Chapitre XIX

- Vous devez accepter !

Tseng n'aimait pas qu'un autre que Rufus lui donne des ordres. Surtout de cette nature.

- Seriez-vous tombé sur la tête ? Vous me demandez de… descendre dans le laboratoire d'Hojo et de voler un antidote ? Est-ce que vous trouvez que j'ai une tête à voler les laboratoires ?

- Oui ! répondit Zack avant Angeal. Tu es un Turk, un espion, un expert ! Tu peux faire ça, non ? Et puis, ce gamin, tu l'aimes bien ?

- Je suis, en effet, un Turk. Et un Turk ne s'attache à personne. Surtout pas à des cibles.

Cependant, Tseng n'avait pas regardé Zack directement, et celui-ci n'était pas aussi dupe que certains pouvaient croire. Angeal ne s'inquiétait pas de ça, mais plutôt de convaincre Tseng.

- Vous feriez mieux d'aller voir Aerith Gainsborough, conseilla le Turk à mi-voix, après une brève hésitation.

- Qui est-ce ? s'enquit Angeal rapidement.

- Une Ancienne, tout comme lui. Elle saura sûrement quoi faire.

- Hein ? Une Ancienne ? Ici, à Midgar ? s'exclama Angeal. C'est une plaisanterie !

- Elle vit dans les Taudis. Vous la trouverez à l'église du secteur 5.

- Je doute qu'une simple jeune fille puisse extraire ces saloperies de son bras sans qu'on l'ampute.

Tseng sentit la colère lui monter à la tête :

- Si j'étais vous, je ne la sous-estimerai pas. Elle a plus de pouvoir que vous le pensez !

Sur ces mots, le Turk fit volte-face, et, lorsque Zack tenta de le rattraper, il avait disparut. Le jeune homme poussa un soupir avant de se tourner vers Angeal :

- A mon avis, on devrait faire ce qu'il dit…

Le première classe ne dit rien, et se contenta de faire les cent pas dans l'entrée. Zack referma la porte, indécis également. Au bout de quelques instants, une voix faible s'éleva du canapé :

- Amenez-moi… il a raison… amenez-moi là-bas…

Angeal tourna un regard attristé vers son protégé, et le rejoignit dans le salon. Là, il s'accroupit près de sa tête et dit :

- Tu n'es pas en état de voyager. Attend ici. Je la ramènerai.

Un pâle sourire éclaira brièvement le visage enfiévré du jeune garçon. Il se demanda jusqu'à quel point Angeal était imprégné des cellules de Jénova… pas assez, en tout cas, pour lui faire perdre sa bonté et son sens du devoir.

- Merci…

L'expression de son visage rappela des souvenirs à Angeal. Très lointains, mais il croyait se souvenir que, enfant, Génésis avait attrapé la fièvre estivale, et qu'il avait promis à celui-ci de ne pas le dire à ses parents, ni de le forcer à retourner chez eux. A ce moment, son ami avait sourit tristement et l'avait remercié. Il avait la désagréable impression que les yeux de Génésis avaient reflété la même lueur.

Ce souvenir fut bientôt chassé par une nouvelle inquiétude. Angeal demanda à Zack de veiller sur le garçon pendant qu'il irait à la recherche d'Aerith. Le jeune homme n'était pas particulièrement brillant dans le rôle d'infirmière, mais le jeune malade ne se révéla pas trop difficile à veiller : il garda ses yeux enfiévrés rivés au plafond, et ne lâchait une parole que de temps en temps.

Dès qu'il fut sorti de l'immeuble, Angeal dégaina son portable. Il composa rapidement le numéro de son ami et attendit. Longtemps. Pour finalement tomber sur sa messagerie. Il fronça les sourcils. Certes, Génésis n'était pas un féru de technologie, mais en général, il répondait lorsqu'Angeal ou Séphiroth –parfois- l'appelait. Il referma le clapet de son mobile et se dirigea vers la gare.

