Chapitre XXV

Ciel appréhendait de se retrouver seul à Midgar. Bien sûr, Aerith lui avait proposé de l'héberger, mais il espérait tout de même que Génésis reviendrait, mais avec un autre mobile cette fois-ci.

Et il y avait autre chose qui le taraudait. Il n'avait pas revu Tseng depuis un moment. Il ne doutait pas une seconde que le Turk avait pris des risques inconsidérés pour le tirer des griffes de la Shinra, et faire goûter à son supérieur le goût amer de la défaite par la même occasion.

Le jeune Cétra avait encore du mal à maîtriser ses pouvoirs, et il n'avait pas recours à la magie de crainte de réveiller des souvenirs douloureux, sans quoi il aurait eut recours à la transposition de l'esprit pour ne pas avoir à se déplacer en personne.

En l'absence de ses anges gardiens, il était très risqué de s'infiltrer en douce dans la tour Shinra, mais c'était justement l'occasion. Sans personne pour le surveiller, et, d'après Séphiroth, au vu du calme plat en raison de leur quasi-victoire sur le Wutaï, il était plus libre qu'il ne l'avait jamais été depuis son réveil.

Et c'est ainsi que, aussitôt que Angeal et Séphiroth eurent plié bagage, il se retrouva dans le hall de la tour Shinra.

- Vous avez rendez-vous ?

Il considéra la femme, dans l'entrée avec stupeur.

- Euh…

- Ou vous venez visiter ?

- Visiter, s'empressa-t-il de répondre.

- Vous êtes mineur ?

Nouvelle expression surprise. L'hôtesse se demanda si elle n'avait pas affaire à un attardé mental, mais personne n'avait prit soin d'informer le pauvre garçon de formalités aussi simple.

- Vous avez moins de dix-huit ans ? reprit la femme en détachant bien ses mots.

- Oui, répondit Ciel –en réalité, il n'en savait plus rien.

- Alors, vous pouvez entrer gratuitement.

Elle avait renoncé à lui demander des papiers d'identitée. Le jeune garçon ne se le fit pas dire deux fois et se retrouva dans un hall immense, avec en face de lui l'accueil (hors de question de se ridiculiser une nouvelle fois !), et des deux côtés, deux escaliers couverts d'un tapis rouge. Il considéra l'énorme logo de la Shinra, placardé entre les deux ascenseurs, puis se dirigea vers les escaliers. Dans ses souvenirs, le bureau de Rufus était très haut.

Mais un membre de la garde civile lui barra le passage :

- Excusez-moi, les étages supérieurs sont fermés au public.

Il considéra le soldat d'un air sévère et chercha de quoi le convaincre. Après une demi-seconde de réflexion, il déclara d'un ton le plus méprisant possible :

- Dans ce cas, laissez moi passer. Je n'appartiens pas au « public ».

L'homme le dévisagea d'un air circonspect, et le garçon ajouta :

- Laissez moi passer. Le Vice-Président m'attend.

- Vraiment ?

- Absolument.

Il espérait simplement qu'il n'ait aucun moyen de vérifier.

- Bon, écoutez… reprit-il avec un ton patient, si jamais je mens, je serai certainement puni sévèrement. En revanche, si je dis la vérité et que vous m'avez empêché de passer, vous aurez de sérieux problèmes.

- Où est votre pass, dans ce cas ?

Ciel se retint d'ouvrir de grand yeux étonnés, et se contenta d'hausser dédaigneusement les épaules. Le pauvre soldat ne savait pas quoi penser de cet adolescent freluquet et androgyne qui n'avait pas l'air de vouloir rebrousser chemin.

Le Cetra tenta de se remémorer les quelques conversations qu'il avait surprise entre ses hôtes au sujet de leurs dirigeants, avant de glisser, sur le ton de la confidence :

- D'ailleurs, monsieur Tuesti devrait déjà être ici. Où est-il donc ? Il devait m'accueillir.

Il ne savait absolument pas qui était Reeve Tuesti, mais il le remercia avec une ferveur presque religieuse lorsque le soldat s'écarta d'un pas après un moment de réflexion pour le laisser passer.

Il espérait que Tseng apprécierait le geste. Jamais il ne s'était montré aussi culotté pour convaincre qui que ce soit. Quand il atteint enfin l'ascenseur, ce fut une autre paire de manche. Il ne pouvait tout simplement pas monter. Il n'avait pas de pass. En considérant l'encoche pour les cartes magnétisées, il comprit ce que le garde voulait dire. Il hésita longuement, se demandant ce qu'il se passerait si quelqu'un appelait l'ascenseur de plus haut. Evidemment, s'il y avait deux ascenseurs, ce n'était pas pour rien, mais Ciel ne savait absolument pas comment faire fonctionner l'engin. Il avait déjà vu Tseng ou Reno le faire une fois, mais il était incapable de les imiter.

Finalement, il appuya sur le bouton le plus haut. Rien ne se passa, mis à part une voix artificielle lui demandant d'insérer la carte pass. Le jeune garçon passa ses doigts sur l'encoche, ne sachant que faire, puis immobilisa sa main au dessus. Il sentit l'électricité fourmiller dans sa paume, le long de ses doigts, puis déclencher une étincelle et un sifflement grésillant de l'appareil.

L'ampoule qui illuminait l'habitacle vacilla, puis éclata. Sans y prêter grande attention, Ciel resta concentré sur sa manœuvre. Enfin, il sentit l'ascenseur se mettre en branle. Au même moment, toutes les lumières du bâtiment crépitèrent. Certaines s'éteignirent, et le tube à essai qu'Hojo tenait dans la main explosa. Il contempla les débris de vert et le liquide rougeâtre qui se rependait sur sa main, puis esquissa une grimace affreuse qui ressemblait à un sourire. Il n'y avait que lui pour être assez tordu et comprendre ce qu'il venait de se passer.