Il se passa deux jours après leur retour à Londres avant que Holmes, accompagné par Watson, parte pour la prison du meurtrier afin de lui rendre une dernière visite avant leurs adieux. Plus leurs pas les rapprochaient de cet endroit, plus le médecin sentait son estomac se nouer, sa gorge se serrer. Il ne comprenait pas pourquoi Holmes tenait tant que cela à revoir Quin une dernière fois.
Ils entrèrent dans le pénitencier. Watson jeta un coup d'œil au logicien comme il le faisait toute les cinq minutes depuis qu'ils avaient quitté leur appartement. Holmes était calme, serein, il semblait parfaitement normal, comme si tous deux étaient partis pour une simple balade.
La porte de la cellule s'ouvrit. Ils entrèrent à l'intérieur alors que les sentiments de répulsion du médecin devenaient de plus en plus violents. Il serra de toutes ses forces la main de Holmes dans la sienne, lui adressant encore une fois un regard. Il était si neutre, paraissait si calme. Watson n'y comprenait rien. Le logicien avait beau être un homme fort, il aurait été plus que compréhensible qu'il ait pu ressentir de la peur, de la colère, de la crainte, même trembler mais il semblait ne rien ressentir de spécial. Il n'y avait aucune angoisse dans ses yeux, ni aucune rancœur ni animosité. Il était parfaitement normal, comme s'il venait voir un homme qu'il avait mis derrière les barreaux comme un autre. Presque même comme s'il était allé rendre visite à un ami.
Quin leur faisait encore dos, il regardait toujours d'un air pensif à travers les barreaux de sa fenêtre. Il ne se retourna que quelques secondes plus tard. Égocentrique et narcissique comme il était, il voulait agir comme si rien ne l'atteignait, comme s'il était au-dessus de tout. À chaque fois qu'il adressait la parole à quelqu'un, tous avaient l'impression qu'il les considérait comme de misérables insectes, des Êtres inférieurs.
Pourtant cette fois, lorsqu'il se retourna et vit Holmes, son expression froide et hautaine s'envola. Ses yeux s'écarquillèrent un instant, ses lèvres s'entrouvrirent. Il n'avait pas l'air surpris mais profondément ému. Son regard clair fit trembler Watson un instant. Dans ses yeux, il n'y avait qu'une aussi incompréhensible qu'effroyable expression. C'était de l'adulation. Il ne pouvait dire un mot, ne créer aucun son, il ne semblait même plus pouvoir respirer. Son regard fixé sur Holmes donnait l'impression qu'il était en train de regarder un Ange de Lumière, un Dieu vivant.
Le médecin déglutit d'incompréhension autant que d'un malaise profond qui lui donnait presque la nausée. Il serra un peu plus fort la main de Holmes alors que le meurtrier en face d'eux dérivait son regard vers lui en se mettant à parler d'une voix faible, hésitante, étouffée, presque brisée alors que ses lèvres tremblaient.
« En disant que vous finiriez mon œuvre... jamais je n'aurais espéré... tout compte fait, nous ne sommes pas si différents l'un de l'autre... »
Watson eut un haut le cœur de dégoût, son cœur se serra douloureusement d'être ainsi comparé au pire des monstres qu'il n'ait jamais rencontré. Il dériva encore une fois son regard vers Holmes qui n'avait toujours rien dit. Son expression ne changeait pas, il restait strictement le même sans sembler y mettre aucun effort. Encore une fois, la voix tremblante d'émotions de Quin se fit entendre alors que ses yeux se posaient de nouveau sur Holmes, cette fascination, cette adulation malsaine toujours en eux.
« Vous avez... "vu"...? »
Holmes hocha brièvement la tête sous le regard incompréhensif de Watson. Son expression restait toujours incroyablement neutre alors que le visage de son tortionnaire semblait s'éclairer un peu plus. Ses lèvres tremblaient encore d'avantage, formant une tentative de sourire tant il semblait ému.
« Il y a donc quelque chose... ?
