Dawson était au téléphone :
« Je n'en sais rien, Maman. Elle est encore avec le médecin en salle d'examen »
Il s'appuya au montant du téléphone public. Une partie de ses pensées était ailleurs, en un endroit de son esprit où elles cohabitaient avec l'anxiété. Dawson commençait à regretter d'être venu en Louisiane. Mais passer du temps avec Joey lui avait paru si important qu'il n'avait pas hésité un seul instant à saisir l'opportunité. Il était si souvent absent de part son travail. De plus, cette petite escapade romantique était peut-être une des dernières avant longtemps. Dans quelques semaines, ils seraient trois : bébé serait là.
Il pensa brièvement au fait qu'une demie heure avant ils étaient tous deux confortablement installé dans leur suite de l'Hôtel Ambassador, savourant le simple plaisir d'être ensemble. Jusqu'à ce que Joey éprouve ces douleurs au ventre. Ces douleurs qui ne cessaient pas. Son regard parcouru à la ronde Les Urgences où régnait une activité de fourmilière, et dans le même temps, il continua sa conversation avec sa mère :
« Maman, ne commence pas s'il te plait… »
Dawson eut une pensée bizarre : il lui sembla que toute sa vie avait été une réussite jusqu'à aujourd'hui. Une impression d'échec le tenaillait et il se sentit soudain effrayé à l'idée de savoir ce que Joey avait. Ou de savoir ce que le bébé avait.
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Assisté de son interne, Johana Calloway, le Docteur Lassalle examinait Joey. Cette dernière essayait de ne pas se contorsionner de douleur pour ne pas gêner le travail du médecin. Mais elle avait mal.
« Mademoiselle Potter, êtes-vous sure d'être enceinte de huit mois seulement ? »
Joey réprima une onde douloureuse en grimaçant puis lui répondit d'une voix hachée et intriguée :
« Oui, docteur. C'est ce que dit mon gynécologue à New York : huit mois et une semaine »
Il la fixa d'un œil un peu étrange, avant de cesser son examen et de lui dire en souriant :
« Alors il semblerait que bébé soit pressé de voir le monde, mademoiselle »
Joey le dévisagea, ahurie, la surprise lui faisant oublier ses douleurs quelques secondes
« Vous voulez dire que je vais accoucher ? Accoucher maintenant ? Ici ? »
Il saisit un dossier et lui répondit d'un ton sec où perçait un léger agacement :
« Je crois bien, oui. Et tranquillisez vous : nous ferons cela aussi bien qu'à New York, mademoiselle Potter
- Ce n'est pas ce que… »
Elle s'interrompit, le temps de bloquer la douleur qui lui parcouru l'abdomen, avant de continuer :
« Je ne voulais pas dire qu'accoucher ici me posait problème, docteur. Mais j'avais envisagé ce jour là différemment
- Différemment ?
- Oui, à New York. On avait tout prévu »
Il tendit le dossier à son interne et fit à Joey :
« Certes, mademoiselle, mais La Nature prévoit parfois aussi de nous surprendre. Et ce soir, elle vous a choisi pour la surprise du jour ! »
Il se tourna vers l'interne.
« Bon, alors : écho de contrôle, bilan standard, puis monitoring et perfusion protocole A3 »
L'interne hocha la tête pour approuver. Joey demanda :
« Mais… Mais c'est sur ?
- Que vous allez accoucher ?
- Oui
- Mademoiselle Potter, vous avez perdu les eaux en montant sur la table d'examen, et les douleurs qui vous cisaillent le ventre sont communément appelées contractions. Je pense que oui, on peut dire sans doute aucun que vous allez accoucher »
Il ajouta :
« De plus, le travail étant déjà bien avancé, je préfère qu'on ne vous transporte pas au bloc obstétrique. Je n'ai pas envie que votre enfant naisse dans un couloir ou bien dans l'ascenseur
- Je vais accoucher aux urgences ?
- Oui. Ne vous inquiétez pas, en tant qu'urgentiste je maîtrise très bien ce genre d'acte médical »
Joey se massa le ventre et lui demanda :
« C'est vous qui allez pratiquez l'accouchement ?
- Oui, mademoiselle »
Il s'éloigna vers la porte en lui disant :
« Les infirmières et mon interne vont vous préparer. De mon côté, je vais aller rassurer le futur papa et lui expliquer la situation. Je reviens dans un moment, mademoiselle Potter
- Joey
- Pardon ?
- Je m'appelle Joey. Si vous devez m'aider à mettre mon enfant au monde, autant que vous m'appeliez par mon prénom, docteur
- Entendu, Joey. Je reviens »
Il sortit de la pièce.
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Johana Calloway sortit peu après le Docteur Lassalle et se dirigea vers le bureau des infirmières pour y transmettre les prescriptions du médecin.
« Nancy ? »
L'infirmière qu'elle avait interpellé se retourna.
« Docteur Calloway ?
- La jeune fille en salle 2
- Douleurs abdo chez femme enceinte ?
- Oui, c'est cela. Et bien c'est un accouchement imminent maintenant ! »
Elle lui tendit le dossier que Nancy saisit en disant :
« Super ! On manquait d'action ce soir !
- Nancy…
- Je m'en occupe, docteur
- Merci »
L'interne sortit du bureau et Nancy se mit à préparer ce qu'il fallait.
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« Monsieur Leery ? »
Dawson bondit de sa chaise lorsqu'il entendit son nom, et il s'avança ver l'homme qui avait parlé.
« Bonsoir, monsieur Leery. Je suis le docteur Lassalle. C'est moi qui ait pris en charge votre amie lors de son arrivée
- Je vous en prie docteur : dites moi qu'ils vont bien tous les deux ! »
Dawson réalisa qu'il venait presque de faire une supplique au médecin, qui lui répondit d'un air amusé :
« Oui, ils vont bien. Ne vous inquiétez pas, monsieur Leery
- Merci Seigneur »
Dawson prit un instant pour souffler. Le docteur poursuivit d'un air tout aussi amusé :
« J'espère que vous avez choisi le prénom monsieur Leery »
Dawson le fixa, interdit, ne comprenant pas de suite de quoi il parlait. Mais lorsque sa conscience lui révéla le message, il eut un visage illuminé par la joie et la surprise.
« Vous voulez dire que… ? Que Joey va… ? Maintenant ? Ici ? »
Le Docteur Lassalle eut un petit rire et lui répondit :
« Oui, maintenant et ici
- Mais… ? Mais n'est-il pas trop tôt ?
- Que voulez-vous dire par là, monsieur Leery ?
- Il n'y a pas encore neuf mois
- Certes, mais trois semaines d'avance ce n'est pas inquiétant, tranquillisez-vous »
Il jeta un œil à sa montre et ajouta :
« Si tout va bien, dans à peu près deux heures, soit vers une heure du matin, vous et votre amie Joey serez une famille, monsieur Leery »
Il laissa un battement de quelques secondes à Dawson, le temps qu'il réalise et se remette, puis lui fit :
« Venez monsieur Leery ! Je vous conduis auprès d'elle »
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Colin posa sa veste dans le fauteuil près de la télé et il regarda Jack qui s'était endormi dans le canapé en l'attendant. Il vint s'asseoir sur la table basse, et, après avoir éteint la télé, il se pencha vers son petit ami pour déposer un baiser sur ses lèvres. Jack s'éveilla, se frotta les yeux et demanda :
« Colin ? Mais qu'elle heure est-il ?
- Pas tout à fait minuit. Je suis désolé mais l'expo s'est un peu prolongée »
Jack prit la main de Colin en lui faisant un sourire.
« C'est pas grave
- Qu'est-ce que tu as fais en m'attendant ?
- Rien de très précis : télé, télé et télé
- Je vois ! »
Colin se leva et tendit une main à Jack en lui disant :
« Tu devrais aller te coucher, Jack. Je vérifie mes e-mails, je me douche et je te rejoins »
Jack se leva et vint prendre Colin dans ses bras, avant de lui donner un baiser profond, puis de le regarder avec un air plein de sous-entendus. Colin lui murmura à l'oreille :
« Remarque, tout ça peut aussi attendre »
Il prit Jack contre lui et il le renversa dans le canapé.
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« Je vous remercie vraiment, Monsieur Le Président, d'avoir bien voulu répondre à mon invitation, ainsi qu'à mes questions »
Le Président des États-Unis lui sourit et lui répondit :
« Comment vous résister ? »
Elle lui sourit également en retour.
« Merci Monsieur, vraiment »
Son attention se reporta ensuite sur les caméras.
« C'était Andie McPhee pour 'The Word of the Day'. Tout de suite sur CNN, l'analyse du jour des marchés financiers avec John Fortell. A bientôt pour un autre rendez-vous ! Bonsoir ! »
Son sourire se figea jusqu'à ce qu'elle entende « Off ! ». Elle se leva, serra la main du Président qui s'éloigna immédiatement avec sa horde de gardes du corps et de conseillers. Son producteur s'approcha et lui fit :
« Et bien ! Tu l'as pas ménagé, Andie
- Les Américains ont le droits de comprendre, et de savoir
- De savoir quoi ?
- Que ce type est un gros nul ! »
Elle lui fit un grand sourire, et ils éclatèrent de rire tous les deux.
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Nancy se dirigeait vers la salle 2 où se trouvait Joey lorsque son regard fut attiré par un homme qui se déplaçait dans le couloir parallèle au sien, un homme qu'elle voyait a travers les baies vitrées de la salle de soins centrale. Elle murmura :
« Merde… »
Elle venait de reconnaître un de ses patients, un SDF ayant chuté dans la rue, amené un peu plus tôt, et qui pour l'instant essayait de s'en aller sans qu'on s'en aperçoive. Sa démarche mal assurée indiquait qu'il se trouvait bien encore sous l'emprise de l'alcool.
« Pas question que tu te tires, mon bonhomme ! »
Repérant un collègue dans le couloir où elle se trouvait, arrêté devant un des chariots d'urgence réanimation dont il complétait le matériel manquant, elle l'appela :
« Hey ! Yosh ! »
Le jeune homme se retourna et regarda qui l'appelait ainsi. En soupirant d'exaspération, il lui fit :
« Nancy ! Je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler comme ça ! Personne ne doit m'appeler comme ça ! Mon prénom c'est Pacey !
- Ok, ok… Mais là j'ai pas le temps ! »
Elle lui désigna le SDF qui s'en allait, qu'il vit aussi à travers la baie.
« J'ai un de mes patient qui se fait la malle. Tu peux aller en salle 2 t'occuper d'une femme en pré-partum s'il te plait ? »
Elle brandit le dossier pour lui montrer et le posa sur un des brancards dans le couloir.
« Toutes les prescriptions sont là, Pacey
- Ok ! Cours après l'homme de ta vie et moi je m'occupe des femmes enceintes
- Pour une fois que tu t'occupes d'une femme ! »
Il fit mine de lui lancer une bande de gaze, avant que tous les deux ne se mettent à rire. Nancy s'éloigna à reculons ensuite pour aller à la rencontre de son patient, tout en disant à Pacey :
« Merci !
