Déni de justice 10

Épilogue

Poséidon.

J'étais certain qu'il reviendrait, mais non. Les années passent et je me maudis. J'en serais presque à aller le supplier. Je déambule dans mon domaine, je bute dans une pile de trucs entassés sur le sol. Bordel qu'il me manque. J'ai même plus de femme de ménage, le personnel s'est mutiné. Je grogne face à cet immense dépotoir. Si je pouvais, je ressusciterais le spectre pour l'attacher au bout d'une canne à pêche. Je suis certain que le dragon y mordrait. Et puis si il mordait pas j'aurais une femme de ménage.

Enfin j'ai mes marinas qui sont revenus mais ils sont aussi peu doués que moi. Je donne un coup de pied rageur dans une vieille boite de pizza. Ca ne peut plus durer. Presque deux cent cinquante ans, c'est trop.

Je viens de percuter, deux cent cinquante. Non ? Il va être temps de partir en guerre. Je me dirige vers le bureau de mon général pour voir quel bon plan de bataille il va me fournir. Il va être temps que je lance une attaque. Je me retrouve devant la porte de kanon. Et zut comment je fais sans lui ? Qui va me coordonner les troupes ?

J'ai l'impression d'oublier une information, il se passe quoi tout les deux siècle et demi. Athéna revient sur terre, je l'attaque pour grignoter ses terres, Hadès fait de même. C'est la routine quoi. Des marinas égale des spectres et des chevaliers. DES SPECTRES ! J'ai mon appât à dragon en espérant qu'il n'est pas déjà attaqué mon frère et qu'il n'ait pas renoncé à son juge. Il peut pas me faire ce coup là mon dragon.

Il me faut voir mon frère, je vais faire le tour de la pièce de travail de mon général. Le surplis est encore là, c'est parfait. Je vais le contacter. Enfin dés que mon temple ressemblera à quelque chose.

J'inspecte ma demeure, je suis satisfait. Ce ne fut pas sans mal mais c'est propre et rangé. Les petits ont bien travaillé. J'ai juste perdu une sirène dans la bataille. Faudra que je me souvienne de ne plus jamais enrôler de femme, cette garce m'a jeté mon balai au nez.

Scylla m'a trouvé un traiteur et mon lézard vert a volé des humains à la surface. C'est un peu juste en personnel mais je devrais pouvoir donner le change.

Je rédige un courrier que je remets à un de mes généraux, je n'ai plus qu'attendre la réponse. J'ai rapidement un mot de mon frère. Il va arriver avec son escorte, ses juges comme je lui ai suggéré. Bien, très bien, c'est mieux que je l'espérais. En plus avec une arrivée tardive ça m'arrange. J'ai le temps de faire une dernière vérification des chambres, avec deux c'est suffisant.

Je regagne le hall pour accueillir mon cher frère. C'est qu'il n'a pas changé lui, entre son vrai corps et sa toge, il sait en quelle année nous sommes ? Non sérieux il ne peut pas se décoincer.

Je l'accompagne jusqu'à l'appartement d'invités pour qu'il puisse s'installer et se préparer pour le repas. Un général fait de même pour les juges. Dès qu'Hadès est installé je vais me retrancher chez moi. J'ai besoin de réfléchir. Je n'ai pas compté mais à regarder les juges dont le blond je sais que j'ai un problème d'age. Il a quinze ans, je n'y avais pas pensé. Il est trop jeune. Sans prendre en compte qu'il a oublié sa dernière vie. Il faut que je trouve une idée. Je pourrais bien l'enchaîner à un rocher voir si le dragon apprécie mon offrande mais mon frère va me faire une crise. Et le garder ici quelques années pour qu'il grandisse, je ne suis pas certain de pouvoir le faire. C'est compliqué la politique. Encore j'ai la chance d'avoir vexé le poisson femelle mi murène mi femme, elle est pas au palais.


Rhadamanthe.

Je ne sais pas ce qui motive notre déplacement sous la mer, mais c'est visiblement d'ordre divin. Le marinas nous a conduit jusqu'à une chambre pour nous trois. La pièce est grande mais sans plus. Hadès est ailleurs dans le palais.

Je sors discrètement de la chambre, mes pas me portent vers l'extérieur. Voir les océans par-dessous est assez inhabituel pour que je m'y attarde. J'explore les alentours, c'est très diffèrent des enfers, mais c'est beau.

Je longue un chemin qui ramène au grand temple, sur cette façade il y a plusieurs fenêtres, des terrasses et des escaliers qui y mènent. Je suppose que ce sont les résidences des généraux. Il me semblait qu'ils étaient sept mais je n'en ai vus que six.

Occupé à ma contemplation je ne remarque pas immédiatement une femme qui s'avance vers moi. Plus que son apparence et son écaille, c'est ce qu'elle dégage que je remarque. Je suis surpris de la voir fondre sur moi. Je ne la connais pas.

« Toi ! »

Je la connais, non pas du tout. Son cosmos brûle de rage. Elle doit se tromper.

« Comment oses tu revenir. »

Je vais pour contester, mais je suis surpris par une gifle qui me fait tourner la tête.

« Sale pute ! C'est ta faute »

La deuxième gifle ne me surprend plus, je serre les poings, je ne vais pas taper sur une femme. J'aimerais savoir ce qu'elle me reproche. Elle se mord la lèvre, il y a un autre cosmos qui approche. Je la vois partir perplexe. Encore ébranlé je vais jusqu'à la chambre. Minos n'est pas présent et Eaque lit. Je m'allonge sur une couche, que me voulait elle ? Je porte ma main à ma joue, c'est sans importance. Les femmes sont des pestes incompréhensibles. Je m'absorbe dans la contemplation des moulures du plafond, j'ai encore du temps avant le repas.


