Donc voilà le chapitre un. Faut pas rêver je publierai pas toujours aussi vite XD ! c'est juste que j'avais déjà écrit ce premier chapitre depuis quelques jours. Ça va être compliqué encore cette fic, je le sens x)... J'ai plein d'idées mais il faut que je les mette en place pour pouvoir écrire un truc un peu près cohérent. Je pense qu'il va falloir attendre un petit moment avant que je publie le prochain chapitre, une semaine ou un peu plus je suppose. Je crois que c'est celui-ci qui sera le plus dur à lire. Si vous êtes sensible... ce n'est peut-être pas une très bonne idée x'D ! Mais vous pouvez toujours le faire, en tous cas laissez moi vos avis, j'en ai besoin pour voir où je vais x).

Désolé, oui encore une fois je m'excuse d'avance, je vous comprendrai si vous me faites des menaces de mort, de souffrances atroces, mais j'aime trop faire souffrir mes personnages préférés xD


oO 8 mois plus tard Oo

Watson arrivait au commissariat au pas de course. Lestrade l'avait appelé pour dire que les preuves qu'il avait trouvées durant son enquête personnelle les avaient conduits à arrêter un dénommé Quin, un homme apparemment sans histoire mais dont Watson avait retrouvé le couvercle tordu d'une montre à gousset frappé de ses initiales dans les vêtements du corps d'une femme abandonné dans les caniveaux de la ville. Il avait repéré le bout de métal tordu qui aurait pu tomber si on avait soulevé le corps et ne plus jamais le retrouver. Il avait ensuite passé des heures à redresser le métal, utiliser de l'acide pour révéler le monogramme pratiquement effacé, puis des jours à chercher chez chaque vendeur de montres et préteurs sur gage de Londres à qui elle appartenait.

Il était acharné, enragé. Cela faisait huit mois à présent que Holmes n'avait plus donné signe de vie et, vu son intérêt pour l'enquête sur ce meurtrier, il savait qu'il avait dû aller chez celui qu'il soupçonnait. Son ami ayant trop l'habitude de tout garder dans sa tête, il ne put trouver aucune note où était écrit le nom du présumé coupable qu'il suspectait. Il avait dû reprendre seul l'enquête depuis le début, priant pour ne pas faire fausse route. Il dévoua ses nuits et jours à cette enquête pour retrouver le détective, refusant l'idée que l'homme aurait pu le tuer, même si le maximum de temps qui se soit écoulé entre la disparition d'une victime et la découverte de son corps ait été de trois semaines. Watson n'écoutait personne à part lui même, plusieurs fois on lui dit que tout cela le rendait encore pire que Holmes. Ces derniers mois avaient été éprouvants, toujours à deux doigts de la crise de nerfs, il était devenu froid et amer avec quiconque tentait de détourner son esprit de ses investigations, il ne vivait plus que pour cela. Les seules personnes avec qui il communiquait réellement étaient de la police. Lorsqu'un début de piste s'offrait à lui, il fermait son cabinet et partait enquêter dans la seconde.

Cette fois-ci, il y était arrivé, Quin avait tout avoué à peine avait-il eu les menottes aux poignets. Depuis, il narguait tous ceux qui l'approchaient. Il savait que ses actes lui vaudraient la corde, il n'avait donc plus rien à perdre. Lestrade insista pour rester avec Watson, ainsi que trois autres policiers dans la pièce lorsque le médecin poserait ses questions personnelles à l'accusé. A peine ce dernier eut un pied dans la pièce qu'il sentit déjà une colère, une haine noire et profonde s'accumuler et faire bouillir le sang dans ses veines. L'homme assis en face de lui, les menottes aux poignets, lui souriait. Il devait avoir à peu près le même âge que lui, ses vêtements lui faisaient dire qu'il venait sans doute d'une famille aisée. La douceur et la délicatesse de ses traits contrastaient tant avec l'horreur de son âme que cela en était tout bonnement répugnant. Watson s'approcha de lui de quelques pas, tremblant de rage. Chaque policier dans la pièce était prêt à une réaction immédiate si quoi que ce soit arrivait. Le médecin déglutit, prenant une grande inspiration pour commencer à parler alors que Quin le saluait.

"Bonjour. Docteur Watson je présume ?"

Le dénommé lança un regard noir à l'homme en face de lui, qui souriait toujours comme si de rien n'était.

"Où est Holmes?

- Quelque part."

Watson serra les dents et les poings. Il savait que Quin voulait qu'il perdre le contrôle de lui-même et s'emporte, il ne lui ferait pas ce plaisir.

"Où est-il ?

- Dans un endroit sombre où il reposera en paix pour l'éternité."

Le médecin sentit une boule d'angoisse se former dans sa gorge et son estomac, tandis que l'homme se mettait à rire, il trouvait sans doute sa détresse atrocement amusante.

"Sherlock Holmes est mort."

Watson sentit une atroce souffrance lui enserrer la poitrine. Il avait l'impression de s'être pris un coup de massue dans le torse, la boule dans sa gorge était telle qu'il avait l'impression qu'un homme l'étranglait de toutes ses forces. Sa haine, sa colère devinrent telles qu'il se sentait capable de tuer l'homme en face de lui, même dans la situation actuelle.

"Si vous avez tué Sherlock Holmes, vous ne sortirez pas vivant de cette pièce..."

Lorsque Quin se remit à rire encore une fois, s'en fut trop pour Watson. Il bondit littéralement sur lui, accrochant ses mains au cou du meurtrier pour l'étrangler de toutes ses forces, tentant presque de lui briser les os du cou.

"Watson!"

