Chapitre XIII
Zack n'avait pas une très grande patience, aussi n'avait-il put attendre chez lui une heure convenable pour partir, et maintenant il attendait depuis un long moment en faisant les cent pas devant la salle d'entraînement. Il avait grandement hâte de se mesurer à Séphiroth, l'idole des foules, le héros du Wutaï ! D'ailleurs, une question pourtant sensée avait traversé l'esprit de Zack durant un dixième de seconde (et malheureusement pas la mienne -.-;) : Séphiroth n'était-il pas sensé être au Wutaï, justement, pour une mission d'une extrême importance ? Oui, mais pour Zack, Séphiroth était l'égal de Superman, et sans point faible ! Alors, forcément, revenir du Wutaï en quelques secondes n'était naturellement pas impossible pour Séphiroth Crescent ! Quoique, bien entendu, Séphiroth n'était pas encore capable d'un tel exploit…
Il n'y tenait plus lorsqu'il vit enfin Angeal apparaître à l'angle du couloir. Il bondit littéralement sur ses pieds :
- Enfin ! s'exclama-t-il. Tu es en retard !
Angeal soupira.
- Je me doutai bien que tu aurais une demi-heure d'avance. Alors je suis venu plus tôt.
- Mais quand est-ce qu'on commence ?
Angeal remarqua sur le visage de son élève ce petit air de chien battu qui faisait sa réputation au sein du Soldat… ou du moins entre les trois première classe. Il posa une main affectueuse sur sa tignasse noire, et le jeune homme protesta.
- Mon pauvre, ironisa son mentor, Séphiroth t'a laissé sur le pas de la porte comme un chiot malpropre…
- Hein ? Alors ça veut dire qu'il est déjà ici ?
- Tu es là depuis des heures et tu ne l'as pas vu passé ? Il m'a pourtant dit qu'il irait plus tôt que prévu à la salle d'entraînement.
Zack et Angeal échangèrent un regard suspicieux, puis Angeal changea de sujet :
- Zack, que dois-tu faire si tu veux devenir première classe ?
- Euh…
- Toujours la même réponse…
Pourtant Séphiroth était bien à la salle d'entraînement. En réalité, il n'avait pas eut beaucoup de mal à passer sans que Zack le voie –c'était justement le passage où le jeune seconde classe faisait carrément le tour de l'étage du Soldat. D'ailleurs Séphiroth ne s'attendait même pas à le voir arriver si tôt.
Ciel le suivait comme une ombre boudeuse. Cela faisait déjà un moment déjà que le jeune garçon ressentait la vive nécessité de croiser le fer avec Séphiroth, pour une raison qui lui échappait. Et puis, il en avait assez de Midgar, de son ciel sans jour et sans nuit, de ses odeurs humaines et mécaniques et du mako qui circulait dans toute la ville et qui lui donnait la chair de poule lorsqu'il passait trop près de tout ce qui était susceptible d'en contenir. Il se promit de retourner voir Aerith dès que possible. Même si c'était plus le calme de l'église qui lui manquait qu'autre chose.
Séphiroth hésita avant de télécharger un décor. Il en prenait toujours un, car il avait la fâcheuse tendance à lancer des attaques d'une trop grande envergure pour que les murs le supportent. Mais il n'avait pas l'intention de se battre réellement avec son protégé. Il n'avait pas abandonné totalement l'idée que Ciel était en réalité une fille, bien que ce dernier lui aie confirmé que ce n'était pas le cas. Il renonça donc à mettre en place le décor et entra dans la salle d'entraînement à proprement parlé. Le jeune Cétra resta un instant immobile sur le seuil, regardant d'un œil peu rassuré l'intérieur de la salle. Mais comme Séphiroth lui fit nettement comprendre qu'il n'attendrait pas indéfiniment, il entra.
L'effet que lui prodigua la vue de la Masamune le fit s'immobiliser de nouveau. Comment pouvait-on manier une lame aussi longue ? Toutes les armes qu'il était en mesure d'invoquer seraient aussi impressionnantes que des allumettes à côté du katana. Mais une telle lame avait forcément un point faible, et pas des moindres, étant donné la taille.
En faisant le décompte, Séphiroth n'attendit pas moins de dix minutes le temps que Ciel examine toutes les manœuvres qu'il pouvait tenter et surtout avec quelle arme. Une arme à double lame apparut enfin dans la main du garçon. Séphiroth considéra en silence la capacité à invoquer des armes de son –petit- adversaire. Enfin, il se mit en garde.
- Prêt ?