Poséidon

J'ai réussi à avoir mon frère et ses juges à ma table. C'est assez glorieux mais le repas est d'un morne. Si il y avait pas mes marinas je m'endormirais sur mon siège. J'ai rien contre Dédes mais zut quoi. Ses petits juges n'ouvrent même pas la bouche pour parler, il leur a fait quoi ? Il les a mordus ou dressés ? Comment je fais moi pour les étudier et principalement celui qui m'intéresse. J'ai beau ne rien laisser paraître j'aimerais bien en savoir plus. Un juge à quinze ans c'est quoi ? Un gamin ou un grand garçon ? Je peux en faire un appât ou non ? Physiquement c'est pas mal, mais le reste. Le repas se finit enfin, j'ai rarement été aussi content de pouvoir m'esquiver. Je n'ai encore rien dit mais il va bien falloir que je me décide. Pour l'instant j'ai argumenté que la journée avait été chargée et j'ai invité mes convives à se reposer. Mon frère a juste levé un œil surpris devant mon amabilité. Oui ça me ressemble peu, mais faut bien se faire à tout n'est ce pas ?


Rhadamanthe

En quittant la table je ne sais pas vraiment où aller. Je me dirige vers la chambre, mais j'aimerais être un peu seul. Je déambule dans les couloirs au hasard. En arrivant vers une aile du bâtiment j'entends comme un appel. Je m'interromps, ce pourrait il que ce soit une sirène. Ma rencontre avec la femme poisson me laisse en goût amer. J'étudie mieux ce qui s'adresse à moi, ce n'est pas à tonalité marine. Je respire. Mais qu'est ce ?

Je remonte le fil vers la source, je débouche devant une porte close. J'attends un peu, je me résous à frapper. Il n'y a pas de réponse. Je reste encore quelques instants mais la curiosité est trop forte, j'entrebâille la porte, la pièce est vide. Je me décide à rentrer, j'allume la lumière.

Mon esprit se fige, c'est mon surplis qui m'appelle ? Oui il n'y a pas de doute, mais que fait il ici. Je m'approche d'avantage, ce n'est pas que mon surplis, il y a deux dragons qui sont lovés l'un contre l'autre un noir et un doré. J'avance la main vers ma protection. Elle se sépare pour venir me recouvrir. C'est étrange ce que je ressens à travers elle, c'est très loin de ce que m'ont dit mes frères. Le wyverne ne m'est pas douloureux, il ne puise pas dans mes forces et ne réclame pas mon sang comme leur surplis. Il vient de lui une sensation de chaleur, de douceur, il semble heureux et en parfait état. Contrairement au griffon et au Garuda il est repu et satisfait à part une sorte de tristesse.

Mon attention se pose sur l'autre dragon qui s'est relevé. Il y a un bruit dans mon dos qui me fait sursauter. Je suis face à Poséidon, je bafouille un peu. Le dieu sourit presque amusé.

« Tu as déjà retrouvé ta chambre et ton surplis ? Je ne pensais pas que tu irais si vite. Puisque tu es installé je te dis bonne nuit. »

Mon cerveau marque une pause, « ma chambre » j'ai l'impression d'avoir raté un épisode. Pourquoi ai-je une chambre chez le dieu marin. J'en reste abasourdi. Je n'ai pas répondu que la porte s'est refermée pour me laisser seul.

J'aurais aimé pouvoir réfléchir un moment tranquille quand je perçois le cosmos du Guaruda qui me cherche. Machinalement j'augmente un peu le mien en réponse. Quelques instants après je vois les mèches brunes de mon demie frère. Il aborde une mine réjouie.

« Rhada tu l'as retrouvée ! Comment te sens-tu ? Il ne t'a pas trop saigné et vidé de tes forces ? Tu peux marcher ? Tu es parti en cachette explorer chez Poséidon ? »

L'avalanche de question ne me laisse pas placer une phrase. Mais c'est Eaque.

« Puisque t'es parti visiter, visitons »

Il parcourt la pièce du regard puis le pose sur une porte. Il a une mine espiègle celle des bons jours. Il va ouvrir la porte, je le suis un peu en retrait. Il émet un long sifflement d'admiration.

« Rhada bravo ! C'est sublime. »

Il rentre dans la pièce où je le suis avec un temps de retard. Il a raison c'est très beau, c'est d'un luxe chaleureux et douillet qui invite au repos.

« Je me demande qui vit là. C'est quelqu'un important, une femme, regarde cette soie, ces dorures, ces livres. Une cage à poisson. Mais c'est que t'as du flair. A peine arrivé que tu dégotes les appartements les plus beaux, j'ai hâte de voir celle qui les habite. J'imagine une sublime courtisane, la maîtresse de Poséidon. Ne me dis pas que tu as un rendez vous. Tu ne vas pas te faire son amante ? »

Mon frère s'assoit sans façon sur le lit et pousse un soupir de plaisir.

« Moi qui me faisais du soucis pour toi. Aussi c'est ta faute, il fallait le dire que t'aimais que les filles. Je comprends mieux pourquoi tu n'as jamais couché avec aucun de tes hommes. »

J'avale ma salive et je me laisse choir sur le fauteuil près de l'aquarium.

Une courtisane ? La « sale pute » de l'autre folle me serre la gorge.

« Mais de quoi tu parles ? Ma vie ne concerne que moi. Et puis pourquoi j'aurais rendez vous avec une fille ? »

« Petit frère tu viens de briser tous mes espoirs et je vois pas pourquoi je ne serais pas concerné par ton absence de vie sexuelle. »

« Eaque ! »

« J'ai rien dit mais c'est triste. »

« … »

« Y a rien à dire. Je me demande à qui est cette chambre, regardes moi tout ces livres et c'est quoi, un écran ? Elle doit vraiment être sublime pour être si choyée »

« C'est la mienne… »

« Pardon ? »

L'incrédulité d'Eaque ne me surprend pas, elle égale la mienne.

« Poséidon vient de me dire que c'est la mienne de chambre. »

« Mon petit frère adoré aurait un ticket avec le dieu marin ? »

Je rougis, un ticket moi ? Avec lui ? C'est furieusement embarrassant.

« Quelle chance tu as, je tuerais pour un lit pareil. »

« Tu as cas prendre la chambre et je retourne dans l'autre. »

« Mais t'es fou ! Et que dirait Poséidon quand il viendra chercher son dû entre les draps. Cette fois tu peux plus te défiler »

Mes joues me brûlent sous le commentaire, je me mure dans la contemplation des poissons. Mon frère rit et j'entends la porte se refermer. Je reste un moment à vouloir mettre de l'ordre dans mes pensées mais je renonce. C'est trop compliqué. Je retourne dans la première pièce, j'enlève mon surplis qui va rejoindre l'autre dragon. Je vois les deux créatures se coucher l'une contre l'autre. On pourrait presque croire qu'elles ne font qu'un. Je m'avance devant elles. La vouivre semble me regarder, elle penche la tête. Je porte ma main vers elle, je ne sais pas ce qu'elle veut. Elle dépose un objet dans ma paume et remet sa tête contre le cou de l'autre. Mon regard atterrit sur ma main, c'est une bague, une alliance.

