Chapitre 9 – Pour le meilleur…

« L'amour, même en dehors du mariage, est toujours moral ; un mariage sans amour est toujours immoral. »

Ellen Kay

Lorsque Terry sortit de son immeuble ce matin là, il dût protéger ses yeux de sa main tant le soleil qui brillait déjà de sa splendeur alors qu'il n'était que dix heures trente, agressait ses yeux et sa gueule de bois suite à la misérable soirée qu'il avait une fois de plus passée dans sa chambre à boire après son énième représentation de Hamlet. Il tourna au coin de la rue pour rejoindre Broadway et se rendre comme chaque jour au Théâtre Stratford quand il heurta quelqu'un, si violemment qu'ils en tombèrent tous deux par terre.

- Vous pourriez faire attention, dit-il d'une voix froide et méprisante.

- Vous plaisantez, c'est vous qui ne regardez pas où vous marchez, répondit la voix de l'autre homme.

Terry se figea en pensant reconnaitre cette voix qui l'avait si souvent agacée par le passé. Il observa son interlocuteur en se relevant et en frottant ses vêtements. Il ne s'était pas trompé.

- Archibald ! Excuse ma maladresse ! Je ne suis pas tout à fait dans mon assiette ce matin. Laisse-moi t'aider à te relever.

Archibald le regarda avec étonnement alors qu'il prenait la main que lui tendait son ancien camarade de collège.

- Terry, quelle surprise ! Même si je sais que tu habites à New-York, je ne m'attendais pas à une rencontre aussi percutante.

- Moi non plus, tu peux l'imaginer ! répondit Terry avec un sourire malicieux. Que fais-tu à New-York ?

- J'ai été accepté à l'université de Columbia pour la rentrée prochaine. Je suis de passage pour rencontrer quelques un de mes professeurs et m'inscrire à certains programmes. Tu as l'air d'aller bien. Excuse-moi de ne pas rester plus longtemps mais…

- Attends Archibald, j'aimerais t'offrir un café. Regarde, il y en a justement un là. Je te promets que je ne te retiendrai pas longtemps.

Ses yeux étaient suppliants et Archi n'osa pas refuser. Annie lui avait expliqué les raisons de sa rupture avec Candy et il avait ressentit autant de peine pour son vieil ennemi que pour son amie. Il savait que ce n'était pas son inscription à Columbia qui l'intéressait, mais bien d'avoir des nouvelles de Candy.

- D'accord, mais je n'ai pas beaucoup de temps à t'accorder.

- Merci, lui répondit-il reconnaissant.

Ils s'installèrent à une table près de la fenêtre et commandèrent des cafés. Ils restèrent silencieux un instant, ne sachant tous deux comment entamer la conversation.

- Nous ne nous sommes jamais beaucoup aimés, commença Terry, les yeux fixés sur la rue à travers la fenêtre. Ce n'était pas une question et Archi le comprit.

- Nous étions jeunes, et amoureux de la même fille, répondit-il sincèrement.

- Tu ne l'es plus ? Tu as de la chance, répondit Terry, les yeux toujours rivés sur les passants. Son regard était devenu triste.

- Alors tu ne l'as pas oublié ? demanda Archi, compatissant.

- Comment le pourrais-je ? Toute ma vie n'a jamais été que vide. On m'a enlevé à ma mère lorsque je n'étais qu'un tout petit enfant et j'ai grandi dans l'idée qu'elle ne voulait pas de moi, qu'elle ne m'aimait pas. J'ai été élevé par la femme de mon père qui n'a eu de cesse de me faire payer ma naissance et mon père détournait les yeux quand j'apparaissais devant lui tant je lui rappelais ma mère. On m'a enfermé dans un pensionnat dès que j'ai été en âge d'y entrer pour faire oublier au mieux à tout le monde la honte de ma naissance. J'ai été rejeté toute ma vie, j'ai été seul avec ma tristesse et mon amertume toute ma vie, rempli de cet amour dont personne ne voulait et que je mourrais de recevoir. Jusqu'au jour où je l'ai rencontré. Elle a changé ma vie. Alors que je m'étais enfermé derrière une muraille où plus personne ne pourrait me faire souffrir, elle a tout balayé dans un sourire. Elle s'est battue contre moi pour que j'accepte son amitié. Elle a tout mis à mes pieds, son amitié, sa douceur, son amour. Elle m'a donné ce que tout le monde m'avait refusé jusque là, son cœur. Elle m'a accepté tel que j'étais sans me juger. Elle a toujours été la seule à me comprendre. Tout cet amour que je n'avais pu donner ni recevoir, toutes ces années de rejet et de misère affective, elle a tout effacé. Jamais je n'ai aimé comme je l'aime et jamais je n'aimerai à nouveau. Elle est mon soleil, elle est ma vie. Je voulais l'épouser et fonder avec elle la famille que nous n'avions jamais connu ni l'un, ni l'autre. Nous nous sommes promis d'être heureux cette nuit-là, cette terrible nuit où elle m'a quitté, sans me laisser le choix, sans me laisser la retenir ou même l'accompagner à la gare, pour vouer ma vie à une autre. Une autre qui pourra risquer sa vie cent fois pour moi, jamais elle ne m'apportera le dixième que Candy m'apportait dans son sourire. Elle m'a abandonné à mon devoir, à une vie misérable. Je suis mort ce jour là, même si Susanna m'a sauvé. Elle a peut-être sauvé mon corps, mais mon âme est partie avec Candy. Non, je ne pourrai jamais respecter ma promesse, mais j'espère qu'elle, au moins, la respectera.

