Chapitre 5 – La traversée

« L'amour n'est que la découverte de soi-même dans l'autre, et la joie de s'y reconnaître. »

Collectif, extrait de Que la vie est belle !

Candy fut réveillée par des bruits de vaisselle provenant du salon. Puis quelqu'un frappa à sa porte.

- Mademoiselle, je suis Marguerite. Je serai votre femme de chambre pendant la traversée selon les ordres du commandant. Votre petit-déjeuner est servi. Puis-je entrer afin de vous aider à vous habiller ?

Candy eut un sourire sans joie. Voici donc ce qu'Albert avait de si important à dire au commandant de bord hier soir. Il ne voulait pas que la scène se répète, il avait demandé à ce qu'elle ait une aide pour s'habiller. Et bien soit, puisqu'il en était ainsi, elle redeviendrait la jeune fille prude qu'il affectionnait tant. Mais cela ne voulait pas dire qu'elle resterait éloignée de Louis Morel. Elle était persuadée qu'il était la clé vers le cœur d'Albert.

- Oui, entrez Marguerite.

oooooo

Candy arriva devant la porte de la cabine numéro douze et frappa doucement à la porte.

- Mademoiselle Andrew, dit Monsieur Girard en ouvrant la porte. Quel plaisir de vous voir. J'avoue que je commençais à croire que vous ne viendriez pas, dit-il avec un regard gêné.

- Bonjour Monsieur Girard, et s'il vous plaît appelez moi Candy. Excusez mon arrivée tardive mais je ne suis pas du matin, dit-elle avec un sourire complice. Votre fille est-elle réveillée ?

- Oui, elle vous attend avec impatience. Depuis que le Docteur Rousseau et moi-même lui avons parlé de vous ce matin, elle ne fait que demander à quelle heure vous devez arriver.

- Oups, voilà qui me gène d'autant plus d'arriver si tard. Mais ne perdons pas plus de temps, je vous suis, si vous le voulez bien.

L'appartement qu'occupaient Pierre et Camille Girard était beaucoup plus petit que le leur. Bien que tout aussi luxueux, il se composait juste d'un salon doté d'un canapé-lit, d'une chambre, d'une salle de bains et d'un WC. Ils entrèrent dans la chambre où Candy découvrit une petite fille pâle allongée dans le lit. Elle paraissait bien plus jeune que ses huit ans, mais Candy savait que c'était une des conséquences de sa grave maladie. Elle s'approcha du lit et s'assit près de l'enfant.

- Bonjour Camille, je suis Candy. Je m'ennuie toute seule dans ma cabine et je voulais savoir si tu voulais bien me tenir compagnie quelques heures par jour pendant la traversée ?

La petite fille sourit à sa demande. Pour la première fois de sa vie, on lui demandait une faveur. Ce n'était pas Candy qui lui offrait sa compagnie mais la sienne qu'elle réclamait. Monsieur Girard vit les yeux de sa fille s'illuminer pour la première fois depuis bien longtemps et il fut reconnaissant à Candy d'avoir présenté la situation sous cet angle, et lui avoir caché qu'elle était infirmière. Depuis sa naissance, l'enfant passait d'hôpitaux en hôpitaux et d'infirmières en infirmières. Elle supportait de plus en plus mal la vision de l'uniforme blanc. Seul le Docteur Rousseau trouvait grâce à ses yeux. Il était devenu un ami de la famille à force de soigner Camille.

- D'accord, je veux bien te tenir compagnie. Mais quel curieux prénom portes-tu ? Candy. Je ne l'ai jamais entendu auparavant.

- En réalité, mon nom est Candice, mais mes amis m'appellent Candy, dit-elle en riant de bon cœur.

- Oh ! Très bien alors, je veux bien t'appeler Candy.

Pierre Girard sortit de la chambre avec un sourire soulagé. Candy Andrew était une gentille jeune femme et elle avait l'air d'apprécier les enfants. Camille était souvent seule et sa compagnie lui ferait du bien.

Plus tard dans la journée, alors que Camille faisait la sieste, Candy interpella le Docteur Rousseau.

