Chapitre VIII

- Il va falloir le transfuser.

Angeal et Séphiroth échangèrent un regard. Ni l'un ni l'autre n'approuvaient que ce soit Hollander qui soigne Génésis. Surtout Angeal, mais il écartait toujours la pensée d'un lien de parenté quelconque avec un scientifique (raté).

Séphiroth fit un pas en avant, mais Angeal l'arrêta d'un geste. Le première classe fronça les sourcils.

- Vous ne pouvez pas être le donneur, déclara Hollander.

Angeal lui adressa un sourire conciliant, puis entra dans l'infirmerie à la suite du scientifique, laissant Séphiroth pensif. Pourquoi ne pourrai-je pas être le donneur ?

Il s'attarda quelques instants devant la porte close, puis tourna lentement les talons. Il n'avait plus la tête à partir en mission, à présent. En fait, il regrettait surtout de ne s'être rendu compte de rien. Pourtant, c'était évident, à présent. Génésis avait toujours eut une fierté démesurée. Il n'aurait jamais dit qu'il allait mal. Surtout pas à Séphiroth, qui commençait à trouver leur relation un peu trop à couteaux tirés. Il n'y a pas si longtemps… avant la guerre, en fait, avant que Séphiroth commence à se démarquer, ils s'entendaient comme larrons en foire.

Eh oui, Séphiroth avait toujours eut l'esprit un peu torturé et envahit par la nostalgie (ce qui nous rappelle un peu quelqu'un). Mais, lorsqu'il revenait au présent, c'était en général très efficace, et il remarqua alors qu'il n'avait pas, comme le lui avait conseillé Angeal, gardé un œil sur leur petit protégé.

- Où est-il passé ? pensa-t-il tout haut.

- C'est une excellente question, remarqua une voix qui sonnait désagréablement à l'oreille du Soldat.

Il se tourna vers la provenance de la voix et faillit soupirer de désespoir. Encore un Turk… et pas n'importe lequel.

Reno remarqua sa mine dépitée et lui adressa un grand sourire :

- Salut !

- Encore vous…

- Comment ça, « encore nous » ? Moi, au moins, je fais mon travail.

Séphiroth analysa la situation, puis jugea que dialoguer avec un tel individu était une perte de temps. Il tourna les talons avec panache, et laissa Reno en plan.

Le jeune Turk tira la langue, et lui courut après.

- Dites, Séphiroth !

- …

- Euh… vous n'avez pas l'air de très bonne humeur.

- …

- C'est drôle, je croirai entendre Rude.

Le Soldat lui lança un tel regard que Reno n'eut pas le temps d'apprécier son calembour. Figé sur place, il le laissa s'éloigner de quelques mètres, puis reprit son courage à deux mains en se souvenant de sa mission : retenir Séphiroth le plus longtemps possible.

A même moment, Tseng tentait une approche avec ce qu'il considérait comme une cible. Pourtant, la cible avait plutôt tendance à le regarder de travers et n'était pas effrayée le moins du monde, avec un air légèrement dédaigneux que le Turk mis sur ses mauvaise fréquentations.

Quant à Ciel, il suivait Tseng avec une distance de quelques mètres entre eux. Il savait ce qu'il voulait pour l'avoir appris de la bouche de ses collègues aujourd'hui décédés. D'ailleurs, l'une des premières questions du Turk avait été de demander pourquoi il les avait tués.

- Ils n'avaient qu'à ne pas me menacer, répliqua le jeune Cétra d'un air gêné.

Il regarda Tseng du coin de l'œil. Ce dernier regardait droit devant lui.

- De tout manière, je n'ai pas fait exprès, se défendit le garçon.

- Oui, c'est connu, on ne fait jamais exprès de tuer ses adversaires…

- C'est ironique ?

- Tout à fait.

- Qu'est-ce que ça peut bien vous faire, de toute façon ? Ils sont morts.

Il fut presque surpris de voir flotter sur le visage de Tseng comme un air de tristesse.

- Voilà un mode de pensée bien archaïque, dit ce dernier.

Ciel ne répondit pas, et le Turk hésita avant d'enfoncer le clou :

- Enfin, ce n'est guère étonnant, pour quelqu'un qui a vécu un peu moins de deux mille ans en léthargie…

Le Cétra lui adressa un regard noir, mais ne répondit rien.

