Chapitre VII

Séphiroth sentait toujours la présence de Tseng, dans son dos. Pourtant, lorsqu'il se retournait, il ne voyait personne. Il était tôt, et à part le Turk, il n'y avait presque personne dans les rues. Déjà, le première classe ne pouvait se déplacer tranquillement dans Midgar. Il se faisait toujours interpeller, mais toutefois on n'osait guère l'approcher. On murmurait dans son dos, comme si l'on croyait que son statut de nouveau héros l'avait rendu sourd. C'était tout de même gênant. Il traversa donc le secteur quatre d'un pas rapide, rejoint la gare, attendit le train, sans qu'on le dérange. Il n'y avait guère plus que des employés de la Shinra, dans les wagons, dont… Tseng. Le Turk s'installa délibérément et d'un air négligent près de Séphiroth. Celui-ci lui adressa un regard perçant et acerbe, ce à quoi le wutaïen répondit d'un sourire poli, avant que le Soldat ne détourne le regard. Ni l'un ni l'autre ne prirent la parole, jusqu'à ce que le haut-parleur annonce l'arrivée au secteur huit.

- Vous partez pour le Wutaï ? demanda Tseng.

- Hum.

- Seul ?

Séphiroth ne répondit pas.

- Comment se porte votre petit protégé ? enchaîna le Turk d'un ton un rien moins aimable.

Le première classe lui adressa un regard en coin.

- Le vice-président aimerait beaucoup le rencontrer, insista Tseng.

- Je ne crois pas que ce soit réciproque.

Sur ces mots, Séphiroth se leva et laissa Tseng l'observer de loin alors qu'il se dirigeait vers la porte. Elle ne tarda pas à s'ouvrir, et le Soldat s'engagea dans la gare déjà en pleine activité.

Tseng descendit à son tour du train, plus lentement. Il fut rejoint par Rude, qui descendait du même wagon.

- Et Angeal ? murmura son supérieur.

- Rien à signaler. Cissnei le surveille, il est avec Zack.

- Bien.

Et ils suivirent tous deux Séphiroth, qui ressentit comme deux ondes négatives crépitait dans sa nuque.

Après une rapide traversée du secteur huit, il se retrouva face à la tour Shinra. Il fut accueillit par Lazard.

- Et Génésis ?

- Il ne se sentait pas bien.

Le directeur ne parut pas convaincu, mais n'insista pas.

- Bien. Je t'accompagne, je pourrai t'expliquer en chemin ce que la compagnie attend de cette mission…

- Séphiroth !

Lazard fronça les sourcils. Il détestait être interrompu. Le Soldat, à côté de lui, manqua d'être renversé par une silhouette plutôt frêle. Il reconnu sous la masse de cheveux bruns le petit Cétra.

- Qu'est-ce que tu…

- C'est… c'est Gen ! l'interrompit le garçon. Il va mourir !

Séphiroth répondit d'un regard abasourdi, et Lazard manqua de s'étrangler avec un « Quoi ? » sonore. Le jeune garçon ignora le directeur, mais secoua le bras de Séphiroth, dont les pupilles se dilataient.

- Il s'est levé, expliqua Ciel, et… et il est tombé, comme une masse, et maintenant il se vide de son sang ! Fais quelque chose !

- Il se…

- Fais quelque chose !

Le Soldat demeura un instant interdit, ne sachant comment s'y prendre. Ce fut finalement Lazard qui intervint le premier :

- C'est bien vrai, petit ?

Le Cétra le fusilla du regard, puis acquiesça. Il se retint de lui faire remarquer qu'il ne mentait jamais, et que surtout, il n'était pas petit.

- Le professeur Hojo est accaparé à quelque chose, dit Lazard, alors… Séphiroth ! Fais quelque chose !

Le malheureux première classe était toujours aussi immobile qu'une statue.

- Je vais appeler le docteur Hollander, décida le directeur du Soldat en dégainant son portable.

Tseng fronça les sourcils.

- Comment a-t-il fait pour se déplacer aussi vite ?

- …

- Rude, as-tu senti sa présence dans le train ?

Le Turks chauve secoua la tête. Les deux acolytes en costume noir échangèrent un regard, puis approchèrent de l'étrange trio. Le jeune Cétra fut le premier à les voir arriver, et il se cacha aussitôt derrière Séphiroth, qui parut rappelé à la vie. Ses pupilles se rétrécirent aussitôt, et les Turks s'arrêtèrent à quelques pas du première classe.

- Monsieur le directeur… commença Tseng.

L'interpellé se retourna, et referma le clapet de son téléphone.

- Nous nous chargeons de prévenir le docteur Hollander.

- Pourquoi les Turks se mêleraient-ils de ça ? gronda Séphiroth.

- Vous avez une affectation qui vous attend, monsieur Crescent.

Séphiroth aurait bien voulut répliquer, mais Lazard approuva les Turks.

- C'est vrai… ne t'inquiète pas pour Génésis. Je préviendrai Angeal.

Le regard perçant de Tseng paraissait regarder au delà de Séphiroth, sur lequel pourtant il fixait un œil particulièrement vivace. Ciel le sentit, et murmura :

- Ne me laisse pas avec eux, je t'en supplie…

Le Soldat ne se le fit pas dire deux fois, et tourna à demi la tête vers le directeur du Soldat :

- Je ne pars plus.

- Co… Comment ? s'exclama celui-ci.

- Vous avez très bien entendu. Et vous, dit-il aux Turks, allez chercher Hollander, au lieu de me regarder de la sorte.

Tseng fronça imperceptiblement les sourcils, puis fit un signe de tête à Rude, qui se dirigea vers le bâtiment. Ciel le suivit du regard jusqu'à ce qu'il ai disparu à l'intérieur.