Chapitre 8 – … en Harley Davidson

« J'appuie sur le starter et voici que je quitte la terre, j'irai peut-être au Paradis mais dans un train d'enfer. »

Serge Gainsbourg

Le surlendemain, Candy sortit de l'hôpital. Albert lui apporta les vêtements du petit Jean qui lui allèrent à merveille. C'est ainsi que, vêtue d'une chemise, d'un pantalon de toile marron retenu par des bretelles, d'un paletot de velours et chaussée de godillots, Candy grimpa à l'arrière de la moto de Léon pour reprendre avec Albert, leur périple vers Bordeaux. Bien qu'ils aient loupé le départ du paquebot qui les emmènerait vers l'Afrique, il leur restait six jours pour atteindre leur destination et ainsi, prendre le prochain. Ils étaient à mi-chemin et si tout allait bien, ils arriveraient à temps.

La première journée fut très éprouvante. Candy souffrait encore de sa blessure et la station assise et contractée qu'elle avait sur la moto ne facilitait pas les choses. Ils firent une pause rapide pour déjeuner sous un chêne, du pain et du fromage que Mathilde avait déposés dans le baluchon qu'elle avait remis à Albert avant son départ. Candy aurait voulu rester plus longtemps sous ce grand chêne qui lui rappelait tant celui de la maison de Pony, pour détendre son corps endolori et calmer la douleur de sa blessure qui remontait vers son épaule et s'étendait jusqu'à son bras. Mais Albert voulait qu'ils se pressent et elle n'osa pas se plaindre.

En fin de journée, Albert ralentit enfin en approchant d'un village. La nuit commençait à tomber et ils n'allaient bientôt plus y voir à dix mètres. Il aperçu un commerçant qui fermait sa boutique et s'arrêta près de lui.

- Bonsoir Monsieur. Savez-vous où nous pourrions trouver un hôtel ?

L'homme fut visiblement étonné par sa demande.

- Il n'y a pas d'hôtel dans le coin mon bon Monsieur.

- Savez-vous alors où nous pourrions trouver un chambre pour la nuit ?

L'homme secouait la tête négativement quand une lueur éclaira ses yeux.

- Essayez la dernière ferme du village. Ils n'ont pas chambre mais une grange où ils logeaient leur ouvrier avant la guerre. Peut-être accepteront-ils de vous y loger.

- Merci beaucoup Monsieur. Bonne soirée.

Albert n'attendit pas la réponse de l'homme et se dirigea vers la direction qu'il lui avait indiquée. Il priait intérieurement pour qu'ils puissent trouver un lit. Il avait le corps rompu du long voyage à moto qu'ils avaient parcouru et Candy était encore convalescente. Arrivés devant la dernière ferme du village, Albert arrêta la moto. Il aida Candy à en descendre et ils se dirigèrent, main dans la main, vers la porte d'entrée du bâtiment principal où une faible lumière perçait à travers les vitres. Ils frappèrent à la porte et quelques minutes plus tard, une femme d'âge mûr apparut, une bougie à la main.

- Excusez-nous de vous déranger si tard Madame. Nous sommes à la recherche d'un lit pour la nuit et au village, on nous a dit que vous pourriez peut-être nous héberger dans votre grange.

La femme les regarda avec méfiance sans répondre. Albert, qui commençait à désespérer du silence de la femme reprit en la regardant avec des yeux suppliants.

- Nous avons fait un très long voyage en moto et nous sommes très fatigués. De plus, mon amie a été blessée dans un bombardement il y a un peu plus d'une semaine et a besoin de changer son bandage et de se reposer. S'il vous plaît.

La femme les regarda encore un instant en silence puis, leur désigna le bâtiment derrière eux.

- Le lit est dans la mezzanine. Il y a des draps propres et des couvertures dans l'armoire, et vous trouverez de l'eau dans le puits qui est là. Bonsoir, dit-elle en refermant la porte.

- Merci Madame, dit Albert soulagé.

Pendant qu'Albert rentrait la moto dans la cour de la ferme, Candy tira de l'eau au puits. Ils entrèrent dans la grange quelques instants plus tard. C'était un grand bâtiment qui abritait une carriole, quelques outils de labour et un vieux cheval de trait. On accédait à la mezzanine par une simple échelle.

