Les jours suivants semblaient se passer de la même manière que les autres. Un peu plus d'une semaine plus tard, Watson retira l'écharpe puis les bandages du bras de Holmes qui s'était ressoudé. Tous deux avaient ensuite décidé d'aider le détective, lentement mais sûrement, à retrouver la vue. Chaque jour, ils retiraient une couche de tissus autour des yeux de Holmes pour qu'ils se réadaptent progressivement à la lumière. Sa voix elle aussi se débloquait petit à petit. Quelques paroles arrivaient à se dégager de sa gorge enrouée, il n'arrivait à parler que sous forme de murmures qui, chaque jour, à force d'entrainements, s'amplifiaient. Dès qu'il eut retrouvé l'usage de son bras, Holmes avait même recommencé à jouer du violon. Son handicap visuel ne le gênait guère, il n'avait pas besoin de ses yeux pour ça, il connaissait son vieux Stradivarius par coeur.

Cette nuit-là était spéciale, tout deux l'appréhendaient sans réellement en avoir vraiment parlé. Ils allaient retirer la dernière couche de bandage qui recouvrait les yeux de Holmes. Ils avaient choisi la nuit car la lumière était moins agressive, les yeux du détective seraient donc moins sollicités, il aurait moins de chance de les sentir douloureux.

C'était à Watson que revenait la lourde tache de simplement dénouer la dernière bande de tissus qui cachait les yeux de son ami. Il attendait ce moment depuis longtemps comme il le redoutait. Cela faisait presque un an qu'il n'avait plus revu les iris sépias de Holmes. Ces yeux si pleins de vie, si pétillants de malice, qui brillaient d'autant plus lorsqu'il trouvait la solution à une enquête ou avait une idée derrière la tête. Ces yeux qui avaient à eux seuls rendus fous des dizaines de personnes de par le défi qu'ils portaient en eux, leur fierté. Des yeux au regard si perçant qu'il était presque impossible de le soutenir, à qui jamais rien n'échappait. Des yeux parfois si durs, à d'autres moments si doux. Des yeux qu'il avait peur de voir ternis par le traumatisme vécu par leur propriétaire.

Il craignait cet instant pour cette dernière raison mais aussi car il savait qu'à partir du moment où il aurait retrouvé la vue, son ami pourrait voir ce qui avait été fait à son corps, toutes ces mutilations dont il avait senti la souffrance sans jamais voir leurs conséquences. Il ignorait la réaction que Holmes aurait en voyant les cicatrices qui recouvraient presque la totalité de son être.

Watson glissa ses mains dans les cheveux du détective. Le coeur battant de plus en plus, il retira lentement le dernier bandage, assez lentement pour qu'il puisse l'arrêter à tout moment. Une fois son visage totalement dégagé, il vit que celui-ci gardait ses paupières fermées, sûrement en attendant que la bande de tissus soit totalement retirée, au cas où ses yeux seraient douloureux derrière leur protection de peau fine.

Après quelques secondes, Watson ne put retenir un large sourire en voyant son ami ouvrir les yeux, exactement les mêmes qu'il avait avant qu'ils ne se quittent. Il sentit son coeur se gonfler d'une douce chaleur en redécouvrant ces yeux bruns qui lui avaient tant manqués. Il vit Holmes lui rendre son sourire en passant encore une fois une main sur son visage pour en redessiner chaque contour. Ses yeux redécouvraient chaque petit détail de ce visage qu'il n'avait pas vu durant près d'un an, au même rythme que ses doigts.

"Je vous vois."

Ces simple mots murmurés par sa voix grave suffirent à faire vibrer le coeur du médecin. Watson noua ses bras autour du cou de Holmes pour le serrer avec force contre lui. Le détective posa ses mains sur les omoplates de son ami pour lui rendre son étreinte en lui glissant quelques mots à l'oreille.

"Vous m'avez manqué.

- Vous m'avez manqué aussi."

