Chapitre II

Ses sens étaient brouillés. Il sentait qu'il avait ouvert les paupières, mais nulle lumière ne parvenait jusqu'à ses pupilles. De même, ce qu'il entendait n'était qu'un grondement sourd, sans qu'il puisse démêler les mots entre eux. Il ne parvint pas à remuer ne serait-ce que le bout des doigts.

Lorsque la lumière se fit, petit à petit, devant ses yeux, il ne vit d'abord qu'un plafond blanc cassé. Il parvint à distinguer un bruit de pas, aussi. Des paroles. Mais il ne parvenait toujours pas à bouger. Il perçut une respiration, lorsque les pas s'arrêtèrent.

Le premier être qu'il vit fut celui avec les yeux verts émeraude dont les pupilles étaient fendues comme celles d'un chat, qui se tourna vers un autre, aux yeux verts aussi, mais plus foncés, aux cheveux roux sombre. Enfin, le troisième, dont il reconnaissait la voix, qui lui avait parlé, dans son sommeil, s'avança.

Angeal avait ôté son gant et posa sa main sur le front de leur protégé(e ?).

- C'est normal d'être aussi froid ?

- Peut-être que le sang ne circulait plus dans son organisme, suggéra Séphiroth.

- En tout cas, vous êtes barrés, intervint Génésis. Qu'est-ce que vous allez en faire ?

Angeal et Séphiroth échangèrent un regard, puis se tournèrent vers leur ami.

- Ce n'est pas un animal de compagnie, déclara celui-ci. On dirait deux gosses qui ont trouvé un chat errant !

- Mais avoue quand même que ce serait criminel de le confier à un scientifique un brin taré sur les bords, plaida Angeal.

Un léger grognement fit mine de l'approuver, et trois paires d'yeux se tournèrent vers le lit où Angeal avait allongé l'enfant. Les premières classes échangèrent un regard exprimant leur incertitude concernant la situation.

Le temps que les trois Soldats réagissent, le quatrième être humain –que dire d'autre ?- se releva doucement et cligna plusieurs fois des paupières. Il posa son regard d'un bleu mako sur les trois compères, toujours aussi indécis. Après les avoir dévisagés longuement, il ouvrit la bouche, mais il eut du mal à en faire sortir autre chose qu'un son étranglé.

Angeal réagit le premier. Il se baissa à hauteur du regard d'un bleu surnaturel et demanda :

- Quel est ton nom ?

L'interpellé le regarda sans comprendre. Alors, comme pour montrer l'exemple, le Soldat se désigna du doigt :

- Angeal.

Génésis sourit en voyant le côté paternel de son vieux camarade ressurgir. Néanmoins, les sons restaient coincés dans la gorge de leur protégé.

Angeal enchaîna aussitôt avec une question qui lui tenait particulièrement à cœur :

- Tu es un garçon ?

L'interpellé haussa les sourcils, et approuva de nouveau. Angeal se tourna vers Séphiroth :

- J'ai gagné ! Rends-moi mon argent !

- Finalement, votre pari n'a servi à rien, railla Génésis.

- Très drôle…

D'un geste boudeur, Séphiroth rendit à Angeal ce qu'il lui avait fièrement prit quelques instants plus tôt.

Le jeune garçon –c'en était un, finalement !- les regarda en se demandant sur quelle planète il avait atterri. Mais il sentait toujours à travers lui le souffle de Gaïa. Il s'éclaircit la gorge, mais encore une fois, il ne parvint toujours pas à parler.

Il essaya de rassembler les fragments de mémoires qui ne s'accordaient pas dans son esprit. Il eut beau faire, la dernière chose dont il se rappelait était cette paire d'yeux rouges…

Un frisson le parcourut. La Calamité tombée des cieux… Jénova. Comment avait-il fait pour se retrouver ici ?

