Il se déréglait. Ça n'allait pas en s'arrangeant, ni en stagnant. Il était pourtant convaincu, d'expérience, qu'à chaque fois qu'il s'approcherait trop près du bord, il saurait faire un pas en arrière. Seulement, la vérité est nous vivons tous au bord du gouffre, il en faut étonnamment peu pour nous faire tomber, pour se faire totalement dévaster. La preuve, c'était dans ces moments-là qu'il avait l'impression de reprendre le contrôle alors qu'il le perdait chaque fois un peu plus. Un peu plus de sa raison, un peu plus de son âme, un peu plus de son humanité. Il sentait les gens qu'il croisait le craindre. Une seule personne était là pour lui, s'inquiétait de plus en plus et s'en voulait toujours alors que rien n'était de sa faute.
Il faisait nuit. Son premier combat remontait déjà à un mois. Il venait de sortir d'un pub quelconque où il était allé se battre pour tenter de se protéger de ses propres démons, de lui-même. Il aurait pu le tuer. Il s'en était fallu d'un centimètre, d'une seconde. Un combat poussé au drame. Il aurait suffi qu'il soit un peu moins rapide, un peu moins agile, un peu moins fort que lui. Il aurait suffi que les gens autour d'eux ne se rendent pas compte qu'il ne se contrôlait plus, il aurait suffi que personne ne retienne son bras pour l'éloigner avec violence alors qu'il allait asséner le coup de grâce.
Comme après chaque déflagration, il était particulièrement calme, lucide et honteux. Holmes remontait les rues de Londres, sous une pluie qui se prenait pour une douche. Trempé, il se sentait idiot, sale, il avait l'impression d'être un animal. Il commençait à se craindre lui-même de voir qu'il pouvait s'emporter ainsi. Ce n'était pas qu'il voulait de tout cela, s'il y avait eut un autre moyen, il l'aurait pris avec plaisir. Seulement, le coeur d'un homme est bien cruel quand il a peur, et lorsque l'inéluctabilité de la mort prend le dessus, la peur de mourir se réveille et devient insupportable. On se met alors à haïr la vie et à jalouser les vivants.
Londres, même sous le soleil, n'avait rien d'une ville joyeuse. Du moins pas à ses yeux en tous cas. Alors, sous la pluie, elle se déployait dans les gris et trouvait toute sa dimension glauque. A cause de l'averse, les piétons dans la rue couraient se mettre à l'abri, au chaud chez eux ou se protéger des gouttes sous un abri quelconque. Il n'avait jamais réellement aimé cette ville, mais pour les enquêtes, elle était la plus intéressante, la plus trépidante. Pour le reste, à ses yeux elle était hypocrite, cachant sa démence malsaine derrière de belles architectures. Jamais rien n'était mal fait, de travers ou de surprenant. Pas une vitrine de peu soignée ou d'excentrique. Il ne restait plus d'espace pour tout cela dans les villes de l'époque moderne.
Pas un passant qui ne soit pas habillé comme s'il partait au bal alors qu'il sortait juste pour acheter le pain. Tout était si morbide, glacé, si hypocrite. Il avait l'impression de marcher dans une morgue aux couleurs vives.
La pluie glissait le long de son dos, glaciale, jusqu'à la ceinture de son pantalon, teintant sa chemise translucide de rose en diluant le sang qui y avait giclé. Il y avait un peu du sien mais surtout celui de l'homme qu'il avait massacré. Il n'allait pas chercher à se faire plus discret en cachant cela sous un manteau de couleur sombre. Tant pis pour les gens qui le croisaient et lui jetaient un regard compatissant, méprisant, inquiet, désapprobateur ou dégoûté. Il ne s'était jamais soucié du regard des gens qu'il ne connaissait pas, ce n'était certainement pas ce soir qu'il commencerait. Il se contentait de leur lancer un rictus malsain. Mâchoire inférieure bloquée, il déglutissait, ses yeux étaient comme du plomb brûlant.