Quelques minutes passèrent avant qu'ils ne se décollent l'un de l'autre pour observer mutuellement leur visages qu'ils n'avaient pas pu voir depuis des mois. Watson sentit les doigts de Holmes se poser sous son menton pour le relever légèrement en lui adressant un sourire amusé.

"C'est très aimable à vous de vous être rappelé que je tenais à voir votre sourire quand j'ouvrirais les yeux.

- Il n'y a pas de quoi, c'est venu plus naturellement qu'autre chose."

Soudain, Watson vit les yeux de son ami se baisser légèrement, se plissant une seconde en pinçant ses lèvres. Il regardait la main qui tenait son menton. Le médecin déglutit en voyant le moment qu'il appréhendait le plus arriver. Il regardait Holmes observer rien que les cicatrices qu'il portait sur ses mains et ses doigts. Watson le vit soupirer en lui adressant léger sourire en coin.

"Je vois... je devine que mon corps tout entier est couvert de la même manière, je me trompe?"

Watson acquiesça, baissant légèrement les yeux. Il se sentait toujours coupable de ce qui lui était arrivé. Il sentit de nouveau Holmes lui relever la tête en posant ses doigts sous son menton pour l'obliger à le regarder dans les yeux.

"Arrêtez de vous en vouloir ainsi. Au moins, dites-vous que mon visage dont la perfection n'a d'égale que la beauté est intact, je ferai toujours chavirer tous les coeurs."

Watson ne put retenir un rire amusé par la remarque.

"Effectivement.

- Je n'ai jamais douté que mon charme incomparable vous garderait toujours à mes pieds.

- Ne rêvez pas trop non plus Holmes."

Le détective lâcha son ami en lui adressant l'expression la plus indignée qui soit.

"Oh ! Goujat ! N'avez-vous donc aucune honte de me briser le coeur ainsi? L'humain a besoin d'espérance pour vivre!

- Vous ressentez uniquement le besoin que votre égo reste intact pour vivre Holmes.

- Seigneur, comment peut-on être si froid lorsque l'on est si beau?"

Watson adressa un regard ennuyé à son ami en secouant la tête. Il n'arrêterait donc jamais de faire le pitre. Il vit Holmes prendre une expression plus sérieuse en lui adressant de nouveau la parole.

"Je pense qu'il me faut prendre conscience des cicatrices que les blessures que j'ai subies ont pu laisser.

- Vous tenez à le faire maintenant ?

- Le plus tôt sera le mieux. J'aurais besoin de vous."

Watson acquiesça brièvement. Il suivit Holmes jusque dans sa chambre dans laquelle il y avait un miroir assez grand pour qu'il puisse se voir en entier. Même si le détective tentait de le cacher, l'anxiété qu'il ressentait était palpable, au point de prendre une inspiration au moment d'ouvrir les yeux pour se voir alors que Watson s'asseyait sur son lit. Il portait toujours ses vêtements face à son reflet. Holmes ressentit une sensation étrange rien qu'en voyant de nouveau son visage. Après tout, cela faisait près d'un an qu'il ne l'avait pas observé alors qu'il l'avait vu tous les jours de sa vie, tous les jours dans le passé. Il rit doucement en se moquant de son reflet.

"Comme je m'y attendais, cette chevelure est tout bonnement ridicule.

- Ne soyez pas si dur envers vous-même.

- C'est juste... très étrange, rien de plus. Mon Dieu... bien."

Holmes se déplaça quelques secondes le temps de chercher quelque chose dans son capharnaüm. Il revint devant son miroir, un ruban à la main dont il ignorait totalement la provenance, sans doute tombé d'un livre trop maltraité. Il dégagea les cheveux de son cou et de sa nuque pour les attacher en une queue de cheval haute, laissant quelques-unes des mèches inégales, trop courtes, s'échapper pour tomber sur son visage ainsi que plus rarement sur son cou et sa nuque. Il ricana de plus belle.

"C'est encore pire... mais cela fera l'affaire."