- Veux-tu que je te prenne sur mon dos pour monter à la mezzanine ?

- William Albert Andrew, arrête de me prendre pour une impotente ! Je grimpe aux arbres depuis que je sais marcher, ce n'est pas une petite échelle qui va me faire peur ! lui répondit Candy, les poings serrés sur les hanches.

- Excuse-moi Candy, dit-il avec un sourire taquin, c'est juste que comme tu es blessée…

- Ne t'inquiète pas pour moi et monte plutôt ce seau d'eau, qu'on puisse se débarbouiller un peu. Toute cette poussière…. Je rêve d'un bain depuis des jours.

- Dès que nous serons à Bordeaux, je te promets que tu pourras prendre le plus long bain de toute ton existence. Moi aussi j'en rêve à vrai dire.

Elle vit étinceler dans ses yeux une lueur de malice et elle détourna la tête en rougissant.

- Vous savez parler aux Dames Monsieur Andrew.

Il partit d'un rire franc et ils montèrent tous deux à l'échelle les menant à un repos bien mérité.

Pendant qu'Albert faisait sa toilette derrière le paravent prévu à cet effet, Candy s'activa à faire le lit. C'était un petit lit d'une personne mais c'était mieux que de dormir à même le sol.

« Ce n'est pas comme si nous n'avions jamais dormi ensemble » se dit-elle en sentant le rose lui monter aux joues.

Il faisait une chaleur étouffante dans la grange. Elle décida donc de laisser la couverture pliée au pied du lit et de ne mettre qu'un drap. Soudain, la réalité frappa son esprit. Elle n'avait pas de vêtements de nuit. Les vêtements d'homme qu'Albert lui avait apporté n'étaient que des vêtements de jour. Ni chemise de nuit, ni pyjama n'en faisait parti. De plus, elle ne portait plus de sous-vêtements depuis qu'on les lui avait enlevés pour l'opérer. Tous ses vêtements avaient été jetés par les infirmières. Le contact du pantalon de toile sur sa peau nue avait été désagréable toute la journée, d'autant plus qu'elle avait été inconfortablement assise sur la moto.

Albert réapparut à cet instant, une serviette de toilette nouée autour de la taille pour tout vêtement.

- Dieu que c'est bon de se sentir propre. Tu devrais aller te laver Candy, je suis sûr que tu te sentiras mieux après.

Candy se mordait la lèvre inférieure, les yeux inquiets.

- Que se passe-t-il Candy ? Est-ce que c'est ma tenue qui te gêne ?

- Heu… non….c'est que….

- Qu'y a-t-il ? Dis-moi ma belle, dit-il tendrement en s'approchant d'elle.

- Je n'ai rien d'autre que ce que je porte sur moi maintenant. Comment vais-je dormir ?

- Et bien, je ne sais pas, tu n'as qu'à garder tes sous-vêtements, dit-il en l'attirant doucement vers lui.

Elle baissa la tête en rougissant. Il posa un doigt sous son menton pour le relever.

- Je t'ai déjà vu en sous-vêtements rappelle-toi, dit-il avec un sourire complice.

- C'est que je n'ai plus de sous-vêtements. On me les a enlevés pour m'opérer.

Albert la regarda intensément pendant un instant qui lui parut une éternité. Puis il lui offrit un sourire rassurant.

- Fais comme moi, enveloppe-toi dans une serviette. A la guerre comme à la guerre.

Candy eut du mal à se déshabiller. Lorsqu'elle parvint à enlever sa chemise, elle découvrit que son bandage était taché. Sa blessure avait saigné. Elle l'enleva délicatement et procéda à sa toilette. Lorsqu'elle eut finit, elle regarda sa blessure et ses bandages de rechange et se rendit compte qu'elle serait incapable de le remettre elle-même. Le rouge lui monta aux joues. Vu l'endroit où l'éclat d'obus l'avait atteint, son bandage lui couvrait tout le haut du torse, et seul Albert était présent pour lui servir d'infirmier. Même s'il était évident pour les deux jeunes gens que leurs sentiments l'un envers l'autre étaient sincères, ils n'en étaient pas encore à franchir le pas des rapports intimes. D'ailleurs, Albert l'avait à peine embrassé quelques fois lorsqu'il venait lui rendre visite à l'hôpital.