Il ne s'inquiétait pas de couper la route à un cheval et manquer de se faire écraser de justesse. Parfaitement dans son tort ou pas, il n'en avait sincèrement rien à faire à ce moment et si quelqu'un voulait s'en prendre à lui, lui faire une remarque ou une quelconque provocation, il était de nouveau remonté, intact, il était à bloc. Il savait qu'en plus d'être pénible, son attitude était ridicule. Qu'il le prenne d'un côté éthique, pragmatique ou logique, il savait que cette nouvelle manie de vouloir cogner sur tout le monde n'engendrerait rien de bon, au contraire : que des ennuis. Mais comme souvent, le savoir ne changerait rien à sa réaction. Comme les gens dont il avait fait partie durant longtemps, ceux plongés dans les méandres de la drogue qui, même sachant qu'il ne doivent pas le faire, continuent un jour après l'autre. Et comme eux, jour après jour, il s'enterrait toujours un peu plus.
Debout devant son logis, la pluie lui tambourinait sur le crâne, comme si le Ciel en personne essayait de lui faire entendre raison. Il entra chez lui pour se rendre dans sa salle de vie alors que Watson travaillait toujours, il n'allait pas tarder à rentrer.
A présent assis dans son fauteuil, il fit pivoter son crâne autour de sa nuque, pour faire craquer ses cervicales dans un bruit macabre. Ses os abîmés craquèrent douloureusement lorsqu'il serra les poings. Paradoxalement, la douleur qu'il ressentait dans son corps tout entier le soulageait. Il se servit un verre d'alcool quelconque. Au vu de la manière dont la journée avait commencé, rester lucide serait déplacé.
Il avait mal à la tête, légèrement, une de ses tempes était en sang. Ses poings, son dos, ses épaules, son sternum, ses côtés, ses jambes aussi lui procuraient une certaine douleur. Il sortit la mise remportée de la poche de sa chemise, dont le sang avait été nettoyé par la pluie abondante, pour la cacher dans l'une de celles de son pantalon en portant le verre qu'il tenait à ses lèvres. La chaleur de l'alcool dénoua instantanément ses articulations, chevilles, genoux, creux de coudes et poignets, quelque chose se détendait. Mais c'était encore insuffisant pour qu'il respire sans que ça fasse mal.
Il connaissait cette chanson, il la connaissait par coeur. La douleur ne se faisait pas moins intense avec le temps, au contraire. Mais il savait ce qu'il y avait à faire: attendre. Et attendre encore que ça devienne supportable. Il jeta son verre sur la table basse à côté de lui, passant ses mains douloureuses l'une sur l'autre, anxieux. Il détestait ces moments où il était seul avec lui même. C'était dans ces moment-là que ces choses revenaient.
Il en venait à regretter d'avoir retrouvé la vue. Être aveugle avait été comme une protection, une bénédiction, car même s'il entendait et sentait la présence des démons imaginaires qui le hantaient et le suivaient partout, à chaque pas, il ne pouvait pas les voir. Comme si son regard déclenchait leur agressivité. Il lui semblait que sa vue était le prix à payer pour être en paix, mais cette option était passée. A présent, il avait beau se bander ou fermer les yeux, rien n'y faisait. Ces choses le hantaient et le terrorisaient toujours. Il rit un instant. Le voilà devenu encore un peu plus fou: il commençait à donner une âme et une logique à des Êtres qui n'existaient pas. Il avait beau se répéter, être convaincu, savoir que ces choses n'existaient pas, cela n'enlevait pas un soupçon de souffrance aux tortures qu'elles lui faisaient subir le temps de ces illusions. C'était pour fuir cela qu'il allait se battre, car aussi intense la douleur des coups de ses adversaires pouvait être, cela n'avait rien de comparable avec ce que ces choses lui faisaient subir. Ces souffrances étaient égales, parfois pires que les tortures que Quin lui avait infligées. Il se demandait comment le cerveau humain pouvait créer de telles illusions, comment il pouvait faire subir à son propriétaire de telles atrocités.
Lorsqu'il était seul ainsi, il recommençait à avoir cette atroce sensation d'oppression qui annonçait une nouvelle hallucination. Les visages qu'il voyait étaient souvent ceux des victimes qu'il avait retrouvées. Il y en avait d'autres qu'il ne connaissait pas. Il devinait que c'était la forme que son cerveau avait donné aux victimes qui avaient été capturées lorsqu'il était prisonnier. Quin prenait l'habitude de lui rapporter chaque fois qu'il avait fait une nouvelle prise, ainsi que lorsqu'il venait d'en finir avec elle.