Il s'approcha légèrement pour voir les cicatrices qu'il portait sur sa gorge et derrière ses oreilles ainsi que sur sa nuque. Il poussa un soupir presque imperceptible en voyant que rien que sur cette petite partie, leur nombre était déjà très important. Il défit lentement l'un après l'autre les boutons de sa chemise, observant à chaque étape toutes les cicatrices qui le recouvraient. Holmes déglutit difficilement en ouvrant les pans de sa chemise pour voir l'intégralité des balafres qui striaient la partie supérieure de son corps. Toutes étaient guéries. La peau rose plus ou moins foncée qui les recouvrait contrastait avec la pâleur de celle qui était intacte. Elles étaient si nombreuses que lui-même avait renoncé à les compter, cela était presque impossible. Elles s'alignaient les unes sur les autres, se recouvrant, se fondant l'une dans l'autre. Il aurait été impossible pour qui que ce soit de connaitre leur nombre exact tant il y en avait et au vu de la manière dont elles se formaient. Au moins, son corps avait retrouvé un poids normal, cela enlevait sûrement un peu d'horreur à cette image hideuse. Holmes gardait sa chemise sur ses épaules, il ne tenait sans doute pas à en voir plus. Watson se leva pour se placer derrière lui et faire glisser le vêtement sur ses épaules pour les découvrir puis sur ses bras. Le médecin entendit son ami rire doucement.

"J'essayais de tricher Watson."

Le médecin s'arrêta net, une boule dans la gorge à l'entente des mots de Holmes.

"Désolé..."

Il tenta de remonter la chemise sur les épaules de Holmes mais celui-ci l'en empêcha, finissant de la retirer. Il observa ses bras et ses épaules tout aussi lacérés que son corps. Il baissa les yeux pour observer directement sa peau, commençant pas son torse, finissant par ses bras puis ses mains. En redécouvrant ses blessures, il vit notamment que dans ses paumes, il portait des marques semblables à des stigmates. Il secoua légèrement la tête, se tournant ensuite pour voir son dos dans le miroir en lançant encore une fois une remarque en l'air.

"Le derrière vaut bien le devant..."

Le regard assombri de Holmes passa sur chaque cicatrice qu'il arrivait à voir dans son dos. Une plus profonde que les autres les transperçait presque toutes, elle suivait tout du long sa colonne vertébrale. Il serra les dents, tentant de garder la tête froide et de rester calme devant son ami qui semblait déjà suffisamment angoissé. Il se rappelait parfaitement de chaque blessure et de la souffrance qu'il avait ressenti quand on les lui avait infligées. Il sentait presque les lames trancher sa peau au fur et a mesure que son regard remontait sur ses cicatrices. Il ferma les yeux quelques secondes pour se ressaisir, sentant le début d'une crise arriver. Ces crises où il replongeait dans ses souvenirs qui le hantaient et les sensations si réelles qu'elles n'en étaient que plus effrayantes.

Il n'avait pas besoin d'en voir plus, il attrapa sa chemise pour la remettre en silence. Il tourna ensuite la tête vers son ami, tout aussi silencieux, qui semblait ne pas savoir s'il valait mieux regarder le sol ou lui. Il avait honte d'avoir laissé une telle chose arriver. Holmes s'approcha de lui pour lui décrocher le regard du parquet.

"Watson...

- Je suis vraiment désolé... je..."

Holmes poussa un bruyant soupir exaspéré, levant les yeux au ciel pour faire une grimace, mimant avec exagération un manque d'intérêt total en posant de nouveau un regard empli d'un ennui profond sur son ami qui balbutiait des débuts de phrases incohérentes. Le détective finit par lui passer une main sous le menton pour lui relever la mâchoire inférieure, la soudant automatiquement à la supérieure.

"Watson, je ne veux pas d'excuses, je ne veux pas de culpabilité, je ne veux pas de compassion et par dessus tout et le plus important, je ne veux pas de pitié. Si vous tenez à vous rendre utile, c'est de soutien dont je suis censé avoir besoin en ce moment. Je n'ai pas envie que vous me plaignez, je ne suis pas une victime, je suis un Être Humain et le plus important : je suis vivant. Est-ce que cela finit par rentrer dans votre cervelle de moineau ?"

