Je tiens à remercier tous ceux qui m'ont laissé des messages d'encouragement ^^ tout particulièrement Lys9191
Chapitre IV
Séphiroth rentra, en effet, très tard, et l'expression de son visage était assortie à la couleur du ciel, au dehors.
Génésis et Angeal étaient occupés à dézinguer une colonie de soldats armés jusqu'aux dents à coups de mitraillette dont les munitions étaient illimitées. Leur troisième colocataire envia leur quiétude du moment, si l'on peut appeler quiétude la crise de nerf violente qui les agitaient tous les deux au bout de leur manette.
- Un problème ?
Séphiroth se tourna vers la silhouette frêle qui venait de l'interpeller.
- Non…
- Pourquoi fais-tu cette tête, dans ce cas ?
Le première classe chercha une raison de ne pas alarmer outre mesure leur protégé.
- Parce que tu es en train de te laver le cerveau avec Loveless, toi aussi.
Le garçon jeta un œil au livre qu'il tenait entre les mains, et haussa les épaules.
- Pour le moment, je vais bien.
Un cri de victoire leur fit à tous deux tourner la tête.
- Eux, par contre… commenta le plus jeune.
Angeal et Génésis se frappèrent dans la main, et se tournèrent vers Séphiroth :
- Génial ! On a battu notre record.
- … c'est bien.
Il regrettait d'avoir sacrifié une bonne partie de ses économies pour acheter une console de jeu. Bien qu'ils se soient mis d'accord de partager la mise en trois, Génésis s'était retrouvé fauché ce jour là, et Angeal tout bonnement absent. Pourtant, dieu savait que ce n'était pas son idée…
- Tu fais une tête d'enterrement, remarqua le rouquin.
- Tu veux faire une partie ? enchaîna son compère. Tu verras, ça te calmera.
- Oui… vous êtes un bon exemple. On dirait que vous vous êtes coincé les doigts dans une prise électrique.
- Tu exagères, comme toujours, soupira Génésis en se rasseyant sur le canapé.
Puis, il se redressa soudain :
- Au fait !
Angeal l'interrogea du regard, mais le plus jeune membre du trio se tourna vers le plus âgé :
- On lui a trouvé un nom.
Le gamin, à côté de Séphiroth, s'empourpra.
- Je croyais que ce n'était pas un chien, rappela ce dernier.
- Mais il ne se souvenait plus de son nom, plaida Angeal. On aurait dû t'attendre, mais tu nous dira ce que tu en penses.
Séphiroth se tourna vers le garçon :
- Et toi, qu'est-ce que tu en penses ?
- Rien de spécial… mais ça m'embête de ne plus me rappeler de mon nom.
Il leva les yeux.
- C'était le premier cadeau que m'a fait ma mère…
Une douce mélancolie voila son regard, le temps que Génésis contourne le canapé et vienne lui ébouriffer les cheveux :
- Eh bien, ce sera le premier cadeau que nous te ferons.
Le jeune garçon repoussa sa main et lui sourit tristement. Séphiroth fut assez surpris du changement d'attitude de Génésis vis-à-vis de leur protégé. Quoique… s'il lui avait prêté son livre fétiche, c'était bien parce qu'il avait un tant sois peu d'estime pour lui.
- Je m'attend au pire.
- Je ne vois pas pourquoi !
- Arrête de tourner autour du pot.
Génésis haussa les épaules.
- Ciel.
Le garçon leva les yeux vers le rouquin avec un air gêné.
- Tu sais, j'ai peur du ciel, avoua-t-il.
Les Soldats jugèrent cette crainte un peu étonnante.
- Pourquoi ? demanda Séphiroth.
- Je ne sais pas… c'est tellement… grand. J'ai l'impression qu'il va m'aspirer.
Et surtout, le ciel était la demeure de la Calamité.
- A mon avis, ça fait trop longtemps que tu n'as pas vu un vrai ciel, déduit Génésis.
- Au fait, pourquoi « Ciel » ? demanda Séphiroth.
- A cause de ses yeux.
- Ils sont bleu mako.
- Tu préférerais qu'il s'appelle « Mako » ?
- Euh… non.
Entre temps, Angeal s'était levé, et s'interposa de nouveau dans leur joute verbale :
- Vous ne croyez pas qu'il faudrait demandé son avis au principal intéressé ?