Archibald regardait les larmes couler sur les joues de Terry et se sentait ému par son histoire, par cet amour impossible qui brûlait en lui et en Candy. Il l'avait bien mal jugé pendant toutes ces années, ce qu'il avait pris pour de l'arrogance n'était en fait que la muraille qu'il avait construit autour de lui pour se protéger.

- Je suis touché que tu me dises tout cela Terry. Je t'ai mal jugé toutes ces années, excuse-moi. Je sais que Candy t'aimait autant que tu l'aimes, et elle aussi, t'aimera sûrement toujours. Mais elle a repris sa vie en main Terry, elle a continué à avancer. Elle t'a fait une promesse et je sais que par amour pour toi, elle s'efforcera de la tenir.

Terry le regarda pour la première fois depuis qu'ils avaient commencé à discuter et ses yeux, si expressifs, lui posaient une question muette qu'il comprit immédiatement.

- Non Terry, elle n'est ni mariée, ni fiancée. En tout cas, pas à ma connaissance.

- Pas à ta connaissance ? Que veux-tu dire ? Elle n'est plus à Chicago ?

- Non, ils sont partis pour l'Afrique il y a quelques semaines. Nous n'avons que peu de nouvelles pour le moment, juste quelques télégrammes pour nous rassurer.

- Ils ? Demanda Terry, incertain de vouloir connaitre la réponse à sa question.

- Candy et Albert, répondit Archibald dont le regard ne laissait pas de doute sur ses pensées.

- Albert ? demanda Terry avec des yeux ronds. Mais il est beaucoup plus vieux qu'elle, et c'est son père adoptif !

- Non Terry, plus maintenant, il a renoncé à l'adoption. Je suis tombé par hasard sur un courrier où il donnait procuration à Georges, son bras droit, pour signer les papiers à sa place. Et Albert n'est pas si vieux que ça, il a vingt cinq ans.

- Albert et Candy…. Répéta Terry, dont le cœur se serra en imaginant l'amour de sa vie dans les bras de son ami. Depuis combien de temps…. ?

- Pour Albert, depuis des années. Il avait toujours gardé le silence car il savait que c'était toi qu'elle aimait et il voulait qu'elle soit heureuse. Puis il y a eu votre rupture, la découverte pour Candy et nous tous qu'il était l'Oncle William. Ils se sont beaucoup rapprochés lorsqu'ils ont vécu ensemble pendant son amnésie et encore plus lorsqu'elle a découvert leurs liens de parenté. Mais pour elle ça a toujours été fraternel. Les choses ont un peu changé, peu de temps avant qu'ils ne partent pour cette mission en Afrique. Ils ont plein de choses en commun et je suis sûr qu'il la rendra heureuse s'il parvient jusqu'à son cœur, comme je l'espère pour eux deux.

Quelques minutes plus tard ils quittaient le café. La tristesse dans les yeux de Terry faisait peine à voir. Il tendit une main amicale à Archi.

- Merci Archibald. Merci pour le temps que tu as bien voulu m'accorder, même si je ne peux pas dire que ça m'ait rendu heureux. Je n'ai même pas eu la délicatesse de te demander des nouvelles de ta douce amie, Annie.

- Elle va très bien. Nous nous marions dans quelques mois. Après, nous emménagerons ici pendant la durée de mon cycle. Peut-être aurons-nous l'occasion de nous revoir ?

- Certainement. Venez au théâtre, nous jouons Hamlet pendant encore quelques mois avant le début de la nouvelle saison. Au revoir Archibald.

- Au revoir Terry. Ca a été un plaisir de te revoir.

Sur ce, ils prirent des routes séparées et Archi resta quelques minutes à le regarder s'éloigner les épaules basses.

« Pauvre Terry » pensa-t-il.

oooooo

« Bordeaux, France, seize juin mille neuf cent seize.

Ma chère Annie,

J'ai l'impression que plusieurs années se sont écoulées depuis que nous avons quitté Chicago et pourtant, ça ne fait même pas un mois. Mais quel mois ! Tant de choses se sont passées que je ne sais par quoi commencer.

Notre voyage à bord du France c'est merveilleusement passé. Nous avons eu un temps magnifique et avons rencontré des gens formidables. Notamment une petite fille prénommée Camille qu'Albert et moi avons pris en affection. Elle voyageait avec son père et son médecin car elle souffre d'un problème au cœur. Nous avons passé de longs moments ensemble à nous promener sur le pont, à jouer et à lire des histoires. C'est une petite fille très intelligente et très courageuse, bien consciente de sa condition. La séparation a été difficile lorsque nous sommes arrivés en France mais je suis sûre que je la reverrai un jour.

