Chapitre XXII
Angeal dévisagea son ami avec effarement. Après ce qu'il venait de raconter, il voyait déjà des veinures courir le long de son cou comme des fissures sur un vase qui risque de se briser… Néanmoins, il préférait s'abstenir de donner l'impression à Génésis qu'il y croyait. Le jeune homme était si pâle qu'il donnait l'impression d'avoir déjà un pied dans la tombe.
- Tout ça, c'est des racontars de vieux fou, risqua Angeal. Tu ne devrais pas le croire… il veut juste t'utiliser.
Le rouquin secoua la tête. On pouvait aisément lire la peur dans ses yeux. Angeal le savait la plus grande phobie de son ami, depuis la mort de son chat, avait toujours été de ne pas savoir ce qu'il y avait après la mort. D'ailleurs, le première classe à l'épée broyeuse avait toujours pensé qu'il ne s'était plongé dans Loveless que pour obtenir des réponses.
- Des fois, soupira-t-il, je me demande pourquoi tu as fait Soldat. D'autant que, si tu désertes pour de bon, tu va te retrouver avec du plomb dans l'aile, et ce n'est pas tout à fait un jeu de mot. Comme toujours, lorsque tu as peur, tu fonce tête baissée dans la première solution qui te vient à l'esprit.
- Je n'ai pas peur, Angeal… je suis terrorisé. Je ne veux pas finir… comme ça.
- Et moi qui pensai qu'après toutes ces années, ton bouquin t'aurait apporté ce que tu cherchais…
- Ne te moque pas. Je ne suis même pas sûr que la Déesse existe. Je dois en avoir le cœur net. Et s'il n'y avait… rien ?
Angeal fut touché par la détresse de celui qu'il considérait comme son petit frère. Jamais il ne se serait comporté de la sorte devant Séphiroth –il était au bord des larmes.
- Tu sais… à moins que Ciel ne soit complètement fou, et que du coup, nous aussi, après tout, ta Déesse, Minerva, et la Planète, Gaïa, tout ça… ce ne sont pas que des fables.
Génésis ne répondit pas, son regard vert sombre rendu presque noir par l'émotion. Angeal se promit de toucher deux mots à Hollander. Il ne pourrait rien lui faire, à lui. Puis, il nota dans l'attitude de son ami une hésitation qu'il connaissait plutôt bien :
- Il y a autre chose ?
Le jeune homme lui jeta un coup d'œil coupable. Et hocha la tête imperceptiblement.
- Il a dit qu'il connaissait ma mère… enfin, biologique…
- Hollander ? C'est vrai, ce mensonge ? Si tu me sors Gilian Hewley, je sens que je vais rire.
En réalité, il serait presque content de savoir que son ami d'enfance était aussi son frère –même s'ils n'avaient pas grand chose en commun.
- J'aurai bien aimé, avoua Génésis. Mais non. Elle s'appelait Crescent. Lucrécia Crescent.
- Crescent ? Ce nom me dit vaguement quelque chose…
- Il s'agit de feu mme Hojo.
- Tu déconnes ? Hojo ?
Angeal n'était jamais grossier, sauf quand il était question de scientifiques de la Shinra. Génésis esquissa un maigre sourire :
- Non, si ce fumier était mon vieux, je saurai faire la différence entre une éprouvette et… une seringue ?
Puis son visage se rembrunit de nouveau, et il murmura :
- Crescent et Hojo. Ce sont les parents de Séphiroth.
Si Angeal avait eut quelque chose à échapper ou avec quoi s'étrangler, il l'aurait fait. Il se contenta de ressentir cet espèce de coup dans l'estomac qu'on ressent lorsqu'on apprend une nouvelle grave.
- C'est une blague ?
Ils avaient longuement débattu, lors de leurs longues nuits blanches en faction, sur les origines de Séphiroth. L'une des plus abracadabrantes avait été Bahamut et Shiva. Mais jamais, au grand jamais, il n'avait été question d'Hojo. Ashton Shinra, à l'extrême limite, mais…
- Mieux vaux ne rien di…
Et Angeal se figea un instant. Génésis craignit durant ce laps de temps qu'il ne se soit pétrifié comme par enchantement, mais le première classe reprit d'une voix étonnamment aiguë :
- Mais si Lucrécia Crescent est ta mère biologique, et que c'est aussi la mère de Séphiroth, ça fait de vous deux des…
Génésis chassa sa remarque d'un revers de la main. Il semblait avoir retrouvé une certaine contenance, et se leva.
- Je suppose que tu veux que Séphiroth et moi te couvrions ?
- Non. Je ne suis pas ici pour ça.
Intrigué, Angeal suivit les nouveau va-et-vient de son ami.
- Ah non ? Est-ce trop indiscret de ma part de te demander pourquoi ?
- Angeal, viens avec moi.
- Pardon ?
C'était une mauvaise idée de s'engager dans le Soldat, et tu le sais. Nous n'avons qu'à partir. Tout ce que nous trouverons au sein de la Shinra, c'est la mort.
- Tu essaye de t'en convaincre toi-même ? Hollander t'a envoyé ici, non ? Pour quoi faire ? Me ramener ?
- Non…
Génésis ferma un instant les yeux, hésitant, puis murmura d'une voix blanche :
- C'est lui que je dois ramener…
- Même s'il n'y avait personne d'autre qu'eux dans la pièce, Angeal comprit vite de qui il parlait.
- Voilà pourquoi le gosse a perçut une présence hostile…
- Mais je ne peux pas faire ça !
Le ton qu'employa le jeune homme le trahit, et Angeal se demanda comment il avait bien pu faire pour passer à côté d'un tel détail. En plus de mourir de peur, son ami lui criait désespérément à l'aide depuis un moment. Il se leva de son siège.
- Alors ne le fait pas.
Avant que Génésis ne proteste, Angeal lui coupa la parole d'un geste de la main :
- Tu n'as qu'à lui dire… que je l'ai envoyé à Banora. Chez ma mère. Hollander ne lui fera rien, pas à elle.
- Mais il m'enverra là-bas…
- Joue le jeu ! Je te tirerai de ce bourbier.
- Et comment ?
- Je ne sais pas encore, reconnu le première classe. Mais je te jure que je trouverai un moyen.
Il avança cette promesse avec un sourire engageant. Angeal tenait toujours ses promesses. Bien que peu soulagé, Génésis sentit des larmes de gratitude embrumer son regard. Il n'osait pas pleurer devant son presque frère. Il s'avança et le serra dans ses bras. D'abord surpris, Angeal esquissa un sourire et lui rendit son étreinte.
Ce n'est encore qu'un gamin, après tout…