Même dans son sommeil, il n'avait aucun répit. Ses cauchemars continuaient, plus atroces les uns que les autres. Eux aussi semblaient si réels, mais pas autant que ses visions. Elles étaient atroces, il arrivait à se réveiller de ces crises, parfois avant de souffrir mais très rarement. Il redoutait l'illusion de souffrance qui, pour son corps, était bien réelle, autant que la dégradation de sa santé mentale. Il était sans doute un des esprits les plus logique au monde, alors assister impuissant à sa décadence, sa chute, chaque jour un peu plus, c'était effrayant pour lui. Et pourtant il devait le faire, seul. Il avait peur que cses hallucinations prennent le dessus et qu'il finisse par se perdre et ne plus jamais pouvoir revenir.
Il se sentait atrocement seul alors qu'il était entouré de la meilleure compagnie. Il ne pouvait décemment pas parler à Watson de ce qui lui arrivait, il ne le pouvait pas. Lui-même avait du mal à accepter qu'il devenait complètement fou. Il ne voulait pas qu'il le regarde autrement ou partager ce fardeau. C'était quelque chose qu'il se devait de faire et de gérer seul. Le médecin s'inquiétait déjà beaucoup trop pour lui, il serait certainement brisé, accablé s'il lui avouait ce qu'il lui arrivait. Il pourrait même peut-être en venir à avoir peur de lui.
Sa pire crainte était de passer pour un monstre aux yeux de son ami. Il perdrait tout ce qui lui restait.
Soudain, il releva la tête en entendant un hurlement d'exaspération de la part de Watson et des bruits de pas lourds s'approcher. Il ébouriffa ses cheveux pour les mettre en bataille et utiliser quelques mèches pour cacher sa tempe en sang, tirant sur ses manches pour les remettre en place et dissimuler ses poings abîmés. Il attrapa ensuite rapidement son violon pour laisser ses doigts faire crisser les cordes dans un bruit désagréable. Au moment où la porte s'ouvrit à la volée, il était adossé à un accoudoir, les jambes par dessus l'autre. Son expression sombre et anxieuse avait fait place à une autre, malicieuse, qui voulait montrer à Watson qu'il n'avait rien à faire de ses plaintes et qu'elles l'amusaient même, offrant le leurre qu'il était bien portant et là depuis longtemps. Le médecin lui faisait face dans l'encadrement de la porte, furieux.
"Est-ce que cela vous tuerait de faire un peu attention en rentrant?! Que vous sortiez alors qu'il pleut des cordes me gêne déjà assez et je ne dis rien, mais au moins ayez la décence de vous sécher un minimum avant d'entrer! En plus, vous avez le culot de vous asseoir dans votre fauteuil complètement trempé jusqu'aux os!"
Watson crut devenir fou en voyant son ami lui lancer un regard ennuyé et dénué de tout intérêt.
"Vous mériteriez que je vous étrangle à mains nues...
- Mais faites, faites.
- Ne me tentez pas..."
Après un dernier regard ennuyé de la part de Holmes qui continuait de torturer son pauvre Stradivarius, Watson partit en poussant un soupir, levant les yeux au ciel. Il revint moins d'une minute plus tard avec une serviette en mains qu'il avait vraisemblablement en projet d'utiliser pour frictionner les cheveux de son ami. Le détective brandit son violon pour l'empêcher d'approcher.
"On se fixe! Je vous promet d'aller prendre une douche plus tard mais ne m'approchez pas avec cette chose.
- Holmes... ce n'est qu'une simple serviette, elle ne va pas vous manger. Il faut au moins vous sécher les cheveux ou vous allez attraper la mort."
Watson tenta un pas en direction du détective mais celui-ci l'en empêcha en donnant un coup dans le vide avec son arme improvisée.
"J'ai un violon et je n'hésiterai pas à m'en servir !
- Arrêtez de faire l'enfant."
Holmes prit quelques secondes une expression boudeuse pour tenter de dissuader son ami de l'approcher. Il aurait laissé Watson le rejoindre avec plaisir, mais ses cheveux noirs étaient collés à sa tempe par du sang séché, une blessure qu'il tenait à garder secrète. Il savait que s'il laissait Watson approcher pour lui sécher les cheveux avec la serviette blanche immaculée, elle serait automatiquement souillée du sang de sa blessure et cela ruinerait ce qu'il tentait de cacher.
