NDA Voila j'y suis parvenue, déni de justice est fini, enfin oui et non, pas tout à fait. Mon petit os a un peu grossi en route. Merci à celles qui m'ont suivie et motivée. Bonne lecture.
Déni de justice 9
Kanon
Depuis que nous somme rentrés au domaine j'ai envoyer promener tous le monde pour resté au chevet de mon spectre. Je ne sais pas si il est conscient de son état mais je pense que oui. Petit à petit j'ai modifié notre quotidien, il y a lui, moi et la maladie. J'ai fait venir s'installer ici le médecin et son –comment ça s'appelle ? Esthéticien ?- vient deux fois par semaine. Moi je reste veiller. J'ai même abandonné les balades en haut. Je me contente de me traîner dans le sanctuaire pour lui laisser un peu d'air.
Rhadamanthe
Assis dans mon fauteuil je referme mon livre. Je suis si las. Mon regard se perd par la fenêtre. Depuis des jours je n'ai plus la force de sortir. Qu'ai-je donc ? Mes forces me quittent. Malgré mes premières protestations, je dois me rendre à l'évidence aujourd'hui je suis malade. Ce qui aurait dû passer s'aggrave. Vais-je mourir ? Non je ne veux pas. Mais je suis si fatigué, trop fatigué.
Mourir ? Mourir… Ce mot vient de s'imposer à mon esprit. Oui je vais mourir, mais je ne veux pas. J'ai peur. Moi un spectre, un juge, j'ai peur de la mort. Je ne veux pas, mais est ce de mon ressort ? Non. Je vais mourir et laisser Kanon. Des larmes silencieuses coulent sur mes joues.
Je regarde mon alliance, pour toujours… Il a dit pour toujours en m'épousant. La formule n'est elle pas jusqu'à ce que la mort nous sépare ? Finalement tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je n'aurais même pas à renoncer à lui. Je vais pouvoir lui rendre sa liberté, après il pourra fonder une famille avoir des enfants. Ceux que mon ventre est incapable de porter. Oui tout est parfait. Même la mort qui m'évite de m'arracher le cœur sur l'autel de la raison. Quand je me réincarnerai je me souviendrai de rien.
Oui tout est parfait. Je sèche mon visage, je me sens sourire. En mourant je lui offre le bonheur auquel il a renoncé pour moi.
Je range ma lecture, la porte s'ouvre sur lui. Je l'accueille du mieux que je peux. Je me glisse dans ses bras. Je me laisse câliner un moment en silence. Je voudrais m'ouvrir de mes doutes mais d'un simple regard je réalise que lui il le sait depuis longtemps. Je soupire et je me presse contre lui.
Kanon
Par Poséidon que c'est dur, en plus j'ai l'impression de lire dans ses yeux d'or qu'il sait tout. Le savoir et une chose, l'accepter en est une autre. Je suis incapable d'accepter. Comme je le suis d'en parler.
Je finis par quitter silencieusement le lit quand il s'est endormi. Derrière mon bureau je me sens si seul. Je m'empare d'un stylo. Je vais pour coucher sur le linceul de papier les verts de la mort des amants. Les premières lignes s'allongent immobiles, mais je déchire la feuille.
Non je ne veux pas de ces mots, pas des mots d'un autre.
Je laisse courir le fil d'encre sur le néant.
Seul Au grès des vagues mornes,
Cœur lourd aux larmes amères
L'âme solitaire orne.
Capitaine retourne à la mer,
Voyage à jamais sans but,
L'amour te fut, l'amour se tut,
Fidèle aux serments resta
L'alliance jamais ne quitta.
Sur la noirceur des flots attend
Cœur lourd aux larmes sincères
Que renaisse la lumière.
Aux amants fidèles le temps
N'est rien, juste un coup de vent
La mort est un profond divan.
Je relis mon texte, étrange et pourtant il vient de mon cœur et plus encore. J'ai l'impression d'un sens cacher même à moi. Quel est donc ce sentiment ? Tout est là, je lui resterai à jamais fidèle, jusqu'à le rejoindre dans son dernier repos. Le dernier vers et juste une note tendre qui rappelle nos éreintes impromptues et Baudelaire.