- Bonjour Docteur.

- Bonjour Mademoiselle Andrew. Alors comment s'est passée votre rencontre avec notre petite malade ?

- Très bien, c'est une petite fille adorable et je la trouve pleine de vie malgré sa maladie. D'ailleurs, je souhaitais m'entretenir de quelque chose avec vous à son sujet.

- Je vous écoute ? demanda le médecin en fronçant un peu les sourcils.

- Et bien je pense que ce n'est pas bon pour elle de rester toujours enfermer dans sa chambre. Lorsque je travaillais à Sainte Joana, nous promenions souvent les malades du cœur dans les jardins de l'hôpital. Couverts chaudement, l'air frais ne leur faisait que du bien.

- Je ne sais pas Mademoiselle, Camille est très fragile. Et nous n'avons pas emporté de fauteuil roulant.

- Je suis allée visiter l'hôpital sur les ponts inférieurs et le Docteur Robert m'a assuré que je pouvais prendre un des fauteuils puisque l'hôpital était quasiment vide.

Le médecin la regarda attentivement, les sourcils toujours froncés. Cette petite savait ce qu'elle voulait et comment l'obtenir.

- Juste quelques minutes par jour. Une demi-heure tout au plus, demanda-t-elle le regard suppliant.

- D'accord. Mais pas plus d'une demi-heure ! lui répondit-il, un doigt menaçant pointé sur elle.

- Merci Docteur !

Joyeuse comme une enfant, Candy retourna dans sa cabine pour y prendre un livre et un plaid, afin de finir l'après-midi sur un transat à profiter du soleil.

oooooo

Quelques jours s'étaient écoulés et Candy passait de merveilleux moments avec Camille. Chaque jour, elle emmenait la petite fille sur le pont supérieur et le pont promenade et elles savouraient toutes deux ces moments d'intimité et le merveilleux soleil qui les embrassait de sa chaleur. Lorsqu'elles n'étaient pas en promenade, elles passaient des heures dans la chambre de l'enfant à jouer à la poupée et Candy lisait toujours une histoire à Camille avant qu'elle ne s'endorme pour sa sieste. Ensuite, Candy retournait à sa vie.

Elle ne voyait que très peu Albert qui semblait toujours en colère contre elle. Elle passait de longues heures seule sur le pont à se promener, l'air triste ou à lire sur un transat. Parfois, Louis Morel venait lui tenir compagnie et elle l'appréciait de plus en plus. Il était toujours joyeux et faisait tout pour la distraire et la faire rire. Le soir, ils se retrouvaient tous à la table du commandant pour savourer la merveilleuse cuisine française que le chef leur préparait. Louis Morel s'asseyait toujours à côté de Candy et monopolisait souvent sa conversation. Elle riait souvent de son rire cristallin aux propos qu'il lui tenait et il se rengorgeait d'avoir réussit à effacer la tristesse qu'il lisait souvent sur son regard. C'était maintenant lui qui la raccompagnait à sa cabine après avoir admiré quelques instants le ciel étoilé. Lorsqu'elle rentrait, Albert était soit déjà enfermé dans sa chambre, soit toujours avec les autres hommes dans le fumoir.

Pourtant un soir, alors que Louis venait de la laisser devant la porte de sa cabine après lui avoir baisé la main de façon plus instante que d'habitude, Candy entra dans son appartement avec toujours aux lèvres le sourire qu'elle affichait souvent en compagnie de son nouvel ami. Elle fut surprise de découvrir Albert assit sur l'un des fauteuils qui entourait le poêle, un livre à la main. Il leva la tête lorsqu'elle entra et le sourire sur le visage de la jeune femme s'effaça aussitôt. Elle se dirigea vers sa chambre sans un regard pour lui, murmurant juste un « Bonsoir Albert » au passage, bien résolue à éviter une nouvelle dispute.