- Bien sûr. »
La voix de Holmes était aussi neutre et calme que son expression. Le meurtrier, debout face à eux, semblait en proie à une émotion incroyablement puissante. Sa mâchoire et son corps tout entier tremblaient, ses yeux brillaient d'une étrange lueur mêlée aux larmes qui y naissaient.
« Était-ce clair?
- Limpide.
- Et précis?
- Cela n'offrait à aucune interprétation. »
Watson assistait en spectateur à cette scène. Il ne comprenait absolument rien à ce qui était en train de se passer sous ses yeux, il savait juste que cela n'avait rien de rationnel ou de sain. Il ressentait un effroyable malaise même aux côtés de son ami qu'il connaissait depuis si longtemps mais dont il ne comprenait pas du tout les réactions actuelles. Holmes tourna un instant la tête vers Watson pour lui adresser un regard rassurant de douceur en lui faisant signe de lâcher sa main et de rester à l'endroit où il était. Le médecin sentit une peur atroce enserrer sa poitrine alors que le logicien s'éloignait de lui pour partir vers Quin. Celui-ci le regarda approcher. À chaque pas, son visage et ses yeux se faisaient plus brillant d'émotions.
Arrivé à son niveau, le meurtrier posa ses mains tremblantes sur son visage en le regardant dans les yeux avant d'en glisser une dans ses cheveux, l'autre sur sa nuque. Holmes se pencha vers lui pour placer ses lèvres à quelques centimètres de son oreille, puis fermer les yeux pour commencer à y murmurer. Encore une fois, Watson assistait à la scène, tremblant de la tête aux pieds. Ses entrailles se nouaient de peur, d'incompréhension et de dégoût. Jamais il n'avait rien vu d'aussi répugnant et malsain que tout ce qu'il se passait dans cette cellule.
Les secondes, les minutes passèrent. Holmes était toujours penché à l'oreille de son tortionnaire pour y murmurer des paroles, un discours qui dura plus d'une demi-heure. Watson n'entendait rien. Les seules choses qu'il pouvait voir étaient les lèvres de son ami former des mots qu'il lui était impossible d'entendre et encore moins de comprendre. Quin parfois tremblait un peu plus, ses yeux s'écarquillaient, ses sourcils se fronçaient, ses lèvres s'entrouvraient. En quelques minutes, un nombre incroyable d'expressions différentes passèrent sur son visage avant une dernière qui persista jusqu'à la fin. Une expression aussi neutre et paisible qu'absente. Puis Holmes se tut avant de se redresser et de se retourner vers son ami pour quitter la pièce sans un regard en arrière, emportant le médecin avec lui. Avant de sortir, Watson jeta une dernière fois un coup d'oeil au meurtrier qui les regardait partir, silencieux. Quelque chose dans ses yeux avait changé alors que son expression demeurait la même. D'une voix douce et reconnaissante, il leur adressa quelques derniers mots.
« Merci Sherlock. »
Le détective tourna le visage vers l'homme à qui il faisait dos, adressant ensuite à son intention un signe de la tête, encore une fois sous le regard empli de stupéfaction de son ami. Une fois la porte fermée, Holmes s'y adossa. Le médecin, les mâchoires soudées l'une à l'autre, se tenait immobile face à lui, le regard rivé sur le sol. Il n'arrivait pas à dire ou faire quoi que ce soit, il était profondément troublé, perdu, choqué. Tout son intérieur semblait se tourner et se retourner, il avait l'impression d'avoir assisté à quelque chose qu'il n'aurait jamais dû voir tant il lui était impossible de la comprendre. Son cœur battait à toute vitesse depuis qu'ils avaient quitté leur appartement et encore plus depuis qu'il avait assisté à cette scène tant qu'il avait l'impression qu'il allait bientôt faire un malaise s'il continuait ainsi. Dans son âme, Watson ressentait une profonde colère, de la haine ainsi qu'un dégoût qui lui donnait la nausée.
Tout semblait faire croire que le cupide tyran avait pleinement réussi dans son objet. Et c'était Holmes, sa plus atteinte victime, lui-même... qui le lui avait offert. Et cela de son plein gré.
