Un grand merci à toutes celles qui me lisent.

Ce chapitre c'est fait attendre je vous présente toutes mes excuses. Ma muse faisait grève, et oui j'ai une muse syndiquée en plus.


Déni de justice 5

Kanon

J'ai dû m'assoupir, mon esprit est brumeux. Quelque chose m'a tiré du sommeil. Je cligne des yeux, mes sens sont encore assoupis. Puis j'entends un bruit, je ressens le froid. Je me redresse un peu, il dort pelotonné à l'autre bout du lit, il gémit. Je roule dans les draps pour le rejoindre. Est-il réveillé ? Est-il malade ? Non ça n'en as pas l'air, mon blondinet semble dormir, enfin cauchemarder.

Je tends la main pour caresser sa joue, il pousse une légère plainte. Ses joues sont humides, j'ai peur de comprendre. Je devrais le réveiller mais j'hésite. Je l'attire contre moi. Son souffle devient plus régulier, ses paupières papillonnent. Il se réveille un peu, il vient se blottir contre moi. Je passe mes doigts dans sa chevelure.


Rhadamanthe.

Où suis-je ? Il y a du soleil, et quelqu'un en face de moi. Mon frère. Minos c'est minos. Toujours si parfait, le grand frère idéal pour tous. Non le fils parfait de Zeus. Contrairement à moi et Minos ne s'est jamais gêné pour me le dire.

Ma première vie, en Crète voila ou je suis dans le palais. Il a du monde mais je ne vois pas les visages, mon frère est avec eux. Ou plutôt ils s'extasient sur le petit prodige.

J'emprunte un couloir pour rejoindre une autre aile du bâtiment. Je pousse une porte, mon petit frère est dans les bras de ma mère. Je reste un moment à regarder le petit enfant jouer sous les cris de joie de celle qui lui a donné le jour. Les serviteurs vont et viennent sans un regard, pas plus que cette femme qui n'a jamais un sourire pour moi. Au mieux je suis invisible pour eux.

Je repousse les sentiments contradictoires qui empoisonnent mon cœur. Moi aussi je voudrais son attention, juste un peu. La colère et les larmes brouillent ma vue. Je ne devrais pas. Il est qu'un bébé.

Je vais me réfugier plus loin pour étouffer ma peine. Minos est parfait et l'autre est un petit ange. Et moi ? Moi pourquoi je suis pas comme eux ?

J'ai l'impression que du temps a passé, pourtant je suis dans mes souvenirs. Je suis un peu plus grand, je crois. Il y a de l'agitation dans la demeure. J'écoute dans l'ombre les domestiques. Alors c'est ça… Une visite diplomatique. L'espace d'un instant le tourbillon de la maison me happe.

Il y a des délégations venant de Sparte et d'Athènes. Vont-elles changer quelque chose. Il y a d'autres garçons de mon age. Des garçons sur lesquels veillent de jeunes hommes. Je suis un peu jaloux, eux ont quelqu'un pour s'occuper d'eux, pas moi. Et puis il y en a un qui vient me parler, juste quelques mots alors que j'erre dans les couloirs. Mon cœur se serre, pour la première fois j'ai l'impression d'exister. J'espère. Aux heures sombres de la nuit l'oreille aux à gués je crois mille fois entendre des bruits. Je rêve d'une visite, qu'il m'accorde un peu de temps. Je ne suis pas innocent au point d'ignorer la nature des relations entre ces jeunes hommes et leurs protégés. Mais ça me conviendrait, n'importe quoi, mais qu'il vienne. Sous mes paupières baisées je rêve qu'il m'enlève. J'imagine une vie différente, peut être pas meilleure, mais sans toute cette froideur.

Les jours qui suivent je ne peux l'apercevoir sans être troublé. Il est un héro capable de me libérer. Je vis dans l'attente et l'angoisse. Tantôt espérant, tantôt me raisonnant. Mais la délégation repart. Il n'est pas venu, je le déteste et je me déteste d'avoir espéré, d'avoir rêvé.

Ma seule consolation est qu'il n'a pas préféré mon grand frère, le prodige, le petit prince. Je reste avec Minos, Minos si parfait, sauf avec moi.