C'est un peu trop pour mon cerveau. C'est trop absurde, trop loin de mon quotidien. Je soupire la journée a été vraiment longue. Je retourne dans la chambre, je suppose qu'il y a une salle d'eau. Je pousse l'autre porte. C'est bien une salle de bain, une autre pièce luxueuse, criante de modernité pour moi qui vis en enfer. Je regarde le grand baquet, il n'y a pas de pompe ou de poêle pour chauffer l'eau. Je touche un peu à tout de l'eau sort d'un coté, elle est bouillante, je tripatouille c'est glacé, je trouve un juste milieu. Sur un support il y a des produits que je hume, je réussis à trouver du savon liquide parfumé. Il ne m'évoque pas un parfum de femme, mais il me plait. Je ne cherche pas à comprendre, je laisse mes vêtements sur une baquette et je me glisse dans l'eau. C'est immense je peux même m'allonger dans le bac. Mes doigts trouvent une sorte de commende, je touche pour savoir à quoi elle sert. Des bulles remontent contre mon dos, revenus de ma surprise j'apprécie.

Je me cale confortablement. Je me demande si c'est une farce. Pourtant la conclusion d'Eaque en disant que c'est une chambre de courtisane explique le comportement de la sirène. Je regarde l'alliance sur la banquette. Et elle c'est quoi alors ? Un cadeau d'un amant ? Je me résolus à sortir du bain, je laisse l'eau que je ne sais comment vider. Je vais voir dans le placard le contenu. Il y a deux piles de vêtements. D'un coté ils sont plus beaux, les tissus semblent plus chers, mais tous sont des vêtements d'homme. J'enfile une tenue de nuit et une robe de chambre, c'est trop grand. J'ai l'impression d'avoir pris les vêtements d'un grand frère. Sont ils à moi ?

En proie à de plus en plus de questions je retourne dans le bureau, mon surplis semble étreindre l'autre protection. Le seul dragon à ma connaissance est aussi le seul marinas que je n'ai pas encore vu le dragon des mers. Je serais chez lui ? Ce serait lui mon… protecteur ? Je sais que je ne devrais pas mais j'explore le bureau, il y a une photo sur le meuble, celle d'un jeune homme blond. Plus je le dévisage plus j'ai l'impression que c'est moi avec des années en plus. Je vais pour ouvrir un tiroir même si je les suppose verrouillés. Il n'en est rien. Il y a des papiers et un livre. Un album ? Je feuillette les photos, partout il y a ce moi et un autre homme. Mon regard ne le lâche plus, ce serait lui le dragon ? De quand date ces images ? Je lis les légendes. Un lieu revient souvent une plage. Je semble heureux sur ces photos. Je penche la tête pour regarder mon surplis, il me rend mon regard. Je sors la bague de ma poche et je l'observe. Il y a une gravure à l'intérieur, je ne l'avais pas remarquée. C'est minuscule mais je devine mon nom.

J'ai l'impression d'être ive où d'avoir pris un bon coup sur la tête. Je regagne la chambre pour me coucher. Je me glisse entre les draps. Eaque à raison, c'est d'un confort délicieux. Je cherche un peu ma place, c'est si grand au hasard de mes gestes je trouve un objet étrange, un dragon bleu tout doux avec un ruban et une médaille. Il s'appelle Saphir, C'est un cadeau inhabituel pour un juge. Je le repousse un peu, je mets le nez dans un coussin, puis en gigotant au milieu du lit sur un autre. Il a un parfum différent c'est agréable, c'est l'odeur dont doit sentir l'océan, enfin je pense, je ne connais pas la mer.

En me réveillant il me faut quelques minutes pour me souvenir d'où je suis. Je roule sur le coté. Je contemple la pièce. Mes questions de la veille me reviennent, je soupire et je vais m'habiller. Je fais bien de ne pas traîner car quand j'arrive à la table du petit déjeuné je suis bon dernier. Mes deux frères ne me quittent pas du regard.


Poséidon

je fini mon café qui est infect, le soluble c'est horrible. Mais bon je n'ai pas trop le choix, suite à une énième mutinerie du petit personnel j'ai dû aller acheter les croissants moi-même. C'est vraiment dur la vie de dieu, enfin à la guerre comme à la guerre. Et mon frangin qui me presse pour savoir l'objet de mon invitation, il ne pourrait pas me laisser le temps de trouver des domestiques ?

Je soupire, il faut au moins que je donne quelques informations. Je me remue les méninges. Je prends une inspiration.

« Alors je t'ai invité pour deux raisons. »

Je vois Hadès me fixer intensément.

« Premièrement j'avais retrouvé le surplis d'un de tes juges. »

Son regard passe du blond à moi. Rhadamanthe hoche la tête. Tout est sous contrôle chouette.

« Et la deuxième ? Merci pour Rhadamanthe. »

« Et la deuxième c'est embarrassant mais tu as remarqué sans doute un peu de flottement dans la logistique du domaine. J'ai une grève du personnel… Encore. Il me manque mon chef de domaine. »

« Ton chef de domaine ? »

« Oui, je suis obligé de me débrouiller sans parce que le dragon des mers n'est pas revenu. »

« Il n'ai pas revenu ? Il ne s'est pas réincarné ? T'es certain que ce n'est pas un coup de notre nièce ? Je te rappelle au cas où tu aurais oublié qu'elle te l'a volé à la dernière guerre. »

« Non il est pas revenu. »

« Je vais voir si on a son âme chez moi. Je peux bien de rendre ce service. »

« Mon frère merci ! Tu peux pas imaginée ce que la vie est compliquée sans lui. »

« Et si tu veux attaquer Athéna tu as besoin de lui aussi ? C'est ça ? »

« Je ne pensais pas attaquer Athéna pour l'instant, je voudrais juste un domaine qui ressemble à autre chose qu'aux écuries d'Augias. »

« Minos va aller voir si il est aux enfers. »

« Merci mais j'en suis pas certain, je sais même pas si il est vivant. »

Oui parce que c'était une possibilité, que le dragon se soit rendormi et que son coté humain ait repris un cycle normal. Mais J'ai un doute. Pour l'instant je choisis de me taire, mais j'imagine plus l'animal remonter le Styx de son embouchure terrestre jusqu'à chez mon frère trident au poing.

