Il se passa deux heures avant que Holmes ne se réveille. A peine eut-il ouvert les yeux derrière ses bandages qu'il tenta de se redresser mais Watson, attendant ce moment qui devait arriver d'une seconde à l'autre, se précipita sur lui, lui posant une main sur le torse pour l'en empêcher, il lui expliqua ensuite la situation. Il lui raconta qu'il avait dû lui faire trois fractures sur les anciennes pour remettre ses os en place, que la douleur qu'il devait ressentir venait de là, qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Il lui fit avaler une fiole de Morphine qu'il avait préparée pour la lui donner au réveil.

Holmes se laissa faire sans rien dire, sortir de l'anesthésie était loin d'être facile. Nauséeux durant quelques secondes, il ignora où il était ou de quel moment de la journée il s'agissait. De plus, il était agressé dès le réveil par son ami qui lui avait littéralement sauté dessus, avec de nouvelles blessures qu'il ne s'attendait pas du tout à avoir. Plus il émergeait et touchait terre, plus son bras gauche le brûlait, il avait l'impression qu'il était en feu, la douleur était atroce. Celle de ses poignets qu'il savait mis à vif était aussi importante, mais pas aussi intense que dans les os de son bras. Il constata avec un certain soulagement qu'il arrivait sans problème à fermer sa main gauche, la bouger. Néanmoins, lorsqu'il le faisait, il sentait la douleur aux niveaux exacts des fractures s'intensifier à en devenir insupportable durant la courte période de temps où il faisait, ou plutôt tentait un mouvement. Watson était très doué dans ce qu'il faisait, il savait que dans la majeure partie des fractures, lorsqu'elles étaient involontaires ou volontaires pour replacer un os, il était rare qu'il soit si facile de bouger l'extrémité du membre brisé, à part s'il était remis parfaitement en place.

Au fil des minutes, Holmes sentit la douleur partir petit à petit jusqu'à presque disparaitre, ne lui laissant plus qu'une gêne, un engourdissement et l'étrange sensation de reposer sur du coton. Il bougea de nouveau sa main et ses doigts dont il recommençait à avoir conscience, la douleur intolérable que ces mouvements produisaient tantôt avait été remplacée par une simple tension désagréable et inconfortable.

Il se redressa avec précaution, tentant de garder immobile contre lui son bras blessé. Une fois assis, il tâta ses poignets bandés, soulagé de ne plus sentir ces affreuses menottes de métal épais qui l'avaient hanté des mois durant. Il s'approcha ensuite du rebord du lit pour tenter de se lever. Watson savait qu'il était inutile d'essayer de lui faire comprendre qu'il devait rester allongé. Il se colla littéralement à lui pour pouvoir le rattraper si une quelconque chute s'annonçait. Avec son bras fraîchement brisé, il ne fallait pas qu'il tombe avec une telle violence, cela bougerait sûrement ses os à nouveau.

A son plus grand étonnement, il vit Holmes réussir à se redresser. Celui-ci tenta un pas mais ses jambes trop faibles cédèrent à moitié, lui laissant le temps de se rattraper seul en s'adossant à moitié au mur, à moitié au sommier de son lit. Watson lui répéta plusieurs fois qu'il devrait s'asseoir mais le détective ne voulait rien entendre. Il restait planté sur ses jambes, elles semblaient comme bloquées dans leur position actuelle afin qu'il puisse ainsi rester debout.

Watson poussa un soupir en adressant un sourire à son ami. Il savait qu'il était incroyablement borné, têtu, mais c'était une partie de lui qui, même si elle le rendait fou, lui avait incroyablement manqué. Cela le faisait rire de penser que cette partie insupportable de lui, si fière, si tête de mule, qui le rendait fou au point de hurler en l'air des insultes, des menaces et des mises en gardes inutiles, pouvait lui avoir manqué à ce point. C'était une des facettes de la personnalité de Holmes qui faisait le plus de lui ce qu'il était. Voir qu'elle avait survécu à son traumatisme le rassurait, le soulageait énormément. Elle lui rappelait que, malgré tout, son Holmes avait survécu et qu'il était bien là derrière toutes ces blessures, ces cicatrices, ce traumatisme, ces cauchemars. Il s'éloigna quelques seconde pour prendre sa canne et la tendre à son ami.