Candy batailla intérieurement encore quelques instants avant de s'avouer vaincue. Elle s'enveloppa de sa serviette, prit ses potions et ses bandages et alla rejoindre Albert. La faible lueur de la bougie projetait des ombres chinoises tout autour du petit lit, complètement recouvert du grand corps d'Albert. Lorsqu'il la vit arriver, il se leva pour l'accueillir. Heureusement, la pièce était sombre et elle ne vit pas son regard brûlant se poser sur son corps à demi couvert par la serviette.

« La nuit va être longue » se dit-il en repensant à la dernière nuit qu'ils avaient passée ensemble. Avec le recul, cette nuit là lui paraissait bien innocente comparée à celle qui s'annonçait, dans ce lit minuscule, leurs deux corps uniquement couverts de serviettes de toilette.

- Albert, j'ai besoin de ton aide.

- Tout ce que tu veux mon amour, dit-il en s'approchant d'elle lentement.

Un frisson parcouru l'échine de la jeune femme.

- Je… je… je ne parviens pas à faire mon bandage moi-même, dit-elle d'une voie tremblante.

Albert posa les yeux sur la trace sombre visible au-dessus de la serviette et se demanda un instant comment panser une telle blessure. Soudain, le souvenir de la griffure que lui avait fait le lion échappé du cirque quelques années plus tôt lorsqu'il avait voulu protéger Candy, lui revint à l'esprit, ainsi que le bandage qu'elle lui avait fait. Ses yeux s'élargirent en réalisant ce qui allait suivre. Son corps réagissait déjà à cette perspective et il dû lutter de toutes ses forces contre son esprit pour lui imposer une image qui le calmerait avant que la simple serviette qu'il portait ne révèle la tragique vérité.

- Albert ? demanda-t-elle finalement, voyant qu'il la regardait sans lui répondre.

- Oui Candy, je vais t'aider. Viens t'assoir sur le lit.

Candy alla rejoindre Albert d'un pas mal assuré et ils s'assirent ensemble sur le lit. Elle lui tendit les bandages d'une main tremblante, sans parvenir à le regarder. Il s'en saisit et les posa à côté de lui. Candy prit une grande respiration avant de lever les mains pour enlever sa serviette quand Albert lui prit le visage entre ses mains et l'obligea à le regarder.

- Calme-toi Candy. Tout ira bien, je te le promets. Tu me fais confiance n'est-ce pas ?

Elle lui fit un signe de la tête et il posa doucement ses lèvres sur les siennes. Ce baiser était différent de ceux qu'ils avaient échangés jusque là. Bien que très tendre, il n'en était pas moins gourmand et sensuel. Candy découvrait ce baiser comme si c'était la première fois qu'on l'embrassait. Les lèvres d'Albert étaient douces, chaudes et humides. Il caressait ses lèvres tendrement, saisissant tour à tour sa lèvre inférieure et sa lèvre supérieure. Les sensations qu'elle ressentait l'étourdissaient au point qu'elle en oublia le lieu où elle se trouvait. Lorsqu'il brisa ce baiser, il posa son front contre le sien et lui murmura :

- Ferme les yeux.

Candy ferma les yeux et sentit un baiser se déposer sur chacune de ses paupières. Les mains d'Albert quittèrent ses joues et elle sentit sa serviette se dénouer lentement et descendre autour de sa taille. Avec des gestes lents, Albert appliqua une compresse imbibée sur sa blessure et commença doucement à faire tourner autour de son buste les longues bandes qui la maintiendraient. Candy sentait ses doigts la frôler à chaque mouvement. Elle ne pouvait s'empêcher de savourer le contact de ces doigts sur sa peau nue et l'érotisme de la situation. Bien qu'elle essayait de se contrôler, elle entendait comme un écho les battements de son cœur cogner dans sa poitrine et sa respiration s'emballer. C'était la première fois qu'elle était poitrine nue devant un homme mais elle ne se sentait plus gênée. Albert avait su la mettre en confiance pour qu'elle oublie sa timidité et qu'elle découvre la beauté de la situation. Elle sentait les yeux d'Albert lui brûler la peau autant que ses doigts qui la frôlaient. Il la regardait dans sa semi-nudité et elle aimait ça.