En disant cela, il lui donna quelques coups du bout de ses doigts sur la tempe.

"Ouh ça sonne creux."

Watson poussa un soupir indigné en tapant sur la main de Holmes, lui adressant ensuite un léger sourire douloureux.

"Vous semblez mieux gérer cela que moi, je me demande comment cela est possible alors que c'est vous qui...

- Watson, qu'est-ce que je viens de vous dire? Et pour la question que vous vous posez, dîtes-vous qu'entre le possible et l'impossible se mesure la volonté d'un homme."

Le médecin se tut, ne pouvant rien faire d'autre que regarder son ami dans les yeux. Celui-ci poussa un soupir en prenant une expression faussement aussi exaspérée qu'ennuyée en écartant légèrement les bras. Watson sourit légèrement en voyant son ami l'inviter ainsi. Il répondit à cette invitation en passant ses bras autour du corps du détective qui posa une de ses mains dans son dos, l'autre préférant sa nuque et ses cheveux.

"Que deviendrais-je sans vous, mon médiocre médecin?"

oOo

Cela faisait déjà plusieurs jours que Holmes avait retrouvé la vue. Chaque jour, Watson le voyait attendre en haut des escaliers qu'il rentre de son cabinet, il lui arrivait parfois de le suivre mais se faisait rapidement renvoyer car il s'amusait à faire peur à ses patients de toutes les façons possibles et imaginables. Un soir qu'il rentrait, il ne vit pas Holmes l'attendre appuyé à la rambarde comme il en avait pourtant pris l'habitude. Watson se demanda pendant quelques secondes où il était avant de le voir s'exercer aux tractions, agrippé au haut de l'encadrement de la porte de leur salle de vie.

"Puis-je savoir ce que vous faites?

- Cela s'appelle des tractions.

- Ah ça, je le sais. Est-ce que vous vous rendez compte que vous êtes totalement ridicule, pendu au haut de cette porte?"

Holmes se laissa retomber sur ses pieds pour faire face à son ami.

"Il n'y a que vous et moi qui vivons ici, je ne vois pas où est le mal à avoir l'air ridicule."

Comme ils en avaient repris l'habitude, les deux amis restèrent dans leur salle de vie pour discuter jusqu'à une heure avancée de la nuit, jusqu'à ce que la fatigue ne les pousse à rejoindre leurs couches respectives. Holmes avait rejoint sa chambre sans pour autant avoir envie de dormir. Il resta un long moment devant sa fenêtre, observant la vie nocturne de Baker Street. Soudain, il commença à éprouver une oppression comme il lui arrivait de ressentir. Cela l'inquiétait, plus les jours passaient, plus ces impressions de présences étaient fréquentes et s'intensifiaient. Au fil des minutes puis des secondes, il lui sembla entendre des sons étranges derrière lui qui se précisèrent avec le temps. Il lui semblait entendre des plaintes. Il sentit son coeur rater un battement en voyant que dans le très léger reflet que la vitre créait, il lui semblait voir une ombre derrière lui. Il serra les poings, prêt à frapper, puis se retourna brusquement.

Il se pétrifia, tétanisé en ayant la vision atroce debout en face de lui d'une femme qu'il connaissait. C'était une des victimes de Quin, une femme sur laquelle il avait enquêté, une de celles qu'il n'avait pas pu sauver. Il ne comprenait pas, elle était censée être morte, elle ne pouvait pas être là, c'était impossible. Sur tout son corps nu, elle portait des mutilations ouvertes semblables aux siennes, ses cheveux étaient collés en mèches sales par le sang qui avait coulé de son corps, chacune de ses respirations caverneuses résonnaient comme des plaintes. Il eut beau plusieurs fois fermer les yeux, elle était toujours là. Dans une de ses mains, elle tenait un rasoir droit, un des instruments qu'on avait suspecté d'être à l'origine de certaines de ses blessures.