"Tenez."

Watson sentit Holmes poser à l'aveuglette sa main sur son bras pour le saisir au niveau de son coude, la laissant ensuite glisser le long de son avant bras, pour commencer à se resserrer au niveau de son poignet puis un peu plus sur sa main, finissant par saisir la canne d'ébène. A peine l'eut-il attrapée que si Watson n'avait pas eut un réflexe de survie développé, il se la serait prit en pleine figure. Le médecin, qui avait fait un bond sur le côté, regarda son ami d'un air surpris. Malgré les bandages qui couvraient une bonne partie de son visage, il pouvait deviner que Holmes était incroyablement mécontent et vexé, voir même en colère.

"Mais qu'est-ce qui vous prend?! Vous êtes complètement fou!"

Le médecin vit son ami, la mâchoire serrée, commencer à lui faire signe.

" Je regrette d'être dans l'incapacité de vous voir pour vous jeter cette chose en travers de la figure, je ne vous aurait pas raté. Vous m'avez peut-être brisé le bras gauche mais n'oubliez pas que le droit est intact et que je suis toujours en mesure de vous coller mon poing dans la figure. "

- Puis-je savoir ce que j'ai fait pour mériter un tel sort ?

" Je ne suis pas faible et encore moins un handicapé. Si je marche, c'est sur mes deux jambes, pas à l'aide d'une troisième patte en bois. "

Watson se passa la main sur le visage d'un air dépité. Holmes était bel et bien toujours là, un jour sa fierté le tuerait.

"Il n'y a pas de honte à avoir besoin d'une canne...

" Je n'en ai pas "besoin". "

- D'accord, d'accord. Il n'y a pas de honte à marcher avec une canne, presque tous les hommes dans la rue en ont une et n'en ont pas besoin. C'est un accessoire de mode de notre époque.

" Vous sous-estimez la distance entre mon pied et vos fesses... "

- Qu'ai-je encore dis?

" Après l'insinuation comme quoi j'ai "besoin" d'une de ces choses pour tenir debout, vous commencez à essayer de me rassurer en me disant que c'est "un accessoire de mode de notre époque"... auriez-vous récemment fait une chute qui a endommagé votre cervelle de moineau? "

- Cervelle de moineau?!

" Ces deux raisons que vous me donnez sont les plus inaptes à me convaincre d'utiliser cette chose. Vous me décevez, se pourrait-il qu'en huit mois de séparation vous m'ayez déjà oublié ? J'en ai le coeur brisé. "

- Comme je vous crois...

" Vous devriez. "

Watson garda la silence à la dernière remarque muette de son ami. Sur le visage de celui-ci passa un sourire diabolique durant une fraction de seconde avant de prendre une moue qui se voulait déçue.

" Vous êtes un médecin médiocre... "

Watson resta bouche bée, incapable de former une réponse. Le rictus narquois et fier de Holmes finit de lui faire regretter d'avoir pu penser une seconde que cette partie de lui ait pu lui manquer.

" Mais pas autant que vos... "talents d'écrivain. "

Profondément vexé, Watson fut tenté un instant d'étrangler son ami. A peine eut-il commencé un mouvement de menace qu'il le vit lui faire signe.

" Je suis blessé! "

Holmes désigna son bras emprisonné dans son écharpe et ses bandages, stoppant net le médecin. Il lui adressa un nouveau rictus encore plus fier et satisfait de lui-même qui agaça profondément Watson. Celui-ci poussa un long soupir en se pinçant l'arrête du nez pour tenter de se faire une raison.

"Au moins vous allez mieux, vous êtes déjà insupportable.