- A charge de revanche, Nancy ! »
Pacey s'avança et se saisit du dossier, puis se dirigea vers la salle 2. C'est en poussant la porte qu'il jeta un œil à l'entête du dossier pour savoir comment nommer la personne qu'il allait rencontrer. Et là, son cœur s'arrêta. Mais c'était trop tard : il était entré.
« Pacey ? »
Avec hésitation (et honte ?), il leva son regard et découvrit Joey en position demi-allongée sur la table d'examen, et Dawson à son côté qui lui tenait la main. Tous deux le fixaient avec un masque de surprise totale sur le visage. C'était plus que cela en fait : c'était de l'incrédulité.
Personne ne lit dans les pensées de personne. Mais s'ils avaient pu faire cela, aucun d'entre eux n'auraient été étonné de découvrir le chaos indescriptible qui dévastait l'esprit de son voisin. Que ce soit Dawson, Joey ou bien Pacey, aucun ne pouvait plus articuler une pensée cohérente, aucun n'aurait pu soupçonner que la journée se terminerait ainsi. La surprise était totale.
Pacey lâcha la porte qui se ferma lentement et avança de quelques pas. Il parvint à murmurer :
« Joey, Dawson… »
Il y eut un moment de plein silence, où aucune des personnes dans la pièce ne savaient quoi faire. L'hôpital aurait pu s'écrouler en cet instant qu'ils n'auraient pas réalisé. Ce fut Dawson qui le premier retrouva l'usage de la parole :
« Pacey ? Mais c'est extraordinaire ! »
Mal à l'aise, il lui répondit :
« On peut dire ça comme ça, oui »
Dawson s'approcha de lui, hésitant, puis le prit dans ses bras, étreinte à laquelle Pacey répondit faiblement. Puis Dawson lui demanda :
« Mais qu'est-ce que tu fabriques ici ?
- Je travaille ici, Dawson »
Joey, encore sous le coup de la surprise, finit par pouvoir dire :
« Tu es… ? Tu es infirmier ?
- Oui »
Ce rappel à sa qualification fut pour lui un moyen de fuir la pièce sans s'en aller. Il avança vers le chariot de matériel de la salle et ouvrit un tiroir en disant :
« Et je suis là pour m'occuper de toi, Joey »
Consultant le dossier, il sortit ce qu'il lui fallait du tiroir. Dawson lui demanda :
« Tu travailles ici depuis cinq ans ? Depuis qu'on ne t'as plus vu ? »
Pacey posa le dossier sur le haut du chariot et s'affaira à préparer ce qu'il fallait pour Joey, tout en répondant d'un ton neutre :
« Je travaille ici depuis presque un an. Avant j'ai fait trois ans d'études, et encore avant presque un an sur un bateau »
Il s'approcha de Joey avec un plateau chargé de matériel qu'il posa sur un adaptable. D'un ton professionnel, il déclara :
« Je vais te faire une prise de sang, Joey. Puis après je te poserais un perfusion. Comme c'est une piqûre, ça risque de te faire légèrement mal »
Pacey s'assura qu'elle avait bien compris, lui fit un sourire forcé, puis passa un garrot autour de son bras. Dans sa tête, tous les voyants rouges s'étaient allumés et il régnait toujours un chaos indescriptible dans son esprit. Pacey ne pensait plus depuis longtemps rencontrer un jour une de ses anciennes connaissances de Capeside. Il était en train de désinfecter consciencieusement la peau où il avait repéré une veine, lorsque Joey demanda :
« On va éviter les sujets brûlants jusqu'au bout, ou bien on crève l'abcès de suite, Pacey ? »
Dawson soupira :
« Joey… »
Saisissant un cathéter dans son plateau, nullement déconcentré apparemment, Pacey l'approcha de la veine de Joey en disant :
« Joey, tu vas avoir un bébé »
Il jeta un regard à Dawson et continua :
« Vous allez avoir un bébé. Je ne pense pas que ce soit le moment de tenter d'expliquer le pourquoi du comment de ce qu'il s'est passé avant
- Encore une façon de fuir, Pacey »
Dawson fixa Joey avec un regard d'incompréhension. Pacey, lui, ne semblait pas affecté. Il se saisit d'un film transparent et de tubes pour prise de sang, et annonça :
« Voilà. Le cathéter est en place »
Il préleva du sang alors qu'un silence lourd tomba sur la salle 2. Lorsqu'il eut finit, il retourna au chariot ou il prépara la perfusion. Faisant cela, il rompit le silence en disant :
« J'aurais très bien pu envoyer une collègue venir faire les soins, Joey »
Elle le toisa alors qu'il était de dos et lui fit :
« Ça ne rattrape pas les cinq ans qui viennent de passer et où tu aurais pu être mort sans qu'on le sache, Pacey »
Dawson s'emporta :
« Mais enfin, Joey ! Laisse le tranquille ! »
Pacey s'approcha à nouveau de Joey avec la perfusion qu'il suspendit à un crochet au dessus du lit. Il la fixa :
« Les morts n'envoient pas de lettre de félicitations à leurs amis quand ceux-ci réussissent leurs examens et sont diplômés, Joey »
Elle reçut un petit coup à son orgueil avec la pique de Pacey. Ensuite, il lui expliqua :
« Il y a un produit dans cette perf qui va calmer la douleur des contractions. Dans quelques minutes, l'échographiste viendra te voir, puis on te branchera une ceinture de capteurs pour…
- Je sais ce que c'est qu'un monitoring, Pacey. J'ai été suivi pendant ma grossesse tu sais ! »
Dawson lui posa un main sur l'épaule en lui murmurant du coin de la bouche :
« Arrête, Joey »
Pacey l'entendit et fit :
« Ce n'est rien, Dawson »
A ce moment, Nancy entra après avoir frappé. Elle demanda :
« Tout va bien, Yosh ? »
Pacey se tourna vers elle en souriant ironiquement :
« Oui, Nancy. C'est bon
- Ok. J'ai récupéré mon patient, donc si tu veux que…
- Non c'est bon. J'ai fini avec mademoiselle Potter »
En souriant à tout le monde, Nancy quitta la pièce. Dawson regarda Pacey d'un air interrogateur.
« Yosh ? C'est quoi ce surnom ? »
Il allait répondre quand Joey le fit pour lui :
« C'est le nom de l'infirmier gay dans la série E.R. »
Un nouveau silence de plomb s'abattit sur la pièce. Dawson ne savait plus vraiment où se mettre et il ne comprenait pas l'animosité de Joey envers Pacey. Certes, cinq ans s'étaient écoulés, cinq ans où Pacey n'avait pas donné signe de vie. Mais le plus important n'était-il pas de le retrouver ? A ses yeux, il importait peu de savoir ce qu'il avait manqué, ou raté. A ses yeux, l'important était tout ce que cette rencontre fortuite pouvait comporter comme espoir pour le lendemain. Les vraies amitiés ne meurent jamais, et Dawson était plus que ravi de retrouver Pacey. Un Pacey qui semblait avoir réussi et être bien dans sa peau. Peut être ces cinq années avaient-elles été nécessaire finalement ?
La voix de Joey retentit :
« Tu sais que tu te maîtrises très bien, Pacey ? »
Il lui répondit du tac au tac :
« En travaillant ici, il vaut mieux
- Sauf que tu transpires beaucoup »
Pacey fut touché à son tour. Il lui demanda, lassé :
« Je peux savoir ce que tu me reproches, Joey ?
- D'avoir été absent si longtemps par crainte qu'on ne t'accepte pas comme tu étais, et de n'avoir même pas pris la peine d'oser nous en parler ! »
Pacey prit un moment, puis répondit nerveusement :
« C'est donc ça… Tu veux des excuses ? Soit ! Je m'excuse, Joey ! Je m'excuse d'avoir eu besoin de temps pour essayer de comprendre ce qui m'arrivait et pour l'accepter ! Je m'excuse d'avoir loupé cinq ans de ta vie à toi, Joey Potter, la fille la plus importante de l'univers ! Je m'excuse d'avoir voulu vivre seul quelque chose que je ne pouvais pas vivre avec vous ! Et je suis désolé de ne pas m'être confié à toi, mon ex petite amie, sur le fait que désormais j'aimais les garçons ! »
Joey sentit des larmes lui venir, et ses yeux s'embuèrent. Sous le regard d'un Dawson un peu perdu, Pacey poursuivit, franchement énervé :
« Parce que c'est ça qui te ronge et te provoque cette rage que tu as contre moi, Joey ! N'est-ce pas ? Le simple fait qu'au nom de ce qu'il y a eu entre nous je n'ai pas souhaité en parler avec toi !
- Tais toi Pacey ! »
En criant, elle fondit en larmes. Dawson la prit dans ses bras et fixa Pacey un peu à cran. Ce dernier lui fit doucement :
« Je suis désolé, Dawson »
Il se retourna et avança vers la porte. Mais avant de sortir, il leur dit :
« Vous croyez que cela a été facile ? Cinq ans loin de ce qui était ma vie ? Vous pensez vraiment que j'ai fait cela avec plaisir, sans penser à vous ? »
Il les fixa droit dans les yeux
« Si c'est le cas, vous vous trompez »
Pacey quitta la pièce.
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Jack et Colin étaient l'un dans les bras de l'autre, dans le canapé où ils venaient de faire l'amour, recouverts d'une simple couverture. La tête posée sur la poitrine de son petit ami, Jack dormait déjà.
Colin, lui, ne dormait pas. Le regard perdu dans la contemplation du plafond éclairé par la pâle lumière lunaire, il semblait en proie à une profonde réflexion.
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Ce mercredi 8 Février 2008, à 1h07 précise, le petit Christopher Mitchell Leery fit son entrée dans le monde. Aidée par le docteur Lassalle, Joey mis au monde un splendide petit bébé en parfaite santé malgré la petite avance de son arrivée. Lorsqu'elle le vit, elle pleura d'une joie jamais éprouvée auparavant dans sa vie. Et Dawson fit de même. Alors qu'elle serrait contre elle avec une affection immense ce petit être si fragile, et que Dawson la serrait elle dans ses bras en caressant une des mains de son fils avec amour, elle lui murmura entre ses larmes :
« Dawson, regarde le ! Regarde ce que nous avons fait… Il est si petit, si beau »
Il l'embrassa sur le front en la serrant un peu plus contre elle, et il lui murmura à son tour :
« Il est magnifique ton fils, Joey
- Notre fils, Dawson. Notre fils »
Dawson caressa la joue de son enfant d'un doigt léger.
« Je t'aime, Joey
- Moi aussi, Dawson »
Ils restèrent un long moment dans la contemplation de leur fils, avant que Joey ne dise à Dawson :
« Tu devrais aller chercher Pacey, Dawson »
Il la regarda d'un air surpris. Joey expliqua :
« Que je sache, il est encore notre ami, et c'est le seul qui soit dans les parages. Je veux partager cela avec lui
- Tu en es sure ?