Il voulut appeler son ami mais sa voix resta bloquée dans sa gorge tant cette vision d'horreur le terrorisait. Il tenta donc une fuite, mais à peine eut-il fait deux pas que cette chose lui sauta à la gorge dans un hurlement inhumain. Il tomba à la renverse sous le poids, il voulut hurler mais il sentit une main à la force surhumaine se plaquer sur sa bouche alors que ses doigts s'enfonçaient dans ses joues. Il sentit qu'on lui arracha un pan de sa chemise pour l'ouvrir puis la poigne sur son visage se relâcha. Il crut défaillir, un hurlement de souffrance mourut dans sa gorge avant de pouvoir en sortir alors qu'il sentait les dix ongles de cette chose s'enfoncer dans sa poitrine pour trancher ses chaires, tels des rasoirs aiguisés, jusqu'à son nombril. Il perçut son sang chaud couler sur tout son corps puis les ongles d'une des mains de la créature se planter de nouveau dans son torse, cette fois plus près de sa gorge. Dans un réflexe de survie, il balança son bras droit, frappant la femme en plein visage, ce qui la déséquilibra et la fit tomber sur le côté. Il se retourna pour s'allonger sur le ventre, tentant ensuite de se relever et fuir, mais il vit tout ses espoirs d'échappatoire se briser lorque les griffes impitoyables se plantèrent dans ses mollets pour tirer ses jambes, le trainant de nouveau à la place qu'il avait tenté de quitter. Une des mains de la créature couverte de son sang attrapa ses cheveux pour lui frapper plusieurs fois le crâne au sol. La douleur était atroce, les gémissements répétitifs de cette chose plus qu'effrayants.

Un autre hurlement de souffrance qu'il ne put exprimer mourut dans sa gorge en sentant la femme, qui s'était assise sur ses cuisses, planter impitoyablement avec rage la lame de rasoir profondément dans son épaule pour trancher sa chaire jusque dans le bas de son dos. Plusieurs fois, la lame s'enfonça de plus en plus profondément et douloureusement, la souffrance qu'il ressentait était insoutenable. Il sentait cette lame trancher sans difficulté sa chaire, même ses os. Il sentait ses côtes céder sous la violence et la force des coups, se détacher de sa colonne vertébrale pour écorcher ses organes presque mis à vif. Il sentait la lame traverser sa chaire et ses os pour atteindre ses organes et les trancher toujours avec autant de rage. Les attaques se répétaient encore et encore. Ces coups n'étaient pas comme ceux de Quin, ceux là n'étaient pas infligés pour le torturer, ils n'avaient d'autre but que le tuer, le faire mourir dans la plus atroce des souffrance. Il était complètement conscient de la souffrance qu'il ressentait, il sentait son sang couler en lui et hors de lui, il se sentait mourir. Alors qu'il pressentait qu'il allait disparaitre dans la mort, il eut la force de hurler le nom de son ami.

"WATSON!"

Il savait qu'il était trop tard, pourtant son coeur eut encore la force de battre au rythme de la lame qui s'enfonçait encore et encore dans ses chaires, ses os et ses organes. Il vit la porte s'ouvrir à la volée et son ami, horrifié, le regarder gisant au sol.

"Holmes, qu'est-ce qui vous arrive?! Pourquoi vous avez hurlé ainsi?! Que faites-vous au sol?!"

Soudain tout sembla s'être envolé. Tout. Toutes ces atroces souffrances, la vision de cette femme, son sang. Il regarda ses mains puis son corps. Il n'avait rien, même sa chemise était intacte. Il n'avait rien. C'était impossible, il avait senti ces douleurs, il avait vu cette chose. Il releva les yeux vers son ami qui le regardait sans comprendre, il semblait aussi mort de peur que lui pouvait l'être.
"Watson..."