Il n'eut pas le temps de finir son œuvre, les quatre hommes avaient dû y mettre toute leur puissance pour le faire lâcher, sa rage étant à son paroxysme. Ils réussirent à l'éloigner tant bien que mal. Watson ressentait une atroce douleur, une détresse profonde, il ne pouvait pas accepter que Holmes soit mort ainsi, il ne le pouvait pas. C'était impossible, ils s'étaient quittés alors qu'ils étaient en froid. Leurs derniers mots étaient des cris, des insultes, des reproches, cela ne pouvait pas se finir ainsi. Il ne lui avait pas dit à quel point il tenait à lui, quel ami formidable il était malgré ses actions qui parfois le rendaient insupportable. Non, il ne pouvait pas l'avoir quitté ainsi, c'était tout simplement impensable. Watson dut s'y reprendre à plusieurs fois avant de pouvoir commencer à former une phrase, les mots étaient bloqués dans sa gorge par tous ses muscles qui se contractaient.

"Où est son corps... ?"

L'homme en face de lui garda le silence jusqu'à ce qu'il réitère sa question, perdant patience.

"Où est son corps?

- Trouvez-le comme vous m'avez trouvé."

Watson sentit une nouvelle vague de fureur monter en lui, il tenta encore une fois de lui sauter à la gorge mais les policiers le tenaient toujours fermement.

"Vous feriez mieux de vous dépêcher... il y a encore "quelque chose" en vie là-bas. Vous m'avez enlevé alors que j'allais atteindre le stade final, une attention toute nouvelle que je voulais lui faire. J'avais pourtant si bien tout organisé, je lui avais expliqué en détail ce qui allait se passer mais cela n'a malheureusement plus d'importance maintenant. Peut-être que si vous arrivez à la trouver à temps, cela apaisera votre culpabilité."

Lestrade s'avança vers son prisonnier, horrifié.

"Vous n'aviez pas parlé d'une autre victime, où est-elle ?

- Je ne dirai rien. C'est votre travail d'enquêter."

Watson fit lâcher les policiers pour quitter la pièce d'un pas lourd sans écouter les appels de Lestrade. Il savait qu'ils ne tireraient rien de Quin. Cet homme était conscient qu'il était condamné, qu'il allait mourir, il n'avait rien à perdre. Cela l'amusait de voir les gens souffrir. Il n'atteignait l'extase que si tout le monde autour de lui était au bord du suicide et souffrait atrocement, cela lui donnait une sensation de pouvoir, de contrôle qu'il tenait à garder jusqu'à la fin.

Watson retourna dans la maison de Quin, l'endroit où tout avait commencé et fini, l'endroit où il avait été arrêté. Pourtant, jamais ils n'avaient réussi à trouver le lieu où il torturait ses victimes et les assassinait. Jamais une seule trace de sang, un seul instrument de torture. Si Watson n'avait pas découvert le couvercle de montre, s'ils n'étaient pas allés l'arrêter pour l'interroger et qu'il n'avait pas tout avoué instantanément, ils n'auraient jamais pu le condamner. Il donna pour raison à son aveu le fait que personne ne lui avait demandé s'il était le tueur avant.

Watson chercha des heures, tourna, retourna chaque recoin de la maison. Rien, il ne trouvait rien! Aucun indice, aucune preuve, aucune trace de sang, aucun instrument. Rien. Dans un excès de colère, il prit un vase de fleurs pour le jeter violemment à terre.

Il s'adossa au mur. Il était épuisé. Il ne savait plus quoi faire. Il n'arrivait pas à accepter ce que ce meurtrier avait dit. Il se sentait coupable. Tellement coupable. Il aurait suffi qu'il mette son orgueil de côté une fois, une seule fois pour qu'il ait pu reprendre l'enquête avec Holmes, qu'il ait su qui il soupçonnait. C'était trop tard à présent. Ils s'étaient quittés dans les pires conditions. Il s'en voulait tellement. Il était à tel point sous le choc et avait si mal que sa gorge restait nouée et ses larmes bloquées à la lisière de ses cils.

Son regard se posa à terre. Il observa le verre brisé, les fleurs, l'eau qui coulait. Il plissa les yeux une seconde. Il y avait quelque chose de bizarre. Le liquide se répandait sur les lattes du parquet, mais étrangement, il disparaissait entre deux plaques, comme s'il coulait au travers. Une trappe. Ce devait être une trappe ! Mais si bien camouflée que personne n'avait pu la voir avant. Il chercha rapidement un objet pour l'aider à soulever la planche de bois. Près de la cheminée, il dénicha un tisonnier qu'il utilisa à cet usage. Il avait raison, c'était bien une trappe. Le médecin l'ouvrit complètement, laissant la porte à la verticale. Il y avait une échelle qui menait jusqu'en bas. Il descendit avec précaution pour voir ce qu'il y avait en bas.

Une fois au fond du trou, il vit un couloir. Au plafond pendaient des lampes fatiguées qui éclairaient mal son chemin. Il marcha quelques secondes, l'endroit avait l'odeur nauséabonde de la mort et du sang. Il trouva une porte à sa droite. Il l'ouvrit et chercha l'interrupteur pour allumer la lumière. Watson vit que la pièce ressemblait à une salle d'opération. Au milieu, il y avait justement un lit d'hôpital modifié. Il ne restait que son squelette. Soudées aux barreaux, il y avait de larges menottes de fer pour tenir sans doute poignets et chevilles, des feuilles de métal épaisses pour tenir l'entrejambe et la tête ainsi qu'une barre de fer pour tenir le ventre. Il eut un violent haut le cœur, il pensait savoir à quoi cela servait en tentant de l'ignorer. Il vit que posée à côté de ce lit de fer, il y avait une table avec des instruments. Il eut à nouveau une forte nausée. Il ne pouvait plus douter, l'attention si particulière qu'il réservait et dont il disait avoir expliqué en détail la procédure à sa victime, c'était qu'il voulait la dépecer vivante!