« Je me souviens pas avoir croisé de dragon depuis la dernière guerre mais qui sait. »

Puisque Dès disait lui-même ne pas avoir vu de dragon.

J'invite mon frère a profiter de mon hospitalité pendant que je vais chercher un volontaire pour débarrasser la table.


Rhadamanthe

Puisque mon dieu me signifie qu'il n'a pas besoin de moi, je retourne dans ce que j'imagine être l'antre du dragon. La demande de Poséidon m'intrigue. Il ne serait pas revenu ? Toutes les âmes des combattants se doivent de revenir, alors où est il ?

Je fouille un peu la chambre, il n'y a rien d'anormal. Je finis mon exploration par les tiroirs des chevets. Le contenu du premier me fait manquer d'air. J'aurais su, je me serais abstenu. Entre des objets que je ne reconnais pas il y a une collection de phallus. Je ne veux surtout pas savoir à quoi il serve même si mon cerveau me le souffle sans ménagement. Je pendre plusieurs minutes pour me préparer à ouvrir le second. Je retiens mon souffle il n'y a qu'un livre et une feuille de papier. Je la déplie pour la lire.

C'est un poème d'amour ? Il parle d'amour et de mort. C'est la tristesse de celui qui survit à l'autre. Je le relis encore. Certain mot me sautent aux yeux. C'est vraiment pour moi ? Je contemple l'alliance que j'ai ressortie de ma poche. Pris d'une impulsion je la passe à mon doigt, elle presque à ma taille. Cet homme aurait donc traversé le temps pour moi ? Il serait resté seul sur les mers à attendre que je me réincarne ? Il m'attend ?

J'ai les larmes au yeux et la tête qui tourne. C'est impossible et pourtant il le dit lui-même. Aux amants fidèles le temps n'est rien.

Kanon, c'est signé kanon. Il m'aurait attendu deux siècles et demi ? Troublé, je retourne trouver mon surplis. Sans surprise il étreint toujours l'autre dragon. Je le touche, enfin je les touche rêveusement, sont-ils comme nous ? Je dois dire que j'aimerais savoir, j'aimerai voir le dragon des mers, j'aimerais voir cette plage ou nous semblions heureux. Comme répondant à mes pensées ma protection semble vouloir me dire quelque chose. Je ferme les yeux, je la laisse faire. Elle me guide vers un lieu, je me téléporte en me fiant à elle.

Il y a du vent chaud et doux, le sol s'enfonce un peu sous mes pieds. J'ouvre les yeux, je suis sur une plage, elle ressemble à la photo mais je ne le jurerais pas. Il y a des grands arbres qui bruissent dans le vent et font un jeu d'équilibre sur la roche. Les branches se découpent sur un ciel d'un azur limpide et la mer a un bleu plus sombre. Je fais quelques pas sur le sable. Je parcours toute la longueur dans un sens puis dans l'autre. Au bout il y a un homme qui pêche et un renfoncement. Je marche vers ce coin, quand j'arrive plus près je vois une tombe. Je vais droit dessus, la personne dans le cadre, l'inscription. « Rhadamanthe juge des enfers. ». C'est ma tombe ! J'ai une sépulture ? J'en suis abasourdi, et elle est couverte de fleurs.

Je m'assois sur le sol pour réfléchir.

« Hé bien petit, t'en fait une tête. C'est plus un coin où viennent les amoureux. Une de perdue dix de retrouvées. »

Je lève le nez vers l'homme qui me parle.

« Tu sais l'amour éternel à part dans les légendes. Enfin tu dois la connaître celle de cette tombe. »

Je fais signe que non de la tête.

« C'est pourtant la légende de l'île. Il y a plus de deux siècle il parait qu'un couple s'est aimé. Le jeune homme enfoui ici est mort et depuis sa tombe a toujours été fleurie. Personne n'a jamais vu qui vient, mais tout les jours les fleurs sont remplacées. C'est devenu un lieu pour les amoureux qui pensent qu'en venant ici leur amours aussi sera éternel.»

« Tous les jours ? »

Alors il aurait dit vrai ? Il se serait affranchi des limites humaines par amour pour moi ? Il y a donc un homme qui m'aime assez pour accomplir un miracle. Je regarde l'alliance qui brille. Un étrange sentiment de bonheur m'envahit, quand je me lève j'ai l'impression de marcher sur un nuage. Je salut le vieil homme et je rentre chez le dieu marin, ou plutôt chez mon époux. Si j'ai une alliance c'est qu'il m'a épousé non ?


Poséidon

Je sers le repas du soir à mes invités et je mâche ma pizza. C'est mieux que rien et je ne suis pas le dieu de la cuisine moi. C'est le moment que choisit mon frère pour me dire que kanon n'est pas chez lui. Je m'en étais douté.

« Alors j'avais raison, et tu vas avoir de la visite sous peu. »

« De la visite de quoi parles tu ? Une âme s'est perdue, elle reviendra, elles finissent toutes par arriver chez moi. »

«Non je pensais plus à la visite d'un dragon en chair et en os armé d'un trident. »

« Un dragon vivant ? Il aurait 280 ans ? Même pour un atlante c'est beaucoup. A moins que tu me caches quelque chose ? »

« Heu… »

« Poséidon ! »

« C'est un vrai dragon à qui j'ai donné forme humaine. »

« Mais t'es tombé sur la tête ! C'est comme dormir avec un fauve dans le lit. »

« Oui, bon c'est mon problème d'aimer les fauves. »

« Pas si il vient m'attaquer. Et pourquoi il viendrait chez moi ? »

« Pour récupérer sa moitié. »

« Tu peux parler clairement ! »

« Pour récupérer ton juge… Rhadamanthe. »

« Il veut en faire quoi, son repas ? Ce n'est pas un dragon, moi j'ai un peu de bon sens. »