- Albert… dit-elle d'une voix qui était presque un murmure.

- Tu peux ouvrir les yeux Candy, j'ai fini.

Elle le regarda avec des yeux chargés des nouvelles sensations qu'elle venait de ressentir.

« C'est lui qui a raison, la vie est trop courte. Nous avons failli mourir sous ces bombes. Il faut vivre comme s'il n'y avait pas de lendemain. »

- Albert, dit-elle à nouveau, les yeux chargés de désir.

Il la regardait, silencieusement, les poils dressés du courant qui avait traversé ses reins en entendant sa voix prononcer son nom comme une supplique. De sa vie, il n'avait désiré une femme comme il la désirait à cet instant alors que ses yeux le suppliaient de la faire sienne. Il avait dû faire appel à toute la force qui l'habitait pour ne pas céder à ces deux magnifiques poires dressées qui appelaient ses lèvres. Elle était plus belle encore que ce qu'il avait pu imaginer pendant les nuits où il la déshabillait en rêve. Et aujourd'hui elle s'offrait à lui.

Il se surprit à découvrir que la voix de la raison était plus forte que celle de son désir. Il prit à nouveau son visage entre ses mains et l'embrassa de toute la passion qui l'habitait.

- Non Candy, dit-il dans un souffle. Pas comme ça. Dieu m'est témoin que jamais je n'aurais imaginé dire ça, mais non. Tous les pores de ma peau transpirent du désir que j'éprouve pour toi mais j'ai vu ta blessure et je sais que tu n'es pas guérie. J'aurais trop peur de perdre la tête et te faire mal.

- Mais, Albert…

- Il y aura d'autres nuits Candy, je te le promets.

- Nous ne savons pas de quoi demain sera fait.

- Si, demain, et tous les jours qui suivront seront faits de toi, de nous. Je t'aime comme je n'ai jamais imaginer pouvoir aimer. Je t'aime tellement que j'en ai mal, tant mon corps n'est pas assez puissant pour contenir tout cet amour. Il y aura d'autres nuits. Je te le promets. Plus belles encore que celle-là, et crois-moi, celle-ci est déjà merveilleuse. Je t'aime mon amour, et je t'aimerai encore quand mon âme aura quitté mon corps.

Candy ouvrit les yeux pour rencontrer son regard.

- Je t'aime aussi Albert. Je ne veux pas être séparée de toi. Jamais.

Il l'embrassa à nouveau passionnément et l'allongea doucement sur le lit. Elle se blottit dans ses bras, son torse nu et chaud contre sa joue, et se laissa bercer par les battements de son cœur jusqu'à sombrer doucement dans un sommeil libérateur, bien consciente du désir qui brûlait toujours en lui, dont elle sentait l'ardeur pressée contre son ventre.

oooooo

Le soleil de midi était haut dans le ciel et les enveloppait de sa chaleur, déjà étouffante pour un mois de juin, lorsqu'ils atteignirent Bordeaux, deux jours plus tard. Albert arrêta sa moto devant l'Hôtel de Bordeaux, Place de la Comédie. Il aida Candy à descendre et pendant qu'il laissait l'engin aux bons soins du portier éberlué, elle écarquillait les yeux devant la splendeur du lieu. Albert la regarda en souriant.

- Nous sommes là pendant trois jours. Tu auras tout le temps de découvrir la beauté de la ville.

Ils entrèrent dans l'hôtel malgré l'œil désapprobateur du personnel devant leurs vêtements modestes et sales.

- Vas t'assoir dans le hall, je vais m'occuper de notre chambre. Je reviens tout de suite.

Albert revint dix minutes plus tard avec un foncement de sourcils qui disparut en voyant Candy.

- Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle inquiète. Ces deux jours et demi de voyage sur la moto l'avait mise sur les genoux et elle rêvait d'un bain et d'un lit douillait.