Il prit son visage dans ses mains à la vision d'horreur qui s'était imposée à ses yeux. Il pria, supplia pour que, lorsqu'il retrouverait le corps de Holmes, celui-ci soit intact, que ce fou psychopathe n'ait pas eu l'idée de lui faire subir ça. Il n'y avait aucune dépouille dans la pièce, seulement des meubles le long des murs où reposaient des centaines des pires créations de l'humain, uniquement réservées à faire souffrir. Il quitta les lieux après avoir bien vérifié qu'il n'y avait rien, ni présence, ni cadavre, ni restes humains. Watson reprit son chemin le long du couloir, l'estomac noué, se retenant de tout rendre. L'odeur atroce de mort s'intensifiait ainsi que les battements de son coeur croissaient eux aussi. Pratiquement à la fin du passage, il vit une porte sur sa gauche. Il posa la main sur la poignée pour l'ouvrir.

A peine l'eut-il entrouverte qu'il sursauta en entendant un bruit de métal. La lumière faible du couloir lui permit de voir une chaîne au sol. Il chercha l'interrupteur sur le mur pour allumer. Quand la lampe éclaira les lieux, il vit qu'il n'y avait rien dans cette pièce à part un crochet en son centre pour tenir des entraves épaisses. Il s'approcha d'un pas, les liens bougèrent encore une fois violemment alors qu'un gémissement inhumain de bête blessée se fit entendre, lui arrachant un nouveau sursaut. Au fond de la pièce il y avait une moitié de mur en barreaux de fer, au travers, il put voir une ombre à terre qui bougeait. La victime était encore en vie, elle tentait sûrement de le fuir, poussant de temps à autres des plaintes, des sons d'animal à l'agonie. Il la vit se trainer, rampant jusqu'au mur, utilisant ses bras pour avancer du mieux qu'elle le pouvait. Elle devait être si faible qu'il lui était impossible ne serait-ce que se mettre à genoux. Il s'approcha encore d'un pas sans réfléchir, provoquant un mouvement de panique chez la personne à terre dont il ne voyait rien à travers les barreaux trop serrés. Il vit que derrière cette partie de la pièce qui en formait presque une minuscule autre, il y avait une lumière aussi qui, depuis sa place, lui donnait un effet de contre jour qui l'empêchait de distinguer quoi que ce soit de la personne à terre à part son ombre. Rien qu'à cette vue, il savait qu'elle était très mal en point. Watson tenta de se ressaisir. L'odeur de mort et de sang venait de cet endroit, c'est bien ici exactement que tous ces gens avaient dû trouver la mort. Il réalisa qu'il était entré sans parler, le prisonnier à terre devait sûrement croire qu'il était son bourreau.

"Ne craignez rien, je ne vous veux aucun mal. Monsieur Quin a été arrêté, il ne peut plus rien vous faire, il ne s'approchera plus de vous. Je suis médecin, je peux vous aider."

Watson parlait de la voix la plus douce et calme qu'il pouvait, s'approchant pas à pas en suivant les chaînes. Il vit la victime bouger jusqu'au mur pour s'y adosser du mieux qu'elle y parvenait. Le médecin déglutit avant de passer la barrière qui l'empêchait de la voir. Il se plaqua la main devant la bouche, écarquillant les yeux, se laissa tomber contre le mur derrière lui sous le choc. L'horreur! Il eut un nouveau haut le coeur, il était au bord du vomissement, ou plutôt de l'évanouissement.

Cette chose n'avait pratiquement plus rien d'humain tant elle était mutilée, son corps n'était qu'une plaie béante. On aurait presque dit un monstre, il donnait plus l'envie de s'enfuir en courant, la peur au ventre, que de l'aider. C'était un homme visiblement, son corps était si torturé qu'il avait hésité quelques instants. Il était maigre, mais surtout recouvert de blessures en tous genres, surtout de coupures. De longues estafilades, des marques de brûlures, de coups, d'entailles qui ne laissaient pratiquement aucun centimètre carré de peau saine. Certaines semblaient remonter à plus longtemps, s'alignant les unes sur les autres au fil du temps. Le seul vêtement qu'il portait était les restes d'un pantalon déchiré, qui ne cachait que le haut des cuisses. Il tremblait, chacune de ses profondes et bruyantes respirations semblait le faire souffrir. Ses cheveux tombaient sur son torse aux côtes saillantes. En voyant que certaines plaies avaient cicatrisé même si on en avait fait d'autres par dessus et qu'il portait une barbe qui ne datait pas de plus d'une semaine, il conclut que son tortionnaire lui offrait certains soins rudimentaires pour l'empêcher de mourir et ainsi le faire souffrir le plus longtemps possible.

Sur son visage, de la moitié de son front à en-dessous de son nez, il portait une bande de métal serrée vraisemblablement derrière ses oreilles tout en les laissant libres. Un masque de fer qui le rendait aveugle, fait de telle manière qu'il ne pouvait rien voir, même pas recevoir la plus petite once de lumière. Il respirait péniblement par ses lèvres sèches. Chaque petit mouvement lui arrachait un autre bruit qui n'avait rien d'humain. Il tremblait de tout son corps. Il passa plusieurs fois ses mains sur le peu de son visage qui était visible, passant ses doigts dans ses cheveux. Ses lèvres formaient des paroles muettes, aucune parole ne sortait de sa bouche, juste des gémissements, des plaintes, des soupirs presque effrayants.

Watson sentit son coeur se serrer, son estomac se retourner en constatant que la souffrance autant physique que psychique de cet homme avait fini par lui faire perdre la raison. Après tout, qui ne serait pas devenu fou après de telles tortures ? Il n'osait imaginer les heures, les jours qu'il avait dû passer à se faire torturer, mutiler, détruire. C'était peut-être mieux ainsi. Qu'il ait perdu la raison avait peut-être, il l'espérait, diminué son mal, sa souffrance et sa solitude.

"Je suis le Docteur John Watson... est-ce que vous m'entendez?"

L'homme l'ignora, continuant ses gestes étranges de pantin désarticulé, comme si chacune de ses articulations était broyée. Watson le regarda passer ses mains abîmées sur ses cheveux et ses lèvres craquelées. Ses doigts semblaient avoir été brisés plusieurs fois, ses ongles aussi. Il y avait peut-être encore une partie de cet homme qui était consciente, peut-être était-il persuadé qu'il avait des hallucinations, qu'il en faisait partie et se refusait donc à lui faire un quelconque signe de réponse.

