Chapitre XVII

- Je croyais que vous dénigriez toutes les méthodes de votre père ?

Rufus fusilla Tseng du regard. Celui-ci esquissa un demi sourire, avant de reprendre :

- Je ne pense pas que ce soit une aberration que Jénova ait été contenue pendant deux mille ans par un Cétra. Plus j'y pense, plus je trouve cela plausible.

- On ne te demande pas de penser, mais de faire ce qu'on t'ordonne, répliqua son supérieur d'un ton acerbe.

- Vous pensiez gagner sa confiance de cette façon ? S'il a vraiment vécu, il y a deux mille ans, il n'a pas dût comprendre.

- Tseng ! Tais-toi. Laisse-moi réfléchir.

Le Turk se tut, bien que toujours amusé de la façon dont son patron s'était fait remettre à sa place par sa propre victime.

- Quelles sont les nouvelles du Wutai ? bougonna enfin le jeune homme.

Tseng retrouva enfin son sérieux habituel et professionnel.

- Depuis le retour de Séphiroth à Midgar, les choses se sont un peu dégradées. Mais nos forces ont toujours le dessus.

- Le vieil homme a pourtant envoyé Génésis après lui ?

- Oui. Mais nous sommes sans nouvelles depuis treize heures.

- Quelle précision… ironisa le Vice-Président.

- Et que faisons-nous pour Ciel ?

Rufus haussa un sourcil.

- Tseng… tu sais que tu m'as déçu, n'est-ce pas ? Tu es trop sentimental.

Le Turk ne releva pas. Il soutint toutefois le regard de son supérieur. Une lueur de cynisme naquit au fond de l'œil de celui-ci.

- Vous n'allez pas le ramener à Hojo ?

- Je t'en prie… je ne suis pas aussi horrible. Ou plutôt, je ne supporte pas Hojo. Il est à la botte du Président, et je ne lui ferai pas ce plaisir.

- Vous devriez cesser de tout juger en fonction de votre père…

- Tu m'insupporte. Vas-t-en.

- Monsieur…

- Vas-t-en !

Tseng resta interdit une seconde, puis tourna les talons. Il n'appréciai guère la réaction de Rufus, sur lequel il veillait depuis tant d'années, et fut plutôt surpris de croiser Reno, qui aller dans la direction opposée.

- Où vas-tu, Reno ?

- Voir le patron, répondit ce dernier. Apparemment, chef, j'ai eu plus de chance que vous sur ce coup là !

- Fais attention. La chance a la fâcheuse tendance à t'abandonner.

- Pas avec moi.

Et le jeune Turk dépassa son aîné avec son habituelle insolence. Tseng le regarda s'éloigner jusqu'à ce que la porte se referme sur son agaçante démarche de vainqueur.

Il se retourna et regarda droit devant lui. Il ne vit alors que l'obscurité du couloir. Néanmoins, il l'emprunta. Il marcha en silence, claquant le talon sur le carrelage froid et lisse, sans un regard vers le sombre paysage qui s'étendait au delà.

- Tseng…

Le Turk s'immobilisa, et se tourna à demi. Dans la pénombre ambiante, il pouvait aisément remarquer la pâleur dérangeante de son interlocuteur.

- Mon bras me fait mal.

Le jeune garçon tendit son bras, et Tseng ne réprima pas un haut le cœur. La peau avait viré au noir, comme s'il était atteint de gangrène, plus sombre à l'endroit où la cruelle aiguille avait pénétré sous la peau. Des veinures blanches sillonnaient le membre, et avaient gagné la main, également bleuie, et ses doigts semblaient crispés, les ongles abîmés et noir, comme s'il s'était coincé chacun de ses doigts dans une porte. Et l'odeur était celle de la chaire qui pourrit.

Tseng ne dit rien. Il inspira profondément. Il se doutait bien que c'étaient là l'œuvre des cellules de Jénova, mais il n'osait cependant l'avouer au Cétra.

- Tseng ?

- Je ne suis pas médecin. Encore moins scientifique… Ce n'est pas à moi qu'il faut t'adresser, je le crains.

- Alors, laisse moi partir.

- Je ne peux pas.

- Pourquoi ? Parce que le type en blanc te l'a ordonné ? Même s'il est ton supérieur, si ce qu'il te demande est mal, tu ne dois pas l'accomplir.

- Je ne suis pas certain que tu comprenne.

- Mon frère me disait toujours d'écouter mon cœur. Et tu peux me croire, mon frère prenait toujours les bonnes décisions.

Le Turk soupira légèrement. Ciel laissa son bras retomber et le soutint de sa main valide. Il lui adressa un sourire triste.

- Je peux aller voir Angeal ?

Tseng décida de rester ferme. Mais il se sentait blessé par l'attitude de Rufus. Il fallait une bonne leçon à un tel gamin en parfaite opposition avec son géniteur. Le Turk se tourna vers le jeune garçon.

- Soit. Suis-moi.

Un sourire soulagé s'esquissa sur les lèvres de Ciel, qui se figea lorsque Tseng se retourna. Il ferma les yeux, incapable de chasser ce regard de flamme de ses paupières. Il garda les yeux ouverts et fixa son regard sur la queue de cheval de Tseng.