Cela faisait déjà longtemps que Watson était sorti de leur appartement sous la pluie battante pour se lancer à la poursuite de Holmes, cherchant dans tous les endroits qui respiraient le pêcher. Toujours en état de choc, il tentait néanmoins de se ressaisir en tentant de trouver dans quel pub son ami était allé soulager sa colère. Il craignait d'arriver trop tard, que le mal soit déjà fait. L'idée qu'il se batte lui avait toujours été insupportable, il lui était arrivé plusieurs fois de le retrouver dans une auberge, à moitié mort sous les coups qu'il avait reçus. Il avait toujours peur que Holmes perde la vie dans un de ces combats stupides. Il lui arrivait souvent de s'emporter contre le détective à propos de ces duels, mais jamais il n'y avait prêté réellement attention, la plupart du temps, il l'ignorait le temps qu'il lui fasse la morale.
Cette fois, ça n'était pas pareil. Sa réaction avait été si violente face à ses mots. Il ne comprenait pas ce qui avait pu pousser Holmes à se montrer si agressif, jamais il ne l'avait vu ainsi. Il était troublé, totalement perdu, il ne savait plus quoi penser. Bien qu'il cherchait Holmes, il craignait une nouvelle confrontation avec lui, que sa colère soit toujours intacte, qu'il l'attaque encore une fois. Il sentait encore la poigne de la main de son ami lui brûler le cou, il l'avait vraiment serré de toute ses forces.
Encore une fois, il se sentait coupable. Coupable de ne pas avoir vu qu'il était à ce point à bout. Coupable de ne pas l'avoir soutenu comme il aurait dû le faire. Coupable de tant de choses que se les rappeler toutes en ce moment-même lui était impossible. Durant sa marche, il se promit de ne plus laisser sa vigilance s'endormir uniquement parce que Holmes passait son temps à faire le mariole. Il se trouvait stupide d'avoir eu besoin de se faire attaquer si violemment pour enfin se rendre compte à quel point son ami avait besoin d'aide.
Plus le temps passait, plus Watson désespérait de le retrouver. Il avait visité tous les endroits où il était susceptible d'être allé chercher la bagarre. Plusieurs fois, il demanda si personne ne l'avait vu ou si un combat particulièrement sanglant ne venait pas de se terminer. Non était la seule réponse qu'il reçut de la soirée.
Fatigué, il perdait espoir et courage de continuer à chercher ainsi. Puis il se dit que Holmes était peut-être rentré alors que lui était dehors. Il reprit le chemin de leur logis pour vérifier ses pensées. Il était à l'affût d'un quelconque signe qui pourrait lui indiquer où il pouvait bien être lorsque soudain, une ombre dans une ruelle sombre attira son attention. C'était Holmes, assis à terre, dos posé contre le mur. Une jambe allongée, l'autre fléchie à laquelle il était accoudé, son visage était presque impossible à distinguer entre ses cheveux et le manque de lumière. Il était totalement amorphe, sa colère semblait s'être calmée.
Même s'il semblait avoir repris le contrôle de lui même, Watson hésita à l'approcher durant un instant. Il ne pouvait s'empêcher de ressentir une certaine crainte, une peur de l'aborder au vu de la violence qu'il avait eu à son égard. Mêlée à cela, il y avait la honte. Il regrettait profondément les mots qu'il lui avait dit et la manière dont il les avait dit. Il s'était véritablement emporté, cette colère avait été cruelle malgré lui. Il avait honte de la manière dont il s'en était pris à Holmes. Il en venait à se dire qu'il avait mérité ce qui lui était arrivé. Il avait aussi toujours honte de ne pas avoir été là autant qu'il l'aurait dû pour soutenir son ami. Malgré tout, il prit son courage à deux mains pour l'approcher, méfiant.
« Holmes? »
Le logicien ne réagit pas à son appel. Watson approchait toujours un peu plus de lui d'un pas lent, paré à toute réaction de sa part, mais celui-ci ne fit pas un geste, comme s'il n'avait plus conscience de ce qui l'entourait. Une fois assez proche de Holmes, il s'accroupit pour lui poser prudemment une main sur l'épaule. Encore une fois, le détective n'eut aucune réaction. Au bout de longues secondes où il cherchait ce qu'il pouvait faire, Watson sursauta presque en l'entendant murmurer.