Ensuite, nous avons pris le chemin de Bordeaux en compagnie d'un autre passager du paquebot, un vigneron du nom de Jules Chevalier. C'est un homme très sympathique et bon vivant qui nous amusait de ses histoires à la fois drôles et insolites. Tout se serait bien déroulé jusqu'à Bordeaux si nous n'avions pas été bombardés à mi-chemin. Nous n'avons été blessés que légèrement mais nous avons dû être séparés de Jules qui devait reprendre sa route sans plus attendre alors que je devais encore me reposer un peu suite à ma blessure (tu sais comment sont les hommes, ils pensent toujours que nous les femmes, ne sommes que de petites choses fragiles). Bref, une semaine plus tard, Albert et moi reprenions la route à bord d'une moto avec tout ce qu'il nous restait comme bagage : les vêtements que nous portions ! Comme il est triste de penser aux magnifiques robes que tu m'avais choisi et que je n'ai jamais eu le temps de porter. Mais rassure-toi, Albert a pensé à tout, comme d'habitude, et j'ai à nouveau une garde-robe digne de ce nom !

Nous sommes arrivés à Bordeaux hier, et nous logeons dans un magnifique hôtel, dans une suite qui possède sa terrasse privée.

Aujourd'hui est un grand jour pour moi. Comme j'aimerais que tu sois auprès de moi avec Archibald pour partager notre bonheur. Oui Annie, je ne sais pas si tu as déjà compris ce que je m'apprête à te dire, mais hier soir, Albert m'a demandé de l'épouser ! N'est-ce pas merveilleux ? Il a renoncé à l'adoption et je vais redevenir une Andrew en devenant sa femme.

Je suis excitée et également anxieuse car je ne sais ni où ni quand le mariage va avoir lieu, à part que ça se passera aujourd'hui. Albert était déjà parti ce matin lorsque je me suis réveillée et je suis dans l'attente depuis. Je ne cesse de penser à la tête que va faire la Grand Tante Ellroy lorsqu'elle apprendra que son neveu préféré a épousé la femme qu'elle déteste le plus au monde. Sans son consentement, sans sa présence, et sans la grandiose et luxueuse cérémonie qui convient au mariage du chef de famille. Je ne peux m'empêcher de sourire à cette pensée, c'est mal n'est-ce pas ? Je sais, mais je n'y peux rien.

Je dois te laisser maintenant car mon fiancé vient d'arriver.

Je t'embrasse de tout mon cœur ainsi qu'Archibald et Patty.

Je ne pourrai plus t'écrire jusqu'à notre arrivée en Afrique, alors soit patiente ma chérie.

Je t'aime.

Ta sœur, Candy. »

oooooo

Candy et Albert entrèrent dans une petite boutique de confection du vieux Bordeaux. La pièce était petite mais confortable, meublée avec goût d'un canapé à fleurs et de fauteuils assortis au milieu desquels trônait une table basse de bois au plateau de marbre. Le fond de la pièce était barré d'un lourd rideau de velours. Candy pensa qu'il partageait la pièce entre l'accueil et la salle d'essayage. A cet instant, une femme rondouillarde d'une cinquantaine d'année, élégamment vêtue d'une robe d'un style que Candy n'avait jamais vu auparavant, apparut dans l'embrasure du rideau.

- Monsieur Andrew, quel plaisir de vous revoir, dit la femme avec un accent français très prononcé.

- Madame Thomas, je vous présente ma fiancée, Candice Neige. Je vous la laisse. Prenez en grand soin, j'y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Je compte sur vous pour suivre le programme dont nous avons discuté.

- Tout sera fait comme prévu. Bonjour Mademoiselle. Je suis Madame Thomas, mais je vous en prie, appelez-moi Henriette.

- Bonjour Henriette, dans ce cas appelez-moi Candy.

- Candy, mon ange, je dois y aller maintenant. Je te laisse dans les mains expertes de Madame. Nous nous verrons plus tard, dit-il en lui déposant un baiser sur le front avant de sortir de la boutique.

- Quels sont tous ces mystères ? demanda Candy à Henriette.

- Vous verrez en temps voulu. En attendant, suivez-moi, nous avons une robe de mariée à préparer.

Trois heures plus tard, après maints essayages et maintes modifications, Candy se regardait enfin dans le miroir en pied de la boutique d'Henriette Thomas, vêtue de sa robe de mariée. C'était une robe magnifique faite de satin blanc imprimé de fleurs ton sur ton et de dentelle blanche. Elle était composée de deux robes superposées, dont le haut était recouvert de deux larges lais de dentelles qui se croisaient sur une ceinture haute de satin, sous lesquelles deux demi-manches se terminaient par de la dentelle. Une simple et longue jupe était recouverte d'une traine qui partait de sous sa poitrine et descendait jusqu'au sol qu'elle recouvrait de trente bon centimètres. Chacune de ses extrémités était faite de dentelle alors que l'arrière se mariait à la perfection avec la jupe et les manches de la robe.