Séphiroth, de son côté, ne savait rien de ce qui était arrivé, et ne considéra Tseng que d'un mauvais œil lorsque celui-ci passa près de lui en l'ignorant. Ce dernier était trop préoccupé de prévoir la réaction de Rufus pour se soucier des ondes mauvaises qui irradiaient vers sa nuque, et se demandait ce qui lui avait pris d'accepter une telle folie. Laisser un prisonnier s'échapper, surtout d'une telle importance, et de son plein gré ! Qu'est-ce qui lui avait pris ? Lui, Tseng, le Turk le plus droit, le plus calme, le plus fidèle ! Furieux de lui-même, il se décida à aller révéler son erreur monumentale (pas de gros mots, hein !), et il était prêt à se mettre à genoux devant son patron pour se faire pardonner. Quoi qu'il avait décidé de lui donner une leçon. Tseng soupira bruyamment, ce qui étonna Séphiroth.

Celui-ci le vit ensuite faire volte-face et sortir en trombe de l'étage pour se précipiter dans l'ascenseur. Le première classe se demanda vaguement ce que le Turk avait bien put avaler le matin.

Or, Tseng avait décidé de continuer sur sa lancée. Rufus était un enfant gâté, et, malgré sa position, il ne se laisserait pas avoir et était déterminé à le redresser. Il irait le voir et lui dirait le fond de sa pensée. Il se ferait tancer vertement, peut-être même rétrograder, mais Rufus marchait, mine de rien, à l'affectif : jamais il ne se séparerait d'un Turk, qui, en plus de faire généralement du bon travail, était appréciable. Et, de même, les Turks faisaient tout pour ne pas décevoir leur bien-aimé patron. En gros, c'était ça.

Mais, malheureusement pour Tseng, Rufus était dans ses mauvais jours.

Après avoir vu disparaître Tseng dans l'ascenseur, Séphiroth chercha à contacter Angeal. Celui-ci décrocha à la hâte :

- Oui ?

- Angeal ?

- Quoi ?

- Je viens aux nouvelles.

- Rentre, Zack est à la maison. Tu verras bien ! Moi, je vais dans les Taudis.

- Les Taudis ?

- Ah, et essaye de joindre Génésis. Celui-là, je te jure !

Et de raccrocher au nez d'un Séphiroth qui n'était pas persuadé d'avoir tout compris…

Néanmoins, il se dirigea à son tour vers l'ascenseur, et quitta la tour Shinra pour rentrer chez lui. En chemin, à l'instar d'Angeal, il chercha à joindre son ami, en vain. Pour le moment, il ne s'en inquiéta pas outre mesure.

Zack, de son côté, avait fini par s'asseoir et à allumer la télé. Il s'ennuyait devant un feuilleton à l'eau de rose dont il était persuadé que sa mère suivait avidement les épisodes, lorsque la voix de son patient le tira de sa torpeur :

- Je ne comprend pas…

- Quoi donc ?

- Cet endroit… Il y a des choses à faire, d'autre pas. C'est tellement… compliqué.

- Il y a des jours où je me dis la même chose. Mais il faut faire avec, c'est la vie !

Ciel ne parut pas très convaincu, mais le sourire que Zack afficha lui remonta un peu le moral. Il avait tellement mal au bras qu'il aurait donné n'importe quoi pour ne pas y penser. Hélas, dès qu'il fermait les yeux, il n'y avait sous ses paupières que la lueur rouge des pupilles sanglantes de l'affreux cauchemar. Il se perdait dans la contemplation du plafond gris lorsqu'il entendit une clef tourner dans la serrure. Zack bondit sur ses pieds, et dévisagea Séphiroth avec un étonnement mêlé d'admiration.

- Oh ! Mon… monsieur !

- Bonsoir, Zack…

Il avait l'air fatigué, ou plutôt, dépassé par les évènements, d'autant plus lorsque Ciel se redressa comme il put et lui adressa un signe de la main. Il s'assit donc avec tout le calme dont il était capable dans un fauteuil et écouta avec soin Zack lui racontait ce qui s'était passé depuis qu'il était rentré avec Angeal. L'intervention de Tseng dans cette histoire le laissait de quoi, mais il ne fit aucune remarque, se demandant si la réaction inhabituelle du Turk avait un rapport avec les évènements.