Le médecin s'approcha de Holmes pour s'agenouiller à ses côtés et l'aider à se redresser. A peine fut-il à sa portée qu'il serra ses bras autour du corps de Watson, plongeant son visage dans son cou. Il se sentait si soulagé mais en même temps avait si peur. Il était si soulagé d'être en vie, si soulagé que cela n'ait pas été vrai, mais son soulagement n'était pas comparable à sa terreur. Ce qu'il avait vécu était si réel, même si cela n'avait aucun sens, ces sensations étaient si réelles. Il devenait fou, non, il était fou. Il était fou. Il avait perdu la raison, totalement perdu la raison pour voir de telles choses. Cela était venu sans prévenir. Il avait peur, il ne comprenait pas, il ignorait ce qu'il se passait et cela le terrorisait.

Il sentit les bras chauds de vie et de douceur de Watson se nouer autour de son cou pour le calmer et le détendre. Holmes était incapable de dire quoi que ce soit. Il gardait son visage enfoncé dans le cou de son ami, humant son parfum qui semblait lui redonner à chaque inspiration une nouvelle vague de vie aussi forte que les déferlantes de douleur que la lame de cette créature lui avait données. Il sentait le sang pulser dans la carotide de son ami contre ses lèvres. Il était en sécurité à cet endroit précis, dans ses bras rien ne pouvait lui arriver, il le savait. Une sensation de malaise et de peur lui enserrait toujours la poitrine mais il se sépara de son ami pour le regarder dans les yeux. Il laissa une de ses mains caresser son visage, sa peau était si douce et chaude sous ses doigts. Il se sentait assommé de ressentir deux sensations aussi puissantes que radicalement différentes en si peu de temps. La peur, la souffrance, la mort qu'il avait ressenties et à présent le confort, la douceur, la vie.

"Que s'est-il passé?"

Holmes resta silencieux. Il ne pouvait pas dire ce qu'il avait vécu, Watson risquerait de penser qu'il était devenu un fou dangereux et le craindre. Il ne pouvait pas le dire, surtout pas maintenant. Il gâcherait tout.

"Un cauchemar... je pense...

- Jamais encore vous n'aviez eu de telles terreurs nocturnes. Est-ce que vous allez bien ?

- Oui... tout va bien à présent..."

Watson resserra ses bras autour du cou de son ami pour l'étreindre et le garder contre lui plusieurs minutes. Malgré le fait qu'il se sentait rassuré, Holmes n'arrivait pas à se débarrasser de cette sensation atroce qui lui enserrait tout le torse. Il avait besoin d'air. Il lâcha son compagnon qu'il rassura de quelques mots avant de se relever. Il avait l'impression de ne plus sentir ses jambes, il ignorait comment il mettait un pied devant l'autre et où ils le menaient.

"Êtes-vous sûr que vous allez bien?

- Oui... j'ai besoin d'air, de me changer les idées... il faut que je sorte.

- Voulez-vous que je vienne avec vous ?

- Non ! Non... je vais bien, j'ai besoin d'être seul..."

Holmes sortit de leur appartement pour aller dans la rue. Il erra longtemps dans la ville, désorienté. Il avait l'impression que tous ceux qu'il croisait le regardaient, chuchotaient des mots à propos de lui, mijotaient quelque chose. Cette sensation d'oppression atroce qui semblait tenter de lui briser la cage thoracique devenait de plus en plus insupportable.

Plongé dans une transe de douleurs atroces, Holmes se crut perdu au cœur d'une tempête glaciale, les ombres qui gravitaient autour de lui volant peu à peu ce qui lui restait de vie.

Ses jambes qui marchaient de leur propre chef, le menèrent dans un endroit qu'il connaissait bien, un des pubs où, dans le passé, il avait l'habitude d'aller se battre. Il y avait un combat ce soir, il le voyait, il l'entendait. L'agitation dans la taverne était à son comble, il entendait des ivrognes vociférer chaque mots qu'ils prononçaient en direction de chacune des parties en jeu. Il resta ainsi, accoudé au bar de bois moisi, durant une durée temps dont il ignorait la longueur. Il fut à moitié réveillé de sa transe de panique en sentant un homme le pousser avec brutalité pour le provoquer. Le combat était fini et le gagnant, un homme qui avait perdu contre lui dans le passé, semblait vouloir encore se battre.