- Il va falloir mettre votre voile maintenant mais que fait cette sotte de Denise qui doit venir vous coiffer ?

- Ne vous inquiétez pas Henriette, je sais me coiffer seule. Laissez-moi juste quelques minutes.

Quelques minutes plus tard, Candy arborait le même chignon que celui du bal des Livingston. Il était parfaitement adapté au voile qui devait reposer dessus.

- Vous êtes parfaite ! Allons-y maintenant, si nous ne voulons pas être en retard.

Elles sortirent de la boutique et montèrent dans un fiacre qui les attendait. Elles roulèrent quelques minutes avant de s'arrêter. Le cocher vint leur ouvrir la porte et les aider à sortir lorsque Candy découvrit qu'ils se trouvaient devant une église. Henriette lui tendit un bouquet de fleurs blanches.

- Je vais entrer. Restez là jusqu'à ce que vous entendiez la musique. Ensuite, je suppose que vous savez ce que vous aurez à faire, lui dit-elle avec un sourire radieux. La couturière était aussi excitée que si c'était son propre mariage. Je serai votre témoin mon enfant, j'espère que ça ne vous pose pas de problèmes ?

- Bien au contraire Henriette, ça me touche beaucoup.

Sur ce, elle entra dans l'église et referma la porte derrière elle afin de ne pas gâcher la surprise à Albert qui attendait devant l'Autel. Lorsqu'elle le rejoignit, elle lui fit signe que tout était près.

Candy entendit la mélodie de l'orgue retentir derrières les lourdes portes de l'église et son cœur s'emballa. L'heure était venue pour elle de laisser son passé derrière elle et de regarder vers l'avenir. D'ici quelques minutes, elle allait devenir Madame William Albert Andrew, et bien que son cœur se serrait encore en pensant que ça aurait dû être Terry, elle était heureuse que ce soit Albert. Elle aimait Albert et savait qu'elle allait être heureuse à ses côtés.

Les portes s'ouvrirent et elle commença à avancer au rythme de la musique. Devant elle, à quelques mètres, se tenait Albert, plus beau et élégant que jamais dans son costume trois pièces gris et sa chemise et sa lavallière blanches. Il la regardait en souriant et ses yeux reflétaient tout l'amour et l'admiration qu'il lui portait. Elle lui rendit son sourire et arriva enfin à ses côtés. Il prit sa main dans la sienne et ils se tournèrent vers le prêtre.

Après une courte messe en latin dont Candy ne comprit pas un mot, ils échangèrent leurs vœux. Candy n'avait rien préparé et fut touchée par la déclaration d'Albert. Jamais elle n'avait imaginé pendant toutes ces années qu'il l'aimait autant et elle réalisa qu'il avait dû souffrir en silence pendant bien longtemps alors qu'il était son ami et son confident. A son tour, Candy improvisa quelques paroles d'amour à l'attention d'Albert. Les vœux qu'elle s'était répétés des centaines de fois dans sa tête étaient destinés à un autre et jamais ils ne sortiraient de sa bouche. Ils s'échangèrent les alliances et Candy fut émerveillée par leur beauté. Albert lui expliqua plus tard qu'il s'agissait d'alliances romaines. Un anneau d'or jaune était recouvert un autre anneau d'or blanc plus fin sur lequel était gravé « Candice et Albert XVI – VI – MCMXVI ». Albert embrassa tendrement Candy lorsque le prêtre l'y autorisa et ils échangèrent un regard plein de promesses quant à la vie qui les attendait maintenant.

Ils sortirent de l'église et remercièrent leurs témoins, Henriette Thomas et son mari, qui les félicitèrent et leur souhaitèrent du bonheur et une famille nombreuse.

Ils montèrent dans un fiacre et Candy et Albert se regardèrent longuement. Quelques instants auparavant, leur vie venait de basculer et pourtant, rien n'était différent. Ils étaient toujours les mêmes, deux personnes qui s'aiment tendrement et qui se connaissent depuis si longtemps. Et pourtant, une chose avait belle et bien changé. Ils étaient mari et femme, ils étaient liés pour la vie, pour le meilleur et pour le pire, jusqu'à ce que la mort les sépare. Le pire ? Que pouvait bien être le pire avec Albert ? Il était l'être le plus doux et le plus attentionné de la terre et elle était bien décidée à tout faire pour qu'il soit heureux chaque jour de leur vie. Elle regarda son alliance et pensa une fois encore à Terry. « Adieu mon amour, j'appartiens à un autre désormais. Jusqu'à ce que la mort nous sépare ».

La voiture s'arrêta et Albert en sortit pour l'aider à descendre. Il embrassa tendrement sa main et lui dit :

- Vous ai-je dit que vous étiez la plus belle mariée qui soit Madame Andrew ?

- Non mon époux et je me languissais de l'entendre, répondit-elle avec un sourire complice. Vous êtes, quant à vous, extrêmement élégant. On croirait que ce costume a été cousu sur vous.

Albert prit ses deux mains dans les siennes et la regarda soudain plus sérieusement.