Watson ne savait rien, autant de ses hallucinations que de ses combats. Il ne lui avait pas dit qu'il avait recommencé à se battre et il craignait que son ami ne le découvre. Il avait toujours fait en sorte de garder ses blessures camouflées, il protégeait toujours son visage pour qu'aucune meurtrissure ne soit infligée à cette partie de son corps. Même si parfois il lui arrivait de prendre un coup à la tempe ou une autre partie du crâne, il arrivait à le dissimuler avec ses cheveux. Il revenait toujours avec les poings blessés mais il lui suffisait juste de laisser ses manches cacher ses mains abîmées. Il avait l'excuse de la température automnale et aussi celle de ses cicatrices qu'il ne tenait sûrement pas à laisser visibles.
Watson, lui, resta planté sur ses jambes plusieurs secondes à regarder son ami le menacer ainsi de son violon. Il savait que les actions de Holmes étaient parfois, enfin, souvent bizarres mais qu'il refuse d'être touché avec une serviette l'était un peu trop pour être explicable ou logique.
"Vous me cachez quelque chose...
- Jamais je n'oserais faire une chose pareille!
- Je ne vous crois pas..."
Le médecin enclencha un autre pas mais Holmes donna de nouveau un coup menaçant dans le vide pour l'éloigner.
"Ne m'approchez pas!"
Watson saisit l'instrument de musique pour le jeter plus loin sous le regard horrifié du musicien qui tenait à son Stradivarius, même s'il le maltraitait souvent. Avant que Holmes ne puisse faire un geste, il avait déjà la tête emprisonnée dans la serviette. Il poussa des grognements sourds en sentant le médecin frictionner sans pitié son crâne douloureux, ce qui eut pour effet d'arracher le sang séché de sa tempe pour en faire couler un nouveau flot. Holmes agrippa à deux mains le linge éponge pour le garder sur sa tête alors que Watson tentait de le retirer.
"Ah tiens! Maintenant vous ne voulez plus la quitter. Lâchez-la!
- Non!"
Le médecin tenta de tirer sur la serviette, mais son ami semblait décidé à la garder sur lui.
"Holmes, cela suffit! Arrêtez d'agir comme un enfant, lâchez cette serviette avant que je ne vous fasse mal pour y arriver!
- Non!"
Après près d'une minute de bataille, Watson réussit à littéralement arracher la serviette du crâne de son ami. Il usa de quelques secondes pour reprendre son souffle avant de baisser les yeux vers le linge qu'il tenait en main. Sa respiration se coupa en voyant que le blanc de la pièce de tissus était souillé de traces de sang séché et frais ainsi que de quelques grains de terre.
"Holmes qu'est-ce que vous avez f..."
En relevant les yeux, Watson vit son ami porter sur le visage une expression exagérée d'exaspération. Il plaquait aussi une de ses mains, qui se couvrait de sang, contre sa tempe qui recommençait à saigner. Le médecin se précipita vers lui pour prendre conscience de son état.
"Mais qu'est-ce qu'il s'est passé?!"
Watson éloigna la main du detective de sa tempe pour voir qu'elle était ouverte sur quelques centimètres.
"Une chute dans la rue, rien de plus.
- Une chute? Et vous croyez que je vais croire ça?"
Watson observa son ami plusieurs secondes. Holmes restait silencieux, il fuyait le regard du médecin. Celui-ci poussa un long soupir en passant sa main sur son visage.
"Suivez-moi."
Watson se retourna pour sortir de la pièce et descendre à son cabinet, Holmes dans ses pas. Une fois arrivé dans la salle de travail, le détective s'assit sur la table d'auscultation que son ami lui avait désignée. Le médecin s'approcha de lui avec ses quelques instruments pour s'occuper de la plaie ouverte. Watson versa quelques gouttes de désinfectant sur une compresse pour l'approcher du visage de Holmes, qui ferma les yeux en mimant une expression crispée de douleur, poussant un petit gémissement de souffrance.
"Je ne vous ai même pas encore touché."
Le détective ouvrit un oeil pour vérifier la véracité des dires de son ami, ce qui fit sourire celui-ci. Il ne pouvait pas s'arrêter une seconde de faire l'imbécile. A peine eut-il posé la compresse sur la blessure que Holmes poussa un cri d'agonie.
"Aie! En douceur!
- Arrêtez de bouger comme ça, gros bébé.