Il y a l'autre face, celle que moi seul vois. Celle violente, celle du Minos qui n'hésite pas à me frapper. Celle qui me fait rentrer écorché et endolori des coups de mon aîné. J'aimerais pleurer, mais à quoi bon, puisque personne ne viendra sécher mes larmes. Je suis le fils de trop, celui qui sert à rien, celui qui n'a pas hérité de son divin géniteur.

Le décor change un peu, je suis adulte. Mon regard tombe sur un adolescent de quelques années mon cadet. Il est d'une beauté remarquable, d'un esprit fin, agréable de compagnie. Il rode généralement vers ma chambre.

Je me pose des questions, Minos n'a pas ses quartiers dans cette aile du bâtiment. Est-ce que lui il m'aimerait ? Ce pourrait il qui soit là pour moi. Il est la seule personne à rester discuter avec moi, ses sourires sont donc pour moi ? Je ressens pour lui une étrange tendresse, à moins que ce ne soit de l'égoïsme. Je voudrais le garder avec moi, pour ne plus être seul. Minos finit par le remarquer, alors pour la première fois je suis prêt à me battre contre mon frère. Il n'a pas le droit, pas lui. Il a déjà tout le reste, alors pas lui.

Je gagne bien cette bataille, mais qu'ai-je donc gagné que de retrouver ma solitude. J'aurais dû savoir qu'il n'était pas là pour moi. Il était trop beau, trop intelligent pour rester avec un raté. L'adolescent a choisi, pas moi, mais pas Minos non plus. Pauvre consolation de le savoir quittant la crête avec mon cadet.

Visiblement mes frères ont toutes les qualités. Même quand je mets une servante dans mon lit tout ce que j'entends c'est Minos est meilleur, Minos est plus beau. Les mots qui s'échappent des offices sont toujours les mêmes. C'est à cette époque que je renonce, je n'en peux plus. Je me retranche un peu plus loin de tous, je passe mes nuits seul.

Par dérivatif je promène le jour, j'observe. La nuit mon esprit rationalise ce monde qui défile devant mes yeux. J'en déduis certaines choses que je consigne dans un recueil. Des principes de droit, des textes. Un peu de tout et du bon sens.

A la mort d'Astérion je n'ai même pas le courage de contester à Minos un héritage au quel j'ai droit. Je suis juste resté dans l'ombre. Je me suis replongé dans mes observations et mes écrits.

Je ne saurais jamais comment Minos les a récupérés d'ailleurs. Comment mon frère est devenu au yeux de tous un législateur de géni. J'aurais pu contester mais qu'aurais-je gagné ? Pourquoi le fils raté aurait-il écrit des textes dignes d'un dirigeant ? Je n'ai pas à régner, je n'ai pas à légiférer. C'est logique que ce soit le sage et grand souverain de Crète qui écrit ces textes.

Déçu, trahi, aigri, j'évite mon frère et les être vivants. Je n'ai jamais compté pour personne. Sauf parfois pour Minos. Le seul à me voir, le seul qui semblait me dire tu es une menace. « Je ne te permettrais pas de te dresser contre moi. » Minos qui me tolérait tant que je restais dans son ombre et qu'il pouvait en tirer profit.

J'ai mal, mes souvenirs me font mal. J'ai froid. Quelque chose de chaud apparaît contre moi. C'est bon, c'est délicieux. Mes paupières se soulèvent un peu et je me colle contre cette chose si agréable. Une mèche bleue passe dans mon champ de vision. Il me faut un moment pour réaliser.

Mon regard s'abandonne sur le mur d'en face.

Ma vie… La Crête que j'ai fui après avoir levé la main sur mon frère. Le mariage arrangé. Il fallait croire qu'un fils de Zeus même sans intérêt avait une valeur commerciale. Mes enfants aussi. Je ne se souviens même pas de leur visage. Je les ai si peu vus. Une belle image de famille une femme, des enfants et moi seul plus loin. Puis les enfers…

Mes doigts se referment sur les draps, je respire le parfum du dragon. Que peut il me trouver ? Je me glue à lui. Je ne le mérite pas, mais je suis lâche.


Kanon

Je sais qu'il ne dort plus. Je caresse toujours ses mèches solaires. J'ai l'impression de ne pas comprendre ce qui se passe dans sa tête, comme c'est souvent le cas avec lui. Je pose un petit baisé sur son front. Je le presse plus étroitement entre moi. Son visage vient se nicher dans mon cou et mes mains glissent sur son dos. Je le sens se raidir puis se détendre. Je le masse doucement.