- Oui, Dawson. Et je dois aussi lui présenter des excuses »
Il l'embrassa à nouveau sur le front pendant qu'elle lui disait en regardant son fils :
« Maintenant que Christopher est là, je crois qu'il y a des choses plus importantes que les querelles du passé
- Je vais voir si je le trouve »
Dawson sortit de la pièce. Il parcourut le couloir, mais ne vis pas Pacey. Il se rendit alors au bureau des infirmières et tomba sur Nancy.
« Excusez-moi ?
- Monsieur ?
- Je cherche Pacey Witter »
Nancy se pencha dans son fauteuil et jeta un œil à l'arrière salle.
« Yosh ! »
Dawson se mit à sourire et il vit Pacey sortir de l'autre pièce en bougonnant.
« Mais bon sang Nancy ! Je m'appelle Pacey ! C'est pourtant pas difficile ! Pa-cey ! »
Dawson se mit à sourire un peu plus, avant que Nancy ne le désigne du menton à son ami. Pacey tourna la tête et le vit.
« Dawson ? »
Il s'avança vers lui.
« Quelque chose ne va pas avec Joey ? Ou bien c'est le bébé ?
- Non, non Pacey, tout va bien »
Il prit une inspiration et lui déclara :
« Joey et moi nous voudrions te présenter notre fils »
Le visage de Pacey s'illumina : il prit Dawson dans ses bras et, pour la première fois en cinq ans, les deux amis se retrouvèrent vraiment. Tenant ensuite Dawson à bout de bras par les épaules, Pacey lui fit d'un ton joyeux :
« Un fils ! Un fils, Dawson ! C'est génial !
- Oui Pacey, c'est génial !
- Comment s'appelle-t-il ?
- Christopher Mitchell Leery »
Pacey eut un sourire complice avec Dawson l'évocation du second prénom. Il lui dit :
« Tu sais comme il aurait été fier de toi, Dawson
- Je le sais, oui »
Pacey passa un bras autour des épaules de Dawson et l'entraîna dans le couloir en disant :
« Alors, allons voir ton fils ! »
Ils entrèrent dans la chambre où Joey avait été transportée juste après l'accouchement, pendant que l'on s'occupait de son bébé pour les premiers examens, et où elle se trouvait avec lui maintenant.
Lorsqu'elle vit Pacey, Joey eut quelques larmes de bonheur qui dévalèrent ses joues. C'était plus fort qu'elle : aujourd'hui, elle était heureuse comme jamais. Elle tendit une main avide vers Pacey pour lui dire d'approcher, ce qu'il fit, avant de s'asseoir sur le bord du lit, Dawson derrière lui le tenant par les épaules. Pacey regarda le petit Christopher qui dormait paisiblement dans les bras de sa maman, et il se sentit soudain lui aussi submergé par une vague de tendresse et de bonheur totalement incontrôlable. Il avança une main hésitante vers le bébé, avant de lui caresser la tête affectueusement. Après un moment, les larmes aux yeux lui aussi, il leur murmura :
« Mon Dieu… C'est incroyable ! Regardez votre fils. Il est si… petit »
Dawson, ému, se mit à rire en disant :
« C'est pas possible : Joey et toi vous aviez répété, non ?
- Pardon Dawson ?
- Tu viens de dire à peu de chose près tout ce que Joey a dit il y a à peine quelques minutes ! »
Ils se mirent à rire doucement tous les trois. Joey s'inclina un peu vers Pacey en lui demandant :
« Tu veux le tenir ? »
Très touché, Pacey essuya ses yeux et il prit délicatement dans se bras le bébé que lui tendait Joey, pendant que Dawson s'asseyait près d'elle. Sous les regards plein d'amour des parents, il se mit à lui chuchoter :
« Bonjour petit Christopher… Bonjour, petit ange… Je vais te dire un secret : tu es le plus beau bébé que j'ai jamais vu. Et crois moi, j'en ai vu beaucoup ici. Tu verras : la vie, c'est merveilleux… Et tu as les plus gentils parents du monde pour t'accompagner sur le chemin. Et surtout, sois en sur, tu ne manqueras jamais d'amour avec eux »
Joey éclata en larmes à l'écoute des paroles de Pacey, et Dawson posa une main sur la nuque de son meilleur ami en signe d'affection en lui disant la voix brisée par l'émotion :
« Merci Pacey. Merci, mon frère »
Pacey, pleurant également, pencha sa tête vers Dawson dans un geste affectif et le toucha du front au niveau de l'épaule, avant de reprendre sa place. Puis il se racla la gorge et fit :
« Je suis désolé de briser ce moment de pure émotion, mais il va falloir que je retourne travailler »
Il tendit le petit Christopher à sa maman, puis se leva. Joey l'interpella :
« Pacey ?
- Oui, Joey ?
- Je m'excuse pour tout à l'heure »
Il lui fit un signe de la main lui indiquant que ce n'était rien. Joey poursuivit :
« Je tiens à m'excuser quand même. Je reconnais t'en avoir voulu, Pacey, t'en avoir beaucoup voulu. Peut-être n'ai-je pensé qu'à moi effectivement. Mais aujourd'hui… »
Joey fixa Christopher et poursuivit :
« Aujourd'hui est un nouveau jour. Le commencement d'une nouvelle vie. Je n'ai plus envie de regarder en arrière »
Elle reposa son regard sur Pacey.
« Je veux voir dans ta présence à nos côtés un signe, un signe que tout ce qu'il y a de bien dans ma vie est toujours auprès de moi quand j'en ai besoin, quand il se passe quelque chose de merveilleux pour moi »
Elle lui fit un sourire d'une beauté simple.
« Merci d'avoir été là. C'est bon de te revoir. Et je voudrais que tu saches que… »
Elle regarda le bébé, puis revint à Pacey.
« Tu nous manques Pacey »
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Ce même mercredi, à cinq heures trente du matin, Dawson était assis, pensif, en salle d'attente des Urgences, un café à la main.
« Ça va Dawson ? »
Il leva les yeux et vit Pacey qui s'approchait et vint s'asseoir à côté de lui.
« Ça va. La nuit a été longue. Je réfléchissais
- Joey et le petit vont bien ?
- Ils dorment. Je me demande lequel des deux est le plus fatigué : la maman ou le bébé ! »
Ils sourirent, puis Dawson demanda à Pacey :
« Tu travailles encore ?
- Mon service prend fin à six heures »
Ils restèrent silencieux un moment.
« Pacey ?
- Oui Dawson ?
- Je suis père. Je suis père de famille
- Oui, Dawson. Et si c'est de l'angoisse que je sens dans ta voix, je peux te dire qu'elle n'a pas lieu d'être. Avec un père comme tu as eu, je sais que tu seras toi aussi un modèle pour ton fils »
Ceci dit, il fixa Dawson qui lui sourit en remerciement. Un autre moment de silence passa, rompu à nouveau par Dawson :
« Je peux te demander quelque chose ?
- Vas-y
- Tu n'as pas eu l'air surpris
- Surpris ? Surpris par quoi ?
- Joey et moi, Joey enceinte… On dirait, c'est mon impression, juste une impression, que tu le savais »
Pacey se tourna vers Dawson et lui expliqua :
« Je le savais, oui
- Mais comment ?
- Jen et moi nous correspondons par lettre depuis que j'ai quitté Boston »
Dawson le dévisagea, ahuri.
« Ah ben ça !
- Je sais tout ce qu'il y a à savoir sur la vie de chacun d'entre vous. J'ai vu ton film, Dawson. J'ai lu le livre de Joey, je sais ce que deviennent Jen et son petit ami. J'ai souvent regardé l'émission d'Andie. Je suis au courant aussi pour Jack… Je sais où la vie vous a conduit, ce que vous êtes devenus
- Tu as suivi notre évolution sans donner de tes nouvelles ? Mais pourquoi ?
- Je ne voulais pas perdre contact, savoir ce que vous deveniez. J'avais dans l'idée de revenir »
Il fit une pause, puis ajouta :
« Un jour… »
Dawson but son café et lui demanda :
« Et tu comptes revenir quand ? »
Pacey soupira :
« Dawson… Tu sais ce que c'est : on croit que c'est temporaire, puis on s'installe sans s'en rendre compte. Ici, j'ai un boulot, j'ai une vie, de nouveaux amis, des collègues
- Un petit ami ? »
Il regarda Dawson dans les yeux et lui répondit :
« Oui »
Dawson lui dit ;
« Tu peux m'en parler si tu veux
- Il n'y a pas grand chose à dire : il s'appelle Josh, il est infirmier comme moi, dans cet hôpital et voilà !
- Ça se passe bien entre vous ? »
Pacey eut un petit rire nerveux :
« Je n'arrive pas à croire que nous ayons cette conversation
- Excuse-moi, je ne voulais pas te mettre mal à l'aise
- Non, c'est pas ça Dawson. Je pensais pas pouvoir discuter un jour avec toi de mon petit ami
- Pourquoi cela ?
- Probablement toujours cette peur stupide d'être rejeté »
Dawson prit un ton sérieux :
« Pacey, à mes yeux, avant d'être gay, tu es Pacey. Le reste n'a pas d'importance »
Ils échangèrent un regard profond.
« Merci Dawson
- De rien, je le pense
- Je sais »
Pacey se leva.
« Bon, j'ai encore deux ou trois choses à faire. Aussi…
- Pacey ?
- Oui ?
- Nous allons garder contact, n'est-ce pas ? »
Dawson ne décrocha pas son regard des yeux de Pacey pour être sur d'y percevoir la vraie réponse.
« Bien sur, Dawson »
C'était la vraie réponse.
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New York, huit heures quarante cinq. Colin entra dans sa galerie qui était ouverte déjà. Le jeune homme avec qui il travaillait ici s'avança vers lui
« Bonjour, Colin
- Salut, Mark »
Mark regarda en arrière de Colin, puis lui demanda :
« Jack n'est pas avec toi ?
- Non »
Mark se pencha alors et il embrassa furtivement Colin sur les lèvres.
« Mark ! Pas ici, je te l'ai déjà dit »
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Joey resta hospitalisé quatre jours. Entre temps, Gale était venu de Capeside pour aider les nouveaux parents. Elle fut très contente de revoir Pacey et fut très fière de voir ce qu'il était devenu. Mais surtout, être grand mère sembla lui redonner une nouvelle jeunesse.
Dawson avait prévenu tout le monde par téléphone de l'heureux événement, mais comme le lui avait demandé Pacey, il n'avait pas mentionné la présence de ce dernier en Louisiane. Tous furent très heureux pour le couple et ils saluèrent l'arrivée du petit Christopher par un nombre incroyable de cartes et de coups de téléphone, le tout assorti de fleurs, de ballons et peluches en tout genre.
Puis vint le jour où Dawson, Joey et le bébé durent rentrer.
Après avoir accompagné sa mère à l'aéroport, Dawson revint prendre Joey et le bébé à l'hôpital. Pacey était avec Joey au moment où il entra dans la chambre. Il les aida à porter quelques affaires à la voiture, puis observa Joey qui regardait anxieusement Dawson installer son fils dans le siège auto spécial.
« Ça va aller, Joey »
Elle se tourna vers Pacey.
« Oui, sauf que New York c'est pas franchement la porte à côté !