- Si c'est comme ça que vous traitez les nouveaux-nés, je ne donne pas cher du reste ! Vous êtes un médecin médiocre. AIE !
- Je vous ferais remarquer que pour le moment, c'est le médecin médiocre qui s'occupe de vous.
- Et de quelle manière? Vous me brisez le bras en morceau, ensuite vous me rouvrez une blessure... vous méritez votre titre de médecin...AIE!... médiocre."
Watson poussa un soupir en appuyant une dernière fois avec force la compresse sur sa tempe, alors qu'il lui faisait presque oublier ce pourquoi il était là et comment il avait trouvé Holmes quelques minutes plus tôt. Il s'affaira à faire, ou plutôt, tenter de faire trois points de suture à son ami qui hurlait comme un animal qu'on égorge, gesticulant en suppliant qu'on l'achève sur le champs tant sa souffrance était intolérable et insupportable. Watson fut bien heureux de finir ces points qu'il aurait terminés en moins d'une minute au lieu de presque dix avec Holmes.
"Ce n'était pas si douloureux que cela en fait.
- C'est tout ce que vous trouvez à dire après le cirque que vous m'avez fait?! Seigneur, si nous étions durant mes heures de travail, vous auriez fait fuir toute la salle d'attente.
- Ah c'est vrai qu'il n'y a plus personne... dommage."
Watson se retourna pour lancer un regard assassin à son ami, toujours assis sur la table d'auscultation, qui lui adressait un large sourire fier de lui. Ses yeux se baissèrent ensuite sur une de ses mains à moitié découverte par la manche de sa chemise. Il remarqua que ses premières phalanges étaient anormalement rougies. Avant que Holmes ne puisse faire un geste pour l'en empêcher, Watson attrapa sa main pour la découvrir entièrement et voir qu'elle était abîmée. Ses métacarpes avaient été si malmenés que certains vaisseaux sanguins avaient éclaté. Il releva un regard noir vers le visage de son ami qui regardait ailleurs comme si de rien n'était.
"Est-ce que vous vous êtes battu?
- Vous voulez la vérité ou un mensonge?"
Holmes retira sa main d'entre les doigts du médecin dans un geste sec. Celui-ci le regardait fixement, il sentait une colère noire s'accumuler dangereusement en lui, pouvant le pousser à dire le pire.
"Qu'est-ce qui vous a pris? Vous recommencez à aller vous battre, c'est ça? Mais qu'est-ce qui vous arrive? Je pensais que ce genre de choses étaient fini pour vous.
- C'est compliqué.
- Compliqué? Dites juste que vous n'avez aucune raison valable!
- Je vous l'ai dit, c'est compliqué. Maintenant laissez-moi, je vous prie.
- Ça, il en est hors de question! Je devine que ce n'est pas la première fois, bon sang, comment n'ai-je pas pu voir ça?
- Watson..."
Le visage de Holmes avait perdu toute expression de plaisanterie. Il était fermé pour ne laisser paraître aucune émotion. Le logicien était confronté à un dilemme intérieur. Il était tiraillé par la soudaine envie de tout révéler mais il se ravisa.
"Vous avez raison, je n'ai aucune raison valable à vous donner.
- Je n'arrive pas à le croire... je pensais que vous aviez compris que ce genre de choses me répugnent au plus haut point! On dirait deux chiens que l'on balance dans une arène pour qu'ils s'entretuent! Je pensais aussi que vous seriez plus sensible à la souffrance que les autres et vous-même pourraient ressentir! Surtout après... tout ça, tout ce qu'on vous a fait.
- Ce qu'on m'a fait était monstrueux, j...
- Et c'est pour cela que vous êtes devenu un monstre?!"
Watson regretta ces mots à peine les eut-il prononcés. L'expression sur le visage de Holmes l'avait calmé net dans son élan et sa colère. Le détective avait brusquement relevé la tête vers lui sous la surprise. Dans ses yeux, il put voir que ses mots lui avaient fait atrocement mal, qu'il était affreusement blessé. Quelque chose en lui semblait s'être brisé. Jamais avant, Holmes n'avait laissé de telles émotions se faire voir ainsi. Avant cet instant précis, Watson ignorait presque s'il pouvait les ressentir. Il remarqua que le détective tenta durant une seconde de reprendre une expression quelconque sans y arriver. Alors que le médecin allait ouvrir la bouche pour tenter de dire un mot, il vit Holmes se lever pour quitter rapidement la pièce sans rien dire.