- Où m'emmenez-vous ?

- Rencontrer ta dernière… descendante.

- Que savez-vous de la Calamité des Cieux ?

Tseng pâlit légèrement et fronça les sourcils. Il s'arrêta, et, surpris de ce mouvement soudain, Ciel ne l'imita que quelques pas plus loin.

- C'est ultra-confidentiel, répondit Tseng tout en bloc.

- Dans ce cas, je ne vous dirai rien sur la Terre Promise. C'est donnant-donnant.

Le Turk hésita. Ils se trouvaient au « Purgatoire », les Taudis du secteur huit. Difficile de divulguer des informations secrètes dans un tel lieu de passage.

- Pas ici…

- Peu importe. Pour tous ces êtres, la menace tombée du ciel ne représente rien. Ils ne comprendraient pas, même s'ils écoutaient.

Tseng hésitait toujours. Il jeta quelques coups d'œils nerveux autour de lui, et s'approcha d'un pas de sa « cible », qui recula de la même manière. Il comprit et se résigna.

- Ce qu'on appelle la « Calamité des cieux » a été nommée « Jénova » par le scientifique qui l'a découverte il y a plus de quinze ans, sous forme de strate géologique vieille de deux mille ans, le professeur Gast, qui pensait à tort avoir découvert un Cétra. En réalité, ce n'est qu'une entité extra-terrestre arrivée sur terre il y a deux mille ans.

Il s'arrêta un instant. Ciel l'écoutait avec l'attention d'un enfant à qui on raconte une histoire affreuse. Il s'était lui-même rapproché. Tseng marqua une pause, sachant qu'il s'apprêtait à divulguer des informations qui risquaient de lui valoir la peine de mort si cela s'apprenait. Mais il continua toutefois :

- Puis, Gast, avec l'aide d'une Cétra véritable, apprit que Jénova était une entité maléfique aux pouvoirs occultes ayant perturbé le fragile équilibre de la Rivière de la Vie et décimé le peuple Cétra par une pandémie et des attaques d'une envergure démentielle. Les quelques survivants –peut-être en faisais-tu partie- l'ont capturée et mis hors d'état de nuire. Puis elle fut oubliée.

De nouveau, Tseng se tut. Remarquant le brusque silence de son interlocuteur, Ciel cessa d'enrouler ses cheveux autour de ses doigts.

- Ce que le professeur Hojo ne comprend pas, termina le Turk, c'est pourquoi, si les Cétra ont migré ou sont partis d'une manière ou d'une autre, ils t'ont laissé dans le Cratère Nord.

Le jeune Cétra choisit soigneusement ses mots avant de répondre :

- C'est parce que c'est moi qui étais le sceau qui maintenait… Jénova enfermée.

- Un sceau humain ?

- Je ne suis pas humain.

- Et ? Que se passera-t-il si le sceau est brisé ?

Ciel parut brusquement soucieux.

- La Calamité renaîtra…

- Elle est démembrée, et son corps est entre les mains de la Shinra.

Tseng cherchait surtout à se rapprocher d'un point qui intéressait particulièrement le Président.

- Peut-être parles-tu au niveau cellulaire, risqua le Turk.

Ciel le regarda un instant sans comprendre, puis dit :

- Au niveau cellulaire… Oui, sans doute.

- C'est bien ce que je craignais.

- Vous craignez une épidémie ?

- Bien pire.

- C'est-à-dire ?

Tseng eut du mal à cacher son trouble.

- Sache que ce que je t'ai révélé, seules les hautes sphères de la Shinra Corp. sont au courant.

- Il y a autre chose, n'est-ce pas ?

- Que sais-tu de la Terre Promise ?

- Il y a autre chose ?

Le Turk parut exaspéré. Mais il plaignait pourtant ce gamin d'avoir trop éveillé l'attention de la Shinra.

- Ce n'est pas à moi, mais au Président qu'il faut le demander.

- Hum…

Ciel demeura pensif quelques minutes, les yeux tournés vers le haut.

- Conduis-moi à ma… descendante.

Tseng nota qu'il était passé du vouvoiement au tutoiement. Si cela ne lui fit pas plaisir au premier abord, il tâcha de se persuadé que ce n'était jamais qu'un être âgé de quelques deux millénaires…