« Bonjour Honey »

Je m'étire un peu, j'enfouis mon nez dans ses cheveux. Ils sentent bon. Peu à peu mes sens s'aiguisent. Je me gorge de son odeur et de nos ébats. Je viens mordiller son oreille. Je veux l'arracher à ce qui le rend triste. Je glisse quelques mots tendres, je le câline un peu.

J'aimerais rester là toute la journée. Prendre mon café entre les draps avec mon juge. Le câliner, l'embrasser, l'aimer, voila qui serait une journée parfaite.

Je flatte le bas de son dos de ma main libre. Je pose mes lèvres sur son épaule que je mords légèrement. Je le désire, mais ce n'est pas juste un caprice matinal. Au hasard d'un mouvement je découvre que nous partageons le même tourment. Je redécouvre son corps, je redessine ses muscles et ses courbes. Sur ma langue se retrouve le goût de sa peau, le sel de la transpiration et celui de notre étreinte précédente. J'en frémis de satisfaction. Les gémissements de mon blondinet sont une douce mélodie. Ma main glisse sur ses fesses, j'embrasse son ventre. Mon regard croise le sien pour s'y noyer. Il y a du désir, du plaisir, de l'urgence.

J'aimerais le faire mien encore et encore. Mon index joue sur le petit anneau de muscle. Je l'enfonce lentement en lui, mes yeux rivés aux siens. J'appréhende qu'il ait mal, j'ai voulu être doux cette nuit mais je m'inquiète. Mes lèvres glissent sur le velours de sa peau, elle finissent par saisir leur butin et se referme sur un bout rose. Une plainte plus vive et un coup de rein accompagnent mon geste. Les soupirs et les râles de plaisir bourdonnent à mes oreilles, j'enfonce un deuxième doigt dans son corps si accueillant. Le désir me consume les reins. Je n'en peux plus d'attendre.

Je m'écarte un peu, je n'ose lire dans ses yeux d'ors la même faim qui le taraude. Je cherche à l'aveuglette le lubrifiant. J'hésite, je me mordille la lèvre. Je suis certain que hier était sa première fois. Les doigts humides du produit, ma main se dirige vers son entrejambe. Je vais pour glisser entre ses fesses puis je me ravise. Je caresse son sexe, le contact est doux et glissant. Je m'installe sur ses cuisses. Le sentir contre moi est une torture délicieuse. Je le guide en moi, c'est fabuleux.

L'avoir en moi, je ne savais pas le désirer à ce point. C'est meilleur que tout. Mes reins bougent d'eux même pour quérir leur satisfaction. Je me cambre, je perds pied face à ses airs de petit garçon. Il y a de la surprise, de l'incompréhension, du plaisir. Mes mouvements sont plus vifs, nos corps entament une cavalcade dont eux seuls ont le secret. Nos cris se mêlent et s'emmêlent. Des derniers assauts je n'ai plus conscience d'autre chose que des élancements d'un plaisir qui me transpercent, qui nous fauchent ensemble. Les spasmes de l'orgasme se répercutent dans nos deux corps de concert, il s'écoule en moi.

Je n'ai pas la force ou la motivation pour bouger, je me laisse juste tomber sur lui. Nous ne faisons qu'un, nos souffles sont encore rauques et rapides. Son cœur bat aussi vite que le mien. Je reste là, juste à savourer ce moment de plénitude. Parce que c'est lui, par ce que c'est nous.

Je serais bien resté indéfiniment, mais un bruit irritant attire mon attention. Saleté de portable. Je repousse l'idée séduisante de le balancer contre le mur. C'est peut être important, je regarde le numéro, il me dit rien. Je consulte les messages et je constate l'heure. Fin de matinée, je soupire, que me veut donc monsieur l'assureur, il veut me voir.

A regret je pose un baisé sur le front de mon aimé et je me lève pour rejoindre la salle de bain. Le jet de la douche me dégrise. L'eau chasse les traces de nos amours et me remet les esprits d'aplomb.

Quand je ressors de la pièce je cherche des vêtements tout en appelant la réception pour commander le petit déjeuné. J'embrasse mon spectre en lui disant de profiter de la journée, que j'ai un souci de travail.


