Chapitre XXIII
Séphiroth n'en croyait pas ses oreilles. Si on ne lui avait jamais dit que c'était mal d'écouter aux portes, il en avait déjà fait l'expérience plusieurs fois au cours de son enfance aux côtés du professeur Hojo. Il déglutit, tachant de trouver une once de paternité dans cet homme cynique à moitié fou.
Le regard pénétrant de son jeune compagnon détourna son attention du scientifique. Ciel guettait sa réaction depuis quelques instants. Il avait résisté à l'envie de sortir de sa cachette pour promettre à Génésis qu'il pourrait compter sur lui aussi, mais il avait eut peur de révéler Séphiroth également. Après un dernier regard dans la pièce, le jeune garçon lui prit doucement le bras pour le ramener dans une pièce plus lointaine. Là, Séphiroth retrouva l'usage de la parole :
- Tu le savais ?
- Non… Je voulais juste savoir pourquoi j'avais perçu autant d'hostilité à son endroit.
Séphiroth avait l'air passablement abattu. Assis sur le lit d'Angeal –sa chambre était la dernière pièce de l'appartement-, le première classe fixait obstinément le plancher, sans laisser une seule émotion filtrer son regard d'émeraude.
Ciel tenta d'intercepter son regard, en vain.
- Si j'ai bien compris, tout n'est pas aussi sombre, risqua-t-il. Tu viens de gagner un père, une mère, et un frère.
- Un père ?
Le jeune Cetra regretta ses paroles devant autant d'animosité. Séphiroth fronça les sourcils.
- Tu as déjà eu affaire à lui, répliqua-t-il en désignant le bras encore meurtri du garçon.
- C'est ça, Hojo ?
Il secoua rapidement son bras, comme pour chasser le souvenir du contact de l'aiguille de la seringue contre sa peau.
- Quand à ma mère… poursuivit Séphiroth à mi-voix.
Il se stoppa.
- Oui ? l'encouragea Ciel.
- Le professeur Gast m'avait toujours dit que c'était… « Jénova ».
Séphiroth vit Ciel pâlir et esquisser une retraite prudente, comme s'il cherchait à mettre la plus grande distance possible entre le jeune homme et lui.
- Jénova ? La Calamité ?
- Je n'en sais rien. Elle est morte à ma naissan…
- Jénova ne peut être ta mère ! C'est un monstre ! Une entité extra-terrestre qui a détruit mon peuple et blessé la Planète ! C'est la pire chose du monde ! Et ma mère…
Il s'interrompit devant le regard perplexe de Séphiroth. Il ne devait rien y comprendre –et ce n'était pas tout à fait faut, du reste.
Un souvenir vague lui revint à l'esprit. Il entendait sa propre voix appeler son frère. Son frère dont il avait oublié le nom. Il ne voyait plus son visage. Seulement son dos, dressé devant lui, pour le protéger. Le bruit atroce de la chair qu'on déchiquette lui remplit les oreilles, et ses yeux de larmes.
Séphiroth vit le jeune garçon se plaquer les mains sur les oreilles et fermer les yeux, puis s'accroupir contre le mur en pleurant en silence. Il hésita. C'était la mention de Jénova qui l'avait mis dans cet état. Il se sentait terriblement mal. Même si « Jénova » n'était pas sa mère à proprement parler, pourquoi Gast l'avait-il assimilé à cet être qui mettait son protégé dans un tel état ? Quand à Lucrécia, il ne savait même pas quel était son visage, et il se demandait quel genre de femme pourrait être assez folle ou assez courageuse pour se marier avec Hojo.
Il se leva, sans savoir ce qu'il devait faire. Ce n'était pas la première fois. Néanmoins, il s'avança jusqu'au petit Cetra, et commença à tendre la main dans sa direction.
- Ne me touche pas !
Séphiroth recula comme si on l'avait piqué. Il n'avait jamais entendu autant d'agressivité, de souffrance et de terreur dans la voix de quelqu'un, même à la guerre. Le garçon releva aussitôt la tête et bredouilla :
- Je… pardon…
Le première classe ne répondit rien. Il ne savait plus que penser.