« Oui mais bref, il l'a épousé et heu il est capable de tout détruire jusqu'à l'avoir. »

« Mais comment on peut arriver à des cas pareils ? Il est où ton dragon ? »

« Pour l'instant sur le pacifique, enfin mon trident y est. »

« Et il a ton trident, t'as quoi d'autre comme annonce à me faire ? »

« C'est bon je t'ai tout dit. Sauf que je voudrais garder ton juge. »

« Pour lui faire subir le sort d'Andromède ? »

« Mais non je suis civilisé, mais il peut me servir d'appât et ranger le sanctuaire. »

Retiré dans mes appartements je me taille un passage à coups de pieds dans le bazar sur le sol. Je dégage un siège et je m'installe pour réfléchir. Dédes semblait fâché mais il n'est pas idiot. Je sais qu'il pense à me laisser son juge. Si un dragon doit venir attaquer, il préférera que ce soit chez moi plus que chez lui.


Rhadamanthe

Je fais de mon mieux pour cacher mon intérêt, mais la conversation me passionne. Je demande qu'à le voir, penser qu'il attaquerait les enfers pour moi me fait battre le cœur plus vite.

Quand je peux enfin me retirer je cours dans la chambre. Je vais relire encore une fois le texte sibyllin qu'il m'a laissé. Je regarde le plafond. Quand viendra t'il ? Je vais me laver et m'installer pour dormir. Je caresse la peluche Saphir et je remarque que je n'ai pas rangé la feuille.

Je me réveille tôt, un coup d'œil à l'extérieur me le confirme. J'ai mal dormi, d'un sommeil agité. J'ai rêvé. Je grimace à sentir mon vêtement souillé, je soupire. J'effleure mes lèvres de mon index pour retrouver la sensation de mon rêve. Un baisé… est ce agréable ? Je me rallonge, il est trop tôt pour que je me lève.

J'essaye de trouver le sommeil mais elle la feuille pas rangée me nargue. Je m'assois et j'ouvre un chevet pour l'y mettre. Je n'ai pas ouvert le bon, je vais pour le refermer mais je suis intrigué. Je sors le tiroir de son logement pour analyser le contenu. J'extrais les phallus, je tourne et retourne les autres objets. Les deux petites balles reliées entre elles m'intriguent, l'autre objet oblong aussi mais il doit avoir la même fonction que les ersatz de sexe. Réflexion faite les balles aussi doivent servir à ça. Ce n'est pas parce que je n'ai jamais pratiqué que je connais pas la théorie. Je bloque néant moins à la taille du plus gros des attributs. Ce n'est pas la taille du dragon. Je déglutis c'est trop gros, ça doit faire mal. A la limite le plus petit je ne dis pas, il fait bien deux doigts de diamètre. Un doute me traverse, et si toutes ses choses servaient justement à préparer au format du dragon. Anatomiquement il doit être bâti comment ? Je ne veux pas savoir. Je remets tout dans le chevet et je me recouche.

Il aurait deux cent quatre vingt ans, c'est énorme, canonique. Mais il me prend quoi de tirer des plans sur la comète. Si il m'a attendu il a dû rester humain. C'est un vieillard qui m'attend pour expirer. C'est triste mais c'est comme ça, je ne risque pas de faire quoique ce soit avec un mourrant.

Je me lève puisque je ne suis pas capable de me rendormir. Je vais me laver et m'habiller, puis je sors me promener par la terrasse. Je fais quelque pas. J'ai l'impression d'être observé. Je cherche de mon cosmos qui m'épie. Je retiens une grimace y a bien trop de monde ici. Il y a la sirène qui est à quelques mètres et fonce sur moi et Minos plus loin. Je soupire, j'ai l'impression que cette harpie n'est pas prête de me lâcher. Je suis prêt à lui faire face à cette garce, et c'est reparti. Je prends sur moi quand elle m'accuse d'écarter les jambes. Je viens de réaliser elle est morte de jalousie et moi ça me fait du bien. Je bloque sa main quand elle veut me frapper, je souris. Je lui assène avec un plaisir presque malsain « il est à moi ! » J'encaisse les mots tendres avec dérision, elle me saute dessus toutes griffes dehors et je me gène pas pour lui rendre la pareille. Un raclement de gorge me fait lever le nez de la femme poisson. Une baffe me cueille, j'en retourne une directe sans tenir compte du spectacle que j'offre à mon aîné qui nous voit nous crêper le chignon.

« Rhadamanthe !»

Mais il est méchant mon frère pourquoi ce serait ma faute. Il ne va pas jouer le joli cœur avec cette peste.

« On ne frappe pas les dames. »

« Une dame où ? Je vois qu'une morue plaquée. »

Ces mots ne me ressemblent pas, mais c'est bon. Minos me regarde comme si j'avais incendié son tribunal.

« Tu passes trop de temps avec Eaque, ce n'est pas ton style. »

Mais zut, c'est elle qui a commencé, je vais pas me laisser faire.

« Je ne savais pas que tu aimais le poisson à l'étal. »

Je laisse mon frère se débrouiller avec la décolorée. C'est vrai que lui il aime cette absence de couleur. Je pars à pied sur un sentier. Il m'énerve tous et moi le premier. Je donne un grand coup de pied dans un rochet qui éclate. C'est insuffisant pour évacuer ma frustration mais je ne peux pas tout détruire non plus.

Tout à coups une main se plaque sur mon visage, un bras m'enserre. Je me débats comme un diable, je mords la main qui me bâillonne. J'ai le goût métallique du sang dans la bouche. Je me suis presque dégagé, je vais pour faire exploser mon cosmos mais un coup de poing dans l'estomac me fauche. C'est qui mon agresseur pour taper si fort, je me sens tomber dans les pommes.


Kanon

Si on m'avait dit qu'il me faciliterait la tâche, je ne l'aurais pas cru. Il est vraiment mignon comme un cœur. Je le surveille depuis un moment mais je ne m'étais pas encore décidé. Il est si jeune, peut être trop encore. C'est l'entendre dire à Thétis que « je suis à lui » qui a fait pencher la balance. C'est à peine plus qu'un enfant, un enfant qui ne se souvient pas de nous.

