Chapitre XII

Quelques jours plus tard, Génésis avait repris du poil de la bête et Hollander avait déclaré qu'il serait même suffisamment en forme pour partir au Wutaï dès que possible, ce qui n'était guère au goût du principal intéressé. Le Président Shinra, dans sa grande mansuétude, et surtout avec l'intérêt qui consistait à garder Séphiroth au Wutaï en unité disciplinaire, lui accorda une semaine de permission.

Ce ne fut pas avec un grand regret que Génésis abandonna son lit à l'infirmerie, mais presque. Durant son longue attente en solitaire dans cette chambre vide et silencieuse, il avait interminablement réfléchit à ses pauvres conditions de vie en tant que membre du Soldat, et s'était mis à regretter de plus en plus sa condition. La pensée qu'il n'avait d'ailleurs pas choisit de lui-même cette vie lui effleura l'esprit et ne le lâcha plus. Il allait demander des comptes à son père, aussi cette semaine de permission tombait plutôt bien.

Désespéré par les résultats de Zack, Angeal avait finalement décidé de le mettre entre les mains de Séphiroth, au moins pendant une séance, juste pour qu'il voie un peu le niveau auquel il aspirait à se hisser. Angeal avait proposé cette solution à son ami la veille du retour de Génésis. Séphiroth avait longuement hésité. Faire la morale, et entraîner un garçon aussi surexcité et incapable de se concentrer que Zack… il ne s'en sentait pas capable.

- Mais non, plaida Angeal. Je suis persuadé qu'il t'écoutera.

- Pourquoi m'écouterait-il plus que toi ?

Ah, voilà une question qui demeura sans réponse dans l'esprit de Séphiroth, alors que tout le monde était en mesure de connaître la réponse… Voici pourquoi Angeal ne répondit rien, et se contenta de sourire.

Assis sur le canapé, le Soldat regardait sans vraiment le voir les informations à la télévision (Shinra Canal, s'il vous plaît). Séphiroth contemplait d'un œil vide les restes de leur pauvre repas. Encore du surgelé, pour changer. Les trois colocataires avaient longuement discuté à ce sujet, et il fut décidé qu'au moins un d'entre eux devrait prendre des cours de cuisine… ce projet était resté très longtemps en suspend, avant d'être rangé au fin fond de leur mémoire.

- Tu crois que Ciel sait cuisiner ? risqua Séphiroth.

- Je n'en sais rien… répondit Angeal. Mais il n'a pas l'air d'apprécier les conserves.

- Angeal… la dernière phrase que tu viens de dire… tu ne trouves pas qu'elle aurait pût s'appliquer à un chat ?

Ils échangèrent un regard.

- Tu n'as pas tort.

- Entre Zack et ce pauvre gamin, tu as bien des animaux de compagnie, ironisa Séphiroth.

- Pourquoi « tu » ? Il est beaucoup plus attaché à Génésis… tu savais qu'il lui avait même ramené une fleur ?

Nouveau regard.

- Le veinard, commentèrent-ils d'une seule voix.

Puis ils se replongèrent dans leur contemplation première. Jusqu'à ce Séphiroth se lève et emmène à la cuisine le plateau-télé qu'il avait partagé avec Angeal, qui resta pensif sur son siège. Il planifiait déjà l'entraînement des prochaines séances.

Séphiroth déposa d'un air las le plateau sur le bord de l'évier, et qui fut bientôt oublié. En se retournant, il trouva Ciel accroupit sur une chaise, enroulant une de ses mèches brunes autour de ses doits fins.

- Que fais-tu ? demanda le Soldat.

- Je réfléchis…

- A quoi ?

Le jeune garçon leva ses grands yeux bleus vers Séphiroth.

- Je peux venir avec vous, demain ?

Séphiroth fronça les sourcils.

- Je sais me battre, insista Ciel.

- Toi ? Tu es encore plus fragile qu'un fétu de paille.

Le jeune Cétra le fusilla du regard.

- On ne t'a jamais appris à ne pas te méfier des apparences ? Pour la peine, je me battrai contre toi. Demain.

Il secoua son doigt pour l'en échapper des cheveux qui se vrillaient les uns entre les autres.

- Sinon, Quand est-ce qu'il revient, Gen ?

Séphiroth en aurait presque était attendri par ses grands yeux émotifs s'il n'avait pas été lassé d'entendre cette question tous les jours.

- Tu l'aimes bien, on dirait…

- C'est vrai.

- Pourquoi un tel engouement ?

- Tu es jaloux ?

Séphiroth se contenta de le toiser de son air de général. Le garçon ne cilla pas.

- Il a le même comportement que mon grand frère. C'est tout.

- Ce n'est pas ton frère pour autant.

- Je sais. Mon frère est mort, il y a… longtemps. Et personne ne pourra le remplacer.

Le seul fait que cela faisait deux mille ans que sa famille avait perdu la vie, alors que lui-même avait survécu, pourvu que l'on appelle cela vivre, lui était parfaitement intolérable.

Tout comme le besoin de croiser le fer avec Séphiroth sans qu'il sache pourquoi l'agaçait fortement.


Un peu court, ce chapitre... vraiment désolée pour le retard !