- Si tout va bien. Bien que je n'aie pas pu contacter Georges pour qu'il décale notre réservation, j'ai pu obtenir une chambre tout de même. Suis-moi.

Il lui prit la main et l'emmena vers les ascenseurs. Les gens regardaient ce curieux couple qui s'affichait sans pudeur et dont la mise laissait clairement à désirer. Ils atteignirent le dernier étage et suivirent un groom qui leur ouvrit une porte et tendit la clé à Albert.

- Si Monsieur et Madame Andrew ont besoin de quoi que ce soit, je suis Jacques. A votre service.

Albert lui déposa un billet dans la main et le congédia. Candy n'osait bouger. Ce n'était pas une chambre, mais une suite d'un luxe époustouflant. Un élégant salon donnait d'une part, sur une immense chambre dont le lit trônait face à elle, sa tête de lit en partie recouverte d'une tenture de taffetas doré s'étalait sur la moitié du mur, et d'autre part sur une terrasse spectaculaire de 100m² qui offrait une vision panoramique sur la ville.

- Albert, c'est magnifique ! Mais ce n'est pas une chambre…

- Non c'est la suite royale, dit-il avec un sourire satisfait. Rien n'est trop beau pour mon épouse adorée. Je leur ai laissé entendre que nous étions mariés. Nous portons le même nom et je ne veux pas provoquer un scandale.

- Quel est ce bâtiment face à nous ? demanda-t-elle en s'avançant sur la terrasse.

- C'est la façade du Grand Théâtre. Tu vois les douze statues de pierre qui surplombent les douze colonnes ? Elles représentent neuf Muses et trois Déesses. On peut voir, en partant de la gauche, Euterpe, la Muse de la musique Uranie, la Muse de l'astronomie Vénus, la Déesse de l'amour Calliope, la Muse de l'éloquence Terpsochore, la Muse de la Danse Melpomène, la Muse de la tragédie Thalie, la Muse de la Comédie Polymnie, la Muse de l'écriture Junon, la Déesse Reine des Dieux Minerve, la Déesse de la sagesse et de la guerre Erato, la Muse de la poésie lyrique et Clio, la Muse de l'Histoire.

Candy tourna vers lui un regard chargé d'admiration. Albert sourit en rougissant un peu.

- Ne me regarde pas comme ça Candy. Ce n'est pas la première fois que je viens ici et tu sais à quel point je suis curieux. Je te ferai visiter la ville. Tu verras, c'est magnifique.

- Je veux bien te croire. Mais pour l'heure où est la salle de bain ? je rêve d'un bain, dit-elle en courant dans la suite, toute excitée à l'idée de se détendre enfin et surtout se laver correctement. Elle trouva enfin la pièce d'eau et resta interdite devant la baignoire. Albert la suivait.

- Hum…. On pourrait tenir tous les deux dans cette baignoire… dit-il un sourire taquin aux lèvres.

- Albert !

Il partit d'un fou rire.

- Ne t'inquiète pas, je plaisantais. Et puis nous aurons bien d'autres occasions de partager une baignoire... Je te laisse, j'ai quelques affaires à régler. Je n'en ai que pour quelques heures. Commande ce que tu veux au room service et reposes-toi, dit-il en lui déposant un baiser sur le front avant de partir.

- Compte sur moi, je pourrais dormir cent ans tellement je suis fatiguée !

Trois heures s'étaient écoulées lorsqu'Albert revint, les bras chargés de paquets. Il trouva Candy allongée sur le lit, drapée dans un peignoir éponge blanc, endormie avec un sourire satisfait sur les lèvres. Il la regarda en souriant tendrement, et alla s'allonger quelques instants auprès d'elle. Il enleva doucement quelques mèches qui lui barraient le visage.

- Dors ma petite marmotte. Profite de cette sieste comme je profite de la vision que tu m'offres. Tu es auprès de moi et tu m'aimes. Rien ne peut me rendre plus heureux, à part peut-être que tu acceptes de m'épouser. Nous verrons cela ce soir, dit-il confiant en lui déposant un léger baiser sur les lèvres avant de se diriger vers la salle de bain pour un bain bien mérité.