- Vous allez prendre le train. C'est pas comme si vous deviez faire toute la route en voiture
- Mais Chris est si petit »
Il la fixa :
« Joey, tu es une excellente maman. Ne commence pas à t'angoisser à l'avance : attends qu'il est 15 ans et qu'il s'intéresse aux filles ! Là tu pourras te faire du mouron ! »
Ils rirent tous les deux. Dawson les rejoignit.
« Ça y est : Chris est attaché, les bagages sont dans le coffre. C'est quand tu veux, Joey ! »
Pacey sortit un petit bristol de la poche arrière de son jeans et le leur tendit
« C'est mon numéro de téléphone, de portable, et mon adresse »
Dawson s'en saisit, regarda Joey d'un air étrange que Pacey nota.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a vous deux ?
- Pacey as-tu des vacances en juillet ? »
Il observa ses deux amis avant de répondre à Dawson qui lui avait posé la question :
« Pourquoi cela ?
- Joey et moi avons eu une conversation et nous souhaiterions que tu viennes en juillet à Capeside, pour la fête nationale
- Le 4 juillet ? Qu'est-ce qu'il y a donc de spécial ce jour là ? »
Joey lui expliqua :
« Depuis la fin de l'université, nous avons pris comme habitude de tous nous revoir deux fois par an. Aux alentours de Noël et le 4 juillet »
Pacey la fixa en lui demandant d'un ton interrogateur :
« Nous ?
- Toute la bande que nous formions à l'époque »
Il y eut un petit silence. Pacey observait ses deux amis qui n'attendaient qu'une chose : qu'il dise oui. Au fond de lui, il se demanda s'il était près à ça, s'il se sentait capable d'enfin affronter tous ses amis. Il s'était déjà demandé cela auparavant, mais en y pensant comme à toute ces choses auxquelles on pense en se disant « un jour… » et qu'on ne fait finalement jamais.
« Pacey ?
- Je viendrais »
Un sourire se peignit sur tous les visages. Dawson reprit :
« Nous avons également parlé d'autre chose, pour plus tard
- Tiens donc !
- Nous souhaiterions aussi que tu sois présent au baptême de Christopher
- C'est très gentil à vous. Je verrais ce que je peux faire d'ici là »
Joey fit un pas vers lui et déclara :
« Attends, tu n'as pas compris Pacey. Tu devras venir !
- Je devrai ?
- Oui, tu devras ! Christopher aura besoin de son parrain ce jour là »
Pacey fut très surpris, avant de se sentir très heureux et touché par cette marque de confiance. Il prit Joey dans ses bras et attira Dawson dans l'étreinte. Il leur dit :
« Merci, merci vraiment
- De rien, Pacey »
Dawson s'approcha ensuite du véhicule en disant :
« Bon ! A nous New York et ses rues gelées ! »
Il monta en voiture, suivi par Joey. Pacey se pencha par la fenêtre pour faire un signe et un baiser à Christopher.
« A bientôt, p'tit ange ! »
il se redressa.
« Dawson, Joey : prenez soin de mon filleul, d'accord ?
- D'accord Pacey !
- On veillera sur lui comme s'il était notre fils ! »
En riant, ils se firent au revoir de la main, et Pacey regarda la voiture s'éloigner.
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Jack et Jen marchaient d'un bon pas dans une rue de Soho en ce premier jour du printemps. Ils avaient profité d'un jour de repos de Jack pour se retrouver et faire une petite virée new-yorkaise. Pour l'heure, ils se dirigeaient vers la galerie de Colin pour voir si ce dernier n'avait pas quelques minutes pour prendre un café avec eux.
Lorsqu'ils arrivèrent aux abords de la galerie, parlant de tout et de rien, Jen, qui regardait en avant, marqua un brusque arrêt et attrapa Jack par le bras.
« Hey ?
- Jack, euh, si nous allions… ? D'abord je…
- Mais qu'est-ce qui te prends, Jen »
Elle avait un visage décomposé.
« Jen ? Mais qu'est-ce qu'il y a ? On dirait que tu viens de voir un fantôme !
- Jack… »
Elle soupira, puis le fixa très tristement.
« Je suis désolée, Jack
- Désolée ? Désolée de quoi ? »
Elle se tourna vers sa droite et lui dit en lui montrant du regard ce qu'elle avait vu :
« Que tu vois cela »
Jack sentit une peur, surprenante en cet instant, mais dévastatrice, lui tenailler immédiatement le ventre. Il pivota son regard dans la direction de celui de son amie et il vit… Il vit Colin sur le pas de la porte d'entrée de la galerie. Il vit Mark, le co-propriétaire de la galerie, également sur le pas de la porte d'entrée. Il les vit… Soho est un quartier où rien ne dérange rien : personne ne s'offusque de voir passer une fille arborant vingt piercings sur son visage, ou bien un homme d'âge mur avec des cheveux de couleurs vertes. Rien n'est choquant ici à part la normalité, peut-être. Un petit monde où tout est possible. Dans ce monde, Jack vit Colin et Mark, son soit disant collègue de travail, s'embrasser amoureusement sous le regard blasé des passants.
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La nuit était presque tombée lorsque Colin sonna à la porte d'entrée de la résidence Hastings. Cette dernière s'ouvrit et Colin se trouva face à Kyle, un Kyle qui le regardait d'un air supérieur et méfiant. Forcément, il savait. Hésitant, Colin finit par demander :
« Bonsoir Kyle. Est-ce que Jack est chez vous ? Je le cherche partout »
Kyle s'avança sur le perron en fermant la porte derrière lui, ce qui eut pour effet de faire reculer Colin. Calmement, il lui répondit :
« Jack est ici, oui »
Le ton se fit plus sec, voire méprisant :
« Mais je doute qu'il est envie de te voir, Colin »
Colin rassembla son courage et fit :
« Je voudrais juste lui parler, essayer de m'expliquer
- Essayer de t'expliquer ? Mais il n'y a rien à expliquer, Colin
- Pardon ?
- Tu as embrassé quelqu'un d'autre. Fin de l'histoire »
C'était dit avec tellement d'amertume et de rage que Colin ne trouva plus les mots qu'il avait pensé dire l'instant d'avant. Kyle poursuivit :
« Maintenant, tu peux reprendre ta voiture et disparaître »
Colin s'emporta :
« Je n'ai aucun ordre à recevoir de toi, Kyle !
- Ce n'est pas un ordre, c'est un conseil »
Le ton devenait lourd et haineux. Colin ne désarma pas :
« Un conseil ? C'est marrant, mais dans ta bouche on dirait une menace
- Va savoir »
La porte s'ouvrit et Jack apparut sur le seuil. Il fixa les deux garçons, puis s'avança à côté de Kyle.
« C'est bon Kyle, je m'en occupe »
Ne quittant pas Colin des yeux, Kyle demanda à Jack :
« Tu en es sur ?
- Oui, ne t'inquiète pas »
Sur un dernier regard sévère pour Colin, Kyle se retourna et ouvrit la porte en disant :
« Je suis derrière la porte si besoin, Jack »
Jack et Colin se retrouvèrent seuls. Il y eut un court silence.
« Jack…
- Épargne-moi la grande scène, Colin ! Je ne suis vraiment pas d'humeur ! »
Colin s'empourpra et cria presque :
« La grande scène ? Non mais quel culot ! Je rentre à l'appartement pour découvrir que toutes tes affaires ont disparu, je trouve un post-it sur le frigo où il est écrit simplement 'Bye' dessus, je n'arrive pas à te joindre au téléphone, je viens ici pensant te trouver et je tombe sur le Cerbère de la Porte qui me menace presque ! Et c'est moi qui joue la grande scène ? »
Ils se toisèrent, Colin reprenant son souffle. Il finit par ajouter d'un ton plus calme :
« Jack, laisse-moi t'expliquer
- Quoi ? Que tu me trompes avec Mark ? Je le sais déjà, merci !
- Jack je veux… »
Jack ne le laissa pas finir et fit :
« Nous deux c'est fini, Colin. Fini ! Je ne peux pas te pardonner, je ne pourrais jamais. Pas après tes beaux discours sur nous. Tu as tout gâché, tout détruit. Quand je pense que tu disais…
- C'est de ta faute, Jack ! »
Colin venait de crier. Et ce qu'il avait dit rendit Jack ahuri et blessé plus encore.
« De… ? De ma faute ? De ma faute ? »
Une fureur envahissait l'esprit de Jack et il cria à son tour :
« Tu vas quand même pas me faire passer pour le coupable ? Tu as embrassé Mark, Colin ! Pas moi ! Je n'ai rien fait toutes ces années que de t'aimer et être fidèle
- Non »
Colin avait prononcé ce mot sourdement, comme s'il réprimait une douleur.
« Non ? Comment ça, non ? »
Colin leva les yeux vers lui et fit d'un ton morne :
« Je ne remets pas en cause ta fidélité, Jack. Mais je n'en dirais pas autant de ton amour
- Pardon ?
- Oui, j'ai embrassé Mark. Pour tout te dire, lui et moi avons une relation depuis un an et demi. Une vraie relation
- Un an et demi ? »
Jack en eut les larmes aux yeux et sa fureur se multiplia.
« Comment oses-tu te tenir en face de moi et me dire cela, Colin ?
- Parce que je suis honnête et que je veux que tu saches la vérité
- N'emploie pas des mots que tu ne comprends pas, Colin ! »
Jack ne décolérait pas, Colin semblait simplement triste maintenant. Ce fut lui qui reprit :
« La vérité, Jack, est que tu ne m'as jamais aimé »
Ce fut comme un réflexe : le bras de Jack se leva sous l'impulsion de la rage, de la douleur et de la colère, et il gifla Colin bruyamment. Il y eut un moment terrible, de vide absolu, avant que tous deux ne se fixent, Jack les larmes aux yeux et tremblant, Colin anéanti et comme absent. Il poursuivit pourtant :
« La vérité, Jack, est que depuis cinq ans, tu cours après quelqu'un que tu aimes et qui n'est plus là. La vérité, Jack, est que depuis cinq ans, tu n'est que 'juste' amoureux de moi. La vérité, Jack, est que depuis cinq ans ton cœur ne réagit qu'à un seul prénom »
Colin fit une pause, observant Jack qui semblait lutter contre une force interne en train de le dévaster. Il murmura :
« Pacey »
Jack ne put retenir ses larmes. Colin murmura à nouveau :
« Je suis désolé »
En faisant un effort surhumain, Jack finit par articuler :
« Ce… n'est pas vrai !
- Jack, mens moi si tu veux, mais ne te mens pas à toi même »
Colin se reprit un peu et dit :
« J'ai essayé, Dieu sait que j'ai essayé de te faire oublier tout cette peine qui était en toi quand nous nous sommes rencontrés. Et je sais que j'y suis arrivé. Mas je n'ai pas pu te faire oublier l'amour que tu as pour lui »
Colin fit une courte pause.
« Je ne dis pas que tu ne m'as pas aimé, Jack. Mais pas comme je le voulais. Pas comme moi je t'aimais
- M'aimais ? Parce que tu ne m'aimes plus ? Comme ça ?