- La soirée est à nous et elle ne fait que commencer. Mais je me languis de te prendre dans mes bras et de t'embrasser. Tu es tellement belle Candy, si belle que j'ai du mal à me contrôler alors que nous sommes en public.

- Nous avons vécu tellement de choses ces derniers temps et nous savons que la vie est courte et qu'il faut laisser parler son cœur quand l'occasion se présente. Nous sommes mariés maintenant Albert et ici, personne ne nous connait. J'ai envie de ce baiser autant que toi mon si viril et si bel époux que je me moque bien que nous soyons seuls dans notre chambre ou en compagnie du Roi d'Angleterre. Embrasse-moi mon aimé, dit-elle en mettant ses bras autour de sa nuque et en se haussant sur la pointe des pieds.

Albert répondit si passionnément à sa demande qu'il la souleva pour qu'elle arrive à sa hauteur. Après quelques instants, il la reposa sur le sol, prit sa main et la déposa sur son bras.

- Allons-y, veux-tu ?

Elle acquiesça de la tête et ils entrèrent dans un restaurant luxueux à l'ambiance feutrée. Au fond de la salle, une piste de danse permettait à quelques clients de danser tendrement sur des mélodies douces et romantiques. On les dirigea vers une table dans un coin retiré de la pièce où des plantes vertes cachaient la vue. On leur servit immédiatement une coupe de champagne. Albert leva son verre en fixant ses yeux sur ceux de Candy.

- A mon épouse adorée. Tu viens de faire de moi le plus heureux des hommes et je te promets de tout faire pour te rendre heureuse.

- A nous, répondit-elle simplement.

Le repas, quoi que succulent, se déroula dans un silence lourd des regards chargés de désir que les jeunes mariés échangeaient. Ils avaient beau essayer de discuter de sujets légers, tout les ramenait invariablement à cette nuit qu'ils attendaient tous deux depuis trop longtemps maintenant. Candy ne pouvait s'empêcher de frissonner à chaque fois que la main d'Albert se posait sur la sienne et il ressentait à chaque fois ce frisson avec beaucoup de plaisir. Elle avait envie de lui, il le savait, mais la perspective qu'enfin cette nuit était là, était à eux seuls, le bouleversait au point de le rendre nerveux comme un adolescent inexpérimenté. C'était la première fois pour Candy et il ne voulait ni la décevoir, ni la brusquer. La douleur du tissu serré sur sa virilité gonflée ne le quittait plus depuis qu'ils s'étaient assis à leur table, la main de Candy caressant la sienne dans un regard plein de promesses n'aidait en rien. Il souhaitait l'inviter à danser mais devait d'abord réussir à se contrôler.

- Albert, allons danser veux-tu ? dit-elle comme si elle lisait ses pensées.

- Avec plaisir mon amour mais laisse-moi encore un instant, s'il-te-plait.

Elle fixa sur lui un regard interrogateur.

- Je suis désolé, tu es trop belle, je ne peux pas me contrôler, dit-il gêné.

Elle sentit le rouge lui monter aux joues en comprenant le sens de ses paroles.

- Ne sois pas désolé, le rassura-t-elle. Au contraire, je suis flattée. Pense à la Grand Tante Ellroy lorsqu'elle apprendra que nous sommes mariés et je suis sûre que ça va passer, lui dit-elle, un sourire malicieux sur les lèvres.

Il écarquilla les yeux et quelques instants plus tard, se leva pour l'inviter à danser.

- Bien joué, lui murmura-t-il à l'oreille.

Ils dansèrent longuement, tendrement enlacés au rythme du tango qui se dansait librement en France, contrairement à la société puritaine et conservatrice de Chicago. Cette danse sensuelle, née du langage des corps, était une atteinte aux bonnes mœurs. Et pourtant, pour deux personnes qui s'aiment, elle n'était qu'une déclaration d'amour, une communion entre deux corps, une harmonie physique au rythme d'une musique langoureuse. Pour Albert et Candy, ces danses étaient les prémices d'une autre, plus sensuelle encore, où leurs deux corps se joindraient en une étreinte exquise qui depuis la nuit des temps, enveloppait les amants d'une apaisante béatitude.

oooooo

Albert entra dans la suite avec Candy dans ses bras. Il la déposa doucement au sol avant de verrouiller la porte derrière eux. Candy encercla sa taille de ses bras et le regarda dans les yeux avec un mélange d'excitation et d'appréhension à l'idée de ce qui allait suivre. Albert prit son visage entre ses mains et lui déposa un tendre baiser sur les lèvres.

- Cette journée a été épuisante. Que dirais-tu de nous détendre un peu ?

Candy s'abandonna complètement dans les bras de son époux. Elle sentait son cœur s'emballer dans sa poitrine et ne pouvait s'empêcher de rougir en pensant à ce qu'allait être leur première nuit d'amour. Elle sentit Albert desserrer son étreinte et il recula d'un pas.

- Attends-moi un instant, je n'en ai pas pour longtemps.

Étonnée, elle le vit se diriger vers la chambre et disparaitre. Elle le suivit quelques instants plus tard et le découvrit dans la salle de bain, en train de faire couler l'eau dans la baignoire.

