Comme il pleut aujourd'hui et que je n'ai pas d'idées -.-" ce chapitre sera sur le thème des larmes et de l'amitié… wouhou ! ça rime ! ^^"


Chapitre IX

L'église des Taudis avait quelque chose de reposant, et de surnaturel. Il n'y avait que là que les fleurs pouvaient s'épanouir librement. Et il n'y avait que là qu'on pouvait voir le ciel, pourvu qu'on ose lever la tête.

Aerith aimait cet endroit. Le calme qui régnait dans le monument dévasté remplissait certains de crainte et d'appréhension, car l'être humain a peur du silence. Mais Aerith entendait toujours quelque chose dans l'église. Des murmures, insaisissables, qu'elle seule semblait entendre. Des murmures tranquilles et apaisants, qui semblaient parfois venir des fleurs jaunes et blanches qui poussaient dans le chœur, ou parfois du ciel, ou même de nulle part.

Mais, cette fois, lorsque la porte massive du bâtiment s'ouvrit, les murmures émanèrent de quelqu'un. C'était la première fois qu'Aerith entendait ces paroles inintelligibles venant d'un cœur humain.

Mais Ciel n'était pas humain. Lui aussi, il entendait ces voix. Il les entendait et il les comprenait. Il entendait les voix mélancoliques des fleurs, puis celle, plus joyeuse, plus vivante, d'Aerith. C'était à ses oreilles une mélodie douce, nostalgique et un peu douloureuse.

Ils n'eurent pas besoin d'échanger une parole pour comprendre. Aerith ne retint pas un sourire, et s'avança pour lui parler, car une brusque envie de rompre le chant monotone qui dansait autour d'eux l'avait prise.

A mesure qu'elle approchait, les yeux du jeune garçon se remplirent de larmes. Il n'en fut pas surpris. Lorsqu'Aerith lui prit les mains, elles coulèrent lentement le long de ses joues pâles.

Au même moment, une pluie fine perla les fins pétales des fleurs.

Séphiroth avait enfin réussit à se débarrasser de Reno, ce dont il n'était pas peu fier. Il avait remis le cap sur l'infirmerie, et Angeal en était sortit, si bien que le jeune Turk s'était effacé et avait regardé de loin.

Reno était bien vite sortit des pensées de Séphiroth à partir du moment où il s'était tut et qu'il s'était évaporé, et l'inquiétude du première classe avait reprit le dessus dès qu'Angeal s'avança vers lui, d'un air peu enthousiaste.

- Comment va-t-il ? s'enquit-il presque à mi-voix.

Angeal se força à sourire.

- Ne t'inquiète pas. Tu le connais, il ira mieux d'ici quelques jou…

Il ne termina pas sa phrase devant le visage décomposé qu'affichait progressivement Séphiroth.

- Et là, maintenant ? insista celui-ci.

- Complètement amorphe.

- J'ai du mal à l'imaginer…

Angeal posa une main sur l'épaule de son ami.

- Tu ferais mieux d'aller le voir. Je suis sûr qu'il reprendrait du poil de la bête si tu lui rendais visite.

- Tu… crois ?

Le Soldat haussa les épaules, et remonta un peu son épée broyeuse dans son dos.

- Ah… il va falloir avertir le directeur Lazard… soupira-t-il. Tu ne veux pas…

De nouveau, il s'interrompit, et se récria :

- Non, je vais y aller moi-même.

- Bien.

- Ah, Séphiroth…

Angeal leva un doigt, comme s'il s'apprêtait à prononcer un long sermon. Finalement, il prit un air paternel et dit :

- Souris un peu.

Même s'il ne voyait pas vraiment où il voulait en venir, Séphiroth acquiesça, et le regarda s'éloigner à grands pas. Il demeura immobile pendant quelques instants, puis il entra dans l'infirmerie. Les lits blancs étaient presque tous occupés, et certains avaient les rideaux tirés. Sans doute n'étaient-ils pas très beaux à voir… Séphiroth ne s'attarda pas à ce genre de détail, et rencontra bientôt Hollander, qui avait le nez rivé sur une liasse de feuilles d'analyse. Il manqua de rentrer dans le première classe, et s'écarta d'un pas en s'excusant.

- Séphiroth ! Que faites-vous ici ?

L'interpellé ne répondit pas, se demandant si c'était ironique ou non. Apparemment pas. Néanmoins, la scientifique mis un moment avant de comprendre :

- Si… si vous venez vois Génésis, il est dans une chambre à part. Il a fallut le transfuser d'urgence.

Séphiroth adressa un bref signe de tête pour montrer qu'il avait bien écouté ce que lui avait dit Hollander, puis le dépassa pour aller chercher les « chambres à part ». Mais l'homme parut se faire un devoir d'accompagner le première classe, bien qu'il se tienne à une distance respectable. Comme c'était un homme assez bavard, il ne put s'empêcher de faire quelques réflexions en le guidant. Voyant qu'il pouvait tout aussi bien parler à un mur, il risqua :

- Vous savez…si vous aviez attendu ne serait-ce que quelques dizaines d'heures de plus, il serait mort.

Séphiroth pâlit encore plus, si bien qu'il devint presque transparent. D'abord surpris, Hollander fut fier de son effet. Il ne se rendait pas compte qu'il venait de faire accroître le sentiment de culpabilité du Soldat.