Albert se leva lorsqu'elle passa près de lui. Il ne supportait plus la distance qui s'était installée entre eux depuis quelques jours et bouillait intérieurement du rapprochement entre Candy et Louis Morel. Il l'avait attendu pour lui parler, pour s'excuser des paroles blessantes qu'il lui avait dites la dernière fois qu'ils avaient échangé quelques mots.

- Attends Candy, je voulais te parler.

Candy ignora les paroles de son tuteur et continua son chemin vers sa chambre. Elle fut arrêtée par la poigne de fer d'Albert autour de son bras.

- Attends Candy, s'il te plaît.

Candy s'immobilisa. Sa voix était douce, pas comme la dernière fois qu'elle l'avait entendue. Le contact de la main chaude d'Albert sur son bras nu la fit frissonner et elle ferma les yeux. Dieu qu'elle avait faim de ce contact, de ces mains dans les siennes, de ces bras autour d'elle. Elle respira profondément et ouvrit lentement les yeux pour découvrir avec surprise qu'il se tenait devant elle, tout proche. Elle pouvait sentir l'odeur de son parfum masculin mêlé à celui de sa peau. Cette odeur qu'elle connaissait si bien et qui signifiait pour elle le réconfort. Il posa sa main libre sous son menton et lui releva doucement la tête jusqu'à ce que leurs yeux se rencontrent.

- Candy…. S'il te plaît.

Ses yeux étaient tristes et implorants. Comment aurait-elle pu résister à ce regard ? Ces yeux bleus ciel si profonds qu'elle affectionnait tant. Ils restèrent un moment ainsi, échangeant seulement les paroles muettes de leurs regards bleu et émeraude. Puis Albert sentit Candy se détendre et relâcha la pression de sa main sur son bras.

- Je voulais te présenter mes excuses pour les paroles blessantes que je t'ai dites l'autre soir, et de n'avoir pas été très présent pour toi depuis.

Candy ne répondit pas, toujours noyée dans l'océan de ses yeux. Le cœur d'Albert se serra face au silence de la jeune femme et un voile de tristesse traversa ses yeux. Elle ne lui pardonnait pas, il l'avait perdu, Morel avait gagné. Il baissa la tête, incapable de soutenir plus longtemps son regard et se dirigea vers sa chambre, les épaules affaissées par le poids de sa tristesse. Cette fois, c'est Candy qui le retint par le bras.

- Albert…

C'est tout ce qu'elle parvint à dire. La seconde suivante, elle était dans ses bras. Ces bras puissants qui lui avaient tant manqué, la chaleur de son corps. Elle l'aimait, ça ne faisait plus de doute maintenant pour elle, et une vague d'émotion, mêlée de tristesse et de soulagement, l'envahit. Elle ne put retenir ses sanglots.

Sentant Candy sangloter dans ses bras, Albert la souleva et l'emporta vers le sofa où il l'assit sur ses genoux. Il la serra si fort qu'il craignit de la briser et posa son menton sur le haut de sa tête, tout en lui caressant les cheveux. Il défit une à une les épingles qui retenaient son chignon et une fois sa chevelure tombée en cascade sur son dos, il entreprit de lui enlever ses bottines. Il la sentit se détendre peu à peu et ses sanglots s'espacer. Il continua à la bercer quelques minutes avant de briser le silence.

- Candy, ma douce Candy, tu m'as tellement manqué. Je déteste que nous nous disputions, je déteste que nous soyons en froid. Pardonne-moi les paroles dures que je t'ai dite l'autre jour. Tu me rends fou, je t'aime tellement.

Ce n'était pas la première fois qu'Albert disait à Candy qu'il l'aimait. Toutes les personnes de leur entourage savaient que ces deux là s'aimaient d'un amour profond, mais personne ne se doutait que cet amour infini qu'Albert portait à Candy était plus que fraternel. Personne à part Archibald. Pourtant, Candy ne reconnu pas le ton habituel avec lequel Albert lui disait qu'il l'aimait depuis tant d'années et elle se demanda avec espoir, si ses paroles n'avaient pas un double sens.

- Toi aussi tu m'as tellement manqué. Je pensais que tu ne m'adresserais plus jamais la parole et je commençais à penser à reprendre le bateau vers l'Amérique en arrivant en France. Je t'aime aussi Albert, plus que tu ne le penses.

