Chapitre XVI

Quand il reprit peu à peu ses esprits, Génésis laissa tomber son arme sur le sol.

- Nom de…

Il ne trouva pas de juron assez fort pour exprimer ce qu'il avait sur le cœur. S'il n'avait aucun remord pour avoir ôté délibérément la vie de ses parents adoptifs, des pensées nombreuses et insupportables s'entrechoquaient dans son esprit.

Un monstre.

Il n'était qu'un monstre… un monstre destiné à s'auto détruire… et pire que tout, celui qu'il adorait autant qu'il le haïssait était son frère. Ils n'avaient pourtant aucun trait en commun. Rien. Autant sur le plan physique que sur le caractère.

- Et maintenant ? murmura-t-il. Vous allez me laisser crever la gueule ouverte ?

- C'est simple. Tu vas revenir à Midgar, et faire exactement ce que je te dirai…

Séphiroth éternua. Il frissonna légèrement, ce qui mit la puce à l'oreille d'Angeal.

- Tu as pris froid ?

- Non… non, tout va bien.

Le première classe jeta néanmoins un regard inquiet dans son dos.

- Si j'ai bien compris, fit Zack, à qui Angeal avait finalement raconté toute l'histoire, il va falloir tirer le gamin du département scientifique avant que Génésis revienne ?

- Le tirer de là tout court ne serait pas mal, rectifia Angeal.

- En tout cas, à moins d'être un Turk, on peut rien faire…

Séphiroth fronça les sourcils, mais Angeal poussa une exclamation. Il paraissait tellement ébahit par sa révélation que Séphiroth et Zack l'observèrent avec une once d'inquiétude avant qu'il ne s'exprime.

- Les Turks… répéta Angeal. On peut peut-être faire un compromis, avec eux.

- Un compromis avec ces gens ? Quelle idée… maugréa Séphiroth. Autant passer un contrat avec le fils Shinra, en suivant ton raisonnement.

- Ecoute, Séphiroth, le coupa son ami, Rufus ne veut pas que du mal soit fait à Ciel, et, de plus, il ne laissera pas son père mettre la main sur lui. Il peut nous aider.

- Qui sait ce qu'il peut faire à ce pauvre Ciel ! Je suis contre.

- Si tu as une meilleure idée…

- C'est un peu extrême.

Zack suivait leur échange avec attention, si bien qu'il ne vit pas Tseng se poster à côté de lui, et le Turk toussota discrètement pour attirer leur attention, faisant sursauter le jeune seconde classe.

- J'ai tout entendu, révéla le Turk.

Il marqua une pause pour dévisager les deux première classe, dont la mine s'était passablement déconfite.

- Le Cétra est déjà entre les mains de Rufus Shinra.

- Comment ?

- Etes-vous sourd, maître Hewley ?

- Quand je vous demande comment, c'est comment est-il arrivé là ?

Il évita néanmoins de rajouter « bougre d'âne », car leur seule chance était plutôt susceptible.

- Peu importe. Je ne viens pas vers vous en tant que représentant de Rufus, mais de monsieur le Président.

- Ah…

Zack se taisait, et considérait Tseng d'un air plutôt grave.

- Que veut-il ? demanda Séphiroth.

- Cela ne concerne pas le garçon. Vous êtes levé de votre affectation disciplinaire. Génésis est guéri, et il repartira directement au Wutai sans repasser par Midgar. Vous êtes au repos pour le moment. Tous les deux.

- C'est impossible, répliqua Angeal. Il était presque exsangue, et après avoir rendu visite à ses parents, il ne devrait même pas être en état de réciter Loveless.

Tseng n'ajouta rien. En fait, c'était simplement parce qu'il ignorait les détails. Rien de plus. Pourtant, Angeal fut persuadé du contraire.

- Et le petit ? demanda Séphiroth.

- Cela, je ne peux rien faire, décréta Tseng. Il vous faut entrer directement en contact avec Rufus. Si vous voulez bien m'excuser.

Séphiroth et Angeal échangèrent une moue dépitée.