Rhadamanthe

Kanon a quitté la chambre précipitamment. Je reste encore un peu dans les draps. J'aurais aimé lui parler. Je ne comprends pas ce qu'il a fait. Pourquoi a-t-il inversé les rôles ce matin. Pas que je n'ai pas aimé, mais c'est troublant. On toque à la porte, je réponds « entrez » Je reste dans le lit pendant qu'on me dépose la desserte. Je prends mon repas seul puis je me décide à me lever. Je suis à peine endolori de la nuit dernière. C'est presque frustrant. Je vais me laver puis je m'installe sur la terrasse. Il fait beau. Je ne sais pas quoi faire de ma journée alors je regarde la mer. Il y a des gens qui se baignent, d'autres qui prennent le soleil. Je pourrais en faire autant.

Je prends une serviette, je passe un maillot et je quitte la pièce. En bas des escaliers je me souviens qu'il a insisté sur la crème solaire, alors je retourne la chercher. Je marche pieds nus dans l'hôtel et jusqu'au bord de mer, je longe un peu la plage. Le sable et brûlant et je m'enfonce un peu, l'air marin m'est plus agréable comme le bruit des vagues. Kanon voulait qu'on soit seuls aux milieux de l'eau. Je comprends que ça doit être bon, le silence, l'espace, la mer. Tout à mes pensées j'arrive sur un quai. Il y a de touts petits bateaux juste assez long pour pouvoir s'allonger. Je vais essayer tout seul. Je vais voir celui qui tient la location, je demande une embarcation en lui disant que je suis à l'hôtel. Je suppose que si il porte le même nom que le bâtiment ce n'est pas un hasard.

J'avais raison, après quelques mots et une signature je prends possession de l'embarcation. Le loueur m'a rapidement expliqué comment m'en servir. Un peu maladroit, je m'assois à l'arrière ma serviette posée à mes pieds avec une bouteille d'eau fraîche. Je bataille contre la corde du moteur mais ça démarre. Un sentiment de profonde satisfaction m'envahit alors que je fais les premiers mètres. L'embarcation bouge un peu mais je résiste à l'envie de vomir. Je sors de la crique pour faire le tour de l'île. Je finis par chercher la petite plage que j'ai vue avec le dragon. De l'eau elle est facilement accessible, j'avance mon embarcation jusqu'au sable. Le moteur me gène pour la pousser plus loin mais je trouve comment le faire basculer.

Mon petit coin de sable est cerné par des rochers escarpés, il n'y a vraiment personne. C'est vraiment un endroit parfait. Je m'installe sur ma serviette, je pose mes affaires et sort le flacon de produit solaire. Je me contorsionner pour m'en passer sur les épaules, le dos et le reste du corps. Je m'installe sur le ventre pour lézarder au chaud. Ce n'est pas aussi confortable que les bras de kanon mais c'est bon quand même. Je reste jusqu'à avoir trop chaud, et que le bruit de l'eau m'attitre.

Je teste la température du bout du pied, puis je rentre doucement. Je nage près du bord, puis un peu plus loin. Finalement je vais très loin sans m'en rendre compte. Le retour à la terre est fatiguant enfin plus que je l'aurais imaginé. Je bois un peu et je retrouve mon lit de sable. Je repose mes muscles, je somnole un peu, un grand pin me donne une demie ombre. Je passe l'après midi à alterner eau fraîche et couche chaude jusqu'à l'heure de rentrer. Il doit d'ailleurs être tard, le soleil décline et la mer est un peu plus sombre, elle fait des bosses.

Je pousse mon esquif sur l'eau et je m'installe à son bord. La corde de démarrage me cause quelques soucis mais après plusieurs tentatives le moteur toussote et démarre. Je suis venu de quel coté ? Sinon c'est pas bien grave c'est une île. Je suis venu de la droite mais j'avais fait presque un trois quart de tour de l'île. Donc par la gauche c'est plus court. Je dirige mon embarcation vers le large pour sortit de l'amassement rocheux ça bouge un peu plus que ce matin. Je regarde les rochets et je les contourne. Il y a un passage qui bouge beaucoup je me cramponne à la barre et je continue. Je dois plus être très loin quand le moteur s'arrête.

