Chapitre XXIV
Quelques jours après cet incident, Zack était de retour à l'étage du Soldat. Cette fois-ci, il écoutait le récit de Kunsel, bien qu'il soit quelque peu distrait. La permission de son ami avait l'air d'avoir bien profité à ce dernier, mais Zack n'arrivait même pas à simuler de l'intérêt pour ce qu'il lui raconte. C'était bien la première fois, et Kunsel s'en rendit compte.
- Bon, dis-moi ce qui ne va pas, dit-il soudain.
- Hein ?
- Zack, je te connais.
- Oh… rien. Pas d'affectation. Ils nous font poireauter. Encore et toujours… j'en ai ras-le-bol !
- Ne me dis pas que t'es pas au courant !
- Quoi ?
- Un première classe a déserté. Et il a emmené son régiment avec lui.
Zack contempla Kunsel comme s'il était la chose la plus ignoble qui lui avait été donnée de voir.
- Et… qui ?
- Rhapsodos.
Le jeune homme ne répondit pas tout de suite. Bon, il n'avait pas vu Génésis depuis un petit moment, et il avait beau être plus littéraire que combattant, ça restait un Soldat… non, ce n'était pas possible. Un première classe, déserter le Soldat ?
- C'est des conneries…
- Zack, c'est la vérité ! Je connais un des types qui était avec lui. Il ne donne plus de nouvelles depuis je ne sais combien de temps ! Angeal ne t'as rien dit ?
- Non… il avait l'air soucieux, ces derniers temps, mais c'était pour autre chose…
Il ne lui avoua pas qu'Angeal avait cessé de se rendre à la tour Shinra depuis l'épisode du gamin au bras défoncé.
Kunsel lui posa amicalement la main sur l'épaule. Il ignorait ce qui se passait, mais voir Zack dans cet état, en revanche, était inquiétant. Il cherchait quelque chose à lui dire, lorsque le portable de celui-ci sonna. Son regard s'illumina lorsqu'il reconnut le numéro :
- Angeal ?
- Rend-toi au bureau du directeur Lazard. Il a une affectation pour toi…
Et de raccrocher. Zack était certain d'avoir entendu un soupir d'abattement de la part de son mentor. Il espérait que ce ne serait qu'un effet du mauvais réseau qui sécurisait les lignes téléphoniques au sein de la tour Shinra.
Il s'excusa donc auprès de Kunsel, plus intrigué qu'inquiet, cette fois, et se dirigea vers l'ascenseur de la tour. Son ami le suivit du regard, avec l'intime conviction que, décidément, quelque chose ne tournait pas rond dans cette compagnie.
- Mais que diable fait-il ? bougonna Lazard en pianotant sur la surface du bureau.
Angeal ne répondit pas, cherchant visiblement à tromper son ennui dans la contemplation du mur d'en face. Cela faisait un bon moment que le directeur du Soldat avait solliciter de son demi-frère une aide qui ne s'était toujours pas présentée.
Lorsque, quelques minutes plus tard, la porte vitrée coulissa, ce fut pour laisser passer Zack. Lazard se ressaisit, et Angeal se tourna vers son élève.
- Zack Fair ?
Le jeune directeur avait retrouvé toute sa contenance, et Angeal aurait presque crut à son air impérieux et « rufusien » s'il ne connaissait pas sa facette plus risible de « maître d'école ».
- Oui ? fit l'interpellé, reconnaissant son supérieur.
- Je suis le directeur Lazard Deseurius. Enchanté de te rencontrer en personne.
Il lui tendit la main, que Zack mit une seconde avant de saisir et serrer avec ferveur. Une seconde qu'Angeal considéra avec intérêt.
- Vous vouliez me voir ?
- En effet. Je serai bref, Zack, je suppose que tu as entendu parler du manque d'affectations de nos membres, ces temps-ci ?
Zack hocha la tête, retenant une remarque qui lui aurait sans doute coûté sa précieuse affectation.
- Nos troupes ont été… décimées, déclara Lazard avec prudence. Mais là n'est pas la question. Nos ennemis ont été affaiblis et se sont réfugiés dans leur fort. Cette mission sera un jeu d'enfant pour toi, si j'en crois ce qu'Angeal m'a dit à ton sujet…
- Je t'ai recommandé pour passer première classe, coupa ce dernier en surveillant à demi la réaction de Zack.
Le jeune homme fixa son mentor de son grand regard bleu, avant qu'un sourire ne naisse progressivement sur son visage et de se jeter littéralement sur le première classe :
- T'as fait ça ? Oh, Angeal ! Mon pote, je t'adore !
Angeal le repoussa en répliquant d'un ton acerbe :
- Ne m'oblige pas à le regretter.
- Oui, monsieur ! s'exclama Zack en se mettant au garde à vous (histoire de corriger son emportement).
Lazard le regarda d'un air amusé. Il attendit un instant, puis :
- Dis moi, Zack… Quel est ton rêve ? Devenir première classe ?
- Non, répondit sur-le-champ le jeune Soldat.
Il toisa son supérieur avec un sourire, les point sur les hanche, et déclara d'un ton confiant :
- Je veux devenir un héros !
Comme il regardait devant lui, il n'eut pas le temps d'apercevoir la pâleur subite du directeur et sa mine attristée, avant de se ressaisir aussitôt :
- Bien ! Les rêves les plus irréalisables sont les meilleurs.
- Euh… merci, répondit Zack, décontenancé.
- On partira dès que tu seras prêt, déclara Angeal pour couper court aux doutes qui l'assaillaient.
Dans quoi vais-je l'entraîner ? il posa un regard paternel sur son élève enthousiaste, espérant que ce n'était pas une bêtise que de le mêler aux affaires obscures de la Shinra.