" Ne soyez pas blessant... je suis sûr que cela vous a manqué, je me dois de rattraper le temps perdu. "

Le détective adressa un essai de sourire au médecin en posant sa main libre sur le torse de son ami, tâtant pour trouver son visage pour appliquer une caresse brève sur sa joue comme pour se faire pardonner de n'être qu'un importun de première.

" Soyez gentil, à présent aidez-moi à marcher "

Watson ne put retenir un vif éclat de rire.

"Alors comme ça, vous refusez une canne mais vous voulez tout de même bien de mon aide?

" Exactement. "

Le médecin secoua légèrement la tête avant de passer un bras autour de la taille de son ami alors que celui-ci prenait appui en passant le sien autour de ses épaules. Tout deux passèrent ainsi plusieurs heures à habituer Holmes à marcher de nouveau.

oOo

Près de deux nouvelles semaines avaient passé. Durant celles-ci, Watson avait mis Lestrade au courant de la survie de Holmes, lui avait aussi dit qu'il était mal en point et qu'il vaudrait mieux qu'il ne le voit pas dans cet état. Il avait aussi repris le travail, même s'il lui arrivait souvent de remonter à leur appartement pour voir dans quel état Holmes était. Même s'il allait mieux, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Ce qui l'effrayait sans doute le plus était son état psychologique. Même s'il tentait de se montrer le plus naturel possible, il s'inquiétait des absences qu'il lui arrivait d'avoir, des moments pendant lesquels il ne semblait plus rien voir ni entendre de ce qu'il se passait autour de lui. Il lui arrivait d'être totalement amorphe durant ces périodes mais aussi parfois de bouger, de se tordre dans tout les sens. Occasionnellement il semblait souffrir, d'autres fois, la majorité du temps en fait, il n'arrivait pas à savoir ce qu'il pouvait ressentir. Même Holmes avait du mal à lui décrire ces crises, il le ferait sûrement lorsqu'il trouverait les mots pour cela.

Ces crises l'inquiétait, mais ce qui lui l'effrayait le plus était que Holmes lui-même lui avait confié qu'il avait peur car il pensait devenir ou être fou. Il lui arrivait d'entendre des bruits ou des voix, ainsi que de sentir des présences malsaines. Néanmoins, lorsque Watson était dans la même pièce que lui, Holmes lui disait ne rien ressentir ou entendre de ce genre-là. Ses cauchemars aussi étaient épuisants, il lui arrivait de se réveiller dans un état de panique et d'hystérie totale qui ne se calmait que bien des minutes plus tard.

Il y avait néanmoins quelques points positifs. Holmes arrivait de nouveau à marcher seul. Il tenait sans aucun problème sur ses jambes. Il déambulait dans leur appartement de la même manière que s'il pouvait voir ce qui l'entourait. Le premier jour, il lui arrivait de passer ses mains sur les murs ou les meubles pour les localiser de nouveau et percevoir ce qui avait pu changer mais depuis, il marchait entre les pièces comme il l'aurait fait avant. Son corps se régénérait rapidement, il avait déjà repris un poids presque normal. Cela n'étonnait pas Watson, qui le voyait engloutir tout ce qui lui passait sous la main. Holmes tenait fermement à retrouver un poids respectable rapidement et parlait déjà de retravailler sa musculature qui lui tenait tant à coeur lorsque son bras brisé serait totalement ressoudé.

Ce jour-là était un jour que Watson attendait avec beaucoup d'appréhension. Il ne l'avait pas dit à Holmes, cela ne lui apporterait rien sinon de nouvelles souffrances mais il se devait de retourner voir son tortionnaire. Il savait que ce monstre ne serait pas exécuté avant plusieurs semaines. Venant d'une famille riche et noble, malgré qu'il ait pu accomplir les pires atrocités, tous faisaient en sorte de retarder l'échéance. Ajouté à cela le fait que tout les meurtres qu'il avait commis avaient besoin de plus d'éléments, certaines affaires n'étant pas totalement résolues. Jamais il n'avait donné de raison pour ces barbaries. La presse s'en donnait donc à coeur joie, imaginant les plus incroyables histoires, tentant de deviner ce qui avait pu conduire le cerveau malade d'un homme à imaginer faire de telles choses.