- Je ne t'aime plus comme avant. Je me suis fatigué d'attendre »
Ils se fixèrent : aucun ne ressentait plus de colère maintenant que tout avait été dit. Colin termina :
« Finalement, c'est peut-être mieux ainsi. Il fallait que ce soit ainsi. Je n'ai pas employé la bonne méthode pour te le faire comprendre, mais tu l'as compris »
Jack ne savait plus quoi penser, dire ou faire. Colin avait raison. Et c'est ce qui lui faisait le plus mal. Il avait cru que le temps l'aiderait à oublier, mais non. Son cœur ne savait aimer qu'une personne : Pacey Witter. Colin se recula :
« Je crois qu'il vaut mieux que je parte maintenant… »
Il essaya de faire un sourire à Jack, puis se retourna et s'éloigna. Jack cria :
« Colin ! »
Ce dernier s'arrêta et se retourna. Jack lui fit :
« Je suis… Je suis désolé »
Colin eut un petit sourire :
« D'aimer quelqu'un ? »
Son regard se fit plus triste et il termina avant de s'en aller :
« Adieu Jack »
Il disparut dans la nuit. Jack ne devait jamais le revoir. Il retourna dans la maison où Jen et Kyle l'accueillirent, hésitants à lui demander quoi que ce soit. Jack les fixa, tristement, puis se mit à pleurer à nouveau. Kyle s'approcha et le prit dans ses bras.
« Ça va aller, Jack. Ça va aller. C'est fini »
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L'été était là et il faisait chaud. Dans la salle d'embarquement de l'aéroport national Ronald Reagan, Audrey avait son portable vissé à l'oreille et la conversation semblait prendre une tournure qui l'agaçait. Elle faisait tout pour écourter la conversation.
« Excusez-moi, je ne voudrais pas vous paraître impolie, mais je dois vraiment y aller : mon avion est sur le point de décoller »
La personne à l'autre bout du fil sembla comprendre puisque Audrey dit ensuite :
« Sans problème, je vous rappelle après-demain… Ce fut un plaisir également… Bonne fête du 4 juillet à vous aussi ! Nous nous verrons vendredi…. Au revoir ! »
Elle raccrocha en maugréant :
« Bon sang ! Mais qu'est-ce qui m'a pris d'ouvrir une boutique à New York ? »
La jeune fille à côté d'elle était elle aussi au téléphone, et sa conversation n'était pas des plus joyeuses non plus :
« Mais Ron, je me fous de savoir ce que la chaîne demande ou exige ! Je n'interviewerai pas ce type ! »
Le Ron en question du lui dire quelque chose de terrible car elle fut soudain hors d'elle :
« Ah oui ? Et bien tu leur diras que je suis à deux doigts d'aller voir si la rumeur selon laquelle CBS et NBC ont de très bonnes rédactions est vrai ! »
Et elle ferma le clapet de son mobile avec rage. Le garçon assis à sa droite lui posa un bras sur l'épaule et lui murmura :
« Calme-toi, Andie »
Elle se tourna vers lui et après une grande inspiration, répondit :
« Pardon, mais ce boulot à le don de me mettre sur les nerfs parfois ! »
Andie demanda ensuite à Audrey :
« Et apparemment, il n'y a pas que mon travail qui soit exaspérant
- Ce n'est pas mon travail, c'est une cliente exigeante
- Une cliente ? Tu te mets dans un état pareil pour une cliente ?
- Ce n'est pas n'importe quelle cliente
- Ah bon ? C'est qui ?
- Hilary »
Andie ouvrit de grand yeux et demanda :
« Hilary ? Hilary Clinton ?
- Oui, Andie. Et ferme la bouche, tu vas avaler une mouche ! »
Cette remarque fit sourire Fabrizio, le petit ami d'Andie, qui lui fit :
« Tu passes ta vie à questionner les grands de ce monde et tu t'étonnes qu'une de tes amies puisse connaître quelqu'un d'important ? »
Andie ne prêta pas attention à la remarque et demanda vivement à Audrey :
« Audrey ! Tu dois m'aider ! Hilary n'a jamais voulu venir dans mon émission, mais si toi tu la connais, on pourrait peut-être… »
Audrey l'interrompit :
« Hop hop hop ! On est en congés, tu te souviens? »
Nouveau sourire de Fabrizio, qui fit à Audrey :
« Si tu arrives à la convaincre sur ce point, dis moi comment ! »
Andie ne prêta pas attention une fois de plus et continua à parler à Audrey :
« C'est très important pour moi, Audrey
- Andie, pas maintenant ! On en parlera si tu veux, mais plus tard
- C'est promis
- Oui, Andie ! C'est promis ! »
Audrey se pencha en avant et fit un clin d'œil à Fabrizio en lui disant ironiquement :
« Ça doit être drôlement 'top' la vie de couple avec elle »
Ils éclatèrent de rire, alors que dans le même temps, les hauts-parleurs annonçaient leur vol. Vingt minutes plus tard, ils étaient dans l'avion, attendant le décollage. Pendant qu'Andie était au toilettes, Audrey demanda à Fabrizio :
« Alors ? Vous vous êtes décidés pour quelle ville ?
- Je pense qu'on va définitivement s'installer ici, à Washington
- Andie laisserait tomber Atlanta ?
- Je crois qu'Andie en a marre de faire les déplacements. Et puis la capitale offre plus d'opportunités pour elle »
A ce moment, Andie revint et s'installa entre eux. Elle demanda à peine assise :
« Alors ? Que pensez vous que la surprise de Dawson et Joey soit ? »
Audrey la fixa et lui demanda dans un sourire :
« Tu ne débranche jamais ton cerveau, Andie ? »
Fabrizio eut un petit rire, se pencha vers Andie pour lui déposer un baiser sur la joue et dire :
« Si seulement ! »
Andie ne fit cas de rien et reprit :
« Moi je suis très intriguée. Je me demande bien ce que c'est ! »
Audrey ajouta :
« Moi, je veux juste passer du bon temps et revoir cet adorable petit bambin qui est leur fils »
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Jen, Kyle et Jack étaient dans le train qui les emmenait vers Capeside. Bercé par le roulis, Kyle semblait s'être assoupi. Jen lisait un bouquin de philo qu'elle avait retrouvé lors de la fin de l'année scolaire, et redécouvrait qu'il n'y a pas de désir sans passion. Ce dont elle doutait profondément.
« Jen ? »
Elle leva les yeux vers Jack.
« Oui ?
- C'est quoi ? »
Elle lui fit un sourire amusé :
« Tu le saura plus tard, Jack
- Tu ne veux pas me dire ce que c'est que cette surprise ?
- Si je te le disais, ce n'en serait plus une !
- Mais Dawson et Joey le savent, je vois pas pourquoi tant de mystère !
- C'est plus drôle ainsi
- Drôle ? Pour qui ? Pour ceux qui savent ? »
Elle eut un sourire, puis replongea la tête dans son livre en disant :
« Patience, Jack ! On sera bientôt à Capeside
- Tu parles ! »
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Joey jetait un œil distrait par la fenêtre lorsqu'elle vit arriver un taxi. Elle se leva et s'avança vers la cuisine ou Dawson et sa mère était en train de discuter en sirotant une limonade pour oublier la chaleur.
« Je crois qu'ils arrivent »
Dawson posa son verre et lui demanda :
« Les new-yorkais ?
- Non, les autres. Je pense avoir reconnu Andie dans le taxi »
Ils sortirent tous sous la véranda pour accueillir leurs amis. Sortant de la voiture, Andie agita la main vers eux en disant :
« Dawson ! Joey ! »
Joey descendit les marches en répondant à Andie et prit Audrey dans se bras alors que celle ci sortait à peine du taxi
« Audrey ! C'est si bon de te revoir !
- Salut Joey ! Tu m'as manqué ! »
Elles se serrèrent l'une contre l'autre un moment, alors que Dawson s'approchait d'Andie pour la prendre dans ses bras tout en serrant la main à Fabrizio. Puis Audrey étreignit Gale qui s'était approchée avant de serrer Dawson dans ses bras, pendant que Joey saluait Andie et son petit ami, qui eux saluèrent Gale peu après. Joey demanda :
« Le vol s'est bien passé ? »
Audrey, prenant ses valises dans le coffre, aidé par Dawson et Fabrizio, fit en souriant :
« Super ! Andie a parlé tout le long ! »
Andie s'écria:
« Hey! Ce n'est pas vrai ! »
Ce qui fit rire tout le monde. A ce moment, un autre taxi vint s'engager sur la propriété. A l'intérieur, ils virent Jen, Kyle et Jack leur faire des signes. Tout ce petit monde se salua en embrassades et étreintes, tous ravis de se revoir enfin. Jen fixa Dawson et Joey et leur dit :
« Pitié ! Jack me harcèle depuis New York pour savoir qu'elle est cette fameuse surprise. Dites le lui ! »
Andie haussa les sourcils.
« Parce que tu es au courant, Jen ? »
Audrey soupira :
« Oh non, Andie… Laisse nous voir le petit Chris d'abord »
Andie, ne démordant pas, se retourna vers Dawson et Joey :
« Et moi qui me torture depuis que vous nous avez annoncé cela ! C'est quoi alors ? »
Joey jeta un œil à Dawson, puis revint à Andie.
« Tu ne changeras jamais, Andie !
- Allez Joey, ne nous laisse pas attendre plus longtemps ! Nous sommes tous là, tu peux nous le dire maintenant ! C'est quoi ? Vous allez vous marier ? Dawson va faire un film de ton livre? Non, mieux ! Tu es enceinte de nouveau ! C'est ça hein ? »
Une voix s'éleva alors. Une voix que la plupart d'entre eux n'avait pas entendu depuis longtemps, voire même jamais concernant Kyle et Fabrizio. Venant de la véranda terrasse, ils entendirent :
« Non, McPhee. La surprise, c'est moi »
Ils levèrent les yeux vers la maison et découvrirent Pacey qui se tenait là sur les marches.
Il y eut le plus grand moment de surprise collectif que le groupe ait connu, à des degrés divers chez chacun, mais intense pour tout le monde. Du moins pour tous ceux qui ne connaissaient pas la fameuse surprise à l'avance.
Andie, bouche bée, tourna lentement, très lentement, la tête vers Dawson et Joey pour être sure qu'elle ne rêvait pas, et le visage rieur de cette dernière lui appris que non : Pacey se tenait bien là, devant eux. Il descendit d'ailleurs les marches, puis en avançant vers eux fit à Andie :
« Ça doit être une des rares fois où je te laisse sans voix, Andie »
Comme si cela lui redonnait la parole, elle se mit à crier de joie et se précipita vers lui :
« Pacey ! Mon Dieu, Pacey ! C'est toi ? »
Il la reçu dans ses bras comme s'il attrapait un ballon de foot en plein vol, tellement elle fonça sur lui. Andie pleurait de joie en le serrant contre lui et en disant :
« Pacey ! Il y a si longtemps ! Comme je suis heureuse de te revoir !