Holmes n'arrivait pas à dire un mot, il ne pouvait que regarder cet homme lui lancer des provocations qu'il ne comprenait pas. Tout semblait si lent et si rapide en même temps, il avait perdu tout sens de ce qui était autour de lui, il perdait pieds. Il n'entendait aucun son précis, juste un brouhaha incompréhensible. La pression dans son torse s'intensifiait encore.

L'homme en face tenta de le pousser de nouveau mais à ce moment-là, Holmes ne put retenir un crochet de panique qui atteignit l'homme en pleine mâchoire, si fort, qu'il entendit celle-ci se briser à ce simple coup.

Soudain, tout revint à la normale. La vitesse de ce qui l'entourait redevint normale. Le son revint d'un coup. Il entendait distinctement les hommes autour d'eux l'encourager à frapper de nouveau celui en face de lui qui se tenait la mâchoire, déséquilibré par la violence du coup. Il avait de nouveau la sensation de ses jambes qui touchaient le sol. Le sentiment d'oppression, de peur qui lui enserrait la poitrine diminuait considérablement alors qu'il sentait une sensation douloureuse brûler ses poings.

Il bloqua son regard sur l'homme en face de lui avant de lui assener un nouveau coup au visage plus puissant encore que le premier. Il sentit l'atroce sensation qu'il avait dans le torse diminuer encore. Elle diminua au fur et à mesure qu'il laissait libre court à sa furie, une rage folle en assénant des coups à la violence de plus en plus brutale à son adversaire qui n'avait pas le temps de faire un geste, une riposte. Même le fait qu'il tombe à terre presque inconscient, n'arrêta pas Holmes, déchaîné, à présent à califourchon sur lui, qui continuait à frapper de toute la force qu'il avait dans ses poings malgré ses suppliques de grâce, encouragé par le cercle d'ivrognes assoiffés de sang autour d'eux.


Holmes n'aurait pas dut sortir seul ce soir...

Je sens que je vais avoir des menaces de mort dans des souffrances atroces x'D...

J'ai l'impression que ce chapitre est encore pire que le chapitre un que je croyais être le plus atroce... j'espère tout de même qu'il vous a plut, laissez-moi vos avis ;).

Désolé si c'est bourré de fautes, j'ai la flemme de relire, je suis crevé et malade XD !

Les reviews ( surtout les construites ) aident à la guérison, soyez donc généreux, c'est bientôt Noël en plus nan XD ? !

Réponse à mes Reviewers sans compte :

Mahare : Merci pour ta review sur le dernier chapitre de "Rien n'est Absolu" x'D ! J'essaye de faire de mon mieux pour respecter les personnages et leur monde, donc quand on me dit que j'ai réussit, ça me fait vraiment plaisir x'D ! Justement je voulais les respecter mais aussi montrer une partie cachée d'eux, offrir une hypothèse possible tout en restant crédible. Oui crédibilité est un mot très important pour moi, c'est la base de toute mes fanfics x'D! Désolé si ce chapitre te déçoit, Holmes commence à céder... mais on ne peut pas vraiment lui en vouloir, qui ne ferait pas tout pour s'exorciser de tels démons ? Il est très fort et très humain mais là, il cède.

Weepea : Merci de tes compliments sur ma fic, ça me fait vraiment plaisir, je suis content que mes écrits te plaisent autant :D !

Me : Hé bien, c'est la première fois que quelqu'un dont le français n'est pas la langue natale me laisse une review. Merci de tes compliments sur mes fics, je susi content que même si tu n'aimes rien d'habitude, tu les aimes elles x'D ! C'est flatteur de voir des gens rarement satisfaits apprécier mes écrits ;). Oui je n'ai que deux fics sur l'univers de Sherlock Holmes, pour le moment en tout cas, j'ai plein d'idées x) !