« Vous aviez raison. »
Sa voix était faible. S'il avait été quelques centimètres plus loin, Watson n'aurait pas pu en saisir le sens. Le cœur du médecin se serra à l'entente de ces mot et à la vision du visage de son ami qui était assez proche pour le voir distinctement. Holmes portait sur le visage une grande fatigue, il avait l'air réellement exténué. Encore une fois, c'était une facette inconnue du logicien qui s'exposait à ses yeux. Il voulut prononcer quelque chose pour le contredire mais il en était incapable. Pas qu'il n'en ait pas l'envie ou qu'il approuve ce que Holmes venait de dire, il ne savait juste pas quoi lui répondre, il sentait aussi son cœur douloureux lui serrer la gorge. Puis il ne savait même pas s'il l'entendrait.
Jamais il n'avait vu Holmes ainsi, il semblait réellement brisé, épuisé. Malgré son traumatisme, il avait toujours tenté de garder et de montrer une image forte sans jamais laisser paraître à quel point il pouvait être atteint. Il avait eu le courage d'imposer le silence au mal qui le torturait et qui devait le terrasser depuis longtemps.
Mais à présent il était réellement fatigué, épuisé, éreinté au moins autant psychologiquement que physiquement. Il avait eu une légère période de répit après la sortie de sa prison, il pensait que le plus dur était derrière mais il semblait qu'il avait tort. Il avait dû se battre pour se remettre dans un état physique presque acceptable, reprendre des forces. Psychologiquement, tout ce qu'il avait été dans la mesure de faire était tenter d'oublier, de fuir ses démons qui étaient à présent revenus le hanter. Il devait gérer seul des crises hallucinatoires, des absences, des cauchemars, des souvenirs atroces, tout cela en tentant de garder l'image qu'il s'obligeait à laisser paraître. Il ne se passait pas une seconde sans qu'il ne soit inquiet, anxieux, angoissé, stressé, craintif, presque peureux, ne pouvant s'empêcher de repenser à ce qu'il avait vécu. Pourtant il trouvait toujours la force de faire le pitre pour faire croire qu'il allait parfaitement bien et que ce genre de choses ne pouvait l'atteindre. Son corps avait besoin de repos mais les cauchemars troublaient son sommeil, il était encore plus épuisé en ouvrant les yeux qu'il ne l'était avant de les avoir fermés, ce qui ne l'aidait pas à trouver la force mentale de supporter et de cacher ses angoisses et le stress qu'elles engendraient. Tout cela formait une sorte de cercle vicieux qui le tuait à petit feu. Il avait l'impression qu'après avoir brûlé dans l'enfer de sa prison, il se consumait lentement après en être sorti pour bientôt enfin s'éteindre.
Il avait peur que son corps lâche. Que ce soit lui ou sa raison, un des deux lâcherait bientôt mais même lui était incapable de dire lequel en premier et cela lui faisait peur. Assister ainsi à sa propre dégradation, se voir mourir à petit feu alors qu'il se débattait comme un diable pour survivre. Il avait l'impression que tout ses efforts ne servaient strictement à rien, plusieurs fois il avait été tenté de laisser tomber mais quelque chose, il ignorait quoi, l'en empêchait.
Holmes tourna la tête pour voir son ami. Il avait l'air mort d'inquiétude, dans ses yeux il voyait la culpabilité, la tristesse et le désespoir que cette situation engendrait. Il aurait voulu pouvoir dire quelque chose de stupide pour avoir l'air ridicule et le faire sourire pour oublier cette vision mais il était trop fatigué pour cela, il n'arrivait même pas à trouver la force d'avoir une expression normale. Il laissa tomber sa tête sur l'épaule de Watson pour cacher son visage dans le creux de son cou. Il passa ses bras derrière la nuque du médecin, joignant ensuite les jambes. Il n'avait même plus la force de marcher, surtout à cause de la pluie froide qui engourdissait ses os et lui donnait la sensation que ses membres étaient en coton. Watson lui passa un bras dans le dos, l'autre sous ses genoux pour le soulever du sol boueux pour finir le court trajet qui les séparait de chez eux.