- Moi aussi, Andie, moi aussi. Et tu n'imagines pas à quel point ! »
Il avait les larmes aux yeux en lui disant cela, et resserra son étreinte. En même temps, il jeta un regard à Jack, un Jack qui paraissait stupéfait, pétrifié par la surprise. Audrey, les yeux humides, s'avança vers eux :
« Hey Andie ! Laisses en un peu aux autres ! »
Andie s'écarta, mais ne lâcha pas le bras de Pacey, alors que celui-ci serrait Audrey contre elle en l'embrassant dans le cou. Audrey lui dit :
« Tu ne peut pas savoir à quel point ça me fait plaisir de te revoir, Pacey
- J'en ai bien une petite idée, Audrey. Crois moi ! »
Puis Jen approcha et étreignit longuement son ami en ayant soudain un cœur trop gros pour elle, ce qui la fit fondre en larmes. Kyle vint derrière elle pour la consoler : Jen se serra contre lui en regardant Pacey, un sourire sur les lèvres. Kyle tendit la main :
« Bonjour Pacey »
Pacey lui serra la main en lui disant :
« Bonjour, Kyle. Je suis enchanté de te connaître enfin. Jen m'a tellement parlé de toi
- Je me doute bien, oui, vu qu'elle savait apparemment que tu serais là »
Andie fit alors à l'adresse de Jen :
« Mais c'est vrai, ça ! Tu savais et tu ne nous a rien dit ! »
Jen se mit à rire :
« Et rater l'expression de vos visages ? Pas pour tout l'or du monde ! »
Pacey revint à Kyle et lui dit :
« Ne t'inquiètes pas : elle n'a dit que du bien de toi, et je la crois sur parole »
Kyle lui fit un sourire et répondit :
« Merci, Pacey. C'est très gentil »
Fabrizio vint à son tour lui serrer la main.
« Ravi de te rencontrer, Pacey
- Également, Fabrizio
- Andie ne tarit pas d'éloges sur toi, ce qui fait que j'ai l'impression de te connaître un peu
- Il ne faut pas croire tout ce qu'elle dit, tu sais »
Fabrizio marqua un temps, puis répondit :
« A voir la réaction de joie de tous tes amis en te retrouvant, je pense que je peux la croire sur parole moi aussi
- Merci »
Pacey posa alors son regard sur Jack, et tout le monde fit de même. Jack n'avait pas bougé, et il semblait toujours avoir du mal à réaliser que Pacey était bien là devant lui, en vrai, et que toute cette émouvante scène de retrouvailles n'était pas le produit de son imagination, mais bel et bien la réalité.
Pacey fit quelques pas vers lui et lui dit timidement :
« Salut, Jack »
Tous retenaient leur souffle, comme si la scène finale d'une tragédie grecque ou shakespearienne se jouait devant eux. Jack parvint à dire :
« Pacey… »
Il se passa un instant très court, aux accents d'éternité, avant que Jack ne dise :
« Je ne sais pas si… »
Pacey l'encouragea :
« Si… ? Si quoi, Jack ?
- Si je dois t'en vouloir ou me réjouir comme tout le monde »
Pacey répondit d'un ton neutre :
« Je peux comprendre que tu m'en veuilles. Cinq ans, c'est long
- Aucune explications, Pacey
- J'aurais pu t'écrire, te téléphoner
- Tu aurais pu, oui
- Mais j'avais besoin de partir et d'être seul, pour savoir qui j'étais »
Il y eut un moment de silence à nouveau, avant que Pacey ne dise la voix tremblante :
« Tu sais quoi, Jack ? Maintenant que je suis face à toi, je me sens honteux de tout ce temps perdu. Mais il y a quelque chose de pire que cela
- Pire ?
- Oui, pire… Je me rends compte à quel point tu m'as manqué »
Jack sentit des larmes lui monter aux yeux, des larmes sur lesquelles il n'avait aucun contrôle : les larmes du cœur. Il ne pouvait pas nier la joie intense qui inondait et envahissait tout son corps. Pacey était là, devant lui, lui qui avait parfois prié pour ne serait-ce que l'apercevoir trente secondes au détour d'une rue… Il ne pouvait pas le rejeter, et il se rendit compte qu'au fond de lui, ces cinq ans paraissaient soudainement ne plus exister. Il marcha rapidement vers Pacey et le serra dans ses bras, en se mettant à pleurer comme un enfant. Pacey, incapable lui aussi de contenir son émotion, se mit à sangloter dans les bras de Jack en lui disant :
« J'ai cru… J'ai cru que je ne te reverrais jamais »
Jack lui murmura entre deux pleurs :
« Je suis là Pacey, je suis là »
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La journée s'écoula doucement, dans une ambiance très sympathique. Pacey fut évidemment le centre des conversations, mais il lui fut impossible d'étaler toute sa vie passée depuis cinq ans devant ces amis comme s'il déployait une carte routière. Il se contenta de répondre aux questions que tous avaient plus ou moins à lui poser. En fait, tout le monde se mit à raconter ce qu'il était devenu depuis le dernier Noël, et tous s'aperçurent inconsciemment que le retour de Pacey s'était inclus dans le déroulement de leurs vies comme quelque chose de normal, et que c'était comme si rien n'avait changé.
Vers la fin de l'après midi, Pacey se dirigea vers la cuisine, aidé de Joey et Fabrizio : il avait été convenu à l'avance qu'il devait faire le repas du soir, et que le menu serait cajun. En riant, Andie lui avait demandé :
« Et tu crois que ce sera comestible, Pacey ? »
Ce à quoi il avait répondu ironiquement :
« Il y a toujours des gens qui vivent en Louisiane, je pense donc que oui »
Et ce le fut : tout le monde se régala. Kyle fit même ce commentaire :
« Pacey, je ne sais pas ce que tu vaut comme infirmier, mais question cuisine : bravo ! C'était excellent !
- Merci Kyle »
La fin de la soirée fut douce, dans la chaleur décroissante de cette veille de fête nationale. Ils s'assirent tous devant chez Dawson, sur la petite terrasse en avant de la maison, pour savourer un dernier verre, un dernier café, en continuant à parler de tout et de rien. Alors que les dernières lueurs du jours s'étendaient sur la crique et qu'une fraîcheur nocturne agréable montait de l'eau, Andie demanda à Fabrizio d'aller chercher sa guitare. Quelques instants plus tard, des notes s'envolaient des cordes, accompagnées par la belle voix italienne rauque du petit ami d'Andie qui semblait être un excellent chanteur.
Fabrizio venait de finir de fredonner une balade, lorsque Andie remarqua que Pacey et son frère se jetait depuis un moment déjà des regards à la dérobé. Elle se pencha à l'oreille de son petit ami et lui dit quelque chose, avant de le regarder en souriant. Fabrizio lui rendit son sourire et l'embrassa tendrement sur les lèvres, avant d'accorder un peu mieux sa guitare en se raclant la gorge. Dawson et Joey parlaient doucement avec Audrey, Jen avec Gale, et Kyle semblait observer les étoiles naissantes tout en intervenant de temps à autres dans la conversation entre elles. Jack regardait Pacey, et Pacey regardait Jack…
La musique s'éleva et Fabrizio se mit à chanter :
I'm not myself when you're around
I'm not myself standing in a crowd
I'm not myself and I don't know how
I'm not myself, myself right now
Jesus Christ will you look at me
Don't know who I'm supposed to be
Don't really know if I should give a damn
When you're around, I don't know who I am
Tout en jouant, il lança un coup d'œil à Jack et Pacey, avant de sourire à Andie. Le groupe s'était mis à l'écouter et plus personne ne parlait.
I'm not myself when you go quiet
I'm not myself all alone at night
I'm not myself don't know who to call
I'm not myself at all
Jesus Christ will you look at me
Don't know who I'm supposed to be
Don't really know if I should give a damn
When you're around, I don't know who I am
I always wished that I could find
Someone as beautiful as you
But in the process I forgot that I was special too
Gale se leva et vint s'asseoir près du chanteur pendant qu'il entamait une partie sans paroles de la chanson. Dawson se pencha vers Joey en lui prenant la main et l'embrassa en souriant. Jen se blottit contre l'épaule de Kyle qui lui fit un regard amoureux. Jack sourit à Pacey, un sourire magnifique. A la surprise générale, lorsque Fabrizio reprit sa chanson, Gale l'accompagna au chant et fit la seconde voix, une voix qui collait parfaitement au texte.
I'm not myself when you're around
(I'm not myself when you go quiet)
I'm not myself all alone at night
(I'm not myself standing in a crowd)
I'm not myself and I don't know how
I'm not myself, myself right now
(Don't know what I believe)
Jesus Christ will you look at me
(Jesus Christ will you look at me)
Don't know who I'm supposed to be
(Don't know who I'm supposed to be)
Don't really know if I should give a damn
(Someone say if I should give a damn)
When you're around, I don't know who I am
(When you're around, I don't know who I am)
Il y eut quelques sourires et applaudissements pour Gale, qui baissa la tête en riant. Dawson n'en revenait pas, Joey non plus. Jen, Kyle et Audrey la regardaient impressionnés. Andie, quant à elle, était aux anges. Pacey et Jack se fixaient intensément. Ils se dévoraient presque du regard.
I always wished that I could find
Someone as beautiful as you
But in the process I forgot that I was special too
I always wished that I could find
Someone as talented as you
But in the process I forgot that I was just as good as you
Fabrizio plaqua sa main droite sur les cordes et la musique s'arrêta. Tous se mirent à applaudir, pendant que le guitariste félicitait Gale
« Maman ? Je savais pas que tu chantais si bien !
- Voyons mon chéri, c'est juste une petite balade comme ça. Cette chanson est si vieille ! »
Audrey fit :
« Non, non. Dawson a raison, Mme Leery. Vous chantez vraiment bien. Et votre voix s'accordait à merveille avec cette chanson »
Jen fixa Andie malicieusement et lui demanda :
« Et bien sur, cette chanson a été choisie totalement au hasard… »
Andie lui répondit dans un même sourire :
« Bien sur, Jen, bien sur »
Et elle posa son regard sur son frère et sur Pacey. Et vit qu'elle avait raison : ces deux la s'aimaient toujours.
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Bien qu'il fut plus de deux heures du matin, il faisait encore très chaud. Jack sortit sous la véranda et observa la nuit tranquille qui enveloppait la maison. Tout le monde dormait paisiblement, et le petit Chris n'avait plus pleuré depuis plus d'une heure. Il s'avança, ouvrit la porte de la véranda et descendit les marches pour s'avancer vers le jardin, pour profiter un peu de la fraîcheur, quand il s'arrêta brusquement : il y avait quelqu'un sur le ponton, quelqu'un dont la silhouette se détachait dans l'obscurité. Avant de pouvoir s'inquiéter, il reconnut de qui il s'agissait. Et son cœur se mit à cogner dans sa poitrine. Jack marcha lentement vers le ponton et se rapprocha de Pacey. Lorsqu'il fut près de lui, et que ce dernier l'ait reconnu aussi, il s'accouda à la rambarde en souriant à son ami. Pacey lui demanda :
« Insomnie, Jack ?