Je plie la feuille et vais la glisser dans son livre. Je pourrais lui donner mais je suis vraiment incapable d'aborder ce sujet avec lui.
Rhadamanthe
Je dors mal en ce moment, c'est sans doute dû à toutes mes heures de sommeil diurne. La pendule indique juste onze heure, je me fais violence pour me traîner jusqu'à mon livre. Je survole une page, puis une autre. L'attention me fait défaut pour comprendre les mots. Je feuillette les pages, je m'arrête sur les illustrations. Je vais pour le reposer quand une feuille s'échappe pour se réfugier sous le lit. Je me lève pour la ramasser, je rampe à moitié sous le sommier, je me contorsionne pour la récupérer. Ramenée à la lumière je constate qu'elle n'appartient pas au livre, elle est manuscrite.
Je me hisse sur le lit pour lire plus à mon aise. Cette écriture je la reconnais, c'est celle de Kanon. Un poème ? Je le lis, il parle d'amour éternel et de mort. Il est plutôt bien mais il ne me rappelle rien. J'ai pourtant dévoré tous ses recueils. J'en arrive à la conclusion que c'est lui qui l'a composé, composé pour moi. Mes doigts se crispent sur le drap à le déchirer, il sait tout, jusqu'à mes propres angoisses.
Je le relis encore une fois. Il résume le pour toujours à la mode kanon, il conjugue le verbe aimer comme seul cet être hors du commun peut le faire. J'aimerais croire que c'est des mots en l'air, mais je sais que ce n'est pas le cas. Moi qui voulais le voir heureux après moi, mon cœur se serre. Mon regard se trouble d'eau. Je devrais en être horrifié mais j'en suis secrètement soulager. Je suis qu'un égoïste, mais un égoïste qui l'aime. Je range la feuille dans le chevet. Je suis mourant mais heureux. Parce qu'il ne me remplacera pas, ni demain, ni plus tard.
La porte tourne sur ses gonds, je vois mon dragon entrer. Qu'il a fière allure, c'est un noble cœur, une légende vivante, mon amant. Je me redresse un peu, comme chaque jour il va me faire couler un bain. Sauf que la salle d'eau attendra, c'est ses bras que je désire.
Ce matin je me sens bien, presque trop comparé aux jours précédents. Je m'étire le médecin est passé me voir. Ce n'est rien d'exceptionnel il passe deux fois par jour. Je suis néanmoins heureux de le voir me quitter, je ne veux pas qu'il m'empoisonne la vie avec ses perfusions et autres machins. J'ai eu assez de mal à convaincre Kanon de m'en débarrasser.
Je fais quelque pas dans la chambre, une petite douche rapide et je regagne mon domaine. Je vais m'asseoir près de la fenêtre, je contemple le paysage puis le dernier cadeau de mon dragon. C'est assez impossible pour mesurer la force de son amour, c'est aussi impossible qu'une robe couleur du temps. C'est une cage comme de l'or forgé qui en réalité est une sorte d'aquarium où papillonnent des hippocampes et volent des poisons de couleurs.
Je pends Saphir ma peluche sur les genoux et je reste à savourer le ballet de ses étranges créatures. Mon dragon ne va pas tarder. Il ne s'absente jamais longtemps loin de moi. Quand il revient je vois la surprise dans ses yeux. Je lui tends les bras, quand il m'enlace je l'embrasse à en perdre le souffle. J'ai un besoin insatiable de lui. C'est bien la seule chose que n'a pas altéré mon état, je l'aime et je le désire toujours plus.
Il me porte jusqu'à notre couche de soie, ma robe de chambre s'ouvre sur ma peau, sa bouche glisse de mes lèvres sur ma gorge pour se perdre sur mon torse. Je frémis. Je m'agrippe à sa chemise qui finit en chiffon quelque part. Je m'enivre de son odeur, de sa beauté sauvage qui fleure bon l'océan. Je savoure chaque caresse, le goût de sa peau, la sensation de sa main au creux de mes reins. Comme c'est bon sa façon de me prendre dans sa bouche et le contact de sa langue sur mon intimité. Je me cambre à sa rencontre, j'halète. Il me prend enfin, c'est parfait, le sentir se mouvoir en moi encore et encore. Le désir me brûle, l'orgasme me faire crier mon plaisir.