Le jeune garçon esquissa un sourire gêné. Il n'aimait pas être le centre de toutes les attentions. Tout en enroulant une longue mèche de cheveux autour de son index, il répondit :
- Ce... ça me va…
- Affaire classée, conclut Génésis.
Le ton professionnel qu'employa le jeune homme rappela à Séphiroth ce qui l'avait retenu si tard. Le mince sourire qu'il avait affiché disparut. Angeal s'en rendit compte, et il préféra l'entraîner à l'écart, dans la cuisine, alors que Génésis exposait ses théories sur l'acte cinq de Loveless et qu'il avait trouvé un public attentif en la personne de Ciel.
- Que voulait le vice-président ? demanda Angeal.
Séphiroth ne répondit pas tout de suite, et son regard se perdit dans le frigo froid et presque vide qu'il venait d'ouvrir.
- Séphiroth ? insista Angeal.
- Il a sous-entendu qu'il n'était pas dupe.
- C'est-à-dire ?
- Il ne croit pas nos rapports, quand on met que nous n'avons rien trouvé.
Angeal referma à sa place la porte du frigo.
- On va devoir s'expliquer ? s'enquit-il.
- Non, il ne fait que supposer. Cependant…
Séphiroth demeura pensif quelques secondes.
- Si Hojo nous avait demandé de ramener ce qu'il y avait… c'est qu'il savait que quelque chose était caché là.
- Pas faux. C'est sans doute lui qui a soufflé à Rufus que quelque chose clochait ?
- Non, il se croit trop supérieur à la moyenne pour se rabaisser à partager ses théories. Et Rufus n'est pas stupide.
- Contrairement à son père ?
Séphiroth lui répondit d'un rictus moqueur.
- Mais savoir qu'Ashton Shinra est moins machiavélique que son fils ne nous aidera pas, rappela-t-il.
- C'est bien le problème. Donc, soit on trouve quelque chose d'exceptionnel pour Hojo, soit on ne fait rien.
- Ce n'est pas une bonne idée, de ne rien faire. Et on ne pourra rien donner à Hojo.
Angeal esquissa un sourire résigné.
- Finalement, Génésis avait raison.
- Hum…
- Mais, Séphiroth… on ne va quand même pas leur livrer ce pauvre gosse.
- Non.
- Mais il ne va pas pouvoir rester avec nous, si la Shinra nous soupçonne de lui cacher quelque chose.
Séphiroth opina du chef.
- Si on l'envoyait à Banora ? suggéra Angeal. Ma mère s'occuperait de lui.
- Je ne sais pas.
- Une meilleure idée ?
- Non. Mais tu oublies que Banora est un tout petit village qui ne vit que sur les subventions de la Shinra. Il ne leur sera pas compliqué de savoir d'où vient un nouveau venu. Surtout s'il vit chez ta mère.
Angeal croisa les bras et s'assit sur son tabouret fétiche, dos au micro-onde.
- Demande à Gen, lâcha-t-il finalement. Il a toujours de bonnes idées.
- Je ne suis pas d'accord avec le « toujours ».
Néanmoins, Séphiroth abandonna sa canette et traversa le couloir, et il se demanda au passage s'il n'était pas temps de faire le ménage. Mais il abandonna bien vite cette pensée et rejoint le canapé sur lequel Génésis était toujours assis, leur protégé somnolant à ses pieds. Sans matéria sous la main avec lesquelles jongler, le rouquin tentait de natter les longs cheveux du garçon, qui manifestement était trop fatigué pour s'en rendre compte, poursuivant la lecture de Loveless d'un air éteint.
- Qu'est-ce que tu fais ? marmonna Séphiroth.
- Rien, répondit son ami sans détacher son regard de son ouvrage.
- Tu peux venir ?
Génésis leva un regard interrogateur vers son colocataire.
- ça a un rapport avec le coup de fil de cette après-midi ?
Séphiroth hocha la tête, et Génésis se leva, enjamba Ciel qui les suivit du regard jusqu'à la cuisine, où Angeal était toujours assis, visiblement soucieux.
Ce que le trio ne savait pas, c'était que les sens du jeune garçon était bien plus développés que les leurs, et il n'avait pas perdu une parole de l'échange entre Angeal et Séphiroth, malgré l'accès mélancolique que lui donnait la présence de Génésis. Les quelques bribes de souvenirs qui lui restaient rappelait au jeune Cétra que son grand frère se comportait de la même manière. Il secoua la tête pour enlever cette présence de son esprit. Impossible de se rappeler de son visage. C'était tout de même triste.