Seule la lampe qui se trouvait au dessus de la vasque était allumée et irradiait la pièce de son unique et intime lumière. Candy regarda Albert et son regard interrogatif le fit sourire.

- Ne souhaites-tu pas te détendre un peu à mes côtés ? lui dit-il d'une voix douce. Je t'avais dit que nous aurions bientôt l'occasion de partager cette baignoire.

Candy écarquilla les yeux et sentit le rose lui monter aux joues. Lorsque la baignoire fut remplie d'une eau parfumée et mousseuse, Albert leva les mains au dessus de sa tête et commença à enlever une à une les épingles à tête de perle qui retenaient son voile. Celui-ci descendait déjà le long du corps de la jeune femme lorsqu'Albert s'attaqua à son chignon. Une cascade de cheveux blonds bouclés tomba doucement dans son dos et il lui offrit son plus beau sourire.

- C'est comme ça que je te préfère, dit-il avant de l'embrasser tendrement.

Candy resta les bras ballants, paralysée tout à coup par cet effeuillage qui ne faisait que commencer. Il défit la ceinture de sa robe et enleva la première robe de dentelle qui composait sa traîne. Il la laissa tomber à ses pieds et regarda sa femme dans les yeux.

- Pourquoi faut-il que les femmes soient couvertes de tant d'épaisseurs de satin et de dentelle, si ce n'est pour venir à bout de nos pauvres nerfs ? Il se pencha à nouveau et prit une fois de plus ses lèvres tendrement.

Ses bras remontèrent doucement de sa taille vers le haut de son dos où il commença à enlever chaque bouton un à un. Son visage était tout proche de celui de Candy qui n'avait pas quitté ses yeux. La sensation de ses doigts la déshabillant lentement et son souffle chaud sur sa joue la troublaient infiniment. Son souffle était court et elle sentait que ses jambes ne la porteraient plus longtemps. Le dernier bouton enfin libéré, Albert remonta ses mains sur le cou de Candy et fit progressivement glisser sa robe autour de ses courbes fines jusqu'à ce qu'elle tirebouchonne autour de ses pieds. Sans quitter Albert des yeux, elle leva les pieds pour les libérer de sa robe et en profita pour se débarrasser de ses chaussures. Elle ne portait plus maintenant que sa fine chemise de coton et son panty. Albert caressa son visage du bout des doigts et le couvrit de baiser.

- Tu as peur ? lui demanda-t-il dans un souffle.

Elle hocha la tête pour toute réponse, hypnotisée par le regard bleu de l'homme qui allait la déshabiller ainsi toute sa vie. Ses mains glissèrent jusqu'à sa taille et remontèrent lentement le long de son buste, emmenant avec elles la fine chemise. Candy leva les bras pour faire passer le tissu de coton qui dévoila la partie de son corps qu'Albert connaissait déjà. Ses mains caressèrent ses seins parfaits qu'il avait à deux reprises eut tellement envie de toucher, d'embrasser. Sa tête plongea sur son sein gauche alors que son bras encerclait sa taille et collait son corps presque nu contre le sien. Sa bouche gourmande jouait avec son téton dressé pendant que son autre main caressait déjà son sein droit. Candy n'était plus maitresse d'elle-même alors que la sensation des caresses d'Albert inondait tout son corps. Une chaleur inconnue montait entre ses reins. Elle ne savait que faire de ses mains mais n'osait faire un geste de peur d'arrêter la bouche d'Albert sur son sein dressé de plaisir. Il releva la tête et prit sa bouche avec une telle fougue que Candy pensa tomber en arrière. La force d'Albert était décuplée par son désir et elle se sentait une petite chose fragile entre ses bras. Mais elle n'était pas effrayée, au contraire, le contact de son désir pressé contre son corps l'irradiait toute entière. Il libéra sa bouche et s'agenouilla devant elle. Il défit les liens de son panty et elle souleva ses jambes l'une après l'autre afin qu'il lui enlève. Albert resta un moment à observer sa féminité, immortalisant à tout jamais ce moment dans son esprit. Il releva la tête vers elle après quelques instants et lui sourit tendrement.

- Tu es tellement belle.

A son tour, il commença à se déshabiller. Il n'espérait pas que Candy s'y atèle dès leur première étreinte. Elle avait tout le temps d'apprendre et il serait son maître. Rapidement, il jeta à terre sa veste et son gilet. Sans quitter Candy des yeux, il défit l'épingle de sa lavallière qui alla prestement rejoindre ses vêtements sur le sol, bientôt suivie de sa chemise. Candy n'ôta pas ses yeux de ceux d'Albert lorsqu'il se libéra enfin du reste de ses vêtements et qu'il se retrouva nu devant elle. Elle avait envie de le regarder mais elle était paralysée par la peur. Il l'attira contre lui et elle sentit son sexe dressé contre son ventre. Elle rougit et Albert sourit de sa gêne.

- Ma douce et prude Candy, bientôt tu prendras l'habitude de me voir nu. Ca deviendra une chose naturelle, tu verras. Mais les moments que nous vivons maintenant sont uniques. Garde-les bien en mémoire car ils n'arriveront qu'une fois.