Une fois dans leur appartement, il posa Holmes dans son lit. Il était si immobile qu'il avait cru qu'il s'était assoupi sur lui mais il vit qu'il avait toujours les yeux ouverts lorsqu'il l'éloigna de lui. Il l'aida à retirer sa chemise et son pantalon trempés qui engourdissaient ses membres avant de partir quelques minutes pour aller se changer, lui aussi commençait à sentir sévèrement ses muscles s'engourdir sous le froid de l'eau que la pluie glaciale avait laissée dans le tissus de ses habits. Après avoir passé de nouveaux vêtements chauds et secs, il ouvrit le tiroir de sa table de chevet pour en sortir un paquet de cigarettes, en portant ensuite une à ses lèvres pour l'allumer. Il ne fumait que très rarement, mais parfois il en ressentait un besoin irrépressible. Cela le calmait et l'aidait lorsqu'il tentait de mettre ses idées au clair.
En revenant dans la chambre de Holmes, il vit que celui-ci l'avait quittée. Après s'être assez réchauffé pour pouvoir de nouveau bouger, il en avait profité pour se glisser dans un bain brûlant qui dénouait ses muscles et lui apportait une certaine sensation de détente. Watson entra dans la salle de bain pour rejoindre son ami. Il le vit en train de frotter une de ses mains avec les doigts de l'autre, nettoyant le sang séché que les blessures de ses vaisseaux éclatés avaient laissé couler, rosissant légèrement l'eau du bain. Le médecin s'assit sur le rebord de la baignoire pour être aux côtés de Holmes. Il changea sa cigarette de main pour attraper l'éponge, la trempant dans l'eau pour la poser sur l'épaule couverte de cicatrices de son ami, puis sur son dos et entre ses omoplates. Il la replongea dans l'eau pour ensuite la tenir en suspension au dessus de la tête du logicien, puis la serrer pour faire couler de l'eau dans ses cheveux et sur son visage.
Sous le liquide chaud, Holmes ferma les yeux. Il voudrait pleurer mais il semblait avoir oublié comment faire ou peut-être qu'il était trop fatigué pour cela aussi. Ses yeux le picotaient, mais rien qui soit conséquent. Il s'avoua finalement ce que tout son corps savait déjà: il était chez lui, ici, à sa place, auprès de Watson. Ce qu'il ignorait par contre, c'était comment ils allaient faire pour que cela devienne un minimum vivable.
« Vous êtes aussi prévenant avec les femmes? »
Le médecin adressa un léger sourire douloureux à son ami avant de poser l'éponge sur la nuque de Holmes puis la passer sur ses épaules et son cou avant de la laisser tomber dans l'eau.
« J'ai essayé... »
Watson vit Holmes poser sa joue contre sa cuisse. Instinctivement, il glissa sa cigarette entre les lèvres de son ami le temps qu'il inhale une bouffée de fumée avant de la reprendre entre les siennes. Ils étaient si proches de l'autre à ce moment-là mais pourtant tous deux se sentaient si seuls. Watson savait que Holmes lui cachait quelque chose mais il était incapable de deviner quoi. Après tout, il y avait tant de choses piégées, emprisonnées, gardées secrètes dans la tête de son ami, des choses qu'il ne pouvait décemment pas imaginer, dont il ne se serait pas douté une seconde. Rares étaient les fois où il lui parlait à coeur ouvert mais à peine avait-il commencé, qu'il s'en rendait compte et qu'il se refermait comme une huître. Ensuite, il faisait le pitre ou l'ignorait pour l'exaspérer et lui faire oublier ce qu'il lui avait confié malgré lui.
Le médecin passa ses doigts sur la mâchoire de son ami pour la caresser doucement. Jamais il n'avait vu une telle détresse dans ses yeux. Ses pupilles étaient incapables de se concentrer sur un point précis. Pourtant, d'habitude elles étaient toujours si fixes, si sûres, concentrées. A ce moment-là, il avait l'air totalement perdu.
Watson se sentit idiot d'enfin comprendre ce que son ami avait voulu dire lorsqu'il lui avait confié qu'il ne voulait pas de pitié, de compassion mais du soutien. Il n'avait pas besoin de quelqu'un avec qui pleurer, il avait besoin de quelqu'un d'assez fort sur qui il pourrait s'appuyer et qui ne tomberait pas si lui tombait. Quelqu'un qui lui tiendrait la tête hors de l'eau. Il s'en voulait de ne pas l'avoir compris plus tôt et de ne pas l'avoir supporté comme il aurait dû le faire.