Cependant cet homme avait demandé à le voir, il ignorait pourquoi. Il avait aussi sollicité qu'il soit là pour son exécution, qu'il soit le médecin qui le déclarerait mort. En arrivant à la prison où il était gardé, la plus sûre qui soit, les cellules n'étant pas fermées par des barreaux mais par des portes de métal, il sentit une étrange sensation lui enserrer la poitrine. Il savait que la plupart des personnes, autre que des policiers, ayant foulé ces couloirs étaient les pires assassins que l'Angleterre avait connu. Lorsqu'on le fit pénétrer dans la cellule où il entra seul, il sentit de nouveau la haine faire bouillir le sang dans ses veines. Il se rappelait encore de l'état dans lequel il avait retrouvé Holmes et c'était l'homme debout, dos à lui qui avait fait cela. A l'autre bout de la pièce, les menottes aux poignets attachées au mur en face, Quin ne daigna pas se retourner. En combinaison grise de prisonnier mais toujours impeccablement coiffé et rasé, il regardait par le trou aux barreaux verticaux qui lui servait de fenêtre, silencieux.

"Sherlock Holmes nous a échappé juste après notre première rencontre, n'est-ce pas ?"

Watson sentit son coeur cogner de plus en plus fort et douloureusement dans son torse. Ses mains le brûlaient tant il avait envie d'étrangler l'homme face à lui.

"Vous méritez pire que la mort qui vous attend après ce que vous avez osé lui faire... la pendaison est trop douce, vous mériteriez de souffrir autant, non, plus que ce que vous avez osé le faire souffrir! Pourquoi, comment avez vous pu faire de telles choses?! Aucun Être Humain digne de ce nom n'en serait capable, seul un monstre peut faire ce genre d'atrocités et encore...

- N'est-ce pas?"

Le médecin se stoppa net. Il se sentait trembler de rage en entendant la voix toujours aussi calme du meurtrier qui lui faisait face alors qu'il avait totalement ignoré ce qu'il avait pu lui dire.

"Je devine à vous voir qu'il a survécu. Après ce qu'il a bien pu vivre, cela ne manque pas d'un certain panache. Pour le reste Holmes n'est qu'une victime... comme tous les autres."

Watson sursauta presque en voyant Quin se retourner vers lui. Ce qui était le plus effrayant était son regard. Il aurait trouvé presque "normal" ou effrayant d'y voir de la folie... mais la normalité qu'il avait dans le regard le tétanisait littéralement sur place.

"C'est si facile de créer une victime Monsieur, si facile... vous enfermez quelqu'un dans une pièce noire, il commence à souffrir. Nourrissez cette souffrance de façon méthodique, systématique et froide et que cela dure, notre sujet passe par des états multiples. Au bout d'un temps, son traumatisme, cette petite fissure si facile à fabriquer, lui fait voir et entendre des choses qui n'existent pas."

Watson se sentit pris d'une violente nausée. Il osait parler de Holmes comme s'il n'était qu'une expérience parmi d'autres, un animal chez lequel on observe des réactions fascinantes. Il n'avait jamais rien entendu d'aussi horrible et répugnant.

"Qu'est-ce qu'il voit et entend, votre pauvre Sherlock?"

La haine prit le pas sur le dégoût qu'il ressentait de voir cet homme oser appeler son ami par son prénom. Il voyait Quin le regarder avec insistance.

"Quoi, il ne voit rien? N'entend rien? Ne ressent rien? Pas même quelques monstres? Des choses qui voudraient lui faire du mal?"

Watson sentit son estomac se nouer violemment en se rappelant ce que Holmes lui avait confié. Le meurtrier en face de lui le regardait d'une telle manière, il semblait attendre une réponse vocale de lui.

"Des voix... des présences...

