Chapitre III
- Récapitulons : il ne connaît ni Midgard, ni Junon, il n'a jamais entendu parler du Gold Saucer, du Wutai, ni même de la Shinra, résuma Génésis. Il y a quelque chose qui cloche avec ce gosse.
Séphiroth ne répondit pas, se contentant de piquer dans son steak (surgelé par la Shinra Corporation, nda) avec sa fourchette.
- Quand je suis avec toi, j'ai l'impression de parler à un mur, remarqua le rouquin.
Séphiroth releva la tête :
- Pardon, tu disais ?
Il s'en voulut aussitôt lorsqu'il sentit le regard meurtrier de Génésis se poser sur lui.
- Je suis vraiment désolé… je pensais à la guerre, tu sais ? Un jour ou l'autre, on va y être envoyé.
Génésis poussa un profond soupir.
- Ne parle pas de malheur…
Ils poussèrent un autre soupir en cœur.
- Plus j'y pense, plus j'ai envie de déserter, grommela le rouquin.
- Génésis !
Ce fut au tour de celui-ci de s'incliner face au regard de son interlocuteur.
- Quel heure est-il ?
Séphiroth leva son regard vers la grande horloge qui trônait sur un mur du réfectoire.
- Deux heures et demies.
- On a encore traîné. Angeal va nous tuer…
- A mon avis, il vu plutôt nous tancer… corrigea Séphiroth.
- Vertement…
- Sur une histoire de ponctualité…
- Et ramener ça à l'honneur, conclut Génésis.
Nouveau soupir double. Séphiroth se leva à contre cœur en marmonnant :
- De toute manière, ce truc est immangeable.
Génésis l'imita, et ils quittèrent leur lieu de morosité quotidien. Eh oui, quoi de mieux que de se morfondre devant un plat surgelé en plein mois de décembre !
Séphiroth se demanda, en sortant de la cafétéria du Soldat, pourquoi la Shinra s'obstinait à planter des ascenseurs partout. Si jamais il y avait une coupure de courant, comment feraient-ils ?
Génésis s'accroupit dans l'ascenseur et lut sans un mot, pour une fois, jusqu'au quarante-neuvième étage, laissant Séphiroth se noyer dans ses pensées. Ils n'émergèrent de leur torpeur que lorsque la porte de l'ascenseur s'ouvrit, plus tôt que prévu, sur le vice-président.
Rufus dévisagea les deux première classes, et, comme il était d'humeur magnanime, il ne leur demanda pas ce qu'ils faisaient dans un ascenseur à une heure pareille. N'avaient-ils rien de mieux à faire ?
Toutefois, le silence se réinstalla jusqu'au quarante-neuvième. Rufus ne fut pas mécontent d'avoir l'ascenseur pour lui tout seul. Il pourrait médire tranquillement sur son vieux et détesté paternel. Le jeune homme esquissa un sourire sarcastique.
L'étage du Soldat était désert. Seul un troisième classe courait d'une salle à l'autre, sous le regard amusé de Génésis, qui se retint de lui faire un croche-pied quand il passa devant eux, alors que Séphiroth ouvrait la porte de la salle d'entraînement avec son pass.
- Entre nous, fit enfin Génésis, le vice-président est une vraie tête à claque, tu ne trouves pas ?
- Si.
- Pas joyeux, la conversation…
Encore un soupir collectif. Leur désarroi fut à leur comble lorsqu'ils virent bondir littéralement sur eux une forme bleue aux cheveux hérissés.
- Salut ! s'exclama Zack avec l'air le plus joyeux du monde.
- Qu'est-ce que tu fais là ? s'écria Génésis.
- Je m'entraîne, pardi !
Cette fois-ci, ils retinrent leur soupirs, car Angeal venait vers eux, l'air trop sérieux pour les inviter à se joindre à eux.
- Vous n'avez pas honte ? Un Soldat digne de ce nom se doit de respecter la ponctualité, et pour cela, il doit être concentré ! Je sais que l'honneur peut être parfois un lourd fardeau, mais il faut s'imposer la discipline !
