Chapitre XIV

2000 ans plus tôt…

Un tremblement violent secoua l'écorce terrestre, et une voix qu'ils connaissaient tous si biens raisonna dans leurs oreilles, pleine d'une souffrance indescriptible, déchirant la nuit. Ses yeux s'ouvrirent aussitôt, pour voir son frère, à côté de lui, debout.

- Que s'est-il passé ? murmura-t-il instantanément.

Le jeune homme accorda un regard chaleureux à son cadet.

- Je reviens tout de suite.

- Je viens avec toi ! Où vas-tu ?

Un sourire accompagna le regard, et il sentit la main de son frère se poser, rassurante, sur sa tignasse brune et emmêlée.

- Juste voir père. Ne sois pas si inquiet…

Il voulut protester, mais son aîné sortit de la tente qu'il partageaient tous deux. Le jeune garçon demeura immobile une seconde, puis ne résista pas et posa sa main sur le sol. La terre fila entre ses doigts comme du sable. Il recommença son geste, et ne tarda pas à sentir un picotement brusque et intense, qui l'obligea à retirer son bras. C'était bien la première fois que la Planète le repoussait, surtout d'une manière aussi violente.

C'était trop tard pour ne pas se sentir inquiet. Il releva la tête, et vit, au dehors, les lueurs verdâtres qui s'agitaient, au Nord, et pas si loin d'ici. Il ouvrit la bouche, mais le nom de son frère y resta coincé… comment s'appelait-il, déjà ? Non, c'était impossible… il ne pouvait pas l'avoir oublié !

Il sentit le sang se retirer de son visage, et il bondit sur ses pieds pour mieux se précipiter au dehors.

- Mère !

Une jeune femme aux cheveux châtains et aux yeux verts sombres se tourna vers lui. Il remarqua que les autres membres du clans étaient là. Tous semblaient soucieux et regardaient au Nord. Sa mère lui ouvrit les bras et il s'y blottit, en demandant :

- Qu'est-ce que c'est ?

- Je suppose que ce n'est qu'une météorite… mais personne n'est rassuré par ce qu'il y a, là-bas.

Elle tendit la main vers ce qui sera le Cratère Nord.

- Où est grand frère ?

Il n'obtint pas de réponse immédiate, mais sa mère répondit au bout d'une attente qui lui parut interminable :

- Il dit avoir l'impression de percevoir une présence étrangère.

Il n'osa pas faire part à sa mère que Gaïa l'avait repoussé. Pourtant, il n'était pas improbable que cette présence soit bel et bien réelle et plus puissante qu'il ne l'aurait imaginé. Il ferma les paupières.

Il sentit les larmes couler le long de ses joues, et sa respiration fut difficile. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il ne vit au-dessus de lui que le sourire cynique et le reflets sur les verres de lunette d'Hojo, dissimulant son regard. Le scientifique l'examina comme il l'aurait fait pour n'importe quelle autre espèce en voie de disparition clouée sur une table d'opération par des tubes où filtrait de l'énergie mako. Cependant, il ne parvint pas à bouger ne serait-ce que le petit doigt. A partir du moment où sa poitrine commença à se soulever plus rapidement que lorsqu'il était inconscient, le professeur Hojo s'approcha d'un pas et fit pianoter ses doigts les uns contre les autres, une habitude agaçante qui lui était venu du temps où il ne cessait d'observer impatiemment le professeur Gast.

- Ah, mon précieux spécimen daigne enfin ouvrir les yeux… nous allons pouvoir passer quelques tests.

Ciel se raidit aussitôt. Le regard qui perçait à travers le reflet, maintenant qu'Hojo s'était approché, était tout sauf avenant.

- La solution A est-elle prête ? lança-t-il d'un ton hargneux à ses deux assistants, qui s'affairaient dans un coin.

- Oui… oui, professeur, répondit l'un d'eux en prenant délicatement une petite seringue contenant un liquide à la couleur indéfinie.

Le scientifique fit bouger ses doigts à la manière de pattes d'araignées courant avidement vers leur proie, et la saisi avec bien moins de précaution que ses subordonnés. L'impression de n'être qu'une mouche prise dans la toile d'une grosse et velue araignée n'est guère agréable, et Ciel sentit son poignet trembler avant même que son tortionnaire ait posé la main sur lui. Celui-ci laissait rejaillir tout son sadisme dans cette malheureuse petite seringue, mais il avait l'air de trouver cela tellement jouissif qu'il dégageait une aura repoussante, si bien que même les deux assistants se tinrent à distance de leur supérieur.

Pourtant, quelqu'un toussota bruyamment alors que la « mouche » sentait son cœur lâcher. L'un des jeunes gens collés au mur étouffa un cri, comme si le perturbateur venait de commettre un sacrilège terrible. Hojo se figea, sa main trembla de frustration, il reposa la seringue avec une lenteur exagérée, puis se redressa et se retourna à la même allure.

- Qu'est-ce-que-c'est ? articula-t-il en détachant les syllabes.

La réponse ne fut qu'un bâillement grognon, ce qui eut le don de donner une prodigieuse envie de meurtre au scientifique.

- Qu'est-ce qu'un Turk fiche ici ! s'exclama-t-il sans prendre le temps de mettre sa phrase à l'interrogative.

- Je viens de la part du Vice-Président, répondit enfin l'interpellé en passant une main dans sa tignasse rousse.

- Reno, retournez voir votre maître et dites-lui qu'il peut commencer à faire ses bagages.

- Reno considéra Hojo comme une curiosité de la nature –ce qu'il était- et se demanda vaguement s'il n'avait pas été traumatisé dans son enfance pour réagir de la sorte.

Il coula un regard vers les grands yeux bleus qui semblaient l'implorer en silence. Une seconde. Puis il revint à la charge :

- Professeur, je tiens à vous faire remarquer que, où qu'il soit, Rufus Shinra sera toujours votre supérieur.

Hojo grommela des paroles inintelligibles. Son regard alla du Turk à son cobaye, et il marmonna dans sa barbe que le Vice-Président pouvait bien allait au diable et qu'il ne comprenait pas la portée scientifique des expériences qu'il allait mener. Le tout en beaucoup plus compliqué. Les assistants n'intervinrent pas, et se recroquevillèrent d'avantage en laissant passer le chef des Turk, venant en renfort. Le teint d'Hojo vira au noirâtre, et force fut de constater que sa parenté avec les arachnides devait exister.

Tseng détailla le personnage furieux, puis lui intima l'ordre d'obéir aux ordres du Vice-Président. Comme Hojo ne bougea pas, sauf pour poser ses doigts les uns contre les autres afin d'éviter d'étrangler Tseng et d'en faire un nouveau cobaye, ce dernier se tourna vers Reno, qui obtempéra avec un sourire. Il avait toujours eut envie de détacher ce genre de tubes, rien que pour voir la tête du scientifique. Le jeune Turk dévisagea une seconde le garçon attaché au bout, et celui-ci lui lança un regard qui trahissait son impuissance. Bien que réputé être le plus cruel de sa section, Reno se laissa attendrir par le petit androgyne. Il prit soin de ne pas lui faire trop mal en retirant les aiguilles des capteurs et des perfusions.

Ciel considérait le jeune homme avec un mélange d'appréhension et de soulagement. Il se laissa sangler sur une civière et la présence de Tseng le rassura momentanément, même si le bras dans lequel Hojo avait piqué commençait à le faire souffrir.

- Dites à votre maître, cracha Hojo, de se méfier des effets secondaires…