Enfin il n'a pas tant changé, il pourrait être le spectre de l'anguille et il mord fort. J'enlève le petit blond dans mes bras. Un détail attire mon attention. Il porte l'alliance. C'est un hasard ?

Enfin il est plus que temps de partir. Moi qui pensais rentrer seul pour l'instant. J'imagine la tête des deux dieux quand ils verront que Rhadamanthe a disparu et que j'ai laissé un petit cadeau.

J'ouvre un passage dimensionnel qui nous ramène sur mon navire. Enfin techniquement il fut à Poséidon mais faut bien payer ma main d'œuvre passé. En deux siècle il a même pas dû voir qui lui en manquait un.

Je porte mon prince dans la cabine, je reste un moment à le regarder sans connaissance il est vraiment craquant. Malgré l'obscurité de la pièce je devine chacun de ses traits.


Rhadamanthe

Je me suis fait attaquer et avoir comme un squelette. Comment j'ai pu me faire avoir. Je reprends conscience, je n'ose pas bouger le temps d'analyser la situation. Je suis vivant, sans vraies blessures, sous mon dos c'est confortable. Le dragon ? J'ouvre les yeux et je me redresse d'un bond assis. Il fait sombre, je ne vois qu'une forme humaine. Oui ça doit être lui.

« Doucement Honey. »

Honey ? C'est moi ? C'est pas vraiment un surnom que j'ai l'habitude d'entendre. Dans la lumière qui filtre de la pièce voisine je vois une mèche bleue. Alors c'est bien lui, il est venu me retrouver malgré son age. Je suis touché du mal qu'il s'est donné pour moi. Un mal bien peu payé, à presque trois cents ans il ne doit plus pouvoir faire grand-chose. J'ai honte d'avoir combattu, j'aurais dû me monter plus gentil. Je cherche timidement sa main. Sous mes doigts je trouve l'alliance, le lien qui nous unit. Je suis troublé.

« Kanon ? Pardon te de vous avoir imposé toute cette fatigue »

Sa main se crispe.

« Honey ? Tu dis quoi trésor ? Je t'ai fait mal ? »

Il m'échappe, la lumière agresse mes yeux. C'est impossible ce n'est pas un vieux machin tout rabougri ! Il n'a pas changé un brin et il est humain. Je suis trop surpris pour dire quoique se soit.

« Rhadamanthe ? »

Sa main se pose sur ma joue, c'est chaud. Mon cœur bat plus vite. Il se penche sur moi, instinctivement je ferme les yeux. Il va me donner mon premier baisé. J'en suis tout chamboulé. J'incline un peu la tête. Un léger contact sur mon front, c'est doux, mais je le sens s'éloigner. Je lève le regard vers lui, il y a de la tendresse. Mais pourquoi ne m'a-t-il pas embrassé, j'ai envi de tout démolir. Pourquoi il s'éloigne ? Qu'est ce qui ne lui convient pas ?

« Pourquoi ? »

« Pourquoi quoi ? »

Si il m'attend depuis si longtemps il aurait dû me sauter dessus non ? Il n'a pas de libido ou je ne lui plais pas.

« Pourquoi es tu venu me chercher ? »

« Parce ce que je te l'avais dit il y a long temps. Parce que je t'ai attendu comme promis. Tu as oublié ? Je pensais que l'alliance à ton doigt avait de la valeur à tes yeux. »

« Elle en a ! »

« Tu es si jeune, je n'aurais sens doute pas dû. »

C'est une blague ? Il n'est pas sérieux ? Non je me souviens pas et alors ? Personne ne se souvient de ses vies antérieures.

« Tu as pas le droit ! »

Je bondis de la pièce pour fuir. Il n'avait pas le droit de me laisser espérer, pas le droit de me faire croire qu'il m'aimait pour tout me reprendre. Je ne suis pas celui qu'il croyait, c'est injuste. Je cours droit devant, je perds un peu l'équilibre mais je continue toujours tout droit. J'arrive devant une rambarde, c'est la mer en face. Mes larmes m'aveuglent, je m'agrippe au rebord. Que faire… Puisque je ne suis pas celui qu'il attend. Je m'avance pour quitter le navire, parce que je suis sur un navire. Je suis presque à enjamber le garde corps quand un bras me saisit. Je me débats, je fais exploser mon cosmos, Sans réfléchir je lance une Greatest Caution. Comment a-t-il bloquée ma plus puissante attaque ? Je riposte d'un coup de poing qui atteint l'homme à la mâchoire. Il ne prend même pas la peine d'essuyer le sang qui coule de sa lèvre.

« C'est bon, tu es calmé ? »

Calmé ? Comment calmé ? Il vient de me broyer le cœur et il me demande si je suis calmé. D'un geste rageur j'efface mes larmes.

« Tu n'avais pas le droit ! »

Il étouffe un rire, en plus il se moque de moi. Je le déteste.

« Décidément c'est bon de te retrouver. Mais t'as encore rien cassé, tu es malade ?»

C'est plus lui qui est malade mental, je viens de l'attaquer, de le frapper et de m'enfuir et il trouve que c'est normal ?

« Non. Tu trouves que c'est naturel ? Et puis pourquoi t'es venu si tu ne veux pas de moi. »

Son sourire meurt sur ses lèvres, il est si sérieux.

« Mais je t'aime toujours, je t'ai attendu deux cent cinquante ans et je t'aurais attendu mille ans si il le fallait. »

Saleté de larmes pourquoi elles coulent toujours, pourquoi je le déteste, je le comprend pas. Il sèche mes yeux de son pouce, c'est un geste tellement doux. Pris d'une impulsion je me jette contre son torse. Qu'il est grand il fait bien quinze centimètre de plus que moi.

« Chut honey, je t'aimerais éternellement, je te l'ai juré. Seulement je n'aurais pas dû t'enlever si jeune. Tu as quel age ? Quatorze ? Quinze ans ? »

« Qu'est ce que ça change. Quinze. »

La dragon me ramène sur la terrasse il s'installe sur une banquette en me gardant contre lui. Son parfum, sa main dans mes cheveux, fichues hormones, j'ai le cœur qui bat la chamade.

« Tu ne te souviens de rien ? Que sais-tu ? »

J'avale ma salive, j'ai la gorge sèche.