Il se serait tapé la tête contre un mur. Il ne savait pas ce qu'il lui avait pris de cracher ces mots comme du venin, surtout qu'il ne les avait pas pensés une seule seconde. Il resta planté en plein milieu de sa salle d'auscultation durant plusieurs minutes, se traitant des pires noms d'oiseaux. Holmes ne méritait sincèrement pas les mots qu'il venait de lui dire. Il avait vécu tant de choses atroces... et tout ce qu'il avait trouvé à lui balancer était qu'il était un monstre alors qu'il était si loin de l'être. Watson sortit de la pièce pour remonter dans leur appartement afin de chercher Holmes et s'excuser de ses mots. Même s'ils étaient déjà dits, que le mal était déjà fait, qu'il ne pouvait pas revenir en arrière, il voulait au moins dire qu'il ne les pensait pas une seconde. Il savait que parfois les mots étaient pires que des coups de poignards et qu'ils pouvaient faire encore plus mal que n'importe quelle blessure, car ce genre de traumatisme n'était pas curable, il n'y avait pas de médecine pour le guérir.
Il s'arrêta en face de la porte de leur salle de vie, hésitant un instant avant d'y toquer pour ensuite y entrer. Holmes était dos à lui, il faisait face à la fenêtre, observant la rue en silence.
"Fichez le camp."
La voix de son ami le figea sur place. Elle était étrangement calme mais surtout d'une froideur qu'il n'avait jamais entendue, même durant leurs pires disputes.
"Holmes...
- Vous venez pour soulager votre conscience? Je ne vais certainement pas vous y aider.
- Écoutez... je me suis emporté, je suis désolé. J'ai eut une journée assez éprouvante... c'est surtout cette incompréhension que j'ai ressenti... je ne sais pas, vous sembliez aller si bien, je ne comprends pas pourquoi vous êtes allé vous battre ainsi. Je n'arrive pas à comprendre ce qui a pu vous pousser à faire cela... je ne sais vraiment pas quoi dire.
- Si vous n'avez rien de dire de plus intéressant et beau que le silence, alors taisez-vous."
Watson sentit son coeur se serrer. Il comprenait que Holmes lui en veuille, après tout il avait besoin de soutien, pas de mots cruels. Il aurait dû insister en y allant doucement, en lui demandant la raison pour laquelle il allait se battre et non pas lui hurler dessus comme il l'avait fait, ce n'était pas ce genre de chose qui donnait confiance et envie de se confier. Le détective se retourna pour lui faire face, il fut pétrifié par la dureté et la froideur de son regard. Holmes s'approcha de lui sans pour autant marcher dans sa direction, il voulait vraisemblablement sortir de la pièce.
"Si vous allez vous battre encore une fois, je ne peux pas vous laisser sortir."
Il se plaça devant Holmes alors que celui-ci plantait son regard perçant et insoutenable dans le sien.
"Je suis sûr que tout ce que vous avez à me dire est empli de bons sentiments, de délicatesse mais surtout de votre bien-aimée hypocrisie que vous chérissez tant. Évitez-moi ce spectacle lamentable, je ne suis pas un homme de bonne famille qui cherche à se faire flatter. Maintenant, si vous voulez bien vous décaler légèrement... j'ai des choses à faire, on m'attend."
Watson, qui n'avait pas bougé d'un centimètre, sentit son ami l'écarter de son chemin d'une main dénuée de tout sentiment. Il hésita un instant avant de tenter de retenir Holmes en disant tout ce qu'il avait sur le coeur. Il parla comme les mots lui vinrent.
"J'ai fais une erreur, je m'en veux! Je ne veux pas que cela gâche la relation que nous avons... je n'en ai jamais eu de telle, vous êtes comme un frère pour moi..."
Le détective s'arrêta une fraction de seconde pour passer à côté de lui sans lui adresser le moindre regard.
"Je vous aime!"
Watson vit Holmes se pétrifier en entendant ces mots.
"Et ce, jusqu'à mon dernier souffle..."