Il comprit à son regard qu'elle n'avait pas saisi le sens de ses paroles.

- Il n'y a qu'une seule première fois Candy, quel qu'elle soit. La première fois que je te vois nue, la première fois que je te caresse, la première fois que je te fais l'amour. Il y a une première fois à toute chose et il faut la garder en mémoire. Je veux que tu me regardes Candy. N'aies pas honte, il n'y a pas de honte dans l'amour, juste de la beauté.

Après un instant d'hésitation, elle recula d'un pas et ses yeux quittèrent les siens pour descendre progressivement le long de son corps d'homme. Elle connaissait déjà ses épaules larges et son torse musclé qu'elle ne se lassait pas d'admirer. Son ventre était ferme et dessiné. Elle se sentit rougir lorsque ses yeux s'aventurèrent plus bas et restèrent figés sur ce sexe dressé pour elle, dans toute la splendeur de ce corps viril. La peur avait quitté son corps, maintenant remplacée par l'impatience de connaitre les plaisirs qu'il allait lui procurer. Elle vit Albert avancer d'un pas vers elle et elle releva la tête pour rencontrer ses yeux à nouveau. Il s'empara une fois de plus de sa bouche, de façon plus gourmande encore.

- Oh Candy, j'ai tellement envie de toi que je suis nerveux comme un débutant. C'est si fort que j'ai peur de ne pas être capable de me retenir et de te décevoir. C'est ta première fois et je veux tellement que ce soit parfait pour toi.

- Ne t'inquiète pas Albert, quoi qu'il se passe ça sera de toute façon merveilleux pour moi. Ca l'est déjà.

- Tu te rends compte que c'est moi qui devrais être en train de te rassurer ? dit-il en souriant tristement.

- Nous sommes deux et malgré le peu d'expérience que j'ai en la matière, je crois savoir que c'est quelque chose qui se fait à deux. Il est donc normal de se soutenir mutuellement.

Sur ces paroles, il l'emporta dans ses bras et la plongea délicatement dans l'eau mousseuse de la baignoire où il vint la rejoindre juste après.

- Viens là, dit-il en la retournant et en attirant son dos contre son torse.

Il l'enveloppa de ses bras et ils se détendirent quelques instants, laissant les bienfaits de l'eau chaude détendre leurs muscles tendus. Candy se sentait extrêmement bien, sentant le contact de la peau nue d'Albert contre la sienne. Elle avait posé ses mains sur ses cuisses musclées et les caressait malgré elle. Elle entendit la respiration d'Albert s'accélérer et il commença à son tour à la caresser. Il prit ses seins tout d'abord, le contact de ses mains en fit dresser le bout presque instantanément. La caresse était sensuelle et faisait monter en elle une nouvelle vague de chaleur. Ses mains descendirent progressivement sur son ventre et sur ses cuisses, puis remontèrent doucement vers l'intérieur pour couvrir entièrement son intimité. Lorsqu'il commença à la caresser lentement, dans un mouvement de va et viens, un frisson monta le long de son échine et elle sentit ses reins se cambrer pour se presser d'avantage contre le sexe gonflé qu'elle sentait dans son dos. Elle répondait parfaitement à ses caresses et moulait son corps au sien comme s'ils avaient été taillés dans la même roche. Plus les mouvements de la main d'Albert s'accéléraient, plus elle avait l'impression que son cœur s'était déplacé à cet endroit. Lorsqu'il arrêta sa main, elle émit un petit gémissement de protestation qui le fit sourire. Il embrassa sa tempe et concentra ses caresses sur un endroit où la jeune femme était loin d'imaginer le plaisir qu'il pouvait lui procurer. Du bout du doigt, il titilla son bouton d'amour jusqu'à ce qu'elle gémisse franchement, incapable de se contrôler. Elle sentit la vague de plaisir arriver lentement, puissante, irradiante, mais Albert ne la laissa pas atteindre l'extase qu'elle espérait déjà. Elle était haletante, frustrée d'être passée si près de quelques chose qui paraissait si grisant. Il la retourna pour lui faire face et elle vit qu'il souriait à pleines dents.

- Pas encore… dit-il simplement et le regard suppliant de sa douce élève l'emplit de fierté masculine. Viens sur moi, dit-il en attirant ses jambes de chaque côté de sa taille.

Une des mains de Candy se posa involontairement sur son sexe et il ne put retenir un gémissement de plaisir à son contact. Il la désirait tellement qu'il était prêt à exploser au moindre frottement. Cette découverte la laissa interdite un moment, puis les yeux brillants d'Albert lui firent comprendre qu'elle aussi, bien que maladroitement, pourrait rendre à son homme le plaisir qu'il lui offrait si généreusement. Elle posa à nouveau sa main sur son pénis et la fit descendre sur toute sa longueur en une caresse qui s'apparentait plus à un frôlement. Albert lâcha un nouveau gémissement et se redressa pour prendre son visage entre ses mains et posa son front contre le sien.