- Et voilà…
Angeal se tut et les foudroya du regard. Cependant, Séphiroth trouva moyen de répliquer :
- Mais, dis moi, Angeal, tu n'étais pas sensé prendre un jour de repos ?
- J'ai promis à Zack de l'entraîner, se défendit son ami.
Séphiroth darda sur l'insouciant Zack un regard froid. Celui-ci se mit aussitôt au garde-à-vous.
- J'admet que, de nous trois, concéda Génésis, c'est Angeal qui a le plus de travail… ce n'est pas évident de s'occuper d'un chiot tout seul.
Zack ne répondit pas mais il pensa très fort une réplique sanglante contre son supérieur.
- Enfin, en tout cas, ça me donne une excuse pour rentrer plus tôt, ajouta celui-ci.
- Tu n'iras nulle part tant que tu n'aura pas terminé ta séance d'entraînement ! coupa Angeal.
- Oui, grand frère.
- Et pas de sarcasme, je te pris.
Un sourire mauvais lui répondit, et il n'ajouta rien. Mais il affirma plus tard avoir été coupé par la sonnerie du portable de Séphiroth. Lorsque celui-ci regarda le numéro qui s'affichait, il « tira une mine de six pieds de longs », comme le commenta poétiquement Zack.
- Oui ?
Comme il se mit à écouter ce que lui disait son interlocuteur en ponctuant la conversation uniquement avec des « hum » inexpressifs, son auditoire fit silence et posa un regard inquiet sur lui.
- Cinquante gils que c'est Lazard.
- Angeal…
Génésis esquissa un sourire. Il était contre les paris, mais…
- A tous les coups, c'est le Président.
- Tenu !
- Tu vas perdre.
- Au fait, je croyais que les paris étaient un passe temps stupide ?
- Pour le moment, je vois surtout la possibilité de me faire cinquante gils sur ta tête.
- Et si c'était sa mère ? tenta Zack.
Angeal échangea un regard entendu avec son disciple, et Génésis ajouta :
- Tel maître, tel élève.
Zack passa une main derrière sa nuque pour montrer son incompréhension, et Angeal en profita pour glisser :
- Tout le monde sait que Lazard se prend pour la mère de Séphiroth.
- Hein ?
Séphiroth ferma le clapet de son portable d'un geste sec.
- Arrêtez de dire des…
- Qui était-ce ? coupa Angeal.
- Ni Lazard, ni le Président.
Un gémissement de déception s'échappa, et Séphiroth se considéra vainqueur.
- C'était le vice-président.
- J'ai presque gagné, négocia Génésis. Disons… trente gils ?
- Ah, ça non ! protesta Angeal. Dans ce cas, moi aussi, je pourrai faire pareil ! Lazard est le demi-frère de Rufus.
- Mais ce n'est même pas officiel ! Et Rufus est le fils d'Ashton !
Séphiroth coupa court à leur dispute :
- On dirait des ados devant un jeu de télé-réalité…
Génésis se renfrogna. C'était la deuxième fois qu'on le traitait d'ado attardé, bien que l'adjectif soit ici sous-entendu.
- C'est la première fois que le vice-président te demande, remarqua Angeal.
- Oui… j'espère qu'il ne va pas me tirer dessus.
Eh oui, Rufus était connu pour son mauvais caractère et pour ne pas aller de main morte sur les munitions…
- Toutes mes condoléances, fit Zack.
Angeal lui ébouriffa gentiment les cheveux.
- Ne m'attendez pas, prévint Séphiroth en se dirigeant vers la sortie.
- C'est noté, répondit Génésis.
Néanmoins, un mauvais pressentiment lui enserra la poitrine lorsque la porte coulissante se referma derrière son ami. Il reporta son attention sur Angeal et Zack pour chasser cette impression.
- Loveless va prendre une drôle de tournure… soupira-t-il.
Zack comprit juste qu'il s'agissait là d'un reproche.