"Je ne sais pas si vous me croirez ou pas mais je ne suis pas l'une de vos hallucinations. Je suis bien réel, je suis là pour vous aider. Je vais m'approcher d'un pas vers vous, d'accord?"
A peine le bruit du talon de sa chaussure heurtant le sol se fit entendre, l'homme fit un geste brusque comme pour se défendre d'une attaque imminente.

"Je recule, je recule ! N'ayez pas peur, je ne vous veux aucun mal, tout ira bien."

Watson s'exécuta en prononçant ces mots pour ne pas faire peur au pauvre homme à terre. Il vit les lèvres de celui-ci se mettre à trembler violemment. Il passa ses deux mains dans ses cheveux, puis sur son masque et sur ses lèvres qui commençaient à former les même syllabes. Il tentait certainement de parler mais c'était comme s'il avait oublié comment faire. Tout ce qui en sortait étaient des sons tantôt aigus, tantôt graves. Watson le regarda tenter de s'exprimer, ses lèvres tremblantes formant toujours les mêmes mots. Il le vit grelotter encore plus. Les bruits qu'il commençait à faire et ses spasmes montraient qu'il pleurait sûrement derrière son masque, qu'il sanglotait violemment. Soudain, il retrouva l'usage de sa voix pour une seconde, le temps de répéter une fois à voix haute ce que ses lèvres formaient sans que le médecin n'ait pu le comprendre.

"Vous me manquez..."

Watson se figea en regardant l'homme à terre. Il sentit les larmes qu'il n'arrivait pas à faire sortir auparavant, couler le long de ses joues en priant, espérant, suppliant presque pour n'avoir aucune réponse.

"Holmes...?"

Watson eut l'étrange et atroce sensation que son coeur se gonflait de joie en même temps qu'il se brisait totalement en voyant l'homme à terre relever brusquement la tête vers lui, cherchant d'où venait la voix, ses lèvres muettes formant distinctement son nom.

"Holmes..."

Cette fois, il réussit à trouver la source du bruit puisqu'il tourna la tête dans sa direction, ses lèvres formèrent encore le nom du médecin sans qu'aucun son n'en sorte. Il avait presque la certitude que ce n'était pas une hallucination. Il tenta de se mettre à genoux en tendant un bras tremblant en direction de la source des paroles mais trop faible, il s'effondra à terre. Watson se jeta à genoux pour le rattraper. A peine l'eut-il touché qu'il sentit les mains abimées de Holmes agripper de toutes leurs forces sa chemise en poussant une longue plainte, presque un cri. Il attira le médecin à lui, serrant ses bras autour de son cou de toute ses forces, tremblant, les mains crispées sur le tissus. Son corps tremblait tant que l'on aurait dit des spasmes. Ses lèvres dont aucune parole ne sortait, formaient frénétiquement son nom comme une supplique. Il plongea sa tête dans son cou, alors que de sa gorge, il ne sortait que des cris, des hurlements, des plaintes, des gémissements, des pleurs. Il était incapable de former un mot ou son qui se rapprocherait d'un être humain.

Watson pleurait en silence en répondant à son étreinte, serrant son corps faible contre lui de toutes ses forces. Cette chose qui l'enlaçait semblait ne plus avoir de Sherlock Holmes que le nom. Il voulait tuer le monstre qui avait fait ça. Le détruire, le faire souffrir au moins autant qu'il avait fait souffrir son ami. Il n'osait se représenter ce qu'il avait pu vivre, quelles atrocités innommables il avait dû subir. Pour que Sherlock Holmes lui revienne ainsi... Il n'arrivait pas à imaginer ou plutôt s'en empêchait tant cela lui paraissait affreux. Il s'interdisait de supposer d'où ces affreuses blessures, ces atroces cicatrices pouvaient provenir. Il n'arrivait pas à concevoir comment cela pouvait ne serait-ce que venir dans la tête d'un être humain de s'en prendre à un autre pour l'enfermer sous terre et le torturer jusqu'à ce qu'il en perde totalement la raison. Le priver de tout - même de sa vue - qui lui est à portée de main, l'enchainer, le torturer chaque jour... projeter de le dépecer vivant par pur plaisir. Il avait la nausée, son estomac se tournait, se retournait alors qu'il essayait de voiler les images ignobles qui s'imposaient à ses yeux.

Lui même se sentait brisé. Holmes était l'Homme le plus fort, le plus puissant, le plus robuste à tous les points de vue qu'il lui eut été donné de connaitre. Pourtant il l'avait vu craindre le moindre geste brusque, fuyant, rampant pour se cacher, se terrer quelque part où on ne le trouverait pas. Le voir ainsi brisé, torturé, mutilé, détruit, tant qu'il en devenait fou et n'avait plus l'air d'un humain, juste d'une bête agonisante, tremblante, sanglotante... personne d'autre que lui n'aurait survécu à ce traitement, personne.

Il sentit les mains de Holmes s'activer dans son dos, le serrant toujours plus fort. Il se décolla de Watson pour pouvoir toucher son visage. Il laissa ses doigts brisés caresser chaque parcelle de son faciès pour le redécouvrir, se convaincre que ce n'était pas encore une illusion. Il passa ses mains dans ses cheveux pour ensuite les laisser détailler son front, ses sourcils, ses paupières, son nez, sa moustache, ses joues mouillées, ses lèvres tremblantes. Celles de Holmes formaient toujours des mots muets, son corps entier tremblait toujours.

Watson, lui, était encore déchiré entre la joie d'avoir retrouvé son ami et la souffrance de le voir ainsi mutilé, détruit. Il passa sa main sur la petite partie qu'il pouvait voir du visage de Holmes. Il vit avec un léger soulagement que le peu qu'il pouvait voir de sa figure semblait intact, à part ses lèvres sèches.