- On avait utilisé un sort de Soin sur lui. Pas de la gnognote, en plus. C'était vous ?

- Non…

Et nous n'avons pas de materias chez nous.

- Alors, c'est sûrement le… euh… « garçon » que vous gardez avec vous.

Séphiroth lui décocha un regard meurtrier, mais Hollander ne regardait pas. Il s'arrêta devant une porte et posa la main sur la poignée pour empêcher que Séphiroth n'ouvre la porte avant lui.

- Nous savons que c'est un Ancien, déclara le scientifique.

Si ç'avait été possible, Séphiroth serait devenu encore plus pâle. Il se contenta de fixer son regard dans celui d'Hollander, qui ne le soutint pas longtemps et s'écarta d'un pas, puis fit volte face et retourna à ses papiers en s'éloignant prudemment.

C'est donc avec un double sentiment de culpabilité que Séphiroth entra et referma la porte derrière lui. Il resta indécis, un moment, dans l'entrée, puis se décida à s'avancer vers Génésis, allongé dans un lit, les yeux clos. Ses paupières se soulevèrent lorsqu'il vit Séphiroth s'asseoir à côté de lui.

- Je pensai que tu dormais, remarqua ce dernier.

Il ne fut pas surpris de voir le jeune homme refermer les yeux et froncer les sourcils. Ils demeurèrent sans parler durant plusieurs minutes, puis Génésis murmura :

- Je crois que c'est à mon tour de m'excuser.

Séphiroth le fixa avec des yeux surpris.

- Pardon ?

Génésis rouvrit les yeux et le fusilla du regard.

- Je te connais, poursuivit-il. Tu es du genre à te faire une montagne pour peu de choses.

- Tu as failli mourir…

- Et alors ? Ce ne serait pas la première fois.

Le jeune homme marqua une pause, visiblement gêné.

- Je ne veux plus que tu t'inquiètes pour moi… je ne suis plus un gamin.

Pourtant, Génésis détourna le regard et se mit à fixer le plafond.

- Quoique… si, un peu.

Séphiroth ne répondit rien et se contenta de poser sur son ami un regard triste.

- Je suis… euh… jaloux.

- Je sais.

- Parce que… je… les efforts que je fais me semblent ridicules… à côté de ce que toi, tu fais, sans la moindre difficulté…

Génésis s'interrompit, et fit une moue mécontente.

- Qu'est-ce que je raconte ? C'est complètement idiot… De toutes façons, qu'est-ce que ça peux te faire ?

Pour souligner ces paroles, il tourna le dos à Séphiroth. Celui-ci esquissa un sourire.

- Tu es un vrai gamin, se moqua-t-il.

Il n'eut qu'un silence pour toute réponse. C'était rare que cela lui arrive.

- Je t'ai toujours considéré comme mon petit frère… et je sais que tu mets ta fierté de côté pour m'avouer ce genre de chose.

Nouveau silence. Mais Séphiroth tenta de se persuader que sa tirade ne serait pas délibérément ignorée.

- Mais je ne comprends absolument pas pourquoi tu me jalouse. Au contraire…

- Ne fais comme si tu comprenais…

- Si. Je sais ce que tu ressens. Mais je ne comprends pas. Regarde-toi… tu as bien plus que je n'ai.

- Ha ha… aïe… (il a mal à l'épaule quand il rigole ?)

Il y eut un bref silence, puis Génésis risqua :

- Et… qu'est-ce que j'ai de plus que toi ?

- Je ne sais pas... ton naturel. Tu as toujours été plus extraverti que moi. Tu arrives à te mêler aux autres sans mal alors que je n'arrive pas à m'intégrer. Et… tu te souviens, quand on était petits ?

On me regardait toujours de travers… parce que j'étais différent. Nous n'avions même pas dix ans, et pourtant, j'étais déjà méprisé et mis à l'écart. Les autres avaient peur de moi. Même les instructeurs me regardaient comme si j'étais un monstre… J'étais seul… Jusqu'à ce qu'Angeal et toi arriviez. Je me souviens encore. Tu faisais bien une tête de moins que moi. Déjà, à l'époque, tu avais ton rêve : devenir un héros, et Angeal a gardé sa vieille rengaine sur les rêves, l'honneur… et finalement c'est toi qui m'as défendu le premier.

- Arrête… c'est pas une raison valable…

Séphiroth sortit de la ronde morose de ses souvenirs de petite enfance. Génésis lui tournait toujours le dos, mais il remarqua que ses épaules tremblaient.

- Gen…

- La ferme !

- Tu pleures ?

Génésis se figea une seconde, avant de se tourner à moitié vers Séphiroth, comme un enfant prit en faute.

- C'est juste… une poussière dans l'œil.

- Angeal avait raison. Tu n'as pas l'air dans ton assiette.

- Et toi, pourquoi est-ce que tu as l'air aussi joyeux ? ça t'amuse ?

- … oui.

- Tss…

- Avant de m'insulter, je tiens à ce que tu saches que je suis content que tu pleures pour moi.

- Ah ouais ? Qui te dis que c'est pour toi que je pleure ?

- Pourquoi, sinon ?

Génésis ne répliqua pas, et poussa un profond soupir.

- Eh… tu veux bien me promettre une chose ?

- Quoi donc ?

- Si je meurs… tu pleureras ?

Séphiroth fit la moue.

- D'accord.

- Merci.

Et il referma les yeux.