Candy était toujours dans les bras de son ami Morphée, inconsciente du retour d'Albert. Elle se retourna doucement dans son sommeil, toujours absorbée par le merveilleux rêve qui irradiait sa sieste.

- Terry… dit-elle dans un soupir de satisfaction.

Candy ouvrit les yeux sans comprendre où elle se trouvait. Puis, en quelques secondes, la réalité fit place au rêve et son regard s'assombrit de tristesse.

« Ce n'était qu'un rêve. Je ne suis pas à New-York avec Terry. Je suis en France avec Albert. Terry mon amour, j'aurais tellement aimé que ce soit vrai, que nous soyons à nouveau réunis. Je t'aime tellement mon amour, tu me manques tellement. » Pensa-t-elle, sentant les larmes lui piquer le nez.

- Ca y est, Candy, tu es réveillée ? dit la voix d'Albert. Il arriva près d'elle et s'allongea à ses côtés sur le lit, vêtu du même peignoir d'éponge qu'elle. Et bien qu'y a-t-il, pourquoi pleures-tu ?

- Rien j'ai dû faire un cauchemar. Je ne m'en souviens pas, mentit-elle.

- Viens là ma belle, tu es en sécurité avec moi, tu le sais, dit-il en la berçant. Tu avais pourtant un sourire radieux sur les lèvres lorsque je suis rentré tout à l'heure.

Elle ne répondit pas, gênée et coupable de lui mentir et de penser toujours à Terry alors que lui, Albert, l'aimait tant et voulait prendre soin d'elle.

- Allez Candy, sèche tes larmes et habille-toi pour le dîner.

- Mais je n'ai rien à mettre. Je ne supporte plus ces vêtements. Ils sentent tellement mauvais que je pense que je vais les jeter.

- Je ne parlais pas de « ces » vêtements là Candy, dit-il en riant joyeusement. Je parlais de ça, ajouta-t-il en désignant une quantité astronomique de boites. Choisis celle que tu veux. Fais-toi belle pour moi.

Il étouffa ces derniers mots dans un baiser langoureux.

Une demi-heure plus tard, Candy sortait de la chambre, portant une robe de satin bleu nuit, composée d'un bustier et d'une longue jupe dont les plis remontaient de chaque côté de sa taille. De longs gants de satin bleu nuit également complétaient sa tenue. Ses cheveux étaient relevés en un chignon tressé. Elle se dirigea vers Albert, rouge de honte. Il la regardait d'un air appréciateur.

- Albert, je ne peux pas sortir comme ça. Tu as oublié de m'acheter un corset, la robe est tellement serrée que ma poitrine ressort outrageusement et pour couronner le tout, on voit ma cicatrice.

- Chut Candy, tu es magnifique. Je ne t'ai pas acheté de corset car je pense que c'est un instrument de torture et en plus, tu n'en as absolument pas besoin, tu es magnifique. Et ta blessure doit rester à l'air maintenant pour cicatriser c'est pourquoi j'ai choisi une robe sans bretelles. Je ne me suis pas trompé, elle te va à ravir, dit-il sans parvenir à ôter son regard du décolleté de Candy.

- Mais je ne peux pas sortir comme ça, c'est indécent.

- Qui te parle de sortir ? dit-il avec un sourire en coin qui n'augurait rien de bon. Je t'ai demandé de t'habiller pour dîner. Nous allons dîner. Ici. Suis-moi.

Il prit sa main et l'emmena en direction de la terrasse. Lorsqu'ils y parvinrent, Candy écarquilla les yeux en découvrant qu'elle avait été complètement transformée en un décor romantique où les nombreuses bougies qui éclairaient l'immense terrasse, émergeaient comme par magie de ce qui ressemblait à une roseraie rouge et blanche, embrassant intimement une table ronde entourée de deux fauteuils.

- Mais comment as-tu fait ?

- Rien n'est trop beau pour toi, lui dit-il en portant sa main à la bouche pour lui déposer un tendre baiser.

- Mais j'ai été là tout le temps, comment … ?

- Mystère… dit-il avec un sourire énigmatique.