Watson vit Holmes relever les yeux vers lui pour observer son visage. Il le détailla quelques instants avant de descendre sur son cou et voir les marques violettes que ses doigts avaient laissés sur la peau fine et pâle de son ami.
« Je ne voulais pas le faire... »
Watson posa la main dans les cheveux de son ami pour les caresser doucement comme pour le rassurer. Le médecin attrapa sa main blessée par le verre brisé. Il retira du bout des doigts les derniers petits bout de verre qui y restaient, faisant couler quelques gouttes qui partirent rosir un peu plus l'eau du bain. A peine lui eut-il rendu sa main que Holmes lui fit signe.
" Désolé... "
Watson adressa un léger sourire douloureux à son ami en passant de nouveau une main rassurante dans ses cheveux.
« Ce n'est rien. »
Holmes dévia son regard du sien pour tenter de focaliser son attention sur un point imaginaire, en vain. Jamais Watson ne l'avait vu si fragile. Il laissa de nouveau ses doigts courir le long de la mâchoire de son ami. Celui-ci ferma les yeux, poussant un presque imperceptible soupir d'aise.
Watson laissa sa main caresser le cou de son ami avant de remonter sous son menton. Il redressa la figure et le corps de Holmes pour pouvoir regarder un instant son visage. Il ignorait ce qu'il était en train de faire, ses membres semblaient bouger de leur propre chef. Il referma délicatement sa main sur la mâchoire inférieure du logicien pour planter son regard dans le sien. Lentement, il approcha le visage de son ami du sien, suffisamment lentement pour qu'il se dégage ou l'arrête. Lorsqu'il fut assez près, il brisa les quelques centimètres qui séparaient leur lèvres en capturant celles de Holmes.
Il ne le repoussa pas. Tout deux savaient en ce moment précis qu'ils avaient atrocement besoin de contact humain. Pour lui répondre, le logicien posa une main dans la nuque de son ami en se mettant à genoux. Watson lui lâcha le visage pour poser sa main sur son dos abîmé, la descendant ensuite dans le creux de ses reins dans une caresse douce et agréable. Lorsqu'ils se séparèrent, ils posèrent leur front l'un contre l'autre. Même si tous deux ignoraient totalement ce que leur baiser voulait dire, ils ressentaient une certaine sensation de soulagement et de chaleur. Un acte irréfléchi, imprévisible, sans doute lourd de conséquences ainsi que de significations. Un geste qu'ils avaient accompli malgré eux, comme si leurs propre corps tentaient de leur faire comprendre quelque chose que leur cerveau était incapable d'analyser lui-même à ce moment là.
Ils étaient trop fatigués et chamboulés pour pouvoir réfléchir correctement. Ce qu'ils savaient par contre, c'est que ce rapprochement leur avait fait du bien, il avait empli leurs corps et leurs cœurs de chaleur, assez pour qu'ils se ressaisissent légèrement. Holmes eut même la force de dire quelques mots qui étaient censés détendre l'atmosphère.
« Je pensais plus que vous parliez d'amour fraternel quand vous disiez que vous m'aimiez. Faites attention, vous risqueriez de vous en mordre les doigts.
- Vous ne cessez jamais de dire des idioties? »
Tout deux échangèrent un très léger sourire mi-amusé, mi-épuisé. Watson lâcha son ami pour lui tendre une serviette pour qu'il sorte du bain. Sans échanger un mot, ils retournèrent dans la chambre de Holmes. Dans la pénombre, la lune éclairait légèrement les draps. Le détective s'allongea sur son lit. Bien vite, il sentit un corps chaud se coller silencieusement à lui dans son dos. Trop épuisé pour penser, demander à son ami ce qu'il faisait ou de s'en aller, il le laissa faire. Il en oubliait presque les incidents survenus plus tôt. Cette chaleur, il le savait, tiendrait éloignés ses démons pour une nuit, c'était déjà cela de pris. Il avait besoin de repos, un besoin vital. Pour une fois depuis longtemps, il allait pouvoir jouir d'un sommeil sans rêve, ni de présence ou voix pour le perturber.