"Mon Dieu... qu'est-ce qu'il vous a fait..?"

Watson vit Holmes tenter de serrer sa main pour fermer le poing sans y arriver. Il baissa la tête et posa sa main agitée de spasmes frénétiques sur son cou, tâtant pour trouver son visage. Une fois le revers de sa main posée sur le visage du médecin, il tenta tant bien que mal d'essuyer les larmes qui coulaient sur l'une des joues de Watson. Ses gestes étaient gauches, comme s'il n'avait plus conscience de ses membres ou qu'ils bougeaient selon leur propre volonté. Watson sentit son coeur se serrer en sentant une des mains tremblantes de Holmes se serrer sur sa chemise, avant de laisser tomber sa tête sur le torse de son ami pour s'y blottir comme un chien l'aurait fait. Watson l'étreignit entre ses bras, le regardant plusieurs secondes avoir toujours ses gestes étranges.

Il essuya ses larmes qui tombaient sur la peau de la mâchoire de Holmes. Il avait vécu pire que la mort. Il aurait presque souhaité avoir retrouvé sa dépouille. Personne ne méritait de souffrir autant, si longtemps. Cela faisait huit mois qu'il était entre les mains de ce monstre de sadisme. Il était plus que temps de quitter cet endroit où tout avait commencé et tout devait finir. Il se ressaisit, il le devait, il fallait qu'il reste fort pour Holmes, il ne pouvait plus se laisser aller. Il essuya ses larmes avant de décoller son ami de lui. Celui-ci attrapa automatiquement sa chemise, craignant qu'il l'abandonne ou que cette douce et chaude illusion s'envole pour ne plus jamais revenir. Watson déglutit, tentant de prendre la voix la plus calme et la plus neutre possible.

"N'ayez pas peur... je ne m'en vais pas. Nous devons partir maintenant. Je dois vous détacher."

Ce disant, il prit les poignets de Holmes pour voir les serrures. Il déglutit d'horreur, gardant une main sur la bouche en fermant les yeux quelques secondes pour empêcher ses larmes de couler à nouveau. Elles étaient fondues, on les avait soudées pour qu'on ne puisse les lui enlever. En dessous, sa peau et sa chair avaient sûrement dû se liquéfier sous la chaleur et se mêler au fer, il ne pourrait les enlever qu'en cassant l'autre côté et en l'opérant pour les retirer. Il n'avait rien d'assez résistant pour couper ses chaînes dans la trousse que Holmes avait toujours avec lui et qu'il prenait à présent systématiquement lorsqu'il partait enquêter. Il se dit que dans la panoplie de torture qu'il y avait dans l'autre pièce, il trouverait certainement une pince capable de les cisailler. Lorsqu'il se releva pour aller la chercher, il sentit Holmes agripper sa ceinture de toutes ses forces en poussant une plainte. Watson se mit à genoux pour rassurer son ami, lui passant une main dans les cheveux et sur sa mâchoire découverte.

"Je ne m'en vais pas, je vais juste chercher de quoi vous libérer, je reviens tout de suite."

Holmes refusait de le lâcher, il dut se battre plusieurs secondes pour que ses mains se décrispent assez et qu'il puisse fuir sa poigne. Il sentit son coeur se serrer en voyant son ami à terre, pousser des plaintes désespérées. Il courut chercher dans l'autre pièce pour tenter de un outil. Waston renversa tout ce qui lui était inutile pour tenter de dénicher que qu'il voulait. Finalement il trouva une tenaille qui semblait assez robuste pour les entraves que Holmes portait. Il se précipita dans la salle où son ami était toujours prisonnier de ses chaines, le trouvant toujours dans le même état que lorsqu'il l'avait quitté. A peine l'eut-il effleuré que ce dernier se jeta sur lui pour le comprimer entre ses bras, l'empêchant de partir une nouvelle fois, tremblant jusqu'aux os.

"Je suis là, ne vous en faites pas, je vais vous sortir d'ici."

Watson dut encore lutter pour le décrocher. Il lui fallut s'y reprendre à plusieurs reprises pour venir à bout des épais maillons. Une fois cela fini, il se demanda où était l'hôpital le plus proche puis il se ravisa. Holmes était monstrueusement mutilé, il était méconnaissable. D'expérience, il savait que les gens mutilés à ce point étaient cachés dans les asiles d'aliénés alors que c'était la dernière chose dont il avait besoin. Il ne permettrait pas qu'on enferme Holmes et que quiconque l'empêche de revoir le jour à nouveau, il ne quitterait pas une prison pour en rejoindre une autre. Il s'en occuperait lui même, personne ne le lui enlèverait, plus jamais.

Watson attrapa le masque de fer pour tenter de le lui retirer en tirant dessus, ce qui ne fit qu'arracher un cri de souffrance à son ami. La bande était bien trop serrée pour qu'il le lui ôte aussi facilement, il réglerait cela après l'avoir ramené chez eux. Il faisait nuit à présent mais il devait toujours cacher Holmes, il ne pouvait pas le ramener ainsi. Trop faible pour pouvoir ne serait-ce que se mettre à genoux et encore plus se relever, il devait le porter.

"Holmes, il faut que vous restiez le plus silencieux et le plus immobile possible, sinon nous risquerions d'avoir des ennuis, est-ce que vous comprenez ce que je vous dis?"

Le détective hocha la tête au bout de plusieurs secondes. Watson retira son manteau pour couvrir le visage et le corps de Holmes. Il passa un bras dans son dos, un autre sous ses jambes pour le soulever et l'emporter hors de sa prison.

Il le porta ainsi dans les rues de Londres comme un voleur, se cachant dans toutes les ombres qu'il trouvait. Il commençait à pleuvoir, annonçant encore une fois l'ambiance de l'année en cours. La chaleur du sol remontait, comme une émanation désagréable, pour ne pas dire nauséabonde. L'odeur de la ville ressemblait à celle d'un chien mouillé et sale. En passant à côté d'une rangée de lauriers, les fleurs sucrées laissèrent la trainée d'un parfum doux et enivrant, lui faisant presque déjà oublier cette odeur de mort et de sang qui lui restait coincé dans les narines.