Candy et Albert dînaient joyeusement dans ce décor féérique. Albert avait commandé un repas spécial au chef du restaurant de l'hôtel, accompagné de champagne et de vin de Bordeaux, servi par le maître d'hôtel, lui-même.

Albert raconta à Candy le déroulement de son après-midi pendant que celle-ci se reposait à l'hôtel, le shopping dont elle n'imaginait que la partie visible de l'iceberg, le reste des emplettes devant être livrées le lendemain, et les nouvelles qu'il avait eues part Georges. Une fois leur dessert terminé, Albert attendit que le maître d'hôtel prenne congés et prit la main de Candy tendrement.

- Candy, j'ai une chose importante à te dire.

- Que se passe-t-il ? Est-ce que tout va bien à Chicago ?

- Oui, répondit-il dans un sourire, tout va bien pour tout le monde, ne t'inquiète pas. En fait, il s'agit de nous, ou plus précisément, de toi.

- Moi ? Qu'ai-je fait ?

- Rien Candy, tu n'as rien fait. C'est moi qui ai fait quelque chose à vrai dire.

- Sois plus précis, je suis complètement perdue.

- Candy, j'ai renoncé à l'adoption. Tu n'es plus ma fille, tu n'es plus une Andrew. C'est officiel depuis hier.

- Je ne suis plus une Andrew ? demanda-t-elle avec des yeux élargis par la surprise. Je suis juste Candice Neige à présent ? Comme avant ?

Albert vit que son regard était triste et il resserra l'étreinte sur sa main.

- Ne sois pas triste Candy. En fait, je suis étonné que tu sois surprise. Tu ne te doutais pas qu'il fallait que j'en arrive là ?

Les yeux de Candy s'écarquillèrent en comprenant la signification des paroles d'Albert et une ombre de tristesse traversa une fois encore ses yeux.

« Il va me demander de l'épouser. Terry, ce devrait être toi, c'aurait dû être toi. Terry mon amour je t'aimerai toujours, pardonne-moi. Tu m'as fait promettre d'être heureuse. Albert saura me rendre heureuse, j'en suis sûre. »

Albert regardait Candy. Il devinait qu'elle pensait à Terry. Pourtant, ils étaient ensemble, il allait l'épouser, elle l'aimait, elle lui avait dit, elle ne voulait pas qu'ils se quittent…

« Un jour Candy, tu l'oublieras. Un jour, tu m'aimeras plus que lui. Un jour. »

Albert sortit un écrin de velours de sa poche et l'ouvrit devant Candy avant de reprendre sa main dans la sienne.

- Candy, je t'aime depuis ce jour où je t'ai vu pour la première fois sur la colline de Pony même si je ne l'ai découvert qu'il y a peu. Je suis tombé amoureux de toi lorsque j'étais amnésique et que tu as combattu les gens et les mentalités pour pouvoir me soigner et me protéger. Lorsque je suis redevenu moi-même, j'ai découvert que cet amour dormait en moi depuis l'adolescence et j'ai longtemps cru qu'il était fraternel. Mais c'était faux Candy, ça a toujours été faux, mais j'avais trop peur de me l'avouer, j'avais trop peur des conséquences. J'attends ce jour depuis si longtemps que j'ai l'impression d'être à nouveau cet adolescent tremblant. Candy, veux-tu me faire l'immense honneur d'accepter de devenir ma femme et de redevenir une Andrew à mes côtés pour le reste de nos vies ?

Candy regard un instant silencieusement l'écrin et la bague qu'il contenait. Un solitaire monté sur un anneau d'or blanc. Magnifique, bien sûr, hors de prix, sûrement. Combien de gens pourrait-on nourrir avec cette bague ? Combien d'enfants pourrait-on habiller ? La question n'était pas là, elle le savait et Albert était l'homme le plus généreux qu'elle connaissait. Il se dévouait aux autres autant qu'elle et ce voyage en était la preuve. Non, il avait sûrement voulu lui faire plaisir. Sans oublier que la bague devait être à la hauteur de leur rang, sinon la Grand Tante Ellroy se s'en remettrait pas. La Grand Tante Ellroy… comment allait-elle réagir en apprenant leurs fiançailles ? Elle allait être furieuse, sûrement. Elle la haïssait depuis toujours, la fille d'écurie, l'orpheline… Candy leva les yeux vers Albert et vit à son regard inquiet qu'il attendait sa réponse avec appréhension.