Peu de gens pourraient comprendre pourquoi et comment juste après de tels actes l'un envers l'autre ils pouvaient encore rester ami, ou dans la même pièce et encore moins dans le même lit. La vérité, ils la connaissaient, c'était qu'ils n'avaient rien d'autre que l'un l'autre. S'ils se laissaient détruire après ce qu'il s'était passé, et Dieu seul sait à quel point cela était facile, l'un comme l'autre ne s'en relèverait pas. Pas encore.
Ils savaient, se rappelaient parfaitement comment leur dernière dispute s'était terminée. Holmes avait disparu pendant huit mois et y avait presque laissé la vie. Les marques gravées dans son corps entier racontaient cette histoire, on pouvait le lire comme un livre. Elles leur rappelaient et leur rappelleraient toujours ce que leur fierté, leur orgueil personnel avaient failli leur prendre. Alors même si dans ce cas, cette dispute était bien plus grave, ils ne pouvaient que faire preuve d'humilité malgré eux.
La tête enfoncée dans le dos abîmé de Holmes, Watson commençait à s'endormir lorsqu'il entendit son ami s'adresser à lui. Encore une fois, il se forçait à emplir sa voix d'entrain.
« Vous vous souvenez peut-être que je vous ai parlé de la maison que mon frère avait à la campagne. Peut-être serait-il temps que nous fuyons la folie de la ville quelques jours. »
La tête toujours posée contre la peau du dos du détective, Watson acquiesça. Il espérait de tout son cœur, même s'il avait du mal à y croire, que cette évasion leur ferait le plus grand bien
oOo
Cela faisait près d'une semaine qu'ils étaient arrivés dans la maison de campagne. Spacieuse et joliment décorée, en voir l'intérieur et l'extérieur détendait déjà. Elle était isolée mais il n'était pas long d'atteindre le village voisin. Justement, là était le problème.
Watson avait beau tout faire pour être le plus doux, le plus compréhensif, le plus présent possible, rien n'y faisait. Dès qu'il avait le dos tourné, Holmes s'enfuyait littéralement, comme s'il lui était nécessaire d'aller se réfugier dans une arène. Cela le rendait fou. Il ne comprenait pas l'attitude de son ami et celui-ci refusait de lui parler de ce qui n'allait pas et encore moins de la raison pour laquelle il allait se battre. Il avait été patient, il avait été le plus affectueux possible mais c'était comme si Holmes s'enfermait dans une prison de silence toujours un peu plus chaque jour.
A ce moment précis, le logicien n'était plus en état de pouvoir se battre et cela pour quelques jours. Après s'être rendu compte que le détective avait encore une fois fui, Watson s'était précipité dans la ville voisine. Il l'avait retrouvé à terre, inconscient. Un mauvais coup durant le combat l'avait sûrement assommé. Il avait dû resté à cet endroit un moment car lorsqu'il l'avait retrouvé, Holmes était brûlant de fièvre. Le froid commençant à arriver, cela combiné au fait que son corps était plus faible qu'il voulait le faire croire, l'avait épuisé. Son organisme s'était amolli d'un coup. Étrangement, Watson avait l'impression que la fièvre de son ami était une fièvre nerveuse et non pas une fièvre de maladie.
Durant presque deux jours entiers, Holmes eut des crises de démence, des cauchemars. Plusieurs fois, Watson l'avait retrouvé à l'extérieur. Il semblait avoir peur et fuir quelque chose. Il mit cela sur le dos de la fièvre. Quelques fois, il dut lui courir après pour le rattraper. Dans ces moments-là, Holmes refusait qu'il le touche, il craignait tout contact, comme s'il ne le reconnaissait pas. Il lui fallait lutter plusieurs minutes pour le ramener à l'intérieur.
Holmes s'était enfin endormi sur le divan dans le salon. La fièvre avait enfin commencé à tomber, lorsqu'il se réveillerait le lendemain, il aurait sûrement repris le contrôle de lui même, Watson l'espérait. Le médecin s'assit dans un fauteuil, au calme. Il n'arrivait pas à trouver de solution à leur problème. Il était épuisé, tout était embrouillé, il se sentait étouffé depuis des jours. Trop de hurlements, trop de douleurs qu'il était impuissant à combattre. En regardant son ami ainsi endormi, il respirait sans l'entrave familière de ces derniers jours. Il était plein d'une exaltation claire, dévasté en même temps que libéré. Il y avait une promesse dans leur histoire, qu'il aimait, sincèrement, qui le transcendait depuis qu'il connaissait Holmes.
