Chapitre VI

Zack fut surpris de se voir suspendre d'entraînement pendant quelques jours, sous prétexte qu'Angeal était absent. Il n'avait croisé que Séphiroth, qui avait eu en réalité le bonheur d'avoir tiré la courte paille pour connaître celui qui ne serait pas de corvée de nettoyage. Et quand le jeune seconde classe demandait pourquoi Angeal ne venait pas, Séphiroth ne répondait jamais.

De son côté, le Président Shinra ne cessait de malmener son fils. D'abord parce qu'il avait été la cause de la mort de deux Turks expérimentés, et surtout parce qu'il tenait à l'éloigner. Et Rufus tenait bon pour ne pas quitter Midgar, juste parce qu'il ne voulait pas céder devant son père. Le jeune homme enrageait. Tout d'abord, quand il avait fait part de ses soupçons au Président, il avait réussi à rester. Mais maintenant que deux agents étaient morts, il risquait de devoir partir en voyage pour des raisons diverses, son père n'était jamais à court d'idées pour l'écarter, ou pire : il risquait d'être viré. Et ça, il ne pouvait le tolérer.

Il savait, depuis longtemps, ce que Séphiroth et Angeal avaient ramené de leur mission, et il était d'une humeur d'autant plus exécrable que c'était un gamin. Amnésique, avec ça. Et Tseng lui-même n'avait pas put trouver de fil à dérouler –surtout qu'à cause de cette histoire, il avait pris les première classes du Soldat en grippe.

Ceux-ci, de leur côté, étaient bien embêtés. Angeal surtout. Malgré le fait que les corps aient été ôtés, l'odeur rouillée du sang restait imprégnée dans la pièce, si bien que, même la nuit, il rêvait de son travail, qui, ne l'oublions pas, consistait à peu près à faire sauter la tête du plus d'Utaïens possibles dans la salle d'entraînement.

Et, un beau jour, il fallut aller croiser le fer avec des soldats du Wutaï en chair et en os. Quand le jour de l'affectation vint, Séphiroth trouva Génésis au fond de son lit, son oreiller sur la tête.

- Qu'est-ce que tu fais ? maugréa le première classe.

- Je ne veux pas y aller ! gémit le dormeur.

Séphiroth soupira.

- On ne te demande pas ton avis…

- Je ne veux pas y aller ! répéta le rouquin. Je suis malade. Laisse-moi.

- Menteur.

Il tira les draps et Génésis le fusilla du regard.

- Gen…

- Je n'irai pas.

Séphiroth considéra son ami un moment, puis :

- Lazard avait raison. Tu n'es qu'un ado attardé.

- La ferme ! Va démolir qui ça te chante, j'ai déjà donné.

Le regard de Séphiroth se posa sur le bandage que Génésis portait à l'épaule gauche. Sa détermination flancha :

- ça ne cicatrise toujours pas…

- Hum… ça fait cinq jours, pourtant. Mais, ça m'arrange. Je suis blessé, je ne vais pas au Wutaï. C'est tout.

- Tu sais ce qu'Angeal dirait…

Génésis leva la main pour l'arrêter. Il en profita pour ramener ses draps sur sa tête et tourna le dos à Séphiroth, qui abandonna. Il se sentait coupable de ce qu'il s'était passé, en salle d'entraînement, ce jour-là.

En fin de compte, il partirait seul. Cela ne le réjouissait guère, et il ne le cachait pas. Il trouva Ciel à l'entrée, qui le considérait d'un air sombre. Comme le première classe était déjà branché en mode « général », il ne dit pas un mot et n'esquissa pas un sourire.

- Séphiroth…

L'interpellé se tourna à moitié vers le Cétra.

- Tu vas mourir ?

Le jeune garçon soutint un moment le regard froid de Séphiroth, mais pas longtemps.

- Non, répondit le première classe. Je ne…

- …serai pas un souvenir.

- Jamais.

Et il passa la porte et la referma derrière lui. Ciel fit la moue. Quelque chose venait de le déranger. Une aura comme déjà pressentie… non. Il se faisait des idées. Il enroula nerveusement une mèche de cheveu autour de ses doigts et regarda au dehors. Il faisait sombre. Mais ici, il faisait toujours sombre, toujours nuit. Et il n'y avait pas de saison. Comme si Midgar était figée dans le temps. Cette pensée lui aurait presque hérissé les cheveux sur la tête, avec une angoisse inexplicable. Il n'aimait vraiment pas être seul. Séphiroth était parti, Angeal était à la tour depuis la veille au soir…

Il se dirigea à pas traînants vers la chambre de Génésis. Lorsqu'il poussa la porte, un grommellement d'ours endormi l'accueillit.

- Tu ne dors jamais ? remarqua le jeune homme d'un ton acerbe en allumant la lumière.

- Si, protesta le garçon. C'est toi qui traîne.

Il marqua une pause, et ajouta :

- D'ailleurs, tu ne traînes jamais, normalement.

- Il faut bien commencer un jour.

- Tu es tout pâle.

Génésis fronça les sourcils.

- Quand je disais que j'étais malade, c'était faux.

- A mon avis, ça ne l'est pas tout à fait.

Un sourire forcé étira les lèvres du première classe. Il porta machinalement la main à son épaule blessée, et ne fut pas surpris de constatait qu'elle était humide et poisseuse sous les bandages.

- Tu vas finir par mourir exsangue, remarqua Ciel.

- Mais non. Si je…

- Tu vas mourir, insista le garçon d'un ton un peu plus nerveux. Mon grand frère est mort comme ça, tu sais. Il n'avais… plus une seule goutte de sang dans le corps…

Il se stoppa. Il se souvenait d'une étrange créature informe et tentaculaire…

Génésis le vit pâlir. Le garçon demeura immobile quelques secondes, avant de revenir à la charge :

- Bref, il faut te faire soigner. Angeal m'a dit que ce serait plus raisonnable de te faire… euh… transfigurer ?

- Dis tout de suite que je suis moche !

- Mais non ! Comment il disait, déjà ? Transfuger ?

- Transfuser.

- Oui, voilà.

- Eh bien, c'est non. Je vais bien.

Le jeune Cétra fit une moue qui lui était bien particulière.

- Je vais quand même appeler Angeal… commença-t-il.

- J'ai dit : non !

Mais comme ils étaient aussi têtus l'un que l'autre, le premier fit la sourde oreille et le second se dressa hors de son lit. Cependant, il sentait déjà le sang qui lui battait les tempes, et à peine eut-il fait un pas que ses jambes se dérobèrent sous lui.

Ciel s'immobilisa, et le regarda, interdit, se demandant s'il blaguait ou s'il était sérieux. Il pencha pour cette solution et revint prestement vers le jeune homme.

- Euh… est-ce que ça va ?

Comme il n'eut pas de réponse intelligible, il chercha autour de lui le portable de Génésis, en vain. En se retournant vers celui-ci, il vit des filets de sang couler le long de son bras, et une pâleur excessive envahir son visage.

Les souvenirs du jeune garçon se mirent en branle, et plusieurs visions pour le moins désagréables se présentèrent devant ses yeux. Il les chassa, et préféra se concentrer sur le présent. Son grand frère avait refusé de recevoir des soins, et il était mort peu de temps après. Il était préférable que ça n'arrive pas à nouveau, surtout à quelqu'un qui lui ressemblait autant.

- Je… vais chercher Angeal, se répéta-t-il.