- Tout comme toi, non ? »
Pacey sourit à son tour et dit :
« Non, moi j'ai perdu l'habitude de me coucher tôt et je m'endors toujours très tard
- Pourquoi cela ?
- Service de nuit, Jack. Ça vous change votre façon de dormir »
Un silence s'installa, où ne demeurait que le clapotis de l'eau et les bruits étouffés de la nature. Jack reprit :
« C'était une très belle journée, non ?
- Oui Jack, une très belle journée »
Ils se fixèrent, avant que le silence ne retombe, plus long. En fait, ils avaient tous deux l'impression idiote que l'autre le comprenait, ou bien devinait sans qu'ils aient besoin de mettre cela en mots, en phrases. Mais aucun d'eux n'oser verbaliser ce qu'il ressentait. Parce que tous les deux étaient pétrifiés de peur à l'idée que ce qu'il s'était passé il y avait cinq ans ne se reproduise, une fois encore, pour une de ces obscures raisons que seule La Vie connaît. De nouveau, ce fut Jack qui prit la parole :
« Pacey ?
- Oui, Jack ?
- Je peux te demander quelque chose ?
- Bien sur »
Jack prit une inspiration pour se donner du courage et, en le fixant, lui demanda :
« Pourquoi n'es-tu pas venu avec ton petit ami ? »
Pacey eut un sourire narquois :
« Comme dirait Joey, on attaque les sujets brûlants là, Jack
- Pacey… »
Pacey se retourna pour s'accouder de dos à la balustrade.
« Comment sais-tu que j'ai un petit ami, Jack ?
- J'ai entendu Joey, justement, parler d'un certain Josh, que tu connais là-bas, en Louisiane »
Pacey regarda l'étendue d'eau en avant de lui, celle opposée à Jack, et lui demanda :
« Je pourrais également te demander où est Colin ?
- Tu viens de le faire. Mais j'ai demandé le premier, Pacey »
Jack vit Pacey réfléchir, avant de dire :
« Je ne suis plus avec Josh
- Pourquoi cela ? »
Le regard que Pacey posa sur Jack était un peu agacé :
« Parce que… »
Jack crut, avec terreur, qu'il en avait trop demandé, et que Pacey aller quitter le ponton. Mais non : il poursuivit sa phrase.
« Nous n'avions plus la même vision des choses »
Le silence retomba. Jack finit par dire :
« Je ne suis plus avec Colin depuis le printemps »
Il s'attendit à ce que Pacey demande pourquoi, mais ce dernier n'en fit rien. Jack continua :
« J'ai découvert qu'il voyait quelqu'un d'autre depuis longtemps
- Je suis désolé, Jack
- Merci Pacey, mais ça va maintenant »
Encore ce silence. Pacey dit en riant légèrement :
« Deux gays célibataires au clair de lune. Au même endroit, au même moment. Ça fait beaucoup de coïncidences, non ?
- Ce n'est pas drôle, Pacey
- Ce n'était pas censé l'être, Jack. Il faudrait peut-être qu'on ait enfin le courage de se parler. Ça fait cinq ans, bon sang !
- De se parler ? De se parler de quoi ?
- De ce qu'il y a entre nous »
Ils se regardèrent, aussi mal à l'aise l'un que l'autre. Jack bredouilla :
« Pacey, je… Euh… Je… »
Pacey se redressa, vint tout contre Jack et lui déclara la gorge nouée :
« Jack, je m'excuse de t'avoir fait de la peine et je m'excuse de t'avoir fait du mal. Cette pensée m'a poursuivit pendant cinq ans, et cette pensée m'était insupportable. J'aurais voulu que les choses soient différentes, j'aurais voulu avoir le courage de rester auprès de toi et t'expliquer que… que ce qui m'arrivait à l'époque était extraordinaire, mais impossible à accepter pour moi »
Il avala difficilement sa salive et termina :
« J'aurais voulu… rester avec toi »
Jack tourna vers lui un regard embué de larmes et lui dit de la même voix nouée :
« Pacey, je ne t'en veux pas. Enfin, je ne t'en veux plus. Il m'a fallu du temps, mais j'y suis arrivé. Parce qu'il fallait bien vivre. Ce qui s'est passé s'est passé : ni toi ni moi ne pouvons rien y changer »
Jack marqua une pause, puis reprit :
« J'aurais voulu aussi que tout soit différent. Mais ça n'a pas été le cas »
Pacey fit tristement :
« Non, ça n'a pas été le cas »
Puis il s'éloigna vers le bout du ponton où il alla s'asseoir, les pieds se balançant au dessus de l'eau. Jack, surpris, mit quelques instants avant de se décider à le rejoindre en lui demandant :
« Pacey ? Tu veux rester seul ? »
Il y eut un silence, avant qu'il ne lui réponde d'une toute petite voix:
« Non, reste avec moi. s'il te plait »
Jack s'installa à côté de Pacey, et ils restèrent assis en silence. Un long moment passa où ils ne firent rien d'autre que d'être assis cote à cote, le regard sur le paysage, perdus dans leur pensées. Jack se senti soudain comme fatigué et il se leva.
« Bon, je vais aller me coucher Pacey. Je commence enfin à tomber de sommeil »
Pacey n'eut pas de réaction. Jack attendit qu'il dise quelque chose, puis finalement s'éloigna sans rien dire lui aussi, alors que certains mots très simples, qui auraient peut-être tout arrangé, lui brûlaient la langue.
« Jack… »
Il s'arrêta et se retourna. Pacey resta le regard posé sur l'eau, loin en avant de lui. Il n'ajouta plus rien, mais Jack senti une forme de sentiment indescriptible s'emparer de lui. Il était sur que Pacey ressentait exactement la même chose : c'était comme être submergé par tout ce que l'autre représentait pour vous. Jack était sur le point de repartir lorsqu'il entendit la plus belle phrase du monde :
« Je t'aime, Jack »
Il eut l'impression que son cœur fondait et que tout cet amour que lui aussi ressentait pour Pacey se répandait dans chaque cellule de son corps. Une immense émotion, encore plus grande que celle ressentie précédemment, pris entièrement possession de lui et il du se retenir de se précipiter vers Pacey. Il revint s'asseoir à côté de lui, sans parler, attendant que Pacey, qui regardait toujours l'eau, ne dise à nouveau quelque chose. Ce qu'il fit :
« Je t'aime, Jack. Je t'aime vraiment. Je t'aime depuis ce jour où je me suis rendu compte que j'allais devoir t'embrasser pour le film de Dawson, quand nous étions à Boston. A cette époque, je ne pouvais pas supporter cette idée, je l'avoue. Aujourd'hui, je ne peux plus supporter l'idée de ne pas être avec toi »
Pacey tourna enfin son regard vers Jack, et poursuivit :
« Parce que quand je t'ai vu sortir du taxi ce matin, j'ai compris que, contrairement à ce que je croyais, je n'avais pas oublié avec le temps. Non. Ce que je ressens pour toi, je l'avais mis en attente, d'une certaine façon, en espérant inconsciemment qu'un jour, je te reverrais »
Il fit une pause, le temps de lui sourire, puis reprit :
« Et Jack, ce que je ressens pour toi est au delà de toute description : c'est un sentiment d'amour que je ne saurais expliquer tellement il est profond, immense et vivant. Je crois que j'ai attendu cinq ans ce qu'il se passe là, maintenant, entre nous, cinq ans pour n'avoir que ce moment, pour enfin t'avouer que tu es la personne au monde que j'aime plus que ma propre existence »
Jack retenait avec difficulté ses larmes. Il était dans un état émotionnel proche du bouleversement. En souriant à Pacey, il lui prit lentement une main et la ramena contre son cœur en la serrant. Pacey fut touché par le geste. Il continua à lui parler :
« Je n'ai peut être pas le droit de faire ce que je fais, de te parler comme ça de ces sentiments qui nous ont fait du mal déjà, mais je ne peux pas garder cela pour moi, Jack. C'est trop dur. Et ça me tue »
Il fit une autre pause, avant de conclure :
« Je ne sais pas de quoi demain est fait, je ne sais même pas de quoi la prochaine minute est faite. Tu vas peut-être me regarder, me dire qu'il est trop tard, te lever et partir. Si c'est ce que tu veux faire : fais le, Jack. Tout ce que je voulais, c'est te dire tout ce que je viens de te dire »
Jack s'inclina vers Pacey et posa son front contre celui de son ami. Il ferma les yeux. Combien de fois avait-il rêvé cette scène ? Combien de fois avait-il imaginé que Pacey reviendrait et lui dirait tout ce qu'il venait de lui dire ? Des milliers. Ce qui le touchait part dessus tout était que ce qu'il venait de vivre à l'instant était de loin plus magique que le plus beau de ses rêves. Il redressa sa tête et déclara à Pacey :
« Je vais te confier quelque chose, Pacey »
Jack le regarda droit dans les yeux et lui dit :
« Je ne sais par quel hasard extraordinaire tu viens de dire tout ce que j'allais te dire si j'avais parlé le premier »
Pacey fondit en larmes : il s'écroula presque sur lui même, sous le choc, réalisant que Jack l'aimait encore, lui aussi. Jack l'attira contre lui et le serra dans ses bras en pleurant à son tour, en lui murmurant à l'oreille :
« Pacey, pas une minute ne passe sans que je pense à toi. Pas une minute mon cœur ne cesse de t'aimer. Sans toi Pacey, je n'existe pas »
Il resserra son étreinte et lui dit :
« Je t'aime, Pacey. Je t'aime »
Ils se séparèrent, prirent le temps de se regarder, les yeux emplis d'étoiles, et ils s'embrassèrent. Timidement dans un premier temps, puis avec une passion dévorante. Leur baiser devint une déclaration d'amour à lui tout seul, et il se prolongea longtemps… Très longtemps.
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Le soleil éclairait Capeside depuis longtemps lorsque Jen alla frapper à la porte de la chambre où dormait Jack tout en disant :
« Jack ? Il faudrait te lever. Il est plus de dix heures et demie. Jack ? Jack ? »
La porte s'ouvrit et Pacey apparut, vêtu d'un simple caleçon. Jen en resta figée de surprise, sans pouvoir rien articuler de cohérent. Il ébouriffa ses cheveux et lui fit :
« Quoi ? Tu n'as jamais vu un garçon sortir de la chambre de Jack ? »
Elle retrouva l'usage de la parole :
« Euh si… Mais tu n'es pas n'importe quel garçon, Pacey. Tu es LE garçon »
Jen fit un grand sourire à Pacey et demanda :
« Est-ce à dire que vous êtes ensemble ?
- Bien joué, Sherlock ! Bon, on descend dans un moment, le temps que je réveille Jack. A tout à l'heure ! »
Et il referma la porte. Jen resta quelques secondes devant, interdite, avant de redescendre à la cuisine où tout le monde se trouvait. La voyant, et notant son air amusé, Kyle lui demanda :
« Qu'est-ce qu'il t'arrive, Jenny ? Tu m'as l'air bien joyeuse ?