Il n'eut droit, pour toute réponse, qu'à un sec hochement de tête.
Séphiroth n'hésita pas à attaquer en premier, à une allure qui lui semblait relativement lente, si bien que le Cétra eut le temps de parer son coup. Séphiroth fit aussitôt peser de tout son poids sur la Masamune, afin que Ciel ne puisse pas la retenir plus longtemps. En revanche, il fut relativement surpris lorsque la résistance que ce dernier lui opposait disparut, et le traversa. Séphiroth n'eut pas le temps de cligner des yeux que son adversaire s'était évaporé.
Séphiroth comprit alors. Si le jeune garçon parvenait à se dématérialiser, c'était qu'il avait déjà un niveau plutôt élevé. Il se retourna brusquement et lança une octofrappe. Cette botte plus trop secrète, qui avait pourtant fait la renommée de Séphiroth ne sembla pas inquiéter Ciel outre mesure, qui contre-attaqua aussitôt avec un sort Glacier.
Lorsque Séphiroth prit enfin au sérieux cet affrontement, son regard se modifia, ses pupilles rétrécirent. En une seconde, il fit pleuvoir les coups sur son adversaire, qui n'essuya pas une seule égratignure cependant. L'impression de se battre contre un fantôme irrita le Soldat. De plus, le-dit fantôme ne faisait que lui rendre ses estocades.
En réalité, la terrible impression de déjà-vu s'insinuait dans la tête de Ciel. Mais il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce souvenir, ou plutôt, il n'arrivait pas à se souvenir d'autre chose que d'un violent flash rouge, et c'était bien ce qui l'effrayait. Comme ses gestes de défense étaient automatiques, il n'eut pas à se concentrer sur le combat, mais plutôt sur les yeux de Séphiroth, qu'il n'arrivait pourtant pas à croiser. Dès que le première classe levait les yeux vers lui, il les détournait, par un réflexe craintif.
Il fut enfin déstabilisé par le sort « Ange-sans-cœur » sans réussir à l'éviter, et se retrouva coincé entre le mur et Séphiroth.
- Tu n'en as pas assez de fuir ? gronda ce dernier avec humeur.
Alors seulement leurs regards se croisèrent. Le temps se suspendit un instant. Ciel subit un très bref flash-back de 2000 ans en arrière. Une terreur indistincte se mêla à une rage noire qu'il nourrissait depuis ce temps-là. Sa vue se brouilla, et il oublia instantanément qui se tenait devant lui.
Séphiroth se retrouva projeté en arrière, et heurta le mur d'en face de plein fouet. Le choc fut si rude que même ses organes en prirent un coup, et il sentit le sang remonter le long de sa trachée. Il eut tout juste le temps de reprendre ses esprits et de bloquer une salve d'énergie non identifiée, suivie de très près par une autre qu'il ne parvint pas à éviter. Il était trop surpris pour lancer une contre-attaque. Il n'en eut d'ailleurs guère le temps. Les attaques qui l'assiégeaient se suivaient de bien trop près pour lui permettre le moindre mouvement défensif. Il eut la très nette sensation d'être plongé dans de la lave en fusion, et se demanda s'il n'allait pas y passer.
Lorsque les salves s'arrêtèrent, il mit un certain temps à retrouver l'usage de ses membres et de ses sens. De l'autre côté de la pièce, il vit Ciel, son bras gauche tremblant, brûlé comme à vif, haletant. Il hoqueta et tomba à genoux. Il cracha une quantité impressionnante de sang, un sang d'un noir d'encre. Séphiroth était trop interloqué, pour ne pas dire choquer, pour réagir immédiatement. Ce ne fut que lorsque le jeune garçon s'effondra comme une masse sur le sol rendu poisseux par tout le sang répandu qu'il se leva et commença à rendre conscience de ce qu'il venait de se passer.
- Voilà un cobaye pour le moins… intéressant, marmonna une voix trop bien connue à ses oreilles.
Séphiroth se retourna, surpris. Hojo remonta ses lunettes, et les reflets dissimulèrent son regard, qui se portait sur les dégâts reçus par la salle. En revanche, le Soldat ne connaissait que trop bien ce sourire sadique qui avait rythmé sa pauvre enfance.
- Vraiment intéressant… répéta Hojo pour lui-même.
- Professeur… commença Séphiroth.
- Tu ne verras aucun inconvénient à ce que je te l'emprunte, bien sûr ?
- Mais...
Séphiroth ne put protester. Quoiqu'il en soit, Hojo ne l'aurait pas écouté.
