Chapitre 8 : Le meeting

A l'aube, dans le laboratoire de l'infirmerie

- Whaou, ça y est ! J'ai trouvé ! J'ai trouvé ! Ah comme je suis trop forte !! exultait Lian.

Soudain, elle prit conscience qu'elle parlait seule à haute voie.

« Si quelqu'un m'entend, il va me prendre pour une folle, pensa-t-elle. Pff, je m'en moque, j'ai trouvé ! J'ai enfin réussi ! C'est absolument génial ! »

Elle s'effondra sur un fauteuil.

« Bon, il faut que je me calme. De toute façon, tant qu'Alec ne redeviendra pas adulte, je ne dirai rien aux autres. »

Une petite voie en elle demanda : « Et s'il ne revient jamais adulte ? » « Non, ce n'est pas possible, décréta Lian. Il va redevenir adulte et ce dans pas longtemps, j'en suis sure ! En attendant je vais prévenir Sonia que je prends ma journée. Un bon petit lit bien chaud m'appelle ! »

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Max les regarda tous : ils étaient fin prêts.

Skin, Alec et elle-même représenteraient les X5, Mole et Taupe les transhumains. Logan avait insisté pour lui aussi venir afin de les soutenir.

Max regarda Sonia s'avancer timidement vers ce-dernier. Depuis quelque temps, il se passait quelque chose entre eux. Utilisant son ouïe hyper-développée, elle espionna leur conversation :

- Alors tu te sens prêt ? demanda Sonia.

- Oui.

- Sois prudent, Logan.

- Ne t'inquiète pas ! C'est juste un meeting, je ne pars pas à la guerre ! plaisanta-t-il.

- On ne sait jamais ! Ca pourrait être un piège destiné à tous vous tuer pour déclencher la guerre, ou alors il pourrait y avoir des militants anti-transgéniques…

- Chut… fit tendrement Logan. Tout ira bien. Je ne suis pas seul. Il y a Max, Skin et même Mole pour me protéger.

- Je sais, c'est débile ce que je dis, s'excusa Sonia en rougissant.

- Non, ça ne l'est pas.

Ils partagèrent un regard entendu.

- A ce soir ! fit Logan

- Oui, à ce soir.

Le Veilleur partit rejoindre Max.

- On y va ?

- Oui. Allez tous le monde ! lança-t-elle d'une voie forte. On monte dans le camion et en route vers la mairie ! On se dépêche !

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Quand ils arrivèrent, le choc fut grand. C'est un véritable affront qui leur était fait et ils le savaient.

Les négociations, ce fameux meeting qu'ils préparaient depuis deux semaines et pour lequel ils s'étaient battu bec et ongle, n'étaient en fait qu'un simple sujet parmi une dizaine d'autres qui seraient abordés. Il se trouvait compris entre le débat sur le prix de l'essence et celui des problèmes posés par la mafia.

Ce n'était même pas le sujet le plus important du jour, car les menaces d'attentats pesant depuis quelques jours sur Seattle, seraient abordées avant.

Ainsi, en plus de la délégation transgénique, le maire avait invité des militaires, les forces de l'ordre et des responsables en tout genre.

En les voyant arriver, l'inspecteur Clemente se rua vers eux.

- Je suis désolé, je viens juste d'apprendre la nouvelle. Il ne faut surtout pas répondre à ce genre de provocation.

- On avait bien compris de quoi il s'agit ! répondit durement Max.

- Vous allez devoir assister à tous les autres débats avant qu'on en vienne au votre. Je vais vous montrez les places qui vous sont réservées, il est interdit de les quitter à partir du moment où cela commence, sinon vous ne pouvez plus y revenir. Ils veulent testez votre patience.

- Nous sommes des soldats, nous savons attendre.

- Vous n'aurez sûrement pas le droit de vous exprimer durant les autres débats, précisa l'inspecteur, à moins qu'on vous le demande.

- C'est bien dommage pour eux, rétorqua la jeune X5.

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Les transgéniques prirent placent autour de la table de réunion. La présence d'Alec en intrigua plus d'un, mais personne n'osa faire de commentaires. Les débats commencèrent. Si certains transgéniques s'ennuyèrent à mourir, Logan, Max et même Mole trouvèrent eux cela très enrichissant.