Je reprends un peu mes esprits, juste assez pour me gluer à lui et réclamer encore.
« Aime moi »
C'est les seuls mots que je trouve. Avec tendresse il m'enveloppe de son cosmos si lumineux, c'est comme une grande caresse. Sa peau et ses attentions font renaître le besoin dans mon ventre jusqu'à un point insoutenable. Quand il vient enfin me satisfaire tout mon corps se tord sous son assaut pour mieux s'offrir. La jouissance nous fauche ensemble encore, c'est le paradis.
Je me colle contre mon époux, nos jeux m'ont plus fatigué que je l'aurais cru. Ma joue sur son torse je sens mes paupières devenir lourdes.
« Je t'aime. »
Ma bouche est pâteuse du sommeil qui vient, je me presse un peu plus contre lui. Une petite sieste me fera du bien.
Kanon
Allongé sur le dos je contemple mon juge qui semble épuisé. Je souris à sa déclaration.
« Moi aussi, je t'aime Honey »
Je caresse tendrement sa courte chevelure. Ses yeux se ferment, son souffle ralentit un peu. C'est normal non, si il s'endort ? Je ne dis rien, je reste des secondes, des minutes à écouter sa respiration et son cœur. Ils diminuent trop, je panique. Je fais brûler mon cosmos, je lui offre mon énergie, j'augmente encore mon aura. Je fais de mon mieux pour soutenir sa vie, quelque en soit le prix.
Ça ne suffit pas, je fais exploser mon cosmos, la pièce est noyée d'une lumière bleutée mais rien n'y fait. Les derniers battements de son cœur s'essoufflent. C'est fini. Mes bras se resserrent un peu sur son corps sans vie, je n'ai même pas la force de pleurer. Je reste juste prostré à sentir son corps refroidir contre moi. Une éternité se passe, dans un état second je le dépose sur le lit, je vais à la salle de bain pour chercher de quoi effacer les traces de nos ébats. Comme un somnambule je le lave, je choisis un costume dont je l'habille, un petit coup de brosse sur ses cheveux. Il semble endormi, J'enlève doucement son alliance puis je vais à mon bureau. Je m'occupe des formalités des obsèques.
Quand je le vois allongé dans le cercueil une boule se forme dans ma gorge, les coups de marteau qui ferment le couvercle me semble donné sur mon âme. Comme un ivrogne, ivre de douleur j'inhume mon juge dans notre crique et je reste seul.
Seul face à la pierre tombale, seul avec le vide qu'il laisse. Je m'effondre, je verse toutes mes larmes, les heures passent sans moi. Mes yeux secs ne lâche pas la photo sur la tombe. Combien de temps suis resté, j'ai perdu le fil du temps. Pour moi le temps c'est arrêté. C'est Sorrente qui vient me chercher, qui me fait quitter ce coin de côte.
En rentrant je m'enferme dans mon bureau, je m'assois près de mon écaille et son surplis, ma main caresse le métal devenu terne et morne comme la cendre. Je dépose l'alliance dans le bec du Wyvern et je reprends ma caresse machinale. Combien d'heures, combien de jours, je m'enfiche.
Un ouragan passe dans ma pièce de travail sans que je lève les yeux à quoi bon.
« Hé ho y a quelqu'un ? Poséidon demande Kanon ? »
Il me demande et alors ? Je ne prends même pas la peine de lui répondre.
« C'est bientôt fini non ? Maintenant que t'as fini de te taper ton jouet y a du travail. »
« Mon jouet ? »
Le mot m'a fait sortir de mon retranchement.
« Jouet oui ? Tu pensais pas le garder non ? Et puis sans l'aide d'un dieu il est normal qu'il disparaisse.»
Mes neurones se connectent enfin. Alors il savait ! Il savait tout depuis le début. Il a fait exprès. Il aurait pu le sauver mais non. Je ne pensais pas pouvoir avoir plus mal que quand je l'ai perdu, mais c'est le cas. J'ai mal à en hurler mais aucun sons ne franchit mes lèvres. Je sens quelque chose se briser en moi, et la colère qui gronde de plus en plus fort.