Lorsqu'il l'avait rencontré, cela l'avait rendu vivant, sûr de ce qu'il voulait et de ce qu'il voulait faire. Mais cela se compliquait à présent, surtout que Holmes se refusait toujours à lui parler, à se confier à lui. Il ne savait plus comment s'y prendre, il était perdu.
Pourtant il voulait y croire. Mais on lui avait dit, on lui avait répété: les personnes que l'on rencontre comme Holmes ne sont pas de ceux qui rendent heureux. Il n'avait jamais cru à ces mots. Il voulait jouer contre le reste du monde, avoir raison contre toutes les évidences, il pensait que c'était ça l'Amour. Il voulait prendre le risque, avec lui, qu'ils arrivent sur l'autre rive, sains et saufs. Mais en ce moment même, il avait l'impression que tout ce qu'ils faisaient était de s'attirer vers le fond... il était peut-être temps de renoncer. Se rendre aux fameuses évidences.
Il se leva pour faire les cent pas, réfléchir. Il finit par s'agripper au radiateur qui résonna dans un bruit métallique sourd. Il réfléchit. Puis, soudain, il sentit son cœur se serrer. Ce qui était évident la minute d'avant vacilla brutalement et semblait ne s'avérer n'être qu'un mirage.
Il déglutit. Il y avait encore un moyen, une chose qu'il n'avait pas encore testée pour aider Holmes. Il sentit son coeur se serrer en se disant qu'à ce stade, il n'y avait peut-être plus que "le mal par le mal" qui pourrait marcher. Il sentit son cœur se pincer encore une fois. Il voyait déjà Holmes le haïr pour ce qu'il avait en tête...
oOo
Lorsque Holmes rouvrit les yeux, il se demanda où il était. Il mit presque une minute à se rendre compte qu'il était dans le salon de la maison de campagne de son frère, il avait presque oublié que Watson et lui y étaient déjà depuis quelques jours. Il ne se souvenait pas de s'être endormi dans le salon, ni comment il avait atterri sur le divan. Il ne se rappelait pas des deux jours de fièvre qu'il avait eu. Son corps, exténué, ne se souvenait plus de ce qu'il avait enduré.
Holmes vit que son ami était assis dans un fauteuil à ses côtés, il avait posé une couverture épaisse sur lui pour ne pas qu'il attrape froid. Lorsque Watson remarqua qu'il s'était réveillé, il se leva pour s'approcher de lui. Le détective tenta de se redresser mais son ami l'en empêcha immédiatement.
« Allez-y en douceur. Vous devez vous reposer.
- Que se passe-t-il?
- Vous ne vous souvenez pas? »
Holmes secoua la tête à l'intention de son aompagnon qui poussa un long soupir.
« Vous êtes encore allé vous battre. Je vous ai trouvé brûlant de fièvre, je vous ai ramené et me suis occupé de vous. Cela fait deux jours que vous faites des allers-retours, vous reveniez par intermittence, vous dormiez et vous déliriez lorsque vous vous réveilliez. J'avais à peine le temps de vous calmer et de vous faire avaler de quoi faire tomber votre fièvre.
- Je n'en ai réellement aucun souvenir... »
Un silence de quelques secondes s'installa. Holmes sentait un courant d'air frais sur ses épaule, Watson lui avait sûrement enlevé sa chemise alors qu'il dormait.
« Je pense qu'il est donc temps que je me lève. Je vais passer une chemise et aller me dégourdir les jambes. Peut-être pourriez-vous venir avec moi. »
Alors qu'il tenta de se redresser, Watson, encore une fois, lui bondit littéralement dessus pour l'en empêcher. Il semblait éprouver une certaine angoisse.
« Attendez! Écoutez, je pense que nous devrions discuter un peu... »
Holmes regarda son ami sans comprendre pourquoi il semblait soudain si stressé.
« Je n'en vois pas l'utilité. Je me sens bien maintenant Watson, pas la peine de vous inquiéter ainsi.
