :

« Tu devrais la lire, Jack »

Jack articula difficilement :

« Je… Je ne peux pas ! »

Doug s'empara de la lettre et lut :

Maintenant, si jamais Jack venait te voir pour me voir, dis lui que je l'aime, que je l'aime vraiment. Où que j'aille, il sera un peu avec moi. Toujours avec moi. Il ne lui sera très certainement pas facile d'entendre ça, mais il doit le comprendre : je pars à cause de moi, pas à cause de lui. Je pars à cause du fait que je ne sais plus du tout où j'en suis et ce que devient ma vie. La seule chose de sure au jour d'aujourd'hui pour moi est que je l'aime. Le reste, c'est le chaos. Et c'est insupportable.

J'espère pouvoir trouver un peu de paix là où je vais.

Je t'aime Doug

Pacey

[Onze heures six]

Joey conduisit pour le voyage de retour vers Boston. Elle se sentait triste pour Jack, triste pour Pacey, triste de voir que l'amour n'est pas tout, et qu'il ne triomphe pas à chaque fois. Elle ne maîtrisait pas vraiment l'impact que tout cela avait sur elle, mais se sentait blessée, vraiment blessée. Jack gardait sa tête appuyée sur le fauteuil, tournée de côté comme s'il regardait le paysage en permanence. Mais ses yeux ne regardaient rien : il était replié sur lui même comme jamais il ne l'avait été.

« Jack ? »

Il n'y eut aucune réponse.

« Jack, réponds-moi

-Quoi ? »

Joey inspira, se rendit compte qu'elle était au bord des larmes, puis lui fit :

« Je suis désolée »

Il ne tourna pas la tête pour lui répondre mais fit, amer :

« C'est l'expression à la mode »

Elle ne renchérit pas, mais Jack poursuivit :

« Et tu es désolée de quoi ?

- De t'avoir donné de faux espoirs »

Un moment passa avant qu'il ne lui dise :

« Ne sois pas désolée de donner de l'espoir au gens, Joey. Jamais »

Le silence retomba, pesant, tellement pesant, qu'au bout d'un moment Joey ne pu plus le supporter, ce qui fit qu'elle mit la radio. Geste qu'elle regretta aussitôt qu'elle entendit la chanson :

It's sad, so sad

It's a sad sad situation

And it's getting more and more absurd

It's sad, so sad

Why can't we talk it over?

Oh it seems to me

That sorry seems to be the hardest word

Jack ne tint plus: il s'effondra en larmes. Une seconde de panique totale s'empara de Joey, avant qu'elle ne se gare rapidement sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute. Elle prit Jack dans ses bras, dans une violente étreinte, où elle se mit à pleurer elle aussi. Ils restèrent un long moment ainsi, tous deux dévastés par des sentiments trop grands pour que leurs cœurs ne les supportent.

What do I have to do to make you want me?

What do I have to do to make you care?

What do we do when it's all over?

[Douze heures vingt neuf]

Lorsque Joey se gara devant chez Gramms, elle remarqua la Jeep de Dawson également garée dans la rue. Jack, apaisé pour un moment, mais le visage marqué par la tristesse et les pleurs, descendit de voiture et s'avança vers la maison, suivi par Joey. Ils entrèrent dans la maison où ils furent accueilli par la grand-mère de Jen qui semblait radieuse, mais dont le visage se rembrunit un peu à les voir :

« Mon Dieu, mes enfants, vous en faites une tête ! Que se passe-t-il ? »

Jack lui répondit évasivement :

« Tout va bien Mme Ryann, ce n'est rien »

Joey, refermant la porte, ajouta :

« On vient de comprendre que la vie n'est pas toujours clémente »

Elle s'avança vers Gramms et lui demanda :

« Excuse-moi Mme Ryann, mais ce n'est pas la voiture de Dawson garé devant chez vous ?

- Oui, c'est la sienne. Il est dans le salon, avec d'ailleurs Audrey, Jen et Kyle

- Qu'est-ce qu'ils font tous là ? »

Gramms fixa Jack et son air radieux revint.

« Jack, mon grand, j'ai une très bonne surprise pour toi »

Le visage de Jack s'éclaira un peu au ton si doux et empreint de joie de la grand-mère de Jen. Il lui fit :

« Une surprise ? Quelle surprise ? »

Joey, qui regardait vers le salon, vit apparaître une personne qu'elle n'aurait jamais cru voir en cet instant. Elle se mis presque à hurler de joie :

« Oh Mon Dieu ! Andie ? C'est bien toi ? »

Andie lui fit un large sourire et se mit à sautiller sur place en lui ouvrant ses bras. Joey se précipita vers elle qui lui dit en la serrant contre son cœur :

« Joey ! Que c'est bon de te revoir !

- Andie ! C'est si extraordinaire de te voir ici ! Comme tu m'as manqué !

- Toi aussi, Joey ! Toi aussi ! »

Ceux qui étaient dans le salon s'avancèrent. Andie embrassa Joey, puis se tourna vers Jack qui n'avait pas bougé. Ils se regardèrent un moment, Jack étant totalement sous le coup de la surprise de voir sa sœur devant lui, avant de s'approcher l'un de l'autre.

« Salut frangin… »

Jack se précipita vers elle en ne pouvant contenir ses larmes une fois de plus. Il serra sa sœur dans ses bras avec force, alors qu'Andie, désemparée, essayait de lui rendre son étreinte et de le calmer un peu. Elle glissa un regard interrogateur vers Joey qui, après un regard à la ronde, annonça :

« Nous revenons de Capeside. Je voulais aider Jack à retrouver Pacey »

Elle fit une pause et ajouta :

« Mais Pacey est parti »