Le cœur d'Albert s'emballa en entendant les paroles de Candy et il resserra son étreinte. Elle sut en entendant s'accélérer les battements de son cœur qu'elle ne s'était pas trompée. Il y avait bien un double sens dans ses paroles. Albert l'aimait.

oooooo

Candy se réveilla ce matin là avec un sourire qu'elle ne parvenait pas à effacer de ses lèvres. Elle avait passé une nuit merveilleuse, la vie était merveilleuse. Albert l'aimait. Ils avaient passé une bonne partie de la nuit dans les bras l'un de l'autre assis sur le sofa, en silence, savourant juste cette intimité retrouvée. Lorsque le sommeil s'était fait sentir, ils avaient chacun rejoint leur chambre respective le cœur léger, après une dernière étreinte, lourde de signification. Candy se demandait comment allaient évoluer les choses entre eux maintenant. Elle n'oubliait pas qu'il l'avait accusée d'être une fille légère quelques jours plus tôt et ne voulait pas le décevoir en tentant d'accélérer les choses. Elle attendrait patiemment qu'Albert fasse le premier pas. Elle toucha ses lèvres du bout des doigts. Albert allait-il l'embrasser ? Elle mourrait d'envie de sentir ses lèvres sur les siennes. Mais Albert était un gentleman, peut-être n'oserait-il pas l'embrasser. Les sourcils de Candy se froncèrent. Cette perspective ne lui était pas agréable. Elle avait envie de se faire embrasser par l'homme qu'elle aimait. Elle repensa à cet autre homme qu'elle aimait, au baiser qu'il lui avait donné. Elle s'était sentie plus agressée qu'embrassée cette seule et unique fois et l'avait giflé juste après. A quoi ressemblaient les baisers d'Albert ? L'image de ses lèvres parfaites lui revint en mémoire et un frisson lui parcouru l'échine. Ses baisers seraient une caresse, elle en était sûre. Elle en était là de ses réflexions lorsqu'elle entendit Marguerite frapper à sa porte.

- Mademoiselle Candy, est-ce que je peux entrer ?

Candy se précipita hors du lit et entra dans la salle de bains.

- Oui Marguerite, vous pouvez entrer.

Quinze minutes plus tard, Candy s'installait à la table de la salle à manger où Albert l'attendait pour prendre le petit déjeuner en lisant le journal. Il l'accueillit avec son plus beau sourire et prit sa main pour la porter à ses lèvres.

- Bonjour Candy, as-tu bien dormi ? dit-il d'une voix suave.

- Merveilleusement. Et toi ?

- Mieux que ces derniers jours, je te remercie. Vas-tu voir la petite Girard ce matin ? demanda-t-il en entamant son assiette remplie d'œufs brouillés, de bacon et de toasts.

- Oui, comme tous les jours, jusqu'à sa sieste. C'est une petite fille merveilleuse et pleine de courage. Elle est parfaitement consciente de son état de santé malgré son jeune âge, mais reste toujours joyeuse et souriante. Je vais avoir de la peine de la quitter lorsque nous arriverons en France.

Candy avait dit tout cela d'une traite, ce qui fit sourire Albert. Candy sentit le rose lui monter aux joues.

- Désolée. Mais ça faisait tellement longtemps que je gardais tout cela en moi que je n'ai pas pu m'en empêcher. Nous n'avons pas discuté depuis que je m'occupe d'elle.

- Je le sais, excuse moi encore pour mon comportement. Je vous ai observées plus d'une fois sur le pont et vous avez l'air très complice.

- Tu nous as vues ? Mais je ne t'ai pas remarqué, dit-elle étonnée.

- Je ne t'ai pas quitté des yeux pendant tous ces jours Candy. J'avais envie de venir vers toi mais à chaque fois que tu étais seule, ton ami Louis Morel était plus rapide que moi. Et le soir, j'étais trop en colère par votre complicité à table, ou par le fait que tu ne souhaitais plus que je te raccompagne à notre cabine pour pouvoir t'adresser la parole sans m'énerver.