Ce n'est quand même pas tous les jours que l'on assiste à ce genre d'assemblée. Cela leur donna une idée de la façon dont le gouvernement dirigeait la ville. Nul n'est besoin de préciser que cette courte réunion donna des idées de flash au Veilleur pour les 10 ans à venir tant il y avait à redire.

Bien entendu, la presse n'avait pas été conviée à cette partie de la réunion. Elle le serait seulement pour le débat concernant les transgéniques.

Lorsque l'on en a arriva aux menaces terroristes planant sur Seattle, cette fois c'est toute la délégation de Terminal City qui écouta les oreilles grand ouvertes. Ca, c'était leur domaine.

- Nous devons prendre ces menaces très au sérieux, plaida le chef des armées. Des pêcheurs soutiennent que des sous-marins naviguent au bord de nos côtes.

- Ce ne sont que des ragots, voyons ! nia le maire.

- Ces ragots comme vous dites, concordent parfaitement avec les menaces qui nous ont étés faites.

- Justement, c'est juste de la psychose !

- Mais les habitants de Seattle ne connaissent pas la nature précise des menaces dont nous faisons l'objet.

- Si je peux me permettre, monsieur le maire, intervient un policier, Manticore et les transgéniques n'étaient eux aussi soit disant que des ragots. Ils sont pourtant devant vous!

Le maire fusilla le jeune impertinent d'un regard noir, mais du bien reconnaître son tort.

- Soit ! Admettons que ces menaces soient réelles. Que comptez-vous faire ?

- La mise en place du projet Spy47 me parait être la réponse la plus adaptée.

- Spy47 ?

- Il s'agit d'un réseau de caméras sous marine allié à un système de sonar. Cela nous permettrait de repérer un sous marin étranger à plus de 10 milles de nos côtes. Ce réseau de surveillance est associé à des lanceurs de missiles que l'on peut contrôler à distance.

Le maire hocha la tête d'un air grave.

- Vous croyez vraiment que cela est nécessaire ?

- Oui monsieur. J'en suis convaincu.

- Vous avez mon feu vert pour l'installation. En revanche, vous avez l'interdiction de tirer sans mon aval. Je veux être tenu au courant de l'évolution de ce projet. Bon, quel est le sujet de discussion suivant ?

- Euh, excusez-moi ! interrompit un homme. J'aimerais revenir sur l'installation de Spy47. Je me présente, M. James, je suis le gérant du réseau d'égout de la ville. Comment compter vous alimenter en électricité votre système de surveillance ?

- Nous allons faire passer l'ensemble des câblages dans une des connexions qui donnent jusqu'au point R7. On fait passer les fils dans ce tunnel et à la surface on les connecte au réseau électrique.

- Pourrions-nous avoir une carte s'il vous plaît ? demanda M. James.

La carte fut étalée sur la table. Les deux hommes discutèrent vivement, traçant le système de surveillance, le point de sortie, envisageant le parcourt des câbles.

- C'est bien ce que je craignais, conclut le gérant. Théoriquement, cela semble parfait. Mais regardez cette portion de tunnel, du point R4 au point R7. Jamais un plongeur ne pourra y passer. Il y a eu des éboulements, le passage est considérablement rétréci. Seul un homme très maigre pourrait s'y faufiler mais sans équipement de plongée. Or le trajet dure bien une quinzaine de minute. Impossible de rester en apnée tout ce temps là.

- Vous n'avez qu'à passer par ailleurs ! s'exclama le Maire.

- C'est impossible monsieur, répondit le chef des armées. Nous avons cherché un autre moyen, mais il n'y en a pas.

- Et bien cherchez mieux !

Bientôt presque tous les participants de la réunion (y compris les transgéniques qui avaient étés cordialement invités) étaient penchés sur la carte, cherchant en vain une solution.

Au milieu de cette panique complète, une petite voie qui avait bien du mal à se faire entendre, s'éleva:

- Nous on peut le faire. Enfin, moi…

Le chef des armées regarda le petit Alec.

- Comment ça, toi tu peux le faire ? s'exclama-t-il en riant.

Le silence se fit dans la pièce.

- Et bien nous les transgéniques, expliqua Alec, on peut rester en apnée pendant 12 minutes voir même 15 ! Moi je sais que je peux arrêter de respirer pendant 15 minutes et 40 secondes !

Tous les ordinaires le regardèrent avec des yeux éberlués.

- Baliverne ! s'exclama le maire.