Je m'escrime pour le faire repartit. Il toussote, crachote mais rien je continue. La nuit va bientôt tomber. Je suppose que kanon est déjà à l'hôtel. J'enflamme mon cosmos, mon cosmos ? Il ne se passe rien, je suis incapable de le solliciter. Je reste interdit un moment. Je ne sais pas quoi faire. Je ne suis pas très loin de la rive. Je me décide à rentrer à la nage, je fais un bout de route, mon embarcation s'éloigne mais la distance qui me sépare de la terre ne diminue pas vraiment. J'insiste, j'ai dû faire un tiers de la route mais je n'en suis pas certain. Je comprends juste que je n'aurais pas la force d'y arriver, je fais demi tour. Je force sur mes muscles qui se raidissent, j'ai affreusement conscience de chacun d'eux. Je puise dans mes dernières forces, la tête me tourne quand je me hisse sur le bateau. Je me sens épuisé, tout bouge devant mes yeux ou c'est la mer qui bouge ?


Kanon

J'ai passé la matinée à attendre et la moitié de l'après midi aussi. Je hais les assureurs. Je rêves des les noyer et de noyer Poséidon. Il va m'entendre celui là. Déjà qui il en fous pas une, faut qu'il fasse que des conneries.

Je viens de passer deux heures à raconter des bobards pour noyer le poisson, enfin l'assureur. Mon cher dieu a décidé de faire jouer l'assurance pour un dégât des eaux. Non mais sans blague, c'est son cerveau qui prend l'eau. Et un dégât des eaux au sanctuaire sous marin. Il y a que moi qui suis choqué ? Parfois il fait vraiment la paire avec la cruche, enfin Athéna. Bref je m'en suis sorti en argumentant que c'était une erreur de secrétaire. Ho la méchante remplaçante qui n'a rien compris. C'était pas un constat de dégât des eaux mais la faisabilité d'un contrat d'assurance pour des bungalows sous marin. Des sortes d'appartements dans les récifs sous la mer pour touristes fortunés. Mais ce n'est qu'un projet hôtelier, rien n'est encore fait. Et dire qu'à la fin l'homme en face de moi se voit en vacances avec des poissons sous le nez. Décidément je devrais faire commercial.

Enfin toutes ces âneries m'ont mangé ma journée. Quand je rentre je suis surpris de ne pas trouver mon blondinet dans notre chambre. Dans un sens je suis content de savoir qu'il a profité de la journée. Je vais à la réception qui m'indique la plage. Je fais un rapide tour des lieux. Je ne vois que des vacanciers qui plient bagage. Il a peut être décidé de promener. Je m'engage sur les sentiers, je les fais tous mais rien. La nuit ne va pas tarder. Je cherche son cosmos, on s'est sans doute croisé.

C'est grave pas de trace de mon spectre. Je regagne affolé la plage, je fais le tours des employés. Enfin un me dit qu'il y a une embarcation qui n'est pas rentrée. Mon sang se glace. Rhadamanthe sur un esquif, une coquille de noix, seul, de nuit. Par Poséidon en string. Je dois rester calme. Je dois organiser les recherches, en plus un coup de vent se lève. Je cours prévenir l'hôtel, la capitainerie et j'embarque une radio dans la première vedette prête à partir. Je commence à sillonner les flots. La mer monte, la nuit tombe. Je ne vois plus que des formes indistinctes. Et ma vision est trop courte. Un message a bien été diffusé. Je l'ai entendu. Mais où est il ! Les minutes me semblent des heures, chaque forme sombre me fait croire à une barque retournée. Je sillonne les flots encore partout. Mon cœur semble s'être arrêté. Je patrouille depuis ce qui me semble des années quand un message radio sommaire me rassure. Un bateau de pêche, à son nom je sais que je l'ai déjà croisé par le passé. Il a trouvé mon dragon noir. Je fonce vers le petit port. Mon embarcation fait des bonds prodigieux, elle semble voler sur les vagues. J'accoste enfin.

Mon juge est là, il est vivant, il va bien. Mon cœur qui était de glace il y a quelques minutes à peine bouillonne. Je sens la colère qui gronde en moi comme le déferlement des vagues. Oui je suis furieux, j'ai rarement été aussi furieux. Même quand Isaak qui venait d'arriver au sanctuaire m'a coulé un pétrolier et un sous marin nucléaire dans la foulée je n'étais pas dans cet état. Et pourtant j'ai bien cru que j'allais le tuer.