Ciel, de son côté, n'affichait guère une mine plus réjouie. Il ne sentait plus qu'à peine son bras, qui affichait un énorme hématome noirâtre à l'endroit où Hojo l'avait piqué. Rufus l'avait remarqué depuis un moment, bien qu'il ne fasse pas grand effort pour le soulager de sa douleur. Cela faisait un bon moment qu'ils n'avaient pas échangé un mot, maintenant que Reno et Tseng s'étaient retirés, et Rufus n'était pas parvenu à en apprendre d'avantage sur un lieu empli d'énergie mako.

Rufus décida donc d'adopter une autre technique. Il s'assit à son bureau, et, sans lâcher son prisonnier du regard, il demanda :

- Tu n'avais de la… famille ? Des amis ?

Ciel lui accorda à peine un regard. Mais un regard empli d'une tristesse incommensurable, qui ne laissa pas de marbre même le cynique et froid vice-président.

- La Calamité des Cieux, Jénova… comment a-t-elle agi ? s'enquit-il.

- Je ne sais plus, répondit Ciel après un moment d'hésitation.

Il regarda le sol, puis son regard monta de nouveau vers Rufus.

- Si… murmura-t-il d'une voix à peine audible.

Curieux, le jeune homme fit silence. Ciel attendit un peu avant de commencer son récit, principalement parce qu'il ne savait pas par où commencer. Il lui semblait qu'il avait besoin de confier cette histoire. Peu importe à qui…

- Quand je me suis rendu à mon tour au Cratère Nord, comme vous l'appelez, je l'ai vue… Elle n'avait pas de forme. Juste des yeux… des yeux rouges… terrifiants.

Il fit mine de soustraire à sa vue cette chose horrible, mais en vain.

- La première chose qu'elle fit fut de s'emparer du corps de ma mère. Elle a conservé son apparence, mais l'a corrompu. Mère ne pouvait pas supporter une telle puissance, et une telle malfaisance. Elle a préféré se donner la mort. Mais Jénova ne s'attarde pas à ce genre de détail. Gaïa ne pouvait pas la reprendre, et ma mère est morte… en vain.

Devant ses yeux se présentèrent la scène. Il se souvenait au fur et à mesure qu'il racontait. Rufus vit le voile du souvenir se poser sur le regard du jeune Cétra, qui se parlait plus à lui-même qu'au jeune homme.

Le garçon revoyait la masse informe se diriger vers lui. Sa mère faire un rempart de son corps. Se tordre de douleur sous l'assaut de la créature. Sa peau virer au bleu, comme si elle se noyait. Ses cheveux blanchir. Et ces yeux…

Rufus ne fut pas surpris de voir des larmes rouler sur les joues pâles de son captif. Celui-ci gémit et posa ses mains devant ses yeux. L'hématome avait grandit.

- On ne pouvait pas la combattre. On ne pouvait rien faire…

- Comment avez-vous fait pour la sceller ?

- Je ne sais pas… je ne sais plus !

Il leva vers Rufus un regard paniqué.

- J'ai peur ! J'ai toujours peur !

Rufus demeura interdit un instant. Il ne savait que faire pour éviter à cet être si frêle et si perdu de pleurer toutes les larmes de son corps et de se perdre en divagations plus alarmantes les unes que les autres. Il se contenta de le laisser se calmer, jusqu'à ce qu'il entende un nom qui lui fit hausser les sourcils.

- Qu'est-ce que tu viens de dire ?

- Où est Génésis ? Il n'est jamais là quand j'ai besoin de lui…

Rufus hésita à lui confier qu'il était parti pour le Wutaï.

- Pourquoi Génésis ?

- Mon grand-frère…

- Génésis ne peut être ton frère. Il a reçu des cellules de Jénova.

Le jeune homme regretta presque ce qu'il venait de dire lorsqu'il vit la réaction du Cétra. Pourtant, il continua :

- Tout comme Angeal, et Séphiroth… que vas-tu faire ?

- Dans ce cas, les cellules chez Angeal et Génésis sont encore endormies. Ils ne présentent aucun symptômes.

- Mais, Séphiroth ?

Ciel se remémora cette agaçante impression de devoir se battre contre celui-ci. Il comprenait. Son irritation, sa frayeur lors de leur affrontement… Jénova était en train de prendre le pas sur lui. Avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche pour le signaler à Rufus, celui-ci avait déjà saisi son visage entre ses mains et pressé ses lèvres contre les siennes.