- On peut dire cela, oui »
Audrey but une gorgée de jus d'orange et lui fit :
« On peut partager ta joie, Jenny ? »
Il y eut un sourire général, et Jen répondit :
« Je suis allée réveiller Jack et… »
Andie se retourna vivement pour écouter la suite :
« Et c'est Pacey qui m'a ouvert »
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Pacey sortit sous la véranda, un café à la main, et vint s'asseoir près de Dawson qui travaillait sur son PC. Avec ironie, il lui fit :
« C'est pas censé être un jour chômé aujourd'hui, Dawson ?
- Si, je vérifie juste mes e-mails »
Pacey avala un peu de son café et lui demanda :
« Je peux rester avec toi ?
- Bien sur Pacey
- Merci ! Les filles commençaient à me harceler de questions »
Dawson se mit à rire.
« Sur Jack et toi ?
- Oui ! La grande nouvelle du jour ! »
Ils échangèrent un sourire entendu, puis Dawson lui dit:
« Je suis content pour vous, Pacey. Il était temps !
- Parle pour toi ! Joey et toi avez mis autant de temps pour… Qu'est-ce que je raconte ? Plus de temps ! Vous vous connaissez depuis le berceau ! »
Ils éclatèrent de rire. Un pleur de bébé résonna soudain, issu du petit interphone posé à côté de Dawson. Celui-ci se leva, posant le PC sur la table basse et, avançant vers la maison, dit à Pacey :
« Désolé, c'est mon tour de m'occuper de Chris »
Il entra au moment où Joey sortait. Ils échangèrent un baiser, puis Dawson disparu. Joey vint s'asseoir en face de Pacey et posa sa tasse sur la table. S'adossant dans le fauteuil, elle dit dans un rire :
« Andie est impossible !
- Ne m'en parles pas ! Elle fait déjà des projets de vacances pour nous ! »
Ils rirent aussi, ensemble. Puis Joey, avec gentillesse, demanda à Pacey :
« Tout va bien ? »
Pacey la regarda et il eut un petit pincement au cœur de bonheur en se rendant compte de sa sincérité. Il lui répondit :
« Tout va bien, Joey. Tout va très bien »
Elle se leva et lui déposa un baiser sur le front, avant de le serrer dans ses bras et de lui murmurer à l'oreille :
« Je vous souhaite tout le bonheur du monde, Pacey
- Merci Joey »
Ils prolongèrent leur étreinte, avant que Dawson n'appelle Joey depuis l'intérieur, d'une voix légèrement inquiète. Elle quitta Pacey, lui disant en souriant :
« Dawson Leery et l'attaque des couches culottes ! Prochainement sur tous vos écrans ! J'y vais avant qu'il ne panique trop »
Elle disparut laissant Pacey à son sourire. Audrey et Fabrizio sortirent dans la véranda à ce moment. Audrey lui demanda :
« On va au supermarché, Pacey ? Tu n'as besoin de rien ?
- Non, merci »
Elle le fixa, réfléchissant, puis dit à Fabrizio :
« Je te rejoins à la voiture »
Fabrizio salua Pacey et lorsqu'il fut sorti , Audrey vint s'asseoir sur le bras du fauteuil où il était assis :
« Alors mon grand ? C'est le pied ?
- Audrey, tu as toujours ton phrasé bien à toi pour exprimer ce qu'il m'arrive
- Je veux dire, Jack et toi… Waow !
- Si c'est ta façon de voir les choses, alors oui : waow !
- Et au lit, ça doit être quelque chose, non ?
- Audrey ! »
Ils rirent ensemble, avant qu'elle ne reprenne :
« Donc toi et moi, plus jamais alors ?
- Non, désolé. Je suis amoureux, et fidèle »
Audrey l'embrassa sur la tête et lui dit :
« Vous avez de la chance. S'aimer comme cela, c'est rare »
Elle lui fit un sourire, et sortit ensuite rejoindre Fabrizio. Pacey les regarda partir dans la voiture de Gale en terminant son café, puis il rentra dans la maison porter sa tasse à la cuisine. Andie s'y trouvait toujours, avec Jack et Gale. Lily arriva de sa chambre en courant, comme un ouragan, et elle fit à sa mère :
« Maman ! Viens voir ! »
Gale s'avança vers sa fille.
« J'arrive ma chérie ! »
Quand elle fut sortie, Andie se tourna vers Pacey et lui fit :
« Je voudrais régler un détail tout de suite, Pacey
- Un détail ?
- Oui »
Elle s'adossa à l'évier.
« Je ne sais pas s'il y a quelqu'un dans cette maison plus heureuse que moi de savoir que vous êtes enfin ensemble. J'ai l'impression depuis ce matin que le monde s'est enfin mis à tourner rond ! Je voulez que vous sachiez que vous avez toute mon affection, pour toujours »
Elle vint en face de lui et lui dit :
« Mais si jamais tu fais du mal à mon frère, je t'étripe ! »
Jack pouffa de rire devant l'expression que prit le visage de Pacey. Andie se tourna vers lui et lui déclara du même ton :
« Ça vaut aussi pour toi, Jack ! Si tu fais du mal à mon meilleur ami, je te tue! »
Et sur ce, elle sortit de la cuisine en riant. Pacey s'approcha de Jack et lui posa ses mains sur les épaules, tout en se penchant vers son oreille.
« On t'a déjà dit que ta sœur était cinglé, Jack ?
- Oui… Toi ! Une bonne centaine de fois ! »
Ils rirent ensemble, avant que Pacey ne l'embrasse furtivement et n'ajoute :
« On fera avec ! »
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Jack gara la voiture dans les cases prévues, au bord de la plage. Il coupa le contact, et se tourna vers Pacey à qui il demanda après un sourire ironique :
« Honnêtement, tu as voulu venir chercher la voiture rien que pour être avec moi, n'est-ce pas ? »
Pacey se pencha et l'embrassa rapidement sur les lèvres :
« Tu vois quand tu veux ! Tu comprends tout!
- Pacey ! »
Il lui donna une tape sur l'épaule, puis ajouta :
« Allez ! Rejoignons les autres ! Ils vont se demander ce que nous faisons ! »
Pacey et Jack prirent le chemin qui descendait à la plage d'où il allait assister au feu d'artifice en compagnie de tous leurs amis. Ils étaient en vue du groupe, en train de marcher dans le sable en se chamaillant, lorsqu'une voix les interpella :
« Hey vous deux ! »
Ils se retournèrent. Pacey eut un grand sourire en découvrant qui lui avait parlé :
« Doug ?
- Salut, p'tit frère »
Pacey s'avança et prit son frère dans ses bras en lui disant :
« Mais qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu…
- Mes projets ont changé »
Il contempla Jack et Pacey, et avec un œil brillant, fit :
« Et il n'y a pas que les miens, apparemment »
Pacey pris la main de Jack dans la sienne et annonça à son frère :
« Doug, Jack et moi… euh…
- Vous êtes ensemble ?
- Oui »
Doug s'approcha de Jack et, d'un ton où perçait l'ironie, lui fit :
« Je ne sais pas comment tu as pu tomber amoureux d'un tocard pareil, Jack »
D'un même ton, Jack lui répondit :
« Il faut croire que je suis aveugle »
Pacey les observa, l'air faussement indigné :
« C'est fini vos imbécillités, oui ? »
Doug et Jack se mirent à rire, puis Doug prit ce dernier dans ses bras :
« Bienvenue dans la famille, Jack !
- Merci, Doug ! »
Pacey lui demanda :
« Tu nous rejoins pour le feu d'artifice ?
- Non, désolé, je suis venu avec des amis. Mais on se voit demain si tu veux. Je t'appelle ?
- Ok, Doug ! A demain alors! Bonne soirée !
- Bonne soirée à vous aussi et… »
Il se recula pour repartir vers ses amis en disant :
« Soyez sages ! »
Pacey lui répondit :
« Moi ? Toujours ! »
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Il était à peine minuit et demi lorsque Pacey entra dans la chambre de Jack, revenant de la cuisine. Parlant doucement, regardant ce qu'il avait dans ses mains, il fit :
« Je n'ai trouvé que du soda, pas de limonade »
Il leva les yeux et vit Jack assis sur le bord de la fenêtre, le regard perdu dans le vague. Le radio réveil diffusait de la musique, en sourdine. Pacey posa les canettes sur la commode et s'approcha de Jack.
« Ça va ? »
Jack se tourna vers lui et lui fit un sourire timide. Pacey répondit pour lui :
« Non, ça ne va pas »
Jack prit la parole :
« Si ça va Pacey. Je pensais juste à demain
- A demain ?
- Oui, à demain. Et à nous »
Pacey le fixa :
« Demain sera comme aujourd'hui Jack : toi et moi. Je ne suis pas revenu vers toi pour m'enfuir à nouveau »
Jack se leva et le prit dans ses bras, le serrant très fort contre lui. Pacey poursuivit :
« Toi et moi. Ce sera comme ça demain, et après demain, et le jour suivant. Pour toujours, Jack »
La chanson à la radio changea et on entendit la version piano-violon d'une très vieille mélodie que tous deux connaissaient.
There you go
Flashing fever from your eyes
Hey babe, come over here and shut down tight
I'm not denying
We're flying above it all
Hold my hand, don't let me fall
You've such amazing grace
I've never felt this way...
Ils se regardèrent, puis s'embrassèrent. Leurs baisers se firent ardents, et ils sentirent tous deux le désir exploser en eux avec force. Pacey laissa ses mains caresser les cheveux de Jack, puis descendre le long de son cou, de ses épaules. Tout en continuant à l'embrasser, il passa un main sous son T-shirt, alors que Jack déboutonnait lentement la chemise de Pacey d'une main, tout en le tenant près de lui de son bras placé dans son dos.
Show me heaven
Cover me
Leave me breathless
Show me heaven please
Ils s'embrassaient, ils s'aimaient. Il n'y avait plus qu'eux, cette chambre, et leur amour. Jack fit glisser la chemise de Pacey de ses épaules et celle-ci tomba sur le sol. Il lui murmura d'une voix presque inaudible :
« Je t'aime »
Here I go
I'm shaking just like the breeze
Hey baby I need your hand to steady me
I'm not denying
I'm frightened as much as you
Though I'm barely touching you
I've shivers down my spine
And it feels divine
Pacey ôta lentement le T-shirt de Jack qu'il laissa tomber sur le sol, avant de poser ses deux mains de chaque côté de son cou, et de l'embrasser passionnément.
Show me heaven
Cover me
Leave me breathless
Show me heaven please
Ils se serrèrent l'un contre l'autre, ressentant le brûlant désir qu'ils avaient l'un pour l'autre s'apaiser à peine au contact de leur peaux.
Do you know what it's like
To dream a dream
Baby hold me tight
And let this be
Pacey pris le visage de Jack entre ses mains, le caressa doucement. Il posa un tendre baiser sur ses lèvres et lui murmura à son tour :
« Je t'aime aussi Jack. Pour toujours »
Show me heaven
Cover me
Leave me breathless
Show me heaven please
Ils s'embrassèrent à nouveau, l'un dans les bras de l'autre, et, dans une sorte de démarche qui ressemblait à une danse gracieuse, ils s'approchèrent du lit pour s'y allonger.
Et partager enfin leur amour.
FIN