Je monte sur le quai. Le vieux capitaine m'attend comme mon blondinet. J'ai la violente envie de lui coller une fessée mémorable sur le champs. Je respire, je prends sur moi. Par ce qu'il est hors de question de laisser tout ce petit monde se rincer l'œil sur le postérieur de mon amant. Je salue rapidement tout le monde, je remercie et je l'entraîne vers l'hôtel. Nous traversons la réception déserte. La porte de la chambre se referme sur nous. Je respire, être calme, je me reteins de cracher des flammes.

Mais comment peut il être aussi inconscient. Comment peut il me faire une frousse pareille.

En repensant au pire j'en ai des sueurs froides.

Mon regard tombe sur mon fugueur.

« Peux tu m'expliquer ceci ? Et que faisais-tu sur une coquille de noix sans le minimum syndical de sécurité et sans avoir de permis bateau ? »

Il se tait, au lieu de me calmer je sens l'énervement grimper en flèche.

« Qu'est ce qui t'as pris »

Ma voix m'a échappée, comme mon self contrôle qui se fait la malle. Je dois avoir une tête à faire peur, à désertifier une mégalopole. Respirer, respirer, je vais pas le tuer, non je vais pas le tuer. Mais il se fout de ma gueule ou quoi ?

Non j'ai vu pire hein entre les algues dans mon bureau, les oursins dans mes vêtements, le petit requin dans ma baignoire et les méduses dans mon lit. Les petit marinas s'en sont toujours bien sortis. Mais non ce n'était pas une mini bêtise.

Je me maîtrise de moins en moins. Il prend la parole, sa voix est particulièrement assurée.

« Je suis un juge, je pouvais très bien m'en sortir seul. »

Je dois être zen, rester zen et puis qu'il aille fumer ses arbres le bouda. Je vois rouge. S'en sortir seul ? Sur une mer qui annonçait une tempête peut être ? Mes ongles me rentrent dans la paume de la main.

« Vraiment ? Tu comptais te noyer ? »

Je saisi son bras, ses derniers mots ont achever ma patience, j'ai l'impression d'être face à un gamin de mauvaise foi. Je me laisse tomber assis sur le bord du lit et je le couche sans ménagement sur mes genoux. Ma main accroche la ceinture du maillot encore un peu humide et le baisse d'un geste rageur. Puisque c'est ce qu'il veut il va l'avoir. Une claque puis une autre trouvent leur cibles. Il s'est raidit sous la surprise.

« Tu aurais pu te tuer idiot »

Je ne sais pas si il comprend vraiment ce que je dis. Ma main continue à châtier son postérieur en même tant que je lui apprends les règles élémentaires de prudence en mer.

Il ne dit rien, les minutes passent. A défaut d'autre chose ça a calmé ma colère et … rougi les fesses de mon blondinet. Et puis c'est un grand juge d'Hadès il n'en mourra pas. Je dirais même que ça peut que lui faire du bien. Au moins il y réfléchira à deux fois avant de faire des absurdités qui mettent sa vie en péril.

Je le relâche, il se réfugie prudemment à l'autre bout du lit pour bouder. J'ai besoin d'un peu de solitude pour remettre mes pensées d'aplomb. Je me dirige sur la terrasse.


Rhadamanthe

A l'autre bout du matelas je vois kanon sortir presque avec soulagement. Je me roule en boule sur le coté. Je suis vexé par ce qu'il a raison. Et j'ai mal aux fesses. Le nez dans l'oreiller je reconnais mes torts et la frayeur que je me suis faite. Ma fierté en a pris un coup, mais si personne ne m'avait retrouvé j'aurais passé un moment bien plus difficile avant de rejoindre le Cocyte. Je reste la tête dans le coussin, dire que hier soir je me plaignais de ne pas souffrir. Que ce matin j'attendais qu'il rentre pour faire un câlin sous les draps.

Je regarde à travers la vitre je vois son dos. La lumière trop forte de la chambre me donne du mal à voir dehors. Je ne devrais pas rester à lécher mes plaies, mais j'hésite à l'affronter. Je m'assoit pour contempler dehors, à y aller je risque quoi. Je grimace, une autre série de claque sur mon derrière qui est tout endolori.

Je fais un effort pour me lever et faire les quelques pas qui me séparent de lui. Je mets un pied sur le bois de la terrasse. J'avance un peu. Je suis certain qu'il sait que je suis là.