- Bien sûr Albert que j'accepte de t'épouser. Même sans ce cadre magnifique, même sans cette bague, même sans le nom des Andrew. Si tu me l'avais demandé il y a deux jours dans la mezzanine de cette grange, je t'aurais dit oui tout autant.

- Mais il y a deux jours je ne savais pas encore si je pouvais te le demander, dit-il soulagé en lui enfilant la bague.

Il se leva, vint s'agenouiller devant elle et posa sa tête sur ses genoux en entourant sa taille de ses bras, comme un enfant.

- J'ai cru que tu allais refuser. Tu étais tellement silencieuse et perdue dans tes pensées. Je serai patient Candy, j'attendrai que tu m'aimes.

Elle lui caressa les cheveux tendrement en comprenant qu'il n'était pas dupe. Jamais elle ne l'avait vu aussi vulnérable. Il l'aimait donc tellement ?

- Je t'aime Albert, n'en doute jamais. Je ne t'épouserais pas si ce n'était pas le cas. Albert, mon doux Albert, regarde-moi et embrasse ta fiancée.

Il releva la tête, les yeux brillants et prit son visage entre ses mains avant de l'embrasser passionnément. Il se leva et l'emporta dans ses bras vers la chambre dont il ferma la porte avec son pied, juste au cas où le personnel de l'hôtel aurait l'idée de venir débarrasser la terrasse.

Il la déposa sur le lit et s'allongea à ses côtés, sans briser leur étreinte. Déjà, Candy caressait le dos et les cheveux de son fiancé pendant qu'il couvrait son cou de baisers gourmands. Elle s'écarta un peu pour lui laisser la voie libre vers ses seins tendus par le décolleté de son bustier et par le désir qui l'habitait. Albert se releva et regarda cette poitrine gonflée à peine cachée par sa robe. Toute la soirée, il avait eu envie d'y enfouir sa tête, la caresser, l'embrasser… Il savait que ses seins étaient magnifiques pour avoir changé par deux fois son bandage et se mourrait de pouvoir enfin en prendre possession. Candy ouvrit les yeux. Son fiancé avait arrêté de l'embrasser et de la caresser et elle se languissait de son contact. Elle le vit pensif au-dessus d'elle et leva sa main gauche pour la poser sur sa joue et le ramener à la réalité. Albert vit briller le diamant avant qu'il ne se pose sur sa joue. Il prit la main de Candy et déposa un baiser dans sa paume.

- Albert, que se passe-t-il ? Pourquoi t'es-tu arrêté ?

- Il faut croire que j'aime me faire du mal et tester ma résistance.

- Que veux-tu dire ? Viens embrasse-moi. Je suis ta femme maintenant, je veux être à toi, corps et âme, dit-elle en l'attirant à nouveau vers elle. Il l'embrassa rapidement sur la bouche et se redressa aussitôt.

- Non Candy, tu n'es que ma fiancée et je ne veux pas sauter les étapes. Nous passerons une merveilleuse nuit de noce, je te le promets, dit-il en l'embrassant tendrement.

Les yeux de Candy s'écarquillèrent d'effroi. Leur nuit de noce ? Pas avant ? Mais ils n'étaient même pas encore arrivés en Afrique où ils allaient passer de nombreux mois avant leur retour à Chicago. Comment allait-elle pouvoir attendre alors qu'elle avait déjà tellement envie de lui, de découvrir les plaisirs de l'amour physique qu'elle imaginait déjà à travers les sensations laissées par les baisers et les caresses d'Albert. Il lut dans ses yeux et lui dit en souriant.

- Que penses-tu de demain pour notre mariage ? Je suis sûr que je peux réussir à arranger ça.

Elle l'encercla de ses bras et l'embrassa en souriant de plaisir.

- Je vous aime William Albert Andrew.

- Je vous aime Candice Neige future épouse Andrew.