Poséidon
Mais il va me revenir mon dragon ou il hiberne ? C'est que j'ai besoin de lui moi, il me faut des places de concert et les derniers jeux pour ma console. Mais pourquoi il ne bouge pas ? Il lui faut un nouveau joujou ? Il y en a plein à la surface, qu'il parte faire son marché.
Il bouge ou j'ai rêvé ? Non il s'est levé. Je vais pour sortir ma liste de course plus celle des récrimination du personnel quand je suis troublé. Le regard de kanon, c'est un océan furieux, dangereux. Je m'aperçois de l'énergie qu'il dégage. Elle est froide glacée comme l'eau des pôles et tempétueuse.
Un hurlement inhumain sort de sa gorge et se répercutent à l'infini. Je fais un pas en arrière. Même les vagues au dessus tremblent d'effrois.
Comment est ce possible ? Non je dois me tromper. Il me toise d'un regard féroce et rempli de mépris.
« T'es pathétique et méprisable comme tes semblables. »
Non il ne peut pas, pas être lui. Je ravale ma salive. Comment après autant de réincarnations il ne peut pas se réveiller.
« Je suis ton dieu. »
J'ai presque hurlé ces mots, mais c'est un rire qui me fait froid dans le dos qui me répond.
« Tu n'es rien Poséidon et les océans seront asséchés avant que je te prête serment de fidélité. Tu n'es qu'un être sans intérêt. »
Je déglutis, par instinct de conservation j'appelle mon trident que je tends dans sa direction.
Un grand rire me répond.
« Et tu te dis un dieu, tu pues l'humain. »
L'attaque me prend par surprise, alors c'est vraiment lui. Il n'a pas changé…Dans ma confusion mon trident m'échappe des mains.
« J'en ai assez de vos jeux, de vos petites partie d'échec que vous rejouez tout les deux cent ans. Vous ne respectez rien, vous utilisez les votre comme des pions sans âmes. Et pire vous ne servez à rien. »
Whaou, c'est la seule chose qui me vient à l'esprit. C'est le dragon des mers, cette créature si féroce et obstinée que j'ai courtisé pour attirer à moi. C'est le monstre des océans qui m'a tenu tête il a des millénaires. Le plus puissant et dangereux des dragons, le plus beau aussi, celui que je voulais m'accaparer. Celui qui ne m'a jamais prêter serment d'allégeance. Celui après lequel j'ai couru pendant des siècles. Il n'a pas changé d'une écaille.
Je le vois ramasser mon trident et partir. Je suis presque soulager qu'il s'en aille. Mais je le veux comme au premier jour. C'est un dragon, les dragons sont considérés comme des dieux dans certaines parties du monde et lui c'est le plus fort de tous. Il était ma victoire, le joyau des monstres marins.
Resté seul je réalise vraiment que je l'ai perdu, enfin pour l'instant. Il m'a fallu du temps pour l'attirer ici et je compte bien qu'il revienne. Il a mon trident c'est parfait. Je vais pouvoir savoir où il est. Un jour le dieu dragon sera à nouveau dans mon sanctuaire.
J'ai déjà hâte de le revoir, je suppose qu'il a quitté sa forme humaine. J'en frémis de plaisir. Les autres diront que je suis fou quand ils sauront la vérité, mais je suis chez moi et si je choisis des monstres marins pour être ma garde d'honneur c'est moi seul qui suis concerné. Et puis le dragon des mer a bien plus de panache qu'un humain couvert de métal, lui c'est une authentique force de la nature.
Il me reviendra un jour, j'en fais le serment. Comme à l'époque je reviendrai si souvent à la charge qu'il finira par céder pour avoir la paix, ou alors il me plantera mon trident dans les fesses.
Je sens les vagues s'agiter au dessus, elles aussi sont avides de retrouver le monstre des mers. Elles appréhendent et savourent son retour. Quelle sauvagerie dans son aura, quelle férocité, quel plaisir.
