Chapitre XI
Le Président Shinra pianotait sur le bras de son fauteuil de cuir, dardant sur Séphiroth un regard que celui-ci lui rendait sans difficulté. A côté, Hojo faisait se heurter lentement ses doigts maigres les uns contre les autres, un drôle de sourire aux lèvres, attendant le verdict avec impatience. Celui-ci tardait à se faire venir. Quiconque que Séphiroth fixait directement avait du mal à s'exprimer.
Finalement, le Président replongea sur les dossiers trônant sur son bureau un regard sévère, et dit :
- Je vous laisse une autre chance. Rendez-vous au Wutaï et exécutez les ordres qui vous seront donnés.
- Très bien… mais pas avant que Génésis ne soit guéri.
Les doigts d'Hojo s'accélérèrent alors que ceux du Président se figèrent sur les bras de son fauteuil.
- C'est hors de question, répliqua-t-il en se levant. La situation au Wutaï est des plus critiques. J'ai besoin de quelqu'un comme vous pour détruire la résistance Wutaïenne.
- Envoyez quelqu'un d'autre.
- C'est malheureusement impossible… intervint Hojo. Tu sais bien que tu es le seul à posséder les capacités de destruction à la hauteur des missions qui t'attendent là-bas.
- Envoyez quelqu'un d'autre, répéta Séphiroth sans se démonter.
Asthon Shinra retint un soupir d'exaspération et se mit à chercher une punition exemplaire qui servirait d'exemple aux autres Soldats si l'envie leur prenait de désobéir aux ordres.
- Il est impossible de discuter avec vous, grogna-t-il. J'aurai dû vous écouter, professeur, ajouta-t-il en se tournant vers Hojo.
- C'est certain, remarqua celui-ci de son air supérieur.
Le Président n'en tint pas compte, se hissa lentement sur ses petites jambes grassouillettes, et prononça d'une voix caverneuse et menaçante :
- Séphiroth Crescent, première classe du Soldat, je vous fait mettre en unité disciplinaire… au Wutaï, aussi longtemps que votre collègue sera convalescent.
Séphiront fronça les sourcils. Non seulement ils allaient l'envoyer au Wutaï de force, mais il n'aurait pas d'autre choix que d'exécuter les tâches ingrates et les missions où un homme normalement constitué avait une chance sur dix de revenir vivant. En fait, il était certain que la Shinra était satisfaite de ce traitement qu'elle infligeait à ses Soldats. Ils refusaient un ordre, et on trouvait un excellent moyen de les obliger à exécuter les ordres les plus durs, les affectations les plus suicidaires. Et le tout, pendant qu'il serait encore inquiet pour Génésis. Vraiment…
Au même moment, à l'infirmerie de la Shinra, Génésis se massa l'oreille en la sentant siffler. Puis il se replongea dans la lecture de Loveless sans s'inquiéter outre mesure.
Soudain, la porte de sa chambre individuelle fut poussée, le faisant sursauter. Qu'est-ce que c'était que ces manières de ne pas frapper avant d'entrer ? Toutefois, son regard mauvais qu'il adressait habituellement à Hollander s'évapora.
- Ah ! Je me demandai quand tu finirai par venir me voir.
- Désolé, bredouilla Ciel, à la fois pour la porte et pour la visite tardive.
Génésis referma son livre d'un geste, et le garçon le prit comme une autorisation à avancer.
- Tu vois, je ne suis pas mort, ironisa le jeune homme alors que le jeune Cétra s'asseyait à demi sur le rebord du lit.
- C'est vrai que tu parles beaucoup pour un mourant…
Ciel ajouta à cette remarque un regard soulignant sa pensée. Génésis le couva du regard un instant. On aurait dit un jeune chat qui demandait à être récompensé par sa nouvelle prise. Amusé, le première classe se contenta de lui ébouriffer les cheveux.
Mais le jeune garçon n'avait pas la rancune tenace, et il sourit tristement, avant de monter à hauteur du visage du Soldat une fleur de lys jaune pâle.
- Une fleur… eh, mais c'est une vraie ! s'exclama ce dernier. Ça alors ! Où as-tu trouvé ça ?
Il la prit doucement entre ses doigts, comme s'il craignait qu'elle ne se fane ou ne disparaisse comme par enchantement, captivé. C'était bien la première fois qu'il voyait une fleur au beau milieu de Migar, et, qui plus est, dans l'enceinte même de la tour Shinra, surtout une fleur fraîche –et c'était surtout la première fois qu'on lui en offrait. Il marmonna un remerciement qui, faute d'être tout à fait intelligible, était néanmoins sincère. Le jeune Cétra eut l'intime conviction d'avoir remporté une bataille ardue.
- Il y en a dans… euh… ce qu'on appelle les « Taudis ».
Le regard de Génésis devint soudain dur et inquiet.
- Dans les Taudis ? Quand es-tu allé dans les Taudis ?
- Hier… murmura Ciel, mi-surpris, mi-effrayé.
- Seul ?
- Non. C'est si grand, ici, que je me serai perdu, sinon.
- Mais pourquoi diable Angeal ou Séphiroth t'aurait emmené sous la plaque ?
Le jeune garçon ne répondit pas, ce qui lui valut un coup d'œil inquisiteur.
- Je vois… marmonna Génésis. Qui t'y a accompagné, dans ce cas ?
- … Tseng.
Il fut étonné de voir Génésis pâlir d'un seul coup, et crut qu'il risquait une rechute. Mais le jeune homme venait juste de ressentir une profonde irritation, et surtout une grande colère.
- C'est un Turk… commença-t-il.
- Ne t'en fais pas, il a été aimable, tenta vainement de le rassurer le Cétra.
- Au diable son amabilité ! C'est un larbin de la Shinra ! C'était une ruse ! Ce que tu peux être naïf…
Ciel le coupa net, d'un regard qui n'était pas sans rappeler celui que Séphiroth avait eut pour le Président quelques instants plus tôt.
- Tu ne devrais pas t'emporter comme ça, dit-il avec un calme olympien. Je n'ai rien. Il m'a présenté une descendante de mon peuple…
- Une « descendante » ?
Le jeune Cétra se tut. Il hésitait à ajouter quoi que ce soit. Mais Génésis était inquiet, et très remonté. Toutefois, il avait épargné la fleur alors qu'il avait senti un brusque accès de colère.
L'entrée d'Hollander coupa court à ses hésitations. La vue du vieux scientifique éveilla un instinct enfoui de proie traqué par un prédateur particulièrement vicieux et sournois chez le jeune garçon. Il se raidit, et Génésis vit ses pupilles se rétrécir. Si le jeune homme ne lui avait pas pris le bras pour le rassurer, les réactions instinctives de défenses du jeune Cétra se seraient réveillées, et les derniers à avoir provoqué ces réactions étaient morts exsangues.
- De la visite, Génésis ? remarqua Hollander.
- Quel sens de la déduction, ironisa le jeune homme.
Mais, lorsque le scientifique posa son regard sur le visiteur, un sourire passager tendit ses lèvres minces.