Holmes sentait son ami marcher. Sans que son cerveau n'ait à intervenir, il s'attendait à chaque tournant alors que son ami les prenait. Watson s'arrêtait parfois pour se cacher dans une ombre plus sombre que les autres, le temps que des passants qu'il croisaient ne courent se cacher de la pluie, reprenant bien vite sa route après. Et voilà qu'ils se trouvaient déjà face à leur logis. Holmes, les yeux écarquillés même si aveugles, n'en revenait pas de se retrouver là, ayant tout oublié du trajet. Seul un parfum sucré avait laissé une trace pour ses narines délicates. C'était un cortège de sens qui semblait être affecté par une sorte d'oubli chronique. Son corps ne tenait plus la route, la preuve, il avait oublié qu'il l'avait traversée.

Watson passa la porte, portant toujours Holmes dans ses bras. Il était soulagé à l'idée que plus personne à part lui n'habitait les lieux. Il se hâta d'entrer dans la salle d'auscultation de son cabinet médical pour commencer à soigner son ami. Il avait peur de le perdre de nouveau, définitivement cette fois. Son corps était si malmené, il était si faible qu'il avait même craint qu'il ne survive pas au voyage entre sa prison et leur logis. C'était un miracle qu'il soit encore en vie. Watson allongea Holmes sur la table d'auscultation, retirant ensuite le manteau qui le cachait. Il le rassura en lui répétant qu'il ne s'éloignerait que quelques minutes au maximum pour prendre de quoi le soigner. Il commença à sortir son matériel avant de se tourner vers lui pour commencer à s'occuper de lui.

Le corps de son ami, exposé ainsi à la lumière lui révélait d'autant plus l'ampleur de son état. Il avait une pâleur cadavérique, ses blessures lui semblaient encore plus impressionnantes. Il y avait tant à faire... il ne savait par quoi commencer. Il était déboussolé. Il s'adossa au mur en regardant chaque blessure, chaque cicatrice qu'il portait. Son esprit devait porter au moins autant de blessures que son corps, il y avait tout à reconstruire.

"Je... je ne peux pas vous soigner..."

Devant ce constat, il s'effondra. L'état de Holmes était tel qu'il avait l'impression qu'il ne pouvait rien faire. Il l'avait sorti de là sans penser à tout ce qu'il y aurait à faire. Il finit par se demander si cela valait la peine. Il ignorait s'il restait quelque chose à sauver en lui. Il ne serait plus jamais le même, peut-être qu'il était temps d'abréger ses souffrances. Il avait déjà beaucoup trop souffert. Il avait l'impression de regarder un animal au bord de la mort ou d'une bête à empailler. Watson sentait tout son courage, sa volonté le quitter. Il était épuisé, exténué. Il était naïvement dans l'idée qu'après avoir retrouvé Holmes, tout redeviendrait comme avant, tout serait facile. Pas ça!

Il regarda son ami se tordre de douleur en face de lui. Il avait l'air proche de la mort pourtant il luttait toujours pour survivre. Il souffrait mais il voulait vivre, sinon il se serait certainement laissé mourir. Son corps était si faible et abimé que c'était un miracle qu'il respire toujours. Si Holmes tenait tant à vivre, il fallait qu'il l'y aide. A peine s'était-il approché de lui dans sa prison qu'il s'était jeté dans ses bras, l'avait serré avec force malgré sa faiblesse, il s'était accroché à lui comme à la vie, avec autant de rage que d'espoir. Il ne pouvait pas le laisser ainsi.

Il se rappela que croyant être dans un délire hallucinatoire, Holmes lui avait dit qu'il lui manquait. Ce n'était donc sûrement pas la première fois qu'il croyait l'entendre. Pendant ces mois de souffrance, Holmes avait survécu à la simple pensée de le revoir un jour, l'espoir de sentir sa présence. Il était évident qu'il se serait perdu dans les méandres de son moi intérieur sans cela. A présent qu'il était réellement avec lui, il se devait de tout tenter pour le réparer.

Il ne ferait pas comme avec son enquête, ne se presserait pas, il prendrait son temps, parce qu'il savait qu'un corps est fragile. Il ne pouvait pas y aller à l'eau bouillante, ni à l'acide. Il fallait le nettoyer avec beaucoup de douceur en caressant légèrement à l'aide de mots qui rassurent et qui réconfortent.

Sans dire que les personnes aptes à ce travail sont rares et toutes ne peuvent s'occuper d'un même corps, chacune est associée à un nombre très restreint d'hommes. Cela pour deux raisons, très compréhensibles après avoir donné une explication convenable. D'une part, vu le temps que nécessite les soins d'un corps en mauvais état, il est impensable qu'une personne puisse en réparer plusieurs en peu de temps, il y a des limites. Et puis, d'autre part, comment un corps peut-il être réconforté s'il ne peut pas se sentir privilégié du soin que lui porte cette personne ? S'il le traitait comme un corps anodin et banal, serait-il rassuré ? Il en doutait.

Ainsi donc, et par manque de personnel qualifié, la main d'œuvre se faisait rare. Par main d'œuvre, il entendait personnes de qualité et non ces parias qui se font passer pour des soignants auprès des corps abimés et qui tentent de nettoyer un peu, pour leur propre égo, puis laissent tomber la lourde entreprise en rendant le corps en question un peu plus enrayé encore. Si ce n'était pas malheureux de voir cet égoïsme, cette inconstance des personnes. Sans compter que le nombre de corps en grève de vie ne cessait d'augmenter. Mais pour le moment, c'est celui de son ami, un organisme en état de ruines et qu'il voulait aider. Il se demanda s'il était capable d'aller jusqu'au bout. Il savait que s'il réussissait, il aurait l'occasion de voir un corps retrouver sa force et cela était un cadeau qui n'avait pas de prix.