- Voilà. Des voix, des présences. La fille que vous avez retrouvée avec mon couvercle de montre sur elle, Maryjane Johnson, elle voyait des insectes, des blattes, des cafards partout qui couraient sur elle, elle se serait tranchée le bras plutôt que de supporter ça. Je le sais, beaucoup des blessures qu'elle portait, elle se les étaient faites elle-même pour fuir ses cauchemars, ses illusions qu'elle était persuadée de réalité."

Watson déglutit en voyant Quin faire quelques pas avant de lui faire de nouveau dos au même endroit qu'avant, gardant le silence quelques secondes.

"Les gens n'envisagent plus de souffrir Monsieur, le monde est ainsi fait qu'il n'y a plus que des victimes... les Martyrs sont très rares..."

Watson sursauta, reculant jusqu'à la porte de métal en voyant Quin se retourner brusquement. Son expression avait changé, il portait sur son visage et dans sa voix une adulation effrayante tant elle était dénuée de sens.

"Un Martyr, ça c'est autre chose! Un Martyr est un Être exceptionnel Monsieur! Il survit à la souffrance, il survit à la privation de tout! En charge des maux de la terre... il s'abandonne... il se transcende... vous comprenez ce mot? Il se transfigure."

Les mâchoires du médecin demeuraient soudées. Cet homme qui paraissait si normal était fou, totalement fou. Il aurait voulu s'enfuir mais il était incapable de faire un geste, même lorsqu'il vit ce meurtrier faire quelques pas dans sa direction.

"J'ai fait la guerre, j'en ai vu! La plupart de ces gens ne croyaient pas en Dieu, pourtant si vous aviez vu... ils souffraient atrocement, je les ai vus, leur corps déchiquetés, étripés, je les ai vus juste avant de mourir, ils étaient encore vivants! Si vous aviez vu leurs yeux... puis dans les hôpitaux, des personnes, athées, sans histoires en phase terminale de maladies atroces, la Morphines, la Cocaïne, plus rien n'avait d'effet sur eux, des heures, des jours d'agonie, mais ils étaient encore en vie ! Cette expression... et leurs yeux, oui leurs yeux... tous, vous m'entendez? Ils étaient tous vivant au moment où je les ai vus! Et allez me dire après ça que le concept du Martyr est une invention des religieux... que j'ai tout essayé, même des enfants... il se trouve que les esprits sages... de logique, ces gens que l'on appelle des génies, étrangement, ceux-là sont plus aptes à douter de la véracité de ce genre de choses, sont plus sensibles à la transfiguration. Des gens comme votre ami."

De nouveau Watson sentit sa mâchoire inférieure trembler de rage en serrant les poings. Comble de tout, Quin lui lançait un regard comme s'il lui en voulait de quelque chose.

"J'aurais pu le martyriser...

- Parce que ce n'est pas ce que vous avez fait?! Vous ne trouvez pas qu'il a assez souffert?! Est-ce que vous vous rendez compte, est-ce que vous avez vu ce que vous avez fait de lui?!"

Watson sentait une rage folle monter en lui. Il aurait voulu pouvoir tuer de ses mains l'homme qui lui faisait face. Il ignorait ce qui le retenait d'achever ce meurtrier qui gardait sur le visage une expression si calme.

"C'est le seul qui ait atteint ce stade, qui soit allé si loin, qui était si proche... j'aurais pu faire de lui un Martyr, un vrai, si j'avais pu finir ce que j'avais à faire mais vous m'avez tout enlevé avant que je ne puisse le faire. Sa souffrance physique et mentale, la dégradation, le dégoût, la répulsion, tout cela est le prix à payer pour "voir".

- Voir quoi?!"

Quin le regarda, amusé qu'il soit dans l'incapacité de comprendre.

"Quelque chose que seuls les aveugles peuvent le voir, les sourds l'entendre, les muets le décrire. Peut-être qu'un jour vous comprendrez.

- Il n'y a rien à comprendre à part que vous êtes totalement fou! Jamais au grand jamais je ne pourrai comprendre ce que vous avez osé faire à mon ami!"

Le meurtrier lui adressa de nouveau un léger sourire en le regardant avec insistance durant quelques secondes avant de se remettre à parler.