« Qu'on était ensemble, que tu m'as épousé et que je suis mort. Tu m'as laissé un mot. »

« Oui tu as l'essentiel c'est vrai, mais il manque des informations. Quand je t'ai rencontré tu avais vingt trois ans et c'était dans un combat. Tu étais tellement brillant que j'ai choisi de nous détruire ensemble pour te vaincre. Ce que j'ai vu en toi, c'est un égal. Après grâce à Poséidon on a survécu et cohabité. Je t'ai découvert, j'ai appris à t'aimer même si t'es un poison violent pire que dieu marin. Tu as même réussi à me faire me souvenir de qui je suis. Tu es le seul être à m'avoir donné le désir de vivre et nom plus d'exister. Je t'aime honey mais c'est peut être trop tôt pour ton bonheur. »

Le visage dans sa chemise, ses mots me touchent. Alors c'est parce qu'il m'aime ? Une information tout à fait hors de propos me choque. On s'est battus ?

« Tu connais vraiment toutes mes attaques ? »

« Oui mon cœur. »

« Mais c'est pas juste ! Je ne me souviens pas des tiennes. »

« T'es vraiment un poison. »

Le mot me pique mais dans sa bouche il sonne comme un compliment. Mes doigts glissent sous le tissus, j'aime son touché.

« Tu es vraiment un dragon ? Un vrai ? »

« Oui. »

« Tu fais si humain… »

Je me laisse border, c'est la première fois que quelqu'un le fait, la première ou quelqu'un prend soins de moi. Je frisonne au contact de son baisé sur mon front. Allongé dans le noir je reste songeur. J'ai du mal à assimiler qu'il n'est pas humain, ni sous le joug de Poséidon, encore plus à penser qu'il lui a tenu tête. Si c'est vrai, il est d'une force, mais c'est un monstre mythologique.

J'ai fini par m'endormir, la fin de nuit fut agitée, le désordre des draps en témoigne comme mon vêtement souillé. C'est vraiment compliqué. Mon corps bouillant d'hormones me mets dans des états pas possibles. Je désire et j'appréhende ce que mes sens réclament.

Je me lève pour faire le tour du bateau, au bout de quelques minutes je constate que je suis seul. Je reste à regarder la mer. Dans la légère brume je vois une terre pas très loin. Je cligne des yeux, la terre avance et disparaît. Elle revient plus près, elle a la taille du bateau, plus encore. C'est bleu gris brillant. Je suis intrigué je saute dans l'eau, normalement je dois flotter en théorie alors. Je bats des jambes et des bras pour me maintenir à la surface. Quelque chose de solide arrive sous mes pieds. Je me sens remonter à la surface. C'est une patte qui me ressort de l'eau. La taille des griffes est à coupée le souffle.

« Tu aurais pu m'attendre. Faut toujours que t'en fasse qu'à ta tête. »

Alors c'est lui ? Sous sa vrai apparence. Il me repose sur le vaisseau qui tangue. Tout est vrai. J'en tombe à genoux sur les lattes de bois. Quelques instants plus tard je vois kanon remonter sur le pont. Il est trempé et nu. Mes joues prennent feu mais je n'arrive pas à le quitter du regard. Il est très beau. Il passe un peignoir et me tend une serviette.

« Tout va bien ? »

Il y a de l'hésitation dans sa voix. Perdu je me coule contre lui, j'écarte les pans du vêtement pour toucher sa peau. Je n'ai pas rêvé… Son regard me sonde et semble si triste. Je pause un léger baisé dans son cou. Oui tout va bien. Je réalise juste tout ce qu'il y a entre nous, d'un coté je suis soulagé, de l'autre je suis dubitatif.

« Est-ce que c'est important ? »

« Que tu ailles bien oui. »

« Mais non, que tu sois… différent. »

« Je ne sais pas, mais je reste sous mon apparence humaine, elle a plein d'avantages. »

« Des avantages ? »

« Celui de pouvoir te serrer dans mes bras pour commencer. »

Je frisonne, le serrer entraîne mon esprit vers un pente dangereuse. Enfin peut être pas tant que je l'imaginais. Je m'en hardi à poser mes lèvres sur les siennes. Tout mon corps s'électrise.

« C'est vraiment important que je sois plus jeune ? »

« Non tu es toi et c'est la seule chose qui compte à mes yeux. »

Je rougis encore plus, il se penche sur moi. C'est doux, humide, salé. Tout mon être se tend vers lui. Mon premier baisé. C'est mieux que tous ce que j'avais pu imaginer et ce n'est que le début. Mes mains se faufilent sous le tissu, sa peau a le goût du sel. Quand il m'allonge sous lui je gémis. Sa langue glisse sur mon torse dans un ballet sensuel. Il me débarrasse de mes vêtements noyés. Sa bouche redessine mon corps, le contact de ses dents sur ma hanche puis sur téton me font me cambrer. J'ai l'impression d'avoir de la fièvre. Il s'écarte pour se débarrasser de son peignoir, je déglutis. Mon regard reste posé sur son membre, je me mords la lèvre. Lentement il reprend ses caresses, je perds la raison. Le contact de sa langue sur mon sexe m'arrache un cri. Petit à petit le contact humide descends entre mes cuisses, je geins de le sentir brûlant sur mes bourses. Je frémis quand il arrive plus bas. Je crains un peu la suite, je gémis lorsque un doigt entre en moi. Il me murmure des mots tendres alors qu'il me caresse de l'intérieur. Plus je m'habitue à cette présence plus j'y prends de plaisir, ses doigts me font perdre la tête. Quand il les retire je me sens frustré, mais c'est pour mieux me combler. Je me tends à sa rencontre, son bassin qui bouge contre le mien me tire des plaintes lascives. Sa main qui enserre mon désir est un délicieux tourment. Je fais de mon mieux pour me contrôler mais c'est trop fort pour que je résiste. Le plaisir me fait voir des étoiles, c'est plus intense que tous ce que j'avais imaginé.

Étendu sous lui je goûte les dernières brides de l'orgasme, c'est bon de le sentir encore en moi, son souffle tiède sur ma joue me chatouille.

Je suis bien ici, j'ai trouvé ce que je cherchais. J'ai trouvé l'amour. Je me laisse bercer dans ses bras. Je somnole un peu en souriant. Je crois que finalement je suis un grand garçon, marié et heureux.