Watson vit Holmes l'appeler en silence, ses lèvres ne pouvant que former les mots sans les prononcer. Il se rapprocha de lui avec tout son matériel qu'il posa sur une table proche de celle d'auscultation. Il verrait quoi faire le moment où ses mains se poseraient sur ses instruments. A peine fut-il à portée de Holmes que celui-ci attrapa fermement sa chemise. Watson remonta ses manches avant de commencer à soigner son ami.

Il passa un peu plus de trois heures à désinfecter chaque blessure une par une, allant le plus doucement et le plus lentement possible pour ne pas le blesser plus qu'il ne l'était. Plusieurs blessures nécessitaient d'être recousues. Dans l'état où Holmes était, l'Ether ou la Morphine lui auraient été fatales, il devait y aller à vif. Il l'expliqua à son ami, lui laissant le choix entre le bander et recoudre plus tard ou le faire maintenant. Le détective avait hoché la tête pour le faire sur le champ. Il supporta la douleur qui lui sembla bien anodine à côté de celle qu'il avait pu ressentir auparavant. Une fois son travail terminé, Watson fit signe à son ami, qui l'attrapa par le col pour qu'il se penche sur lui. Holmes laissa encore une fois courir ses doigts abimés sur le visage du médecin pour réaliser qu'il était bien là. Chaque détail du visage de l'homme qui l'avait tiré hors de l'ombre pour le ramener lentement vers la lumière passa sous ses doigts. Il ne pouvait le voir que par ses mains à cause de son masque.

Holmes tenta tant bien que mal de faire comprendre à son ami qu'il voulait qu'il lui enlève cette bande de fer qui l'avait rendu aveugle si longtemps. Lorsque Watson devina ce qu'il désirait, il tourna la tête sur le côté pour que son ami puisse voir comment le lui enlever. Le médecin tenta de trouver un moyen de la desserrer. Il passa la main dans les cheveux de la tempe offerte par son ami. En soulevant les dernières mèches qui cachaient le masque, les plus proches de la bande de fer, il lâcha tout pour se reculer d'un pas dans un sursaut. Le poing plaqué sur sa bouche, il eut encore un haut le coeur.

En regardant la partie de la bande de fer qui passait au dessus de ses oreilles, il vit que le masque n'était pas serré comme il le pensait mais que des clous épais en forme d'agrafes le tenait enfoncé dans son crâne. A voir la déformation aplatie, il devina aisément qu'on les avait enfoncés au marteau. Watson vit Holmes tenter d'attraper sa main à l'aveuglette, le médecin finit par prendre la sienne. Il sentit son ami serrer sa paume tremblante autour de ses doigts avec difficulté, tentant de lui faire comprendre qu'il voulait qu'il le débarrasse de son masque de fer maintenant. Watson déglutit, il lui expliqua encore une fois que dans son état, il ne pouvait pas l'anesthésier de quelque façon que ce soit mais il ne voulait rien entendre. Voyant que Holmes commençait à s'agiter, comme si une crise de panique allait se déclencher, il attrapa la trousse à outils qu'il lui avait emprunté pour en sortir un tournevis.

Le coeur battant, la gorge et l'estomac noué à l'en faire souffrir, il releva ses longues mèches noires, plaquant sa main tremblotante sur sa tête, l'appuyant avec force mais délicatesse sur la table pour la garder immobile. Il vit le corps de Holmes se mettre à trembler plus violement, sa respiration devenait de plus en plus saccadée et bruyante, il appréhendait la douleur qui allait venir. Watson lui promit qu'il ferait le plus rapidement possible. Tentant de contrôler ses propres tremblements, il glissa la tête plate du tournevis sous la première accroche de métal. Prenant une dernière inspiration, il appliqua une forte pression pour soulever l'accroche. Le sang s'était mis à couler immédiatement, il sentit la douleur dans son torse, son estomac et sa gorge se décupler en entendant les hurlements de souffrance que Holmes poussait alors qu'il attrapait le poignet de sa main posée dans ses cheveux, le serrant de toutes ses forces sous l'atroce douleur qu'il ressentait. Dès la première accroche sautée, Watson s'attaqua immédiatement à la deuxième, la procédure toujours plus pénible. Les flots importants de liquide pourpre coulaient sur son masque, sa mâchoire et sur ses lèvres ainsi qu'entre elles, finissant dans son cou et sur la table. Watson vit que, fou de douleur, sous la souffrance, Holmes oubliait qu'il était là pour l'aider, il eut du mal à lui tourner la tête pour faire sauter les deux derniers clous. Son ami devait avoir l'impression de revivre ce qu'il avait enduré des mois durant mais il se devait de finir ce qu'il avait commencé, il fallait qu'il y mettre un terme une fois pour toute.

A peine la dernière accroche sautée, il vit Holmes saisir son masque pour se l'arracher et le jeter à terre. Lorsqu'il tenta d'ouvrir les yeux, il hurla en sentant une douleur lancinante qui lui sembla pire encore que celle qui émanait des profonds trous laissés dans son crâne par les clous arrachés. Toutes ces souffrances combinées lui donnaient l'impression que son crâne allait exploser. Il avait l'impression que même ses paupières étaient trop fines tant ses yeux étaient sensibles à la lumière à cause de la longue privation. Watson eut heureusement le réflexe de prendre son manteau pour lui cacher la tête dedans. Il serra ses bras autour de son crâne, le collant à son ventre pour qu'il arrête de se débattre alors qu'il poussait toujours des hurlements de souffrances qui étaient insupportables aux oreilles de son ami. Watson le garda serré ainsi contre lui jusqu'à ce qu'il se calme. Lorsqu'il eut assez d'attention de la part de Holmes, il lui dit de fermer les yeux autant qu'il le pouvait car il devait soigner les blessures sur son crâne.