"Vous vous aimez tant... ce n'est que votre nom qu'il prononçait en suppliant pour de l'aide, ce n'est que votre nom qu'il entendait et appelait dans ses crises de démence."

Quin le regarda étrangement, comme s'il venait lui-même de comprendre quelque chose qui l'amusait incroyablement.

"Je comprends... vous l'aimez et... il vous aime... c'est pour ça que vous étiez si acharné, enragé.

- J'ignore quelles pensées vous traversent l'esprit et je ne tiens pas à les savoir. C'est mon ami, un compagnon fidèle, un homme à qui je me suis attaché durant les années où je l'ai connu. Vous, vous ne connaitrez jamais cela, vous ne pourrez jamais comprendre ce genre de lien !

- C'est presque trop parfait... l'Amour, ah oui, l'Amour peut faire encore plus souffrir un homme que ce que j'ai pu faire subir à quiconque... il se peut même que vous terminiez mon oeuvre...

- Jamais je ne le ferai souffrir au point que vous l'avez fait souffrir...

- Vous en êtes sûr seulement parce que vous l'aimez?"

Watson serra les dents, il se retourna pour ouvrir la porte pour partir sans répondre. Il n'avait plus rien à dire ou entendre de cet homme dont les "expériences" alternaient gravement à la limite de la science et de l'occulte. Malheureusement, à leur époque, ceux-ci étaient nombreux. Il rentra chez lui au pas de course pour retrouver son ami qui l'attendait dans leur salle de vie, fumant tranquillement sa pipe comme il le faisait avant. En l'entendant, il vit Holmes se lever et se diriger vers lui comme s'il était capable de voir autour de lui. Watson tenta de paraitre détendu, sans succès. Il sentit la main du logicien se poser dans son cou pour remonter sur son visage pour en redessiner chaque détail comme il avait l'habitude de le faire.

" Qu'est-ce qui ne va pas ? "

Watson eut un léger sourire en voyant que son ami, même sans le voir, devinait son état d'esprit. Il savait parfaitement que cette habitude de redessiner chaque contour de son visage de ses doigts lorsqu'il rentrait du travail ou sortait un long moment était sûrement pour un certain plaisir de sentir sa peau et sa présence mais surtout pour savoir comment il allait. Les mains de Holmes voyaient au moins aussi bien que ses yeux, il pouvait deviner son état d'esprit et l'expression sur son visage rien qu'en l'examinant de ses doigts. Il n'avait plus ses yeux pour voir ce qu'il pouvait ressentir, il pouvait entendre les vibrations de sa voix et sa façon de parler mais il s'informait de l'intensité de ses sentiments en touchant les muscles de son visage au travers de sa peau.

"Une journée difficile au travail, rien de plus, vous savez ce que c'est."

Watson sentit la main chaude et rassurante de Holmes se poser sur sa joue pour laisser son pouce caresser sa pommette. Ce simple geste lui remonta le moral, il se sentait soutenu et apprécié, il savait qu'il y avait quelqu'un pour s'inquiéter pour lui. Il alla s'asseoir dans son fauteuil aux côtés de son ami, il n'arrivait pas à se sortir totalement de la tête son entrevue avec Quin.

"Comment va votre bras?"

Holmes le sortit avec précaution de son écharpe pour le déplier et le bouger avec lenteur pour montrer qu'il allait de mieux en mieux.

"Content de voir qu'il guérit bien.

" Oui, finalement vous n'êtes pas un si médiocre médecin. "

- Vous êtes la représentation même de l'homme avare en compliment...

" En ce moment, je suis surtout la représentation de l'expression "La Justice est aveugle". Peut-être aussi "le silence est d'or". "

Watson se passa une main sur le visage à moitié dépité, à moitié amusé alors que Holmes lui, riait aux éclats de sa blague pitoyable. Il regarda quelques secondes son ami. Il était bon d'entendre son rire et de voir un tel sourire illuminer son visage. Cette image et ce son lui gonflaient le coeur d'une chaleur agréable et rassurante. Il regardait toujours Holmes avec admiration. Il se demandait comment il pouvait arriver à rire ainsi de son malheur. Il avait vécu pire que la mort mais le voilà ainsi quelques semaines plus tard à se moquer de ses séquelles. Watson vit Holmes tendre la main vers lui pour laisser ses doigts caresser son sourire, lui en adressant un en retour.