- Le petit a raison, défendit le transgénique Skin. Nous pouvons tous rester en apnée au minimum pendant 12 minutes. Mais 15 minutes et 40 secondes cela me parait énorme. A Manticorre, on ne nous y laissait jamais plus de 15 ! ajouta-t-il en regardant Alec.

- Oui c'est vrai. Pour l'exercice on devait rester 14min 30, mais la télécommande était cassée !

Le visage des transgéniques se décomposa sous l'horreur. Max préférait ne pas imaginer la véritable agonie qu'avait dû vivre le petit.

- Comment ça la télécommande était cassée ? demanda le chef des armées. Quelle télécommande ?

- Et ben, celle qui contrôle l'étau qui nous serre les chevilles pour qu'on reste coincé au fond du bassin, répondit Alec. En fait, il n'y avait plus de piles. Du coup, je suis resté coincé en bas 15min et 40 secondes. L'instructeur était très énervé car à cause de ça, il aurait pu perdre bêtement les millions de dollars que je représente.

Tous restèrent choqués. Ils connaissaient les rumeurs sur ce qu'il s'était passé à Manticorre, mais l'entendre de la bouche d'un enfant était bouleversant.

L'inspecteur Clemente fut le premier à se ressaisir.

- Alors comme ça l'un de vous peut se charger de cette mission ?

- Oui, répondit Skin.

- Vous ne pourrait pas passer à travers l'éboulement, contesta le gérant du réseau d'égout. Seul le gamin le peut.

- Alors j'y vais ! s'exclama Alec.

Au même moment :

- Hors de question ! dit Max

- Alec ne bougera pas d'ici ! s'indigna Logan.

- On n'enverra jamais un gamin, conclut Mole.

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Quelques minutes de discussion difficiles plus tard, un accord été passé. En échange de l'aide du petit 494, les X5 bénéficieraient d'une semi-liberté, cela uniquement en cas de succès bien entendu. Max était ravie de cette opportunité qui leur était donné, à un détail près : le fait que la mission soit confiée à Alec.

Cependant, les ordinaires commençaient enfin à comprendre que les transgéniques étaient plus un atout pour le peuple américain qu'une menace. Si Alec redevenait un jour adulte, jamais il ne lui pardonnerait de lui avoir interdit d'aider son peuple. C'est ainsi qu'à contre-cœur, elle avait accepté.

Alec s'avança vers le chef des armées. Il se planta devant lui, droit sur ses jambes, les bras le long du corps, le regard fixe comme il avait si bien appris à le faire.

Le chef des armées, le caporal Stevens, ne savait comment agir face à ce petit haut comme trois pommes. La situation était fortement destabilisante, il ne savait par où commencer.

- Quel est ton nom petit ? finit-il par lancer.

- X5-494 monsieur, répondit spontanément le jeune X5. Je m'appelle aussi Alec, rajouta-t-il devant le regard perdu de son instructeur.

- Alec ! Bien… Je vais t'expliquer qu'elle sera ta mission. Nous avons tracé sur cette carte le trajet que tu vas devoir parcourir.

Alec observa attentivement la carte, la mémorisant ainsi photographiquement dans sa mémoire.

- Tu peux la garder, dit l'instructeur.

- Ce n'est pas la peine monsieur, je la connais par cœur.

- Comment ça, tu la connais par cœur ?

- Il l'a entièrement mémorisé en quelques secondes, répondit une voie par derrière.

Il s'agissait de Skin qui venait d'entrer.

- Max est en train de te chercher une combinaison de plongé à ta taille, Alec. Ici, ils n'en n'ont pas. Tu vas devoir placer un des émetteur Spy47 avant de te charger des câbles. Tu connais leur mode de fonctionnement ?

- Oui monsieur ! Cours d'espionnage numéro 1846, dispositif e.

- C'est bien, répondit Skin en souriant. Ensuite le reste de la mission est simple : tu devras nager dans le tunnel en déroulant les câbles derrière toi et les remonter à la surface au point R7.

- C'est compris.

Skin regarda le jeune X5 droit dans les yeux.

- L'avenir de Terminal City repose sur toi, petit. Et aussi, celui des citoyens de Seattle.

- Je sais, répondit gravement Alec.

Skin lui sourit.

- Tu es un bon soldat.