Holmes resta planté à l'endroit exact où il était, il ne bougeait d'un centimètre. Sans qu'il ait le temps de réagir ou de voir quoi que ce soit, Watson vit son ami attraper la bouteille d'alcool qu'il avait sortie plus tôt, se retourner et en briser le fût contre la table au même moment qu'il l'attrapait avec violence par la gorge, serrant ses doigts autour de son cou avec une puissance telle qu'il avait atrocement mal et n'arrivait plus à respirer. Il le plaqua avec force sur la table, heurtant violemment et douloureusement son crâne contre le bois, le menaçant de la bouteille brisée de l'autre main. Le coeur battant plus vite que jamais de terreur, Watson regardait son ami avec des yeux horrifiés. Holmes n'avait plus rien de lui-même, il avait l'air d'une bête sauvage enragée, crachant chaque mot avec plus de venin et plus de furie que le précédent.
"Caïn... a tué Abel... il l'a tué parce qu'il l'enviait... et dieu a puni Caïn pour son pécher... c'est ça que vous voulez? C'est ça?! Vous êtes venu pour que je fasse ça?! Parfait, je vais le faire... c'est simple, vous n'avez qu'à juste répéter ce que vous venez de dire... redites-le... que vous m'aimez... et je vous promets d'accomplir vos souhaits et de vous en donner une leçon biblique... alors redites-le... redites-le que vous m'aimez, salopard !"
A ces derniers mots, Holmes écrasa violemment la bouteille contre la table, juste à côté du visage de Watson qui suffoquait autant sous le manque d'air que la douleur et la peur. L'expression du logicien changea légèrement durant une fraction de seconde. Ses yeux étaient noirs de rage, de folie meurtrière, d'une envie de sang telle qu'elle était oppressante, presque palpable. Il releva sa main anciennement armée pour la regarder. Elle était couverte de sang. Le verre brisé de la bouteille lui avait ouvert la paume. Son regard retourna se planter dans celui de Watson dont il tenait toujours fermement la gorge. Il lui plaqua sa main couverte de sang sur le visage pour la faire glisser sur sa joue, son nez, sa bouche et son menton pour le souiller de l'épais liquide rouge. Il le lâcha ensuite pour le toiser du regard de la tête aux pieds, tremblant de rage, avant de quitter la pièce en claquant la porte.
Watson resta ainsi de longues minutes, se tenant sa gorge toujours douloureuse. Il tentait de respirer correctement mais sa trachée écrasée durant ces secondes qui avaient semblées des heures ne lui facilitait pas la tâche. Il tremblait de tout son corps. Il n'avait jamais rien vécu d'aussi effrayant. Holmes n'avait jamais posé ne serait-ce qu'un doigt sur lui, même lors de leurs plus violentes disputes. Mais cette fois, ce regard qu'il avait eu... il aurait pu le tuer, il en était sûr, il le savait. Penser qu'il avait échappé de près à la mort le fit trembler d'avantage, il était sous le choc. Il lui fallut encore plusieurs minutes pour se réveiller de son état de choc pour se lancer à la poursuite de Holmes. Dans l'état où il était, il était terriblement dangereux de le laisser sortir seul. Il était capable de tuer quelqu'un.
Voilà pour ce chapitre :D ! J'étais tenté de continuer un peu mais je me suis dis "pourquoi éviter une crise cardiaque à mes lecteurs ? Après tout ils sont jeunes, ça leur fera du vécu..." XD !
J'ai écrit ce chapitre en montrant la situation un peu plus du point de vue de Holmes. Comme ça certains non-dit sont révélés, par exemple : comment se fait-il qu'il soit si fort et gai après ce qu'il lui ai arrivé ? Réponse : il ne l'est pas XD !
Ah tiens, hier j'ai aussi entendu un truc marrant : il semblerait qu'un remake de "Entretient avec un Vampire" (Dieu seul sait combien j'aime ce film et "Les Chroniques des Vampires" de Anne Rice ._. ...) sera tourné et c'est Robert Downey Jr qui a été choisit pour jouer le rôle de Lestat de Lioncourt :D.
Si on lui met une perruque blonde et des lentilles bleu, je pense que mon petit coeur va lâcher tant je serais mort de rire x'D...
Réponse à mes Reviewers sans compte :
Mahare : Nan je suis pas du genre à écrire des trucs avec des bisounours et des petits papillons partout, je suis plus le genre à laisser un petit oiseau bleu voler et le tier au fusil après x'D ! Merci encore de ta lecture, à bientôt :D