- Mais pourtant hier tu m'as parlé, dit Candy, encore abasourdie par les paroles d'Albert. Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?

Albert avait les yeux baissés sur son assiette et déchiquetait son bacon plutôt que de le couper. Il poussa un profond soupir.

- La jalousie, le désespoir, je ne sais pas.

Candy déglutit difficilement. Si la veille ils n'avaient fait que sous-entendre les choses, Albert commençait à mettre des mots sur ses sentiments. Elle resta un moment silencieuse à le regarder détruire son petit déjeuner. Albert n'avait toujours pas levé les yeux sur elle. Elle comprit alors que c'était à elle de venir vers lui après l'aveu qu'il venait de lui faire. Elle lui prit la main, qu'elle débarrassa de son couteau, et la posa sur sa joue.

- Il n'y avait aucune raison d'être jaloux.

Il leva vers elle des yeux tristes qu'une petite lueur d'espoir commençait à éclairer. Il lui fit un sourire timide et elle lui rendit un sourire franc. Elle embrassa le creux de sa main avant de la lui rendre.

- Que dirais-tu de passer l'après-midi ensemble ? Nous pourrions nous promener sur le pont, ou jouer au croquet. Qu'en penses-tu ?

- J'adorerais ça, dit-elle en se levant et en déposant un baiser sur sa joue avec de sortir rejoindre Camille.

Albert avait le cœur léger et un sourire d'enfant se dessinait sur ses lèvres.

« Elle m'aime » pensa-t-il.

oooooo

Au grand désespoir de Louis Morel, il ne réussit plus à approcher Candy jusqu'à leur arrivée en France. Candy passait tout son temps entre son tuteur et la petite Girard. Même le soir à la table du commandant de bord, William Andrew lui barrait le passage afin que ce soit lui qui s'asseye près de la jeune femme qu'il couvrait d'un regard amoureux. Ainsi il avait eu raison, il y avait bien quelque chose entre les deux jeunes gens. Les regards qu'elle lui rendait étaient tout aussi éloquents et Louis Morel se retira de la course, résigné.

Candy et Albert ne se quittaient plus. Et bien qu'ils n'aient plus abordé le sujet de leurs sentiments respectifs, les regards qu'ils échangeaient parlaient pour eux. Bien que Candy passe toujours une grande partie de sa journée avec la petite Camille, Albert les accompagnait lors de leur promenade quotidienne sur le pont. La petite fille appréciait beaucoup le jeune homme qui le fascinait autant par son impressionnante carrure que par sa douceur à son égard. Bien qu'étant une enfant, les regards que Candy et Albert échangeaient ne la trompaient pas. Un jour où Candy était en train de lui lire une histoire pour l'endormir, comme chaque jour avant sa sieste, la petite fille lui demanda :

- Est-ce qu'Albert est ton fiancé ?

- Non, il est mon tuteur, répondit Candy en rougissant à la question de l'enfant.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Qu'il prend soin de moi jusqu'à ma majorité, comme le fait ton papa avec toi.

- Mais tu l'aimes ! Dit Camille en fronçant les sourcils, sans comprendre ce que Candy lui racontait. Et il t'aime, ça se voit à la façon dont il te regarde. Papa regarde maman comme ça parfois.

Candy était très embarrassée et ne savait comment répondre à la question de l'enfant.

- Pourquoi n'êtes-vous pas mariés ? demanda l'enfant, revenant à la charge devant le silence de Candy.

- Je ne sais pas. Pourquoi ne le demandes-tu pas à Albert ? répondit-elle avec un sourire malicieux.

- Tu as raison, je lui demanderai demain, dit la petite fille avec une moue décidée.

Ce soir là, Candy eut un sourire au coin des lèvres toute la soirée, ce qui ne manqua pas de rendre Albert curieux. Elle resta évasive jusqu'au moment où ils allaient se séparer pour rejoindre chacun leur chambre. Comme chaque soir, Albert avait pris Candy dans ses bras et lui déposait un baiser chaste sur le front pour lui souhaiter bonne nuit, ce qui décevait toujours la jeune femme qui aurait préféré un baiser plus passionné, quand il revint une fois de plus à la charge.