A coté, le chef des armées avait assisté silencieusement à la discussion. Le gamin agissait véritablement comme un soldat ! Il était pourtant si jeune…

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Max arriva enfin avec la tenue de plongée adéquate. Alec l'enfila rapidement.

- Ca y est, je suis prêt ! s'exclama-t-il.

La jeune femme hocha la tête, la gorge nouée.

- Tu as peur pour moi ? lui demanda Alec.

- Oui. Beaucoup.

- Est-ce que tu as confiance en moi ? questionna-t-il.

- Oui !

- Alors n'aies pas peur !

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Alec fut conduit jusqu'aux quais. Il se glissa alors dans l'eau froide. Grelottant, il fit quelques brassées afin de se réchauffer. Un plongeur en combinaison et avec bouteille d'oxygène sur le dos s'avança vers lui. Il tenait la bobine avec les câbles dont il allait devoir s'occuper. Mais avant, Alec devait placer un dispositif d'espionnage. Un militaire le lui tendit.

Alec prit une grande bouffée d'air puis descendit sous l'eau. En bas, tout était prêt pour accrocher l'engin. Avec dextérité, le gamin mis en place le sonar en moins de cinq minutes, puis il regagna la surface.

Totalement inconscient des regards impressionnés des militaires positionnés à la surface ainsi que de ceux des rares journalistes filmant l'évènement, il prit en main la bobine que lui tendait le plongeur.

Une fois confirmation que tous les dispositifs avaient étés correctement placés (et ce en moins d'une heure ce qui représentait un véritable exploit pour une armée d'ordinaire) Alec commença à nager vers l'entrée du tunnel qu'il allait devoir prendre. Celle-ci avait déjà été dégagée afin de lui faire gagner du temps.

Max le suivit en longeant le quai. Apres lui avoir adressé un dernier regard, Alec prit une grande inspiration, puis plongeât sous l'eau : la vrai mission commençait.

Il sentit une grande poussée d'excitation et d'adrénaline s'emparer de lui. Quelque part, tout cela lui avait manqué.

Le début du trajet était facile. Il avança rapidement, déroulant sur son passage les fameux câbles. Au bout de quelques minutes, l'ouverture se réduisit considérablement. M Smith avait raison, impossible de passer avec une bouteille d'oxygène sur le dos.

Au fur et à mesure de son parcours, Alec comptait les intersections. A la quatrième, il devait tourner sur sa droite.

Ca y est. La quatrième intersection était là. Alec s'y engageât. C'est ici qu'avait eu lieu les éboulements. 494 avança avec difficulté. Il commençait à ressentir le manque d'oxygène. Le passage se faisait de plus en plus étroit, accentuant la sensation d'étouffement. Il fallait qu'il reste calme.

Bientôt, il se trouva devant un éboulis.

Refusant de céder à la panique, il dégagea rapidement les pierres qui barraient son chemin puis s'insinua en se contorsionnant comme un chat à travers l'étroit passage qu'il s'était créé. La bobine toujours en main, les câbles se déroulant derrière lui, il continua son chemin.

Maintenant, il devait prendre la troisième à gauche. Le tunnel lui paraissait sans fin. La première à gauche apparut. Ses poumons le brûlaient intensément. Il regarda son chrono : déjà 11min qu'il était en apnée. Et le tunnel continuait toujours… Et encore…

Enfin la deuxième intersection à gauche apparue.

La prochaine serait la bonne. Ensuite, il n'aurait plus qu'à aller tout droit jusqu'au point R7, jusqu'à la sortie.

13min 36

Toujours pas d'intersection en vue. Le chemin était véritablement très étroit. Alec avait du mal à nager correctement. Sa course était considérablement ralentie pas les câbles qu'il traînait derrière lui et l'étroitesse du lieu.

14min 02 . Enfin elle apparut :

Alec se dirigea vers l'intersection. Ses poumons étaient au bord de l'explosion. Dans l'étroit tunnel, un rayon de lumière apparût. Toujours en apnée, il commença sa longue remontée vers la surface.

14min 56. Le tunnel n'en finissait pas. Alec sentit la tête lui tourner.

« Pas encore ! se dit-il. Ce n'est pas le moment ! J'y suis presque. »

Et pourtant !!!

Si au moins, il pouvait lâcher tous ces câbles qui ralentissaient tant sa remontée…

15min 30

Alec paniquait

Fin chap 8