En donnant le signal à Holmes qu'il allait retirer son manteau de son visage, il sentit tout son corps trembler. Dans sa hâte, il n'avait rien pu apercevoir du faciès de Holmes, il ignorait dans quel était il était. En retirant le manteau, il ne put retenir un soupir de soulagement en voyant qu'il était intact. Il se dépêcha de prendre deux pièces de tissus pour tenir le visage de son ami et essuyer le sang qui coulait des côtés de sa tête. Une fois les flots stoppés, il lui en laissa une pour cacher son visage dedans le temps qu'il nettoie ses nouvelles plaies et les recouse. Il dit à Holmes de garder les yeux fermés alors qu'il lui prenait le tissus couvert de sang des mains.

Il savait que ses yeux privés de lumière pendant si longtemps étaient trop fragiles, sur le coup, il n'y avait pas pensé. Cela pouvait être dangereux, privés de luminosité pendant tant de temps, ils étaient devenus si sensibles qu'une exposition trop brutale pourrait le rendre aveugle définitivement. Il fallait qu'il laisse ses yeux se reposer et qu'il s'habitue de nouveau à la lumière petit à petit, cela prendrait sûrement plusieurs jours, voir quelques semaines. Il expliqua tout cela en détails à son ami plusieurs fois car il semblait ne pas l'entendre. Dès qu'il donna signe qu'il comprenait, Watson alla prendre une bande de tissus blanc pour lui couvrir les yeux en la passant plusieurs fois autour de son crâne sans trop appuyer pour ne pas que cela soit inconfortable. Holmes ne pourrait certainement rien voir, ne recevoir aucune lueur à travers le bandage. Il lui dit qu'il pouvait les rouvrir, qu'il ne devait pas paniquer s'il ne voyait rien.

Il vit Holmes passer ses mains sur son visage qu'il n'avait sûrement plus touché depuis longtemps. Il l'attrapa ensuite pour commencer à refaire de même avec le sien, n'arrivant toujours pas à croire qu'il n'était pas qu'une hallucination. Durant les heures qui suivirent, Watson s'occupa de Holmes, trop faible pour faire quoi que ce soit de lui même dans l'état dans lequel il se trouvait. Il était à présent nettoyé, habillé, le médecin avait tenté de le convaincre de se nourrir mais il ne pouvait lui en vouloir d'être sceptique et méfiant après ce qu'il avait vécu. D'autres auraient encore moins supporté tout cela, beaucoup y auraient perdu la vie. Rien que le fait qu'il finisse par accepter de se nourrir, même si ce n'était que très peu, semblait déjà un pas miraculeux. La seule chose qui passait ses lèvres sans problèmes, car il lui était facile de sentir si quelque chose y était caché, était de l'eau dont il avait atrocement besoin, son corps était dans un état de déshydratation avancée qui aurait été fatal pour beaucoup d'autres.

Holmes était à présent dans sa chambre. Les yeux bandés, il passait de temps à autres les mains dans ses cheveux mouillés pour se rendre compte de leur longueur. Toujours aussi inégales, il sentait les plus longues mèches tomber entre ses omoplates et jusqu'à la moitié de son torse. Le reste du temps, il gardait les mains l'une dans l'autre, ne cessant de les mouvoir et de toucher ses doigts comme s'il avait oublié à quoi ils lui servaient. D'ailleurs, il n'arrivait plus à serrer quoi que ce soit de façon normale. En tentant de tenir un verre, il l'avait fait tomber, il en avait brisé un autre en le serrant trop fort et d'une manière trop gauche. Watson lui parlait mais il semblait ne pas y prêter attention.

Le médecin regardait son ami alors qu'il tentait de le garder conscient en lui parlant de tout et de rien. Habillé ainsi, il ressemblait déjà plus à lui même. Même s'il était facile de se rendre compte que sa carrure était fragile à travers ses habits, il était impossible d'imaginer l'ampleur des dégâts. Ses mains et quelques marques sur son cou de coupures et de strangulations trahissaient ses blessures. Il n'arrivait toujours pas à dire un mot, d'ailleurs il avait cessé de communiquer depuis plus d'une heure. Il ne réagissait plus à aucun appel, il se contentait de continuer à garder ses mains l'une dans l'autre comme pour en reprendre conscience et le contrôle, quand elles ne touchaient pas la longueur de ses cheveux, ou tentaient de serrer sa chemise.

Watson était épuisé, il avait besoin d'une nuit de sommeil ou plutôt d'une journée, le jour commençait à se lever dehors. Au moment où il se leva pour quitter la pièce et se retirer dans sa propre chambre, il vit Holmes tourner la tête vers lui.

"Vous voulez quelque chose? Si vous désirez boire ou vous nourrir, dites le moi."

Il vit Holmes secouer la tête de gauche à droite.

"Avez-vous besoin d'autre chose?"

Watson vit que son ami restait immobile comme s'il ne l'entendait déjà plus, qu'il avait de nouveau cessé de communiquer. Au moment où il allait enclencher un pas pour sortir de la pièce, il vit Holmes se trainer tant bien que mal jusqu'au bord de son lit, se redressant du mieux qu'il put pour attraper sa ceinture d'une main pour s'aider un peu plus dans sa tâche, tremblant sous l'effort. Une autre main attrapa sa chemise, pour faire de même, jusqu'à ce qu'il soit pratiquement assis. Il ferma les deux poings sur le vêtement de son ami pour laisser tomber sa tête contre l'estomac de Watson. Le médecin sentit son coeur se serrer. Il avait du mal à croire que c'était bien Holmes qui lui faisait face, qui paraissait si vulnérable, si fragile. Il semblait qu'il ne lui restait plus rien, rien à part lui et qu'il s'accrochait avec autant d'acharnement à lui qu'à la vie. Watson lui aussi n'avait plus grand chose à part lui. Il passa une main sur ses yeux ensommeillés, poussant son ami dans son lit pour s'allonger à ses côtés pour que tous deux prennent leur premier repos depuis près d'un an, ensemble.