Poséidon

Pourquoi rien ne marche dans mon domaine. En plus j'ai mon frère qui a égaré un de ses juges. Y a pas à dire, j'ai pas de chance. J'ai organisé des recherches mais rien. Il s'est quand même pas volatilisé. Assis en face de moi Hadès me dévisage. Mais il a quoi lui, il s'est perdu tout seul son juge. Enfin à moins qu'il lui soit poussé des nageoires il est dans le sanctuaire, il y a toujours mes panneaux indicateurs et les plans. C'est un grand garçon Rhadamanthe, il va pouvoir se retrouver tous seul.

J'avise un paquet sur un tas de décombres. C'est quoi ? Je le récupère et je l'ouvre, du tissu. Je le déplie c'est un tablier rose bonbon à volants. Il y a une inscription. « Il est temps d'apprendre à ranger son parc ». C'est quoi ? Non ! Le dragon ! Il est venu.

Mon frère me toise, il a l'air furieux.

« Mon juge ! Il m'a volé mon juge ! Et chez toi c'est une honte. »

« Ton juge ? Tu m'avais caché qu'il réchauffait ton lit ? »

La blague tombe mal mais zut quoi. Et puis il est sans doute plus à Kanon qu'a mon frère.

« Poséidon !»

Il a failli s'étrangler, j'aime bien sa tête, faudrait que je trouve l'appareil photo.

« Bha quoi ? Fallait le dire que t'étais jaloux. »

« Arête de dire des bêtises. Mais je dois avouer que ton général a raison il est temps de ranger la porcherie qui te sert de domaine. »

Le méchant, il m'a retournée mon attaque en traître.

« Plus sérieusement au cas ou tu te souviendrais pas dans peu de temps il va falloir combattre Athéna. Et je compte sur toi pour des renforts vu que t'as perdu mon juge. Je me passerais bien d'attaquer cette fois mais si l'autre vient combattre et elle va pas laisser échapper l'occasion je suis mal.»

« Si ce n'est que le combat ton problème, y en a pas. »

« Merci de ta sollicitude. »

« Merci à mon super dragon. »

« Et merci pourquoi ? Pour être certainement dans un coin à violer un de mes spectres ? »

« Violer ? Il est plus persuasif que tu l'imagines et moins violent que ton blond. »

« Oui, tu imagines vraiment qu'il va se laisser faire sans combattre ? »

« Tu pourrais être moins désagréable ton juge c'est la peste, je sais pas comment kanon a pu le garder en vie sans l'étrangler. »

« Tu vois ! »

« Je t'assure que kanon est un tendre même si voir un juge porté comme un sac à patte sur l'épaule est un spectacle étrange. »

« Quoi ? »

« Revenons à nos moutons. Ton juge à part une claque sur les fesses il risque rien. »

Mais ils ont quoi à être aussi coincés parce que mon frère et ses hommes même combat.

« Je disais pour Athéna, elle a eu un petit accrochage avec le dragon après la mort de ton protégé. Et donc trident au poing il est allé lui dire entre quatre yeux que pour la déesse de la sagesse elle était une cruche, avec des réincarnations qui ont le cerveau qui leur coulent par les oreilles. Il a failli décimer les quatre rescapés et lui a montré sa façon de penser. Pour faire court nous sommes trois irresponsables qui jouons aux échecs avec des êtres vivants. Bref c'est une honte, nous sommes une bande d'attardés mentaux qui ferait bien de trouver un autre passe temps. »

« Et tu trouve que mon juge est une calamité ! Regarde chez toi d'abord. »

« Peut être mais il est équitable, il a mon trident, la lance d'Athéna et ton juge. Il a confisqué les jouets »

« Je maintiens c'est un danger »

« Mais fais pas ta mauvaise tête et oublies d'attaquer Athéna. Le dragon c'est un fourbe rusé il te le ferait payer. »

« Avec ton raisonnement je devrais l'engager. »

« L'engager, me fait pas rire, il ne m'a jamais prêter serment de fidélité. C'est un être d'exception libre et fier de l'être. Tu sais qu'en Asie les courts d'eau sont des dieux dragons ? »

« Don concrètement on fait quoi ? »

« On attend et on espère avoir des dragées et la pièce montée ? »

« Pardon ? Il ne va pas me l'épouser encore ? »

« Ils avaient pas fait de fête. »

« Décidément j'ai l'impression de marcher sur la tête depuis que je suis chez toi. »

« Mais non et puis se faire battre par la cruche préférée de Zeus on peut s'en passer. »

« Si tu le dis et on fait quoi à la place ? »

« Je sais pas un banquet ? Une partie de jeux virtuels ? C'est le progrès, Même les dinosaures comme nous doivent évoluer. Tu n'as pas une femme de ménage pour me dépanner ? »


Rhadamanthe

Je m'étire un peu, j'enfouis le nez dans les cheveux océan de mon dragon. C'est le mien. Je pose un petit bisou sur son torse. J'ai des papillons dans l'estomac et une sensation de plénitude inconnue. Je sais pourquoi je n'ai jamais voulu de personne, c'est lui que j'attendais.

« Tu penses qu'Hadès nous en veut ? »

« Laisse lui un peu de temps trésor, c'est pas parce qu'il a enlevé son épouse qu'il digérera rapidement la chose. »

« Tu m'as enlevé aussi. »

« Oui mais tu étais consentant. »

« Oui tu reviendras me chercher encore ? »

« A chaque réincarnation amour. »

« Même si un jour je suis une fille ? »

« Hein ? »

C'est quoi ce discourt ? Pourquoi une fille. Heureusement que les dieux sont réfractaires au changement. Je regarde mon juge s'asseoir et grimacer un peu. L'espace d'un instant j'imagine une longue chevelure d'or et des hanches plus rondes. Pourquoi pas…

« Pour toujours je t'aime. »

Fin

Nda

Merci A Kandai à qui cette fisc emprunte beaucoup et reprend nos soirées de discutions.

A ma jumelle sans qui je ne serais pas arrivé au bout de cette fisc.

A Manuka le lemon est pour toi.

Et Merci celles qui m'ont lue et m'ont laissée un mot c'est toujours motivant.