- Atten... »
Watson n'eut pas le temps de finir un mot que Holmes avait déjà dégagé la couverture de son corps pour se lever d'un coup, sans laisser le temps à son ami de réagir. Holmes se pétrifia en entendant un bruit qui lui était étrangement familier pour l'avoir entendu durant huit mois. Watson ferma les yeux pour baisser la tête. Il aurait voulu qu'il le découvre autrement...
Holmes baissa lentement les yeux. Il se figea encore plus en voyant qu'autour de sa taille, il avait une chaîne de métal très épaisse, fermée par un cadenas d'une taille considérable. Il releva brusquement les yeux vers Watson qui regardait le sol.
« J'allais justement vous parler de cela... »
Holmes resta comme pétrifié sur place en adressant de nouveau la parole à son ami d'une voix lente, articulant chaque syllabe.
« Watson... pourquoi m'avez-vous attaché... ? »
Le médecin releva les yeux une seconde. Incapable de soutenir le regard de son ami, il retourna dans sa contemplation du parquet alors que Holmes prenait en main la ligne de maillons épais qui tombait à terre, pour suivre son chemin et voir où elle commençait. Il vit qu'il était au bout d'une extrêmement longue chaîne dont l'extrémité était fixée au radiateur. Le logicien sentit une vive angoisse naître en lui, une crise de claustrophobie en se rappelant ces mois qu'il avait passé attaché dans sa prison.
« Qu'est-ce que vous avez fait? Retirez-moi cette chaîne immédiatement! Détachez-moi!
- Holmes, calmez-vous! Le plus malmené ces deux derniers jours a été moi! vous avez fait des poussées de fièvres, des cauchemars à n'en plus finir! J'ai passé tout mon temps à vous cavaler après dehors, jusque dans les bois!
- Bien. Maintenant je suis debout, je vais bien alors retirez moi cette chaîne... »
Un nouveau silence s'installa. Le temps semblait comme suspendu, les secondes duraient des heures. Watson, un air profondément désolé sur le visage, planta ses yeux dans ceux de son ami, qui lui lançait un regard noir.
« Non... Vous n'êtes pas encore guéri. »
Holmes sentit l'angoisse monter d'un cran, il voulait qu'on lui retire cette chaîne sur le champ, il avait l'impression d'étouffer.
« Je tiens sur mes deux jambes, je vais bien! Retirez-moi cette chaîne! »
Watson fit la sourde oreilles aux plaintes de son ami.
« Pourquoi vous vous laissez détruire ainsi? Qu'est-ce qui vous pousse à aller vous battre ainsi sans raison? Qu'est-ce que vous fuyez?
- Cela ne vous regarde en aucun cas. De quel droit me parlez-vous de ça après m'avoir attaché comme un vulgaire animal? »
Holmes recula au rythme que Watson s'approchait à présent de lui. Son regard et sa voix étaient durs.
« Écoutez, je vous ai sauvé la vie, alors je fais ce que je veux et je dis ce qui me chante, est-ce clair? »
Le détective ne répondit pas au ton menaçant que Watson prenait. Celui-ci sembla se calmer légèrement.
« Je vous ai laissé suffisamment de longueur pour aller à votre guise dans toute la maison et même en dehors. La chaîne est assez longue pour littéralement en faire le tour. »
Holmes tenta de se ressaisir et de reprendre le contrôle sur la situation en se montrant le plus calme possible pour convaincre son ami de le détacher.
« Écoutez, je vais parfaitement bien. Détachez-moi.
- Je vous ai dit non. Cette fois j'entends bien vous délivrer de ce mal qui vous ronge et que vous refusez de me confier. »
Holmes fixa son ami en silence quelques secondes. Watson avait l'air décidé à le laisser attaché. Tant et si bien qu'en scrutant la pièce du regard, il vit qu'il n'avait laissé dans la pièce aucun instrument qui pourrait lui permettre de crocheter la serrure et la clef du cadenas était cachée.
« Est-ce que vous pensez sincèrement m'aider en agissant de la même manière que ce psychopathe ?