" Voilà qui est mieux. "

Le sourire du médecin s'élargit. Il observa son ami lui faire signe.

" J'aimerais voir votre sourire. "

Watson resta interdit quelques secondes avant de répondre à Holmes qui avait la tête tournée vers lui, comme s'il pouvait le voir.

"Bientôt vous le pourrez. Je pense que vos yeux seront bientôt en mesure de supporter de nouveau la lumière."

Le médecin se sentait toujours coupable d'avoir ainsi laissé une dispute le laisser dans l'ombre, ne pas avoir pu l'aider avant plusieurs mois. Quelques minutes silencieuses passèrent avant que Watson n'entende un bruit de claquement de doigt pour attirer son attention.

" Arrêtez de vous en vouloir ainsi Watson. Je vous l'ai déjà expliqué. Je suis détective, c'est mon métier, je sais que parfois je suis dans des situations dangereuses à la limite du suicidaire. Vous, vous êtes médecin. Je peux vous demander de m'assister mais parfois, même si vous le désirez, je ne vous laisserais pas venir avec moi. Ce n'est pas votre métier de vous mettre dans des situations pareilles, si dangereuses, de faire ce que je fais. C'est le mien. "

Watson garda le silence encore quelques secondes, observant son ami.

" Je voudrais que la première chose que je vois soit votre sourire. "

Le médecin sourit en voyant les nouveaux signes accomplis par Holmes.

" Si vous vous moquez de moi, n'oubliez pas que j'ai toujours le bras droit intact pour vous coller une raclée"

- Ne vous surestimez pas, n'oubliez pas que vous êtes toujours aveugle."

A peine eut-il dit ces mots qu'il sentit la main de son ami se refermer sur sa chemise d'une poigne ferme et puissante, le mettant en garde de le mettre au défi.

"Je n'ai rien dit, je retire!"

Satisfait, le détective le lâcha avant que Watson ne finisse ce qu'il avait à dire.

"De toutes façons, je ne me bats pas contre les handicapés..."

Watson se leva de justesse pour s'enfuir alors que Holmes avait déjà balancé sa main droite vers lui pour l'agripper, le manquant de peu. Enfin capable de marcher, il se leva pour s'élancer dans une poursuite aveugle de son ami dont il tenait à lui faire regretter de l'avoir insulté de la sorte.


Voilà pour le troisième chapitre :D ! J'espère qu'il vous a plut même s'il est un peu psychopathe sur les bords sur cetains points x).

Réponse à mes Reviewers sans compte :

WeePea : Oui je voulais que cette histoire soit bouleversante, par contre, magnifique de sensibilité... je ne pensais pas qu'on me dirait ça a propos d'elle x'D ! Enfin, surtout à cause de la dose en atrocité du premier chapitre. Je travaille beaucoup sur la description des sentiments, j'aime beaucoup même si c'est compliqué. Merci de me lire, je suis content que mon autre histoire t'ai plut, si tu en as le temps et l'envie, laisse moi une review dessus pour me dire pourquoi tu l'as aimé, ça m'intéresse de savoir :P.

Mahare : Tieeeeeeens un fantôme x'D! Bah laisse moi une review sur le dernier chapitre de "Rien n'est Absolu" pour que je sache ce que t'en pense (oui crevard jusqu'au bout je sais x'D!) je suis content que tu l'ai aimé et que tu aimes celle-ci :). Donne-moi ton avis :P

Luna : Ah un autre fantôme x'D! Oui je sais, j'aime faire souffrir mes persos préférés (y'en a qui doivent avoir peur pour mon copain là XD). Je fais le Lemon quand je veux 8D!