- Vas-tu me dire ce que signifie ce sourire que tu as arboré pratiquement toute la journée, ou vas-tu me laisser aller me coucher frustré de ne pas savoir ? « comme si je ne l'étais pas déjà assez de dormir si près de toi sans pouvoir te toucher » finit-il intérieurement.

- Fais-moi confiance, tu sauras demain, dit-elle évasive, son sourire s'accentuant d'avantage à l'idée de la tête qu'il fera lorsque que Camille l'interrogera.

Albert soupira et la libéra de son étreinte.

- Si je passe une mauvaise nuit ça sera de ta faute.

oooooo

Candy, Camille et Albert en étaient déjà à leur deuxième tour du pont promenade lorsque la petite fille se décida à parler.

- Albert ?

- Oui Camille ?

- Pourquoi Candy et toi n'êtes-vous pas mariés ? demanda-t-elle tout de go.

Albert, qui poussait son fauteuil, s'arrêta brusquement et lança un regard interrogateur vers Candy qui afficha le même sourire que la veille. Il n'en fallu pas plus à Albert pour comprendre. Il contourna le fauteuil et vint s'agenouiller auprès de l'enfant.

- Parce que je suis son tuteur. Tu sais ce que ça veut dire ?

- Oui, Candy m'a expliquée hier.

Albert leva les yeux vers Candy et comprit qu'elle avait eut la même conversation avec l'enfant la veille mais qu'apparemment, ses explications ne l'avaient pas satisfaite.

- Mais vous vous aimez, alors pourquoi est-ce que tu es comme son père ?

Les yeux d'Albert s'agrandirent. Oui, effectivement, Candy devait trouver cette conversation très amusante.

- C'est une longue histoire ma chérie. Candy n'a pas de papa ni de maman. Lorsqu'elle était une petite fille, un peu plus grande que toi, des gens méchants ont voulu lui faire du mal alors pour la protéger, je l'ai adopté. Nous avons toujours été très proches et nous nous sommes toujours beaucoup aimés. Maintenant nous sommes tous les deux des adultes, et depuis peu, nos sentiments ont évolué. Mais je suis toujours son père, en quelque sorte.

- Mais tu ne peux pas être son père, tu es trop jeune. Et puis les papas et les enfants ne se regardent pas comme vous vous regardez. Vous vous regardez comme un papa et une maman.

Albert envoya un regard de détresse à Candy. La jeune femme s'agenouilla à son tour de l'autre côté du fauteuil pour venir en aide à son tuteur.

- Tu a raison Camille, les deux choses que tu viens de dire sont vraies, mais je n'en reste pas moins la fille adoptive d'Albert. Et pour cette raison, Albert ne peut être ni mon fiancé, ni mon mari. Je sais que c'est difficile à comprendre pour une petite fille mais c'est comme ça, nous n'y pouvons rien.

- Et bien c'est bien triste, répondit l'enfant, visiblement peinée par cet amour qu'elle pensait impossible.

Alors que Candy ramenait Camille dans sa chambre, Albert se dirigea d'un pas décidé vers la cabine du commandant.

« Il est peut-être temps que je remédie à la question. »

oooooo

Georges Johnson était attablé au bureau d'Albert, en train d'ouvrir le courrier du jour, lorsque le majordome frappa à la porte et entra, un plateau à la main.

- Pardonnez-moi Monsieur Georges, un télégramme vient d'arriver pour vous.

Georges se leva et prit ce que lui tendait le majordome. Il attendit que celui-ci soit sorti du bureau pour l'ouvrir.

« Georges – STOP

Annuler adoption Candy – STOP

Vous envoie pleins pouvoirs – STOP

Amicalement – STOP

W. A. Andrew. »

Georges poussa un long soupir une fois le télégramme lu.

- Enfin ! dit-il pour lui-même avec un sourire joyeux sur les lèvres.