- Non. Je n'agis pas de la même manière, je vous empêche juste de sortir pour aller vous battre et je vous forcerai à affronter vos démons au lieu de les fuir. Vous êtes malade, vous souffrez et il est temps de vous guérir. »
Sentant l'angoisse qui le tenaillait augmenter encore d'un cran à la vue et à l'entente de son ami, il eut le réflexe de le pousser de son chemin pour tenter de s'enfuir. Il passa la porte d'entrée, espérant que quelqu'un passe par hasard par là et qu'on le voit. Il savait que la propriété était gigantesque et que personne ne pouvait le voir ou l'entendre à plusieurs kilomètres à la ronde, sauf si quelqu'un y passait illégalement. Dans la panique, il tira violemment sur l'entrave plusieurs fois pour faire céder l'endroit où sa base était attachée, rien a faire. Ceci en vociférant à l'égard de son ami toute les pires insultes qu'il connaissait.
Il vit Watson sortir de la maison. Il était totalement calme. Il s'appuya au porche pour regarder Holmes s'épuiser à tenter de faire céder sa chaîne.
« Vous vous fatiguez pour rien Holmes, je ne céderai pas d'un pouce. Rentrez au lieu de faire l'imbécile. »
Holmes se stoppa une seconde, tenant toujours ses chaînes dans les mains, il tenta de nouveau d'en faire céder la base alors qu'il vit Watson descendre du porche pour attraper quelques maillons d'une main.
« Je veux que vous me détachiez!
-Vous pouvez hurler autant que vous voulez, personne ne peut vous entendre ici et cela n'ébranlera pas ma volonté. »
Holmes sentit l'angoisse monter encore d'un cran en entendant les mots de son ami. Il n'avait jamais vu Watson faire de pareilles choses, si innocent d'habitude, c'était lui que l'on regardait étrangement parce qu'il avait une logique, qui, même si elle résolvait les enquêtes les plus compliquées, était des plus étrange et incompréhensible. Il vit son ami enrouler un morceau de la chaîne autour de son bras pour avoir une prise conséquente pour l'attraper à deux mains.
« Que vous le vouliez ou non, vous devrez accepter ce qu'il vous arrive. »
Holmes vit son ami tirer un coup brusque pour l'approcher.
« Maintenant rentrez à l'intérieur et plus vite que ça! »
Holmes sentit encore une fois le médecin tirer pour le faire bouger. Il avait beau résister, il sentait ses pieds glisser sur le sol sous la force que Watson déployait. Il avait beau tirer lui même dans son sens, rien n'y faisait. Finalement, il sentit une vague de colère noire monter en lui. Il jeta à terre les chaînes qu'il tenait en main pour regarder son ami avec son pire regard de défi.
« Sinon quoi? »
Il s'approcha de quelques pas pour tenter d'intimider Watson qui restait planté à l'endroit exact où il était.
« Sinon quoi? »
Une fois assez près, Holmes déglutit le plus discrètement possible pour ne pas montrer sa crainte, tentant de garder la face en adressant toujours son air de défi à Watson. Au vu du regard que celui-ci lui lançait, il savait parfaitement qu'il allait regretter amèrement ce qu'il venait de dire.
Voilà, j'espère que ce chapitre vous a plut... moi je ne sais pas trop quoi en penser, je suis pas très sûr de mon coup et j'ai pas l'impression que beaucoup de gens pourront comprendre ou l'aimeront x'D...
Réponse à mes Reviewers sans compte :
Misu : OH OUIIII XD! Donne moi ton avis sur Rien n'est Absolu :D (ça se refuse pas des reviews XD). Oui je suis un esprit malade, mais tu la lis et tu l'aimes bien ma fic nan? Tu prends même plaisir à lire quand mes persos souffre XD! Oh c'est un gros compliment de se faire comparer à Stephen King, j'adore ce taré :D. Comme dit précédemment dans le chapitre que tu as commenté : le pire cauchemar de Holmes et de passer pour un monstre aux yeux de Watson. En plus il est épuise moralement et physiquement, il en faut peu pour craquer complètement dans ces moments là.
Okidoki : Héhé, n'hésite pas à me laisser ton avis sur les prochains chapitres, j'espère qu'ils te plairont tout autant :). Non, c'est juste que je suis tellement parfait que même mes sourcils le sont :)... XD! Oui je m'épile les sourcils x'), mais pas tout hein, je met pas de maquillage dessus, je les taille juste pour donner cette forme. Je ne le cache pas, ce n'est pas une honte, je les aime bien comme ça, ça doit me donner un regard un regard un peu plus bizarre. Merci du compliment, on me l'avait encore jamais fait celui là XD...
Sylae : OUIIII et j'aime çaaaaa 8D!