Avant tout, il voulait savoir où il était. Ne parvenant pas à parler pour le moment, il garda ses questions pour lui et écouta avec attention ce que disait l'homme au manteau rouge.

- Et maintenant ? Nous voilà bien. A cause de vous, on va avoir des ennuis ! Comme si on n'arrivait pas à se mettre dans le pétrin par des moyens plus simples.

- Arrête de te plaindre, répliqua Séphiroth.

- De nous deux, je me demande qui se plaint le plus.

- Eh, du calme, coupa Angeal. Dans notre rapport, nous avons écrit qu'on ne se souvenait de rien, et qu'il n'y avait rien à trouver.

- Après tout, c'est bien vrai qu'on ne se souvient de rien, admit Séphiroth. Juste de cette fleur géante.

- Mais on ne l'a pas mentionné.

Génésis fit la moue. Tout ce qu'il voyait, c'était des ennuis en perspective, mais Angeal semblait relativement optimiste.

- Personne, à part nous, ne sait ce qu'il y avait réellement dans cette…

Il se tut, sa mémoire lui faisant défaut.

- Bref, poursuivit-il, et personne ne sait à quoi il ressemble.

- Mais quand on verra qu'on a recueillit un gamin abandonné, qu'est-ce qu'on dira ? maugréa Génésis.

- Il doit bien avoir une famille, des amis, je n'en sais rien…

A ces mots, le garçon sentit son cœur s'arrêter. Une famille ? Des amis ? Il en avait eu. Mais…

La Calamité était apparue. Le virus qu'elle avait répandu parmi les Cétras avait été meurtrier. Ses parents y avaient succombé, ainsi que son grand frère. Et ceux qui n'étaient pas morts de la maladie avaient succombé sous la puissance de Jénova.

Le souvenir de cette affreuse sensation de tristesse et de solitude réveilla dans sa mémoire une haine sourde. Il ne lui restait que sa mission celle de protéger la Planète.

- Tu n'as qu'à lui demander, riposta Génésis.

Et, comme tous les regards se tournaient vers lui, le jeune garçon se figea.

- D'ailleurs, d'où viens-tu ? poursuivit le rouquin.

Le garçon ne répondit pas. Lui-même l'ignorait. Il était né sur cette planète, et il se souvenait qu'il avait été attristé par le fait de devoir la quitter. Bien qu'il y soit maintenant enchaîné… il soupira, ce qui eut pour effet de lui dégager la boîte vocale, à son grand étonnement, et il se surpris à penser tout haut.

- D'où… je viens ?

Sa voix était rauque, et il se tut aussitôt en l'entendant.

- Ah ! Il parle, remarqua Angeal.

Le sourire du première classe rassura un peu le jeune garçon.

- Où suis-je ?

- A Midgard.

Le regard effaré du jeune garçon le coupa dans son élan, alors que celui-ci se demandait sur quelle planète il était. Puis il se renfrogna en demandant :

- Vous êtes des sédentaires ?

- Pardon ?

- Vous n'avez pas l'intention de partir ?

- Mais… où ?

- Ailleurs.

Angeal jeta un regard à ses compagnons, qui haussèrent les épaules.

- Vous avez put réchapper à la Calamité ?

Ce fut au tour des trois Soldat de le regarder avec des yeux comme des soucoupes.

Le garçon se sentit rougir.

- Ne me dites pas que vous êtes des… des humains ?

A nouveau, il se mit à douter quant à la planète où il avait atterrit.

- Bien sûr que nous sommes humains, répliqua Génésis.

- Quoi ?

- Parce que toi, tu ne l'es pas ?

- Non !

- Ne sois pas si scandalisé !

Le jeune garçon se tut et fronça les sourcils. Serait-il passé à l'ennemi ?

- Mais qu'est-ce que tu es ? insista Génésis.

Un silence lui répondit, puis :

- Je suis un Cétra.

Séphiroth ressentit des palpitations dans tout son corps. Quelque chose, en lui, s'était éveillé.