- Si tu continues, je ne vais pas pouvoir me retenir Candy, je suis trop excité…

Mais il ne put finir sa phrase qu'un nouveau râle sortait de sa gorge. Candy apprenait vite et elle venait de découvrir le pouvoir qu'elle pouvait avoir sur son corps. Il haletait à son tour, les yeux clos, savourant la caresse qu'elle lui offrait.

- Sortons, dit-il sans ouvrir les yeux, le visage tendu par la concentration afin de ne pas exploser dans l'instant.

Il se leva et l'emporta avec lui hors de la baignoire. Il la sécha doucement, tendrement, pendant qu'elle continuait à admirer, sans pudeur maintenant, son corps superbement sculpté.

Il s'agenouilla devant elle pour continuer à la sécher. Il remonta la serviette le long de ses jambes qu'elle écarta légèrement pour faciliter sa tâche. La vision de son intimité dévoilée lui fit perdre le cours de ce qu'il faisait et il saisit sa jambe pour la poser sur le rebord de la baignoire. Candy prit appuis sur ses épaules pour ne pas basculer, prise au dépourvu. Il posa les mains sur ses fesses, s'agrippant à elle comme si sa vie en dépendait et il approcha son visage de son entre-jambe. Il fit glisser sa langue doucement entre ses cuisses et le gémissement qu'elle lui offrit le remit à la torture immédiatement. Jamais il n'avait senti son corps aussi tendu par le désir. Il resserra son étreinte pour presser d'avantage sa bouche contre son sexe. Il la mangeait littéralement, se nourrissant de son nectar, léchant, suçant, mordillant son pistil gonflé de plaisir. Candy n'avait jamais ressenti de telles sensations. Elle s'agrippait d'autant plus à ses épaules, enfonçant ses ongles dans sa chair pour ne pas perdre pied, pour ne pas défaillir. Elle s'entendait gémir ouvertement, sans chercher à se retenir, reconnaissant à peine le son de sa voix. Lorsqu'elle sentit les doigts d'Albert entrer doucement en elle, elle sentit tout son corps s'envoler en un tremblement incontrôlable. Après quelques minutes de pur bonheur, Albert se releva et l'embrassa goulument, la laissant goûter à son propre nectar. Il sentait que le moment était pour lui trop intense, qu'il fallait mettre fin à cette torture qui avait commencé avec le début de leur voyage.

Il la souleva et l'emporta sur le lit. Il souleva sa jambe pour embrasser la ligne de son pied jusqu'à son entrejambe. Candy était sur le chemin qui la menait vers son petit paradis personnel. Elle ouvrit les yeux lorsqu'Albert passa sa langue une fois encore entre ses jambes et elle l'accueillit dans ses bras alors qu'il prenait possession de sa bouche, sa langue caressant la sienne avec la force de la passion qui l'habitait, ne laissant nul doute sur qui était maître de la danse. Il prit place entre ses jambes et elle accueillit avec plaisir le poids de son corps sur le sien. Il la regarda tendrement, posa un baiser délicat sur ses lèvres, loin de la passion dont il faisait preuve une seconde plus tôt et lui murmura :

- Pardonne-moi.

Avant qu'elle ait pu comprendre le sens de ses mots, elle sentit une douleur aigüe envahir ses entrailles alors qu'il entrait en elle. Elle mordit son poing pour ne pas crier, et une larme s'échappa de chacun de ses yeux.

- Shhhh, souffla-t-il en embrassant ses larmes. Ca va passer, c'est juste la première fois.

Il la laissa s'habituer à sa peine puis commença doucement à s'abandonner en elle. Pour lui, ce n'était qu'extase, la douceur et la chaleur de son corps encerclant sa virilité, où les petites contractions qu'il sentait n'étaient autres, il l'espérait, que des spasmes de plaisir. Elle ouvrit les yeux et poussa un long soupir. Elle prit sa bouche à son tour et il sentit ses jambes encercler sa taille pour approfondir leur étreinte. Il accélérait déjà son rythme, sentant ses muqueuses se serrer d'autant plus autour de son pénis, les doigts de la jeune femme, caressant tout d'abord son dos, maintenant agrippées à ses fesses pour encourager ses mouvements dans leur vitesse et leur profondeur. Ils atteignirent l'extase ensemble, leurs cris mutuels étouffés par leurs bouches gourmandes qui se cherchaient mutuellement sans parvenir à étancher la soif qu'ils avaient l'un de l'autre.

Pendant quelques minutes, aucun des deux ne bougea, chacun concentré égoïstement sur son paradis personnel. Puis reprenant pied le premier, Albert se releva et se laissa tomber sur le côté pour la libérer de son poids. Il la regarda tendrement, ses yeux cachés par le bras qui les couvrait, et pendant un instant, il eut peur que ce qu'il avait pris pour un orgasme ne soit en fait un cri de douleur. Puis, un sourire irradia son visage comme elle reprenait sa respiration et elle ouvrit vers lui des yeux étincelants de bonheur et de désir.

- Encore ! dit-elle simplement.

Il se laissa tomber sur son oreiller dans un éclat de rire qui balaya tous les doutes qui le tiraillaient quelques secondes plus tôt.