Chapitre XVIII
Un coup de sonnette donné un peu trop vaillamment un jour où il fallait ramener du travail à la maison n'était guère réjouissant. Voilà pourquoi Angeal fut tenté de laisser l'importun à la porte et se replonger dans ses dossiers. Pourtant, il grommela quelque chose à Zack, affalé sur le canapé, à jouer à la console.
- Quoi ?
- Va ouvrir ! répéta Angeal avec humeur.
Le seconde classe s'exécuta, peu désireux de s'attirer les foudres de son mentor. Comme il n'y avait pas de judas à la porte, il l'ouvrit à toute volée et tomba nez à nez avec… un écarquilla tellement les yeux que Tseng crut qu'ils allaient lui sortir de la tête.
- Monsieur Hewley est-il présent ? demanda poliment le nouveau venu.
- Euh…
- Eh bien, monsieur Fair ?
Zack n'eut pas à bredouiller une quelconque excuse comme quoi Angeal était absent, car le première classe en personne se planta dans l'encadrement de la porte, et Tseng sentit une certaine hostilité dans son regard.
- Alors vous… commença-t-il.
- Laissez là ce regard meurtrier, répliqua Tseng. Sachez que je suis en train de commettre une grave erreur à cet instant précis.
- En effet. Vous n'auriez jamais dû vous présenter jusqu'à ma porte.
- Laissez là également ces piques mesquines et emportez ceci avant que je ne change d'avis.
Et de désigner le pauvre Ciel, avachi contre le mur, somnolent dans sa douleur, qui avait augmenté au point qu'il devienne amorphe. Angeal fit exactement la même tête que Zack, ce qui amusa le Turk plus qu'autre chose.
- Ciel ?
- Quoi ? C'est ça que vous cherchiez à sortir de chez Hojo ? Comment il a fait pour sortir tout seul ?
- Zack, emmène-le à l'intérieur, j'ai à parler à ce… monsieur.
Le jeune homme acquiesça prudemment, puis passa un bras autour de l'épaule du jeune Cétra, qui se laissa guider comme une poupée désarticulée. Zack remarqua tout de suite son bras, et sentit une sueur froide lui couler le long du dos.
Angeal attendit que Zack soit à l'intérieur de l'appartement avant de se tourner vers Tseng. Il se demandait s'il ne regretterait pas ce qu'il allait faire, mais…
- Il semble que je vous doive des excuses…
Tseng fut surpris, mais cette fois dans le bon sens.
- Je connais votre « code d'honneur », et vous vous y pliez de mauvaise grâce, en ce moment même.
- Certes, je n'ai pas pour habitude de me reposer sur un Turk. Mais, que vous soyez ou non rattaché à Rufus Shinra, je dois avouer que vous m'ôtez un poids.
- Sachez que je n'ai agi que pour infliger une défaite à mon supérieur. Une défaite qui lui servira de leçon. Je n'ai pas voulu vous rendre service, ni à ce garçon.
- Peu importe. Vous l'avez ramené, et je vous dois excuses et reconnaissance. J'en connais un qui va être ravi.
- Si vous parlez de Génésis, le contact avec lui a été brusquement interrompu.
Angeal fronça les sourcils.
- Interrompu ?
- Oui. Il ne répond plus. Il se pourrait que ce ne soit qu'une simple anomalie dans la transmission, mais la possibilité qu'il ignore nos appels n'est pas nulle…
- Non. Génésis n'est pas comme ça.
Tseng ne répondit pas, et tourna les talons. Angeal le regarda descendre l'escalier de sa démarche silencieuse, puis entra et referma la porte derrière lui.
Il n'eut guère le temps de s'inquiéter pour Génésis, car déjà Zack le hélait, ayant entendu la porte se refermer :
- Eh, il est brûlant, et… tu devrais voir l'état de son bras !
Le première classe se dirigea vers le salon, et le canapé sur lequel Zack avait étendu le Cétra. Angeal fut rebuté par l'aspect du bras, et posa une main sur la tempe de Ciel. En effet, il avait une sacrée fièvre.
- Je crois qu'il est passé entre les mains d'Hojo, hasarda Zack à mi-voix.
Son mentor ne répondit rien, examinant le membre infecté du regard.
- Une matéria de soin marcherait peut-être ? risqua le seconde classe. Ou pas…
Angeal lui jeta un bref regard, qui suffit à Zack pour comprendre qu'il ne savait absolument pas quoi faire. Il ne pouvait pas le ramener à Hojo, qui possédait l'antidote. Hors de question de l'amener à Hollander. Alors…
- Rattrape Tseng, dit-il enfin.
- Quoi ?
- Rattrape-le ! Vite !
Zack bondit sur ses pieds devant le ton impérieux, et, sans vraiment se poser de question, ouvrit la porte à la volée et bondit dans le couloir. Angeal reporta son attention sur Ciel, et croisa son regard.
- Petit ? est-ce que ça va ?
Le garçon secoua la tête de gauche à droite frénétiquement, les yeux pleins de larmes et brillants de fièvre. On y lisait aussi la peur. Une peur terrible, qui avait fait paniquer Angeal sans lui laisser le temps de chercher une meilleure solution, qui reposait sur Tseng…