« Je suis désolé »

Je ne sais pas quoi dire d'autre, je ne suis pas doué avec les mots.

Il se retourne vers moi, j'avale ma salive. Son regard plonge dans le mien, un coup de vent me fait frissonner.

« J'aurais dû rester sur la rive… »

Comment lui dire que ces instants passés en mer tout seul ont été les pires de ma vie. Que je me suis senti complètement désarmé sans force, sans cosmos, sans aide.

« Tu aurais pu appeler »

« J'ai essayé mais… »

Ma gorge se serre, il a toutes les raisons d'être en colère.

« Mais ? »

« J'ai pas réussi… Mon cosmos n'a pas voulu »

Une nouvelle rafale de vent me rappelle ma nudité. Il tend un bras vers moi, j'avance avec appréhension. Il n'a pas l'air trop contrarié. Son bras se referme sur moi, son corps me donne un peu de chaleur. Je me détends un peu. Il a l'air inquiet, enfin je crois.


Kanon

Ma colère s'est un peu apaisée, plus qu'elle maintenant ce que je ressens, c'est le contre coup de la peur. Oui j'ai eu peur, une peur panique quand je ne l'ai pas trouvé. Les quelques mots qu'il prononce me calment, même si je m'interroge sur cette brusque disparition de son cosmos. Tout en le pressant contre moi mon regard cherche son étoile. Elle est toujours présente mais brille du même éclat que les 107 autres.

Est-ce dû à la fin de la guerre, le cosmos des combattants infernaux se rendormirait. Je n'en ai pas la plus petite idée. Quelque chose dans un coin de ma tête m'interpelle, mais je ne sais pas vraiment quoi. C'est un peu comme le froid que j'ai ressenti il y a quelques jours en regardant l'étoile forte et violente, une sorte de malaise.

Son corps qui frissonne me fait abandonner mes ébauches d'idées. Je rentre dans la chambre, il fait meilleur. D'un geste banal j'allume la télé et je nous installe au chaud sous les draps.

La journée a été affreusement longue et éprouvante. Je me relâche enfin, je suis épuisé depuis un moment déjà l'écran déverse sa lumière criarde et les images sans queue ni tête de la publicité. Contre mon épaule le souffle régulier de mon fugueur est presque hypnotisant. D'un dernier geste la lumière de la télévision disparaît. Ma tête contre l'oreiller malgré la fatigue je regarde le plafond. Quelque chose m'échappe, mon instinct veut me dire quelque chose que je ne saisi pas.

Avoir mon juge sans cosmos est ce que ça change mes sentiments. Non la seule chose qui change c'est qu'il sera plus fragile, comme un humain. Un humain ce mot m'est étrange tout à coup.

Mes yeux se ferment tous seuls, une dernière pensée passe à ma portée. Je le protégerai, toujours, de tout. Il est à moi et je veillerai.

Dans une brume lourde d'eau je vois le temple de Poséidon. Je suis un peu en retrait, caché. Il y a des intrus, un peu trop. Je surveille les protagonistes sans me faire voir. C'est deux chevaliers, une femme en robe noire qui a des allures de catin et une forme plus sombre encore. C'est un combat qui se livre devant moi. Cette forme, c'est un homme blond. Il est fort, farouche, féroce. Mon intérêt s'éveille son cosmos, ce cosmos sombre, cette forme, cette odeur. C'est l'un des miens. C'est un dragon, aussi puisant que moi peut-être. Oui il l'est, dommage qu'il pue l'humain. Dans un geste de dédain je me roule un peu sur moi. Je réalise que je n'ai pas de corps comme si un instant nous étions deux. Je suis dans mon écaille sous sa forme totem et c'est cet autre moi qui juge l'homme. Je suis un peu déçu, il sent tellement l'humain, c'est comme si seule son énergie était un dragon. Un bâtard sans doute ou un faible qui a passé un pacte avec un dieu, un serviteur, quel gâchis. Par désœuvrement je regarde le combat. Pas mal pour un homme. Ma conscience dédoublée me fait presque crier, cet homme, lui, ce guerrier, c'est lui. Rhadamanthe.

Mon rêve se brouille, je reste perdu dans des limbes vaseuse ou les images et les ressentis sont confus.

A suivre