« Watson? »
Le médecin releva les yeux à cet appel. Holmes portait toujours cette expression neutre, calme et sereine sur le visage. Pourtant ses yeux avaient changé, ils portaient en eux une profonde gravité en même temps qu'un grand calme et ce qui semblait être de la paix. Comme s'il détenait la clef du plus terrible secret de ce monde. Tant, qu'il pourrait bouleverser l'ordre établi, l'équilibre et toutes les sociétés existantes s'il était révélé. Watson sut immédiatement que les mots qu'ils allaient échanger ne devraient plus jamais être mentionnés, que pour pouvoir vivre paisiblement ensemble, il ne devrait poser aucune question à leurs propos. Il savait que ce qui allait se passer resterait en suspend dans cet endroit et qu'il ne devrait jamais, sous aucun prétexte, le quitter, qu'ils ne reparleraient plus jamais de ce moment précis. Holmes adressa une nouvelle fois la parole à son ami de la même voix calme et neutre.
« Sauriez vous imaginer... ce qu'il y a après la mort? »
Watson se figea à ces mots. Il ne put répondre, ses mâchoires restèrent bloquées tant il fut surpris et troublé de les entendre, il ne s'y attendait pas.
« Sauriez-vous? »
Le médecin déglutit avec difficulté en tentant de former une quelconque parole.
« Non... je... non... »
Watson vit un léger sourire apparaître sur le visage de son ami. Il sentit ses entrailles se nouer un peu plus en remarquant que ses yeux, son expression avaient changé, il semblait avoir retrouvé les mêmes que lorsqu'il s'était réveillé de son état de transe quelques jours plus tôt.
« Doutez Watson... doutez. »
Le médecin ressentit un frisson glacial le traverser de la tête au pieds en passant par sa colonne vertébrale. Holmes se redressa pour partir. Watson le regarda s'éloigner de dos avant qu'il ne se stoppe pour ensuite tourner les talons. Son expression était redevenue normale, celle qu'il avait d'habitude. Cette expression aussi malicieuse que narquoise qui rendait fou tant de gens, pleine de vie, les même traits que ses yeux reflétaient à présent. Il lui adressa un sourire, ce sourire hautain et égocentrique qu'il savait rendre charmeur, avant de tendre sa main stigmatisée, portant aussi l'estafilade jumelle à la sienne, vers lui.
Watson resta planté sur ses jambes un instant. Ce qui s'était passé était passé, maintenant il leur restait une vie à continuer, à construire. Il était inutile de vivre dans le passé et de poser des questions inutiles qui ne feraient que gâcher ce qu'ils partageaient. Le passé était parfaitement bien là où il était. Il ferma les yeux un instant avant de rejoindre en courant son amant pour attraper sa main et partir vivre avec lui.
Néanmoins avant de se hâter près de son ami pour le rejoindre et attraper sa main, ayant sûrement assisté à trop d'exécutions dans sa vie, il n'eut pas besoin d'ouvrir la porte de la cellule pour reconnaître le bruit des cervicales se brisant qui en venait.
oOo
Martyr : Nom, adjectif
Du Grec "Marturos" :
Témoin
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Fin
Voilà, c'est la fin de cette fic :). J'ai l'impression que ça va en laisser perplexe... ou juste me faire passer encore une fois pour un gros taré psychopathe xD. Je sais pas si beaucoup de gens comprendrons aussi (en même temps faut avoir une logique de sadique sociopathe xD...)
J'espère que cette fic vous a plut et que cette fin vous a plut aussi :). j'ai pas mal d'idées de fics sur ce charmant couple :). Si vous tenez à être mit au courant, mettez moi en Author Alert , vous saurez quand je recommencerais à poster mais je mettrais surement quand même les personnes qui me commentent au courant quand j'en recommencerais une.
Pour ceux qui n'ont pas de compte, laissez moi une adresse où vous joindre.
Merci de m'avoir suivit. Je m'étais bien attaché à cette fic aussi, c'est surement la plus tarée que j'ai jamais écrit xD... j'espère que ma folie sadique vous a quand même plut ;).
A bientôt pour une nouvelle fic, merci encore de m'